100 souvenirs de l’année écoulée, sans regarder les photos ni en parler avec les autres : on avait fait ça l’année dernière, c’est vrai, j’avais oublié avant de lire la mouture 2025 de Dame Ambre. Cela m’a donné envie de retenter l’exercice — parfait pour ne pas voir passer un ou deux trajets en métro.
- Manquer de me tôler en venant saluer à la fin de mon premier spectacle de fin d’année en tant que professeur de danse
- Une nuit d’amour — une coulée d’amour — dans l’obscurité complète
- Le boyfriend réjoui comme un gosse dans sa nouvelle maison vide avant l’arrivée des déménageurs
- Ma première Cornish pasty
- Le plaisir de massacrer Clair de lune de Debussy dans une version simplifiée durant les quatre jours plutôt pluvieux passés dans un AirBnB avec un piano quart de queue
- Le collègue ancien formateur qui passe la tête dans le studio, voit mes élèves répéter et leur dit « C’est bien, le filles. » (Je n’ai pas oublié le s, c’est l’accent.)
- Le même qui, me raccompagnant au métro en voiture, me dit qu’il est content de moi, de ce que j’ai fait avec les élèves, je ne les ai pas mises en danger
- Gérer la nuée d’ado déçues quand les pointes sont annulées (so much for la non mise en danger)
- Une leçon improvisée sur le spot de la tête dans les tours sur la pelouse du square et une boîte de macarons d’ici
- Le maquereau, le beer battered fish et la salicorne au restaurant turquoise de Newlyn
- L’exaltation parmi les bruyères dans la golden hour
- Mum qui prend le rond-point à contre-sens après une erreur d’embranchement qui nous aurait fait rater le ferry
- Les glaces à rien à la clotted cream
- Le champ qui sent le pain grillé lors d’une randonnée décevante sur bitume
- Les mûres comme snack gratuit en randonnant sur le bord de mer, dans une végétation qui transforme ce bout de côte en plantation de thé
- À table, Mum qui me dit, je ne sais plus avec quels mots, qu’elle m’observe adulte, que je ne suis pas comme elle, que j’ai plus d’empathie ou de bienveillance, mais ce ne sont ses termes, je n’ai pas retenu les mots, juste la lumière que cela a fait naître
- Le port de Newlyn par la fenêtre du AirBnB de guingois
- Voir P. déployer son cygne et gagner en confiance en cours particulier
- Les plaques de cuisson constellées de postillons gras après le passage du boyfriend et tout ce qu’il en est advenu sur table et dans mon estomac
- Cinq mois de vie commune dont il ressort : oui aux câlins à domicile, non au bruit incessant qui sort des écrans
- Les massages de pied du boyfriend
- Les chirashis du samedi soir, avec double ration d’avocat
- L’exaltation de Liv Maria, la force de vie de Julia Kerninon — lectures partagées avec Melendili
- Le boyfriend qui me caresse la tête comme un enfant malade et me serre contre lui contre les sanglots inarrêtables, le sentiment de faute irréparable qui vient de loin, contre lequel je ne peux rien, sur le point de me perdre (et lui, qui me confie a posteriori que je lui ai fait peur)
- Découvrir la nouvelle maison de Dad sans lui et lui rendre visite en maison de repos / son SMS ensuite « énormément plaisir »
- Le chat qui vient ronronner sur mes jambes par-dessus la couette alors que le boyfriend est reparti sans lui pour quelques temps
- La jalousie jouée envers Martin, le moniteur d’auto-école pour lequel le boyfriend se parfume
- Revenir à la gare à trois professeurs et trois roses de front
- Devenir autre chose que collègues en écoutant une détresse psychologique, puis des bribes d’histoire personnelle
- Le quiproquo avec la psy et une séance qui a failli être la dernière sans que je le sache
- La douleur légère au genou pendant des mois, et le soulagement de l’infiltration sans commune mesure avec celle de la hernie discale
- Les bruits de travaux et le plafond palmier à dalles lumineuses lors de l’IRM qui me diagnostique finalement un ménisque fissuré
- L’envie de jeter la manette par la fenêtre, même avec le jeu au casque — bruit de plastique énervé
- Cette carte de remerciement infiniment émouvante
- Se demander s’il faut écrire Sherpa ou sherpa en relisant ce manuscrit maintenant publié / apprendre tout un tas de trucs sur l’alpinisme et mon amie
- Les asperges au peanut butter chez Britney pour mon anniversaire
- Installer la table de jardin offerte par le boyfriend dans ma chambre pour avoir chacun un bureau
- Partir en expédition Le bon coin au débotté pour trouver un bureau où le boyfriend puisse installer son ordinateur et sa tablette graphique / Mum qui plaisante en rajoutant un zéro de trop
- Le chat qui surveille la main de Mum sur le levier de vitesse
- L’adieu à l’appartement de Montrouge
- L’exercice de Pilates piqué à un cours avec Mum pour les élèves de barre au sol
- Unlocker un nouveau niveau d’en dehors en cours de posture
- Survivre à quatre semaines avec un seul jour de congé hebdomadaire
- Passer de 16 à 21h de cours hebdomadaires
- Les pâtes du mercredi et du samedi midi dans des bacs de glace au chocolat
- La petite explosion de la couronne qu’on ouvre en port de bras comme étant ma marque de fabrique, selon CC
- Être raccompagnée au métro par S. en collants roses et guêtres noires sous son manteau, la choquer en sortant du pain et du fromage en tranche de mon sac de danse
- Donner des cours particuliers à une gymnaste qui fait les championnats de France et dont la cousine a dansé Serenade aux États-Unis
- La posturologue qui me rapporte on est contente de l’avoir, avec elle on danse vraiment
- La visite d’une baraque bourbier inchauffable indémerdable
- Découvrir certaines de mes plus belles écharpes ruinées et faire la chasse aux mites
- Se faire plaisir en abordant du répertoire en stage / La Bayadère (la variation de la flûte) et Dances at a Gathering (le danseur en brun) / le groupe incroyable et ma dame pétillante aux cheveux tout blancs
- La petite fille aux bras scarifiés qui court de joie après le spectacle (et n’est plus là à la rentrée, dépression sévère)
- Les bretelles de justaucorps qu’on réunit avec des ronds de porte-clefs pour le spectacle
- Le grand gaillard à qui échappe une larme d’émotion parce que ce spectacle est le dernier avec le conservatoire après y avoir fait toute sa scolarité — il passe au niveau supérieur
- Appeler Tavistock « ta biscotte »
- Le calendrier de l’Avent en forme d’objet astronomique précieux
- La joie quand Coline Pierré s’abonne à ma newsletter danse
- Apprendre qu’au conservatoire, la prof de danse de mon adolescence me surnommait Bambi
- Les bagues et les tresses lumineuses de H., quand on s’éternise en discutant bien après la fin de mes cours — les goûters que je lui suggère
- Les crumbles deux chocolats du mercredi midi
- Les squats qui me tétanisent les cuisses sans aider le genou, chez une kiné où je ne suis pas retournée
- Le nouveau pianiste qui pourrait être un pote
- Se retrouver en collants roses et godillots dans la cour d’un lycée, magie de l’exercice d’évacuation incendie
- Les musiques chelous qui servent de sonnerie au lycée, interfèrent dans la musique du cours de danse et me donnent systématiquement envie de les interpréter par des mouvements désarticulés
- Le trajet retour en métro avec une élève débutante adulte, qui m’explique faire de l’animation et visualiser les mouvements de danse comme les silhouettes qu’elle anime, avec des points-clés (le pouvoir de la visualisation !)
- Se hurler dessus avant de rendre les clés de la voiture de location, tout au stress de rater le train
- Faire la lecture du cirque et du tracteur vert au fils de JoPrincesse
- Causer trouble anxieux avec C. dans le cimetière de Montrouge (et ses allées par essence d’arbres)(et sa stèle vitrail)
Les sous-verres en forme de vinyle au seul café qu’on trouve d’ouvert la même ou une autre fois (une librairie japonaise)— il semblerait que ce soit en 2024- Voir deux spectacles de Martha Graham pour la première fois et dans la même journée
- Ce dernier mercredi si chaud de juin, où l’on m’offre des chocolats
- Les volutes à la Van Gogh et « G-Ives-verny » sur la broche-prénom du boulanger
- Les derniers accras de morue au restaurant de poisson de Montrouge
- Le salon de thé Krème qui a fermé
- Les rares mais longs coups de fil avec L., notamment la fois où elle me raconte avoir soufflé une lampe-lune-néon en verre
- Se remettre à pleurer quand il me demande à quel niveau de vert couper les poireaux
- Le canapé de la voisine qui brise le vasistas du salon lors de la livraison
- Moi qui soupçonne le boyfriend d’être TDA, lui qui me soupçonne d’être un brin TSA
- En pantalon à pinces, avec un masque et de la fièvre, improviser un échauffement sans barre, pour des élèves qui ne sont pas les miennes et sont filmées par les caméras de France 3 région
- La découverte d’un nouveau plat indien à la noix de cajou
- Barricader les fenêtres d’oreillers, plaids et coussins pour tenter de dormir dans le noir en Angleterre
- Le pull rayé blanc, vert pâle et vert foncé que je n’ai pas acheté à cause de sa composition plastique
- Manger un msemen au soleil avec L. dans le parc aux coqs
- Écrire mon prénom sur un chevalet en papier, un geste que j’avais oublié
- « Mais ils sont beaucoup plus vieux que toi, ils ont 34 ans. » Plus jeunes, donc. Incrédulité de mon interlocutrice, qui en arrête de pousser son vélo.
- Goûter le merveilleux de chez Brier en updatant avec M.
- S’emmêler les pinceaux temporels et savourer le roulis lingual allemand devant Dark
- La flaque de larmes d’une enfant figée parce qu’elle n’a pas réussi un pas — une flaque, comme dans les bandes dessinées !
- Ces Anglais qui font des plongeons en combinaison dans le port de Mousehole
- Une petite fille qui m’offre une gourde à fleurs à la fin de l’année car la mienne a été décrétée trop petite (elle passait sous tous les robinets)
- Une autre élève qui part en fou rire quand je ramasse sa gourde, persuadée que c’est la mienne nouvelle (le motif floral à l’aquarelle est très similaire)
- « C’est ton côté farfelu » dixit la directrice en voyant la fleur en fil de chenille offerte par une enfant et plantée dans mon chignon
- Le paquet de Chocapic XXL pour pourvoir aux petits-déjeuners du boyfriend et des miens (en topping sur les flocons d’avoine)
- Le boyfriend qui me raconte son avancée dans Clair-Obscur comme si le jeu vidéo était une série
- « Mais on va avoir la honte, si c’est un jeu vidéo » dixit une enfant quand je leur fait écouter la chanson de Clair-Obscur que j’ai sélectionnée pour le spectacle
- Les élèves qui se mettent à chanter La Bohème tout autour du piano tandis que l’autre groupe passe au milieu
- Faire les boutiques avec Mum à la recherche d’une parka qui ne soit pas noire (et jolie) (et imperméable)
- Croiser A. le lendemain de notre cours quand elle emmène ses enfants au leur. Découvrir au moment où elle repart à Versailles qu’elle aurait été partante pour se voir hors des cours de danse
- Trouver des galettes de pomme de terre à Vierzon à la faveur d’un train annulé et les mettre illico au menu du réveillon
Après avoir parcouru la galerie photo de mon téléphone, j’aurais pu ajouter :
- un élan pour des tests culinaires : beignets de poireaux, palak paneer, salade aux asperges crues, grilled sandwich courge buternutt-miso-cheddar…
- les électrodes chez le kiné
- lire des BD dans diverses médiathèques entre les cours que je prends et ceux que je donne
- utiliser des pièces d’échec pour visualiser le placement des élèves dans les chorégraphies
- les magnolias en fleur au parc Barbieux
- reconstituer les anamorphoses géantes du palais des Beaux-Arts
- cuisiner la même recette en visio avec C.