Interstice de réalité du 17 juin

Première virée à la FNAC depuis des mois. Je sais que ça ne fait pas très bon genre dans la communauté lettrée et bobo, mais les petites librairies indépendantes, ce n’est pas trop mon truc. Mon truc, c’est l’anonymat des FNAC et des Gibert, les supermarchés du livres avec leurs larges rayons où je ne gêne personne, et leurs piles de bouquins qu’on peut soulever jusqu’au dernier pour trouver l’exemplaire sans bosse, sans corne, sans rayure, le plus vierge possible. Là, je peux fureter sans me sentir redevable envers le libraire dont j’encombre la boutique, libre de repousser autant de dos que j’en tire des rayons, et de retourner les premières et quatrièmes de couverture comme des pancakes que j’ai été trop impatiente de goûter et qui ne sont pas encore dorés du tout, sur aucune des deux faces.

Parfois c’est trop, c’est l’errance du mètre linéaire, mais souvent, ce soir en tous cas, c’est la liberté : l’excitation de la rencontre et de la découverte, tous ces possibles enivrants d’histoires et d’émotions et de pensées croisées, de rebonds, d’envies démultipliées ; ce sont les possibles qui se redéploient, et je revis au milieu d’eux. J’attrape, j’ouvre, saute les préfaces, les avant-propos, et lis en diagonale les premières lignes : si elles me font rentrer dans le rang de la lecture ligne à ligne, si ma lecture s’est ralentie sans que j’y prenne garde, je me dépêche de refermer le livre en évitant la quatrième, que je cherche et j’évite à la fois, espérant la confirmation des premières lignes, craignant le faux départ. Je lis outre la quatrième et me saisis du livre aussi vite que je peux pour le dérober à mes hésitations – rester sur l’impulsion.

Cueillette du jour : 3.

Je n’étais pas sortie de la journée. En sortant de la FNAC, j’ai eu une impression de réalité, comme quand, myope, on chausse ses lunettes : le monde dans l’instant est tellement net qu’il en devient flou ; les contours hésitent sur l’objet auquel se rattacher, tremblotent comme les fantômes de cellules qui dérivent dans le champ de vision par forte luminosité. La ville entière se trouve entre deux lamelles de verre sous microscope, les contours mille fois grossis devenus des formes à part entière ; c’est flou à force d’être net.

La conscience tourne sa molette et s’ajuste, et alors c’est fou, soudain, ce qui était décor ou environnement reprend textures ; ce n’est plus le feuillage des arbres qu’on voit en levant la tête, mais des feuilles d’érables, avec leur découpe un peu pointue, individualisées dans la myriade ; il n’y a pas des nuages et du soleil, mais des arêtes d’immeubles plus arrêtées, et de longues traînes de lumières, dégradé d’asphalte et de poussière dorée.

Je me suis assise au bout de l’une d’elle, sur un muret pas vraiment fait pour s’asseoir, et j’ai commencé ma lecture en bas de première page, sans reprendre le paragraphe que j’ai lu trop vite debout devant le présentoir des nouveautés poche – juste assez vite en réalité pour me donner envie de lire, là, et même pas de lire, d’être assise dans la golden hour alors que mon horloge suisse interne devrait m’ordonner de dîner.

Assise sous un panneau géant, j’entends les changements de publicité, et moi qui déteste entendre le tic-tac des montres et n’importe quel autre bruit métronomique, cela ne m’agace même pas ; cela me ravirait presque, comme un son que je n’aurais pas entendu depuis l’enfance, masqué par le bruit de l’habitude. J’entends le mécanisme du papier qui roule, et l’oublie à mesure que je tourne les pages. Cela ne dure pas longtemps, je finis un premier chapitre non numéroté, l’heure dorée est passée derrière un nuage, un immeuble, ce n’est plus l’heure : je vais dîner.

(Mais la journée a existé.)

La faim du confinement

Sesame noodles wih ginger and peanut butter

Les nouilles épicées de Din Tai Fung, c’est une sauce à la cacahuète qui me fait complètement disjoncter les neurones, au point d’oublier d’une fois sur l’autre que j’aurai la bouche en feu, et qu’il faudra lutter contre le piment pour ne pas laisser un éclat de cacahuète. J’ai découvert ça à Hong Kong, et jamais retrouvé les saveurs par ici. Jusqu’à tomber sur cette recette des sesame noodles d’OwiOwi. Double avantage : c’est une recette entièrement végétarienne (pas de bouillon de bœuf comme à Hong Kong), et on peut doser la quantité de piquant pour que ce soit excitant, mais pas éprouvant.

S’il fallait un plat pour incarner le confinement, ce serait celui-ci ; son mélange inimitable de sésame, gingembre et cacahuètes en fait mon nouveau plat de comfort food favori. Je l’ai déjà fait assez de fois pour ne plus avoir besoin de consulter la recette : soja, vinaigre de riz, huile de sésame, miel, pâte de cacahuète… je verse directement toutes mes petites cuillères dans l’un des grands bols à ramen offerts par Palpatine. Moyens du bord, ajustements et préférences m’ont conduite à faire plusieurs essais, qui se sont pérennisés en une nouvelle variation. Dans les sesame noodles d’OwiOwi de la souris, il y a :

  • veto sur les oignon crus et l’ail,
  • une soupçon de purée de piment à la place de la sauce pimentée toute faite (qui comporte de l’ail)(je n’aime pas l’ail, on l’aura compris),
  • de l’huile de sésame uniquement,
  • autant de gingembre que j’ai la patience d’en râper,
  • des nouilles soba, mi-sarrasin mi-blé,
  • et surtout, surtout, de la purée de cacahuète (l’avantage de la purée sur le beurre, c’est qu’il n’y a pas de sucre ajouté) plutôt que du tahini (de toutes façons, vous aviez terminé le pot avec votre dernier houmous).
Fluffly pancakes

Encore un coup d’OwiOwi : des pancakes hyper fluffy comme à San Francisco, qu’on peut décider de faire sur un coup de tête au réveil (la pâte ne repose que 10 minutes, soit le temps de ranger la cuisine avant de s’attabler).

Curcuma et feta, tel est le secret de ces golden eggs, éventé par OwiOwi. L’aneth donne un petit goût hyper stylé, mais c’est aussi très bon avec des herbes de Provence.

Carottes rôties

Des carottes rôties au four dans leurs épices (plus une patate douce qui trainait). Encore un coup d’OwiOwi : vous aurez compris à présent mon statut de fan girl absolue.

Grâtiné : tartes, polenta et croziflette

Tarte oignons-raisins sec et tarte épinards-bleu-parmesan-raisins secs : des classiques de ma maman (on aime le sucré-salé de mère en fille).
Pour la bonne mesure fromagère : croziflette et polenta poêlée avec du gorgonzola fondu dessus – tant d’années à croire que j’aimais le bleu alors que c’était de gorgonzola dont je me languissais…

Salades improvisées pour faire venir l'été

Rechigner à faire les courses rend inventif. Renouvellement côté salades composées, avec l’objectif que ce soit à la fois croquant et calant :

  • en haut à gauche : sarrasin grillé, chèvre, radis, câpres,
  • en bas à gauche : sarrasin grillé, feta, asperges, noisettes, huile de noisette,
  • en bas à droite : nouilles soba froides, soja, sésame, fèves et algues wakame,
  • en haut à droite : tartine de chèvre, poivrons et herbes de Provence sur pain Poilâne.

Si vous avez des mélanges favoris, je les veux bien en commentaire. Je ne me suis toujours pas remise du combo lentilles-pomme fruit de Melendili, que j’ai adopté après l’avoir découvert à l’un de ses pique-niques d’anniversaire.

Pain, pain, pain, pain

Sans levain mais avec levure boulangère et pain complet, je me suis lancée. Après plusieurs essais (dont un avec du lait ribot – le scone géant en bas à gauche), j’ai fini par me fixer sur un mix d’une recette de Mum et d’OwiOwi, avec moins de sel, moins de sucre, et surtout des graines de sésame et de lin pour faire un peu de texture et masquer le goût de la levure chimique. Je ne mettrai pas les boulangeries au chômage technique, mais ça a bien rempli son office de support à fromage et de truc non sucré à grignoter pour achever de se caler après un repas trop léger.

Les piles horizontales #10

Pile de 6 livres

Les piles horizontales, ce sont les livres lus ces derniers mois ou dernières années, qui s’entassent chez moi au-dessus des bibliothèques en attendant d’être chroniquettés et d’acquérir ainsi leur droit à l’oubli. Aujourd’hui, une pile accumulée en 2019.

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Les piles horizontales #9

Les piles horizontales, ce sont les livres lus ces derniers mois ou dernières années, qui s’entassent chez moi au-dessus des bibliothèques en attendant d’être chroniquettés et d’acquérir ainsi leur droit à l’oubli. Aujourd’hui, un duo au carré, avec deux fois deux romans, de deux romancières. Lyrisme versus prosaïsme, beauté de la tristesse versus beauté de l’insolite inattendu.

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