Bandes dessinées, septembre 2018

L’Immeuble d’en face, Vanyda

La première fois que je me suis dit : mais il y a d’autres personnes qui font ça ! au cours d’une lecture, c’était dans un roman de Japrisot à propos des superstitions auxquelles on ne croit pas, mini-contrats passés avec soi-même pour s’accoutumer à l’imprévisible. Depuis, j’adore retrouver ce genre de confidence impromptue, qui doit, pour fonctionner, porter sur un détail que l’on estime vaguement honteux et trop anecdotique pour être rapporté. Je vous présente ainsi Claire, mon alter ego dessiné ; le texte correspond mot pour mot, jusqu’à l’exclamation habituellement tenue par Palpatine :

La fille fait un câlin à son copain torse nu quand soudain " - Putain ! Un bouton ! Trop beau"… Attends… - AIE ! - Il était énoooorme !!"
Dites-moi que vous aussi…

 

Émilie voit quelqu’un, tome 2, Théa Rojzman et Anne Rouquette

Une histoire toujours aussi barrée, interrompue de temps à autres avec des exposés délurés sur quelques concepts-clés de la psychanalyse, comme celui de résistance, illustré par un schéma d’installation électrique.

"Y'avait une promo sur les névroses, deux pour le prix d'une."
Perso, j’ai pris un package TOC.

 

Les Brumes de Sapa, de Lolita Séchan

Petite, j’ai eu des collections, parallèles ou successives : billes, timbres, peluches, petits animaux en verre soufflé, images Panini, photos de danse (j’ai eu presque toutes les images de ballet du web français dans un classeur, à ses débuts)… Depuis quelques temps, l’envie me reprend de collectionner, de manière dématérialisée, des images et des textes, de rassembler le similaire pour jouir de la variation et faire surgir le sens de la répétition. À moins que cela ne soit pour me donner l’illusion de m’y retrouver dans un monde foisonnant, qui se refuse à une taxinomie d’opérette. Il faudrait ouvrir un tumblr par jour pour n’en pas voir le bout, alors je me contente de me dire que cela pourrait faire l’objet d’une collection : les manières de dessiner la mer, les faux gribouillis qui se comprennent d’emblée, les notes de bas de page croustillantes, les motifs des balustrades en fer forgé… En lisant Les Brumes de Sapa, ce sont les surprises des touristes que je me suis dit qu’il faudrait rassembler par pays, d’origine et de visite, pour faire ressortir des idiosyncrasie de chacun ; lorsque la narratrice décrit le bruit de Hanoï et la difficulté pour traverser la route, j’ai vu illustré le récit identique que m’en avait fait Palpatine…

Je vous fais part de mes petites obsessions de lectrice, mais ce roman graphique est bien plus que le carnet de voyage par lequel il commence. Sur la trame éculée du voyage sabbatique à l’autre bout du monde pour tenter de donner un sens à sa vie, Lolita Séchan brode un motif inattendu : rien ne se passe, aucune révélation ;  Lolita ne dépasse pas sa condition de touriste et revient du Vietnam aussi perdue qu’elle est partie. C’est seulement lorsqu’elle repart ailleurs pour ses études qu’apparaît la trace laissée par le voyage : elle est habitée par le souvenir-fantôme de l’enfant avec qui elle a discuté lors des derniers jours à Sapa, dans les montagnes. Cette enfant la suit partout où elle va ; elle décide de se lancer à sa poursuite.

Je n’avais jamais vraiment pensé qu’on pouvait décider une amitié, mais Lolita la décide-dessine comme on dessine sa vie : en repassant à maintes reprises sur un crayonné qui aurait tout aussi bien pu s’effacer. La répétition fait apparaître un motif, donne peu à peu du sens à ce qui était jusque là arbitraire : l’amitié entre Lo Ti Ghom, l’enfant de Sapa, et celle qui s’est vue renommée Lo Ti Tah prend prend réalité, forme et épaisseur au cours de multiples voyages  à Sapa. La vie se tisse dans ces allers et retours, les études, les projets, chacune étant rappelé à son monde par ses incursions (asymétriques) dans celui de l’autre : Lo Ti Tah revoit ses problèmes d’Occidentale à l’aune de ces de Lo Ti Ghom, laquelle vit dans une tradition qui parfois lui pèse mais qu’elle ne pourrait rejeter sans y perdre son identité.

Les réflexions, comme le trait, sont d’une grande finesse, d’une grande sensibilité. Quantité de thèmes y sont abordés, sans jamais empiéter les uns sur les autres : la relation à l’autre, dans la culture et l’intimité ; le poids des traditions et l’insoutenable légèreté de la modernité ; la joie du partage et sa fatigue, ou encore la dépression d’un parent (les brumes de Sapa, ce sont aussi celles-ci), les silences qui l’entourent et les peines, les joies souterraines…

Brumes de montagne,
brumes d’incertitude face à l’avenir,
brumes de tristesse d’entre lesquels apercevoir la joie,
Les Brumes de Sapa est un magnifique roman graphique que j’ajoute sans hésiter à ma bibliothèque imaginaire.

 

[…] de quel droit fige-t-on quelqu'un ?
Ce décalage entre l’évolution d’une personne qui vit loin de soi et l’image toujours retardée, toujours nostalgique que l’on a d’elle est un thème qui m’intrigue depuis mon amitié effilochée avec A. partie vivre en Australie. “J’ai changé” soulignait-elle, sans parvenir à percevoir que, sans être partie à l’autre bout du monde, je n’en avais pas moins changé moi aussi, à ma mesure. Nous avons chacune parlé à une version obsolète de l’autre, jusqu’à, comme des navigateurs dépassés, ne plus être compatibles qu’à moitié, discussions tronquées.
"Plus mes rêves grossissent, moins j'ai de chance d'être heureuse"
Ces derniers temps me reprend l’envie du petit, de la gribouille et de la bidouille comme à la fin du mon adolescence (j’ai d’ailleurs tendance à ressortir du fond de ma garde-robe les vêtements de cette période-là, moins élégants mais plus confortables que les plus récents). C’est petit mais ça peut grandir, au lieu d’être un but, une velléité écrasante – l’envie du petit.

 

                                                                                                                                                                        J’ai parfois l’impression de vouloir des rencontres égoïstes, moins pour découvrir l’autre que pour me réinventer moi-même – comme si l’on partait d’un miroir vierge, qui ne présente pas les petites scories noires des amis de longue date, qui donnent un charme et une patine à nulle autre pareille, mais nous obligent à toujours nous présenter à ces miroirs sous le même angle pour pouvoir nous y refléter. Vous voyez de quoi je parle ?

 

Après une rapide recherche, il s’avère que Lolita Séchan est bien la Lola du chanteur Renaud, qu’elle remercie pour tout ce qu’il lui a transmis de sombre et de lumineux (je trouve ça magnifique comme remerciement, et cela me donne l’impression d’une intimité plus grande encore en me rappelant tous les trajets en voiture avec mon père passés à chanter les chansons de son père à elle). Outre la notice biographique, il y avait une photo d’elle à côté et j’ai été saisie par sa beauté. Pour les femmes qui me lisent : est-ce que vous avez parfois cette surprise, vous aussi, malgré le fond féministe que vous vous souhaitez d’évident, d’être surprise qu’une femme talentueuse soit de surcroît si belle ? Je n’arrive pas à savoir si cette fascination presque douloureuse (mais très ponctuelle, hein) relève d’une vague misogynie intériorisée sous forme de compétition envieuse ou si c’est juste un étonnement statistique de ce que surgit parfois entre nature et culture une personnes aux qualités si disparates et complètes – que l’on aurait mauvaise idée de jalouser, car les brumes… les brumes…

Illuminations Ianesques

Hippolyte et Aricie, suite orchestrale de Jean-Philippe Rameau

Cette musique me fait penser à un rinceau végétal qui délicatement s’enroule autour de statues tout de muscles et de drames noués, animant le marbre d’élans et de soupirs. (À un moment, je surprends les personnages hiératiques en pleine bourrée auvergnate ; c’est assez curieux.)

Les Illuminations, pour voix haute et orchestre à cordes, de Benjamin Britten

Anne Deniau a dit de Nicolas Le Riche qu’on ne pouvait pas être fan de lui. C’est la même chose avec <3 Ian Bostridge <3. Je joue à la fan girl parce que c’est drôle, mais en vrai, la courbe d’appréciation du ténor passe toujours par une petite phase de déception. Cela a sûrement à voir avec le fait qu’il se définisse comme chanteur plutôt que ténor : sa voix ne séduit pas d’emblée ; elle n’est pas forte et chaude, ne vous embarque pas avec elle. Mais elle article étrangement, étire, claque et intrigue, et au bout de quelques phrases, on écoute, oui, vraiment. On regarde également : sa voix est une synecdoque de son corps, lui aussi sec et sexy, le charme éminemment british.

Highlights des illuminations…

Phrase : “J’ai tendu […] des chaînes d’or d’étoile à étoile, et je danse.”
Je retourne les mains vers mon T-shirt, mais seul Palpatine lit l’inscription : Dance with me?

Parade : il titube et éructe comme un érudit sortirait du pub – un bizarre cocktail de flegme et de tension, l’haleine chargée de sarcasme.

Fanfare, Interlude, fin de Parade : trois fois, la phrase “J’ai seul la clef de cette parade sauvage” et trois fois, avant de lâcher l’épithète, il reprend “de cette parade” d’un ton où la menace le dispute au mystère, avec une telle sorcellerie que j’en espère presque qu’il donne cette unique phrase en bis (évidemment non).

Nous finirons sur une image : Ian Bostridge de dos, en première position, le poids du corps légèrement décalé sur la gauche, tête de même, comme si le voyageur Caspar David Friedrich marquait un temps de pause pour se ré-acclimater des sommets perdus à l’entrée d’une ville braillarde.

Symphonie n° 5 en majeur, dite Réformation, de Felix Mendelssohn

Autant le romantisme pictural me botte, autant son pendant musical a tendance à me faire le même effet que les peintures de la Renaissance. Une demie-heure d’ennui luxueux.

(Confirmation pour JoPrincesse : j’avais déjà entendu la symphonie italienne et dispensable du compositeur – je me suis fait sourire moi-même à la relecture.)

Climax (anti-)

Il a réussi à rendre ça encore plus dérangeant qu’un viol de dix minutes.

Ma connaissance de la filmographie de Gaspar Noé se limitant à Love, il me manque la référence, mais cette proche spectatrice a parfaitement résumé mon ressenti à l’issue de la projection. Heureusement, le réalisateur a prévu le coup en commençant par le générique ; écran noir, on peut couper court.

Comme souvent, au final, c’est par la fin que ça commence : une femme blessée est filmée de haut, à ramper dans la neige bientôt souillée de sang ; elle n’avance pas aussi vite que la caméra qui la fait disparaître en glissant du blanc de la neige au blanc du ciel, que l’on devine aux ramures d’un arbres, qui bientôt se renversent en racines. Sans accroc ni raccord, le bas devient le haut, qui s’inverse à nouveau, et tout est à l’envers : la caméra, l’estomac. Le pacte filmique est scellé.

La fête qui réunit une quinzaine de danseurs à la fin de leur répét’ est filmée sur ce même principe, d’en haut d’abord, observant le cercle de leur battle (danseurs de ouf), puis en tournant (littéralement) d’un binôme à l’autre, et sans dessus dessous, enfin, lorsque la cocaïne versée dans la sangria fait son effet. Aidé par des lumières saturées et parfois insuffisantes, on bascule dans le cauchemardesque, d’autant plus cauchemardesque qu’on ne quitte jamais la banalité – des tenues, des propos bruts et du décor miteux de gymnase reconverti en salle des fêtes. Je reste pétrifiée par la menace de violence collective, et le film joue sur cette crainte, l’effet de meute, le collectif qui dégénère, quelque chose comme dans The We and the I, avec en prime, décuplée par la drogue, la gratuité d’Orange mécanique. Mais ma crainte, quoique constamment entretenue, est minée dans la surenchère : il n’y a jamais besoin que d’une ou deux personnes pour en démolir une autre, et même, on n’est jamais mieux servi que par soi-même.

Le temps comme les pupilles se dilate. Passage à tabac, scarification, brûlure, inceste, séquestration… le passage d’une horreur à une autre et le retour chaotique mais cyclique à chacune d’elle reproduit la temporalité propre aux cauchemars : cela n’en finit pas, on pédale dans la semoule pour s’en sortir et on ne s’en sort pas, ça colle, ça pègue, ça hurle, on ne sait pas pourquoi, tout ça sans raison ni couture, c’est un cauchemar, sortez-moi de là, et pour toute réponse : entrez dans la décadence. On ne sait plus ce qu’on voit, des corps n’importe comment sans qu’on sache si c’est un danseur hyperlaxe qui se démantibule ou si c’est autre chose, tous des tordus, des corps à terre, en convulsion, en coït, en krump, voguing ou vomis.

Climax de Gaspar Noé, c’est Dirty Dancing, mais alors en vraiment dirty. C’est simple : la première partie du film, bouillante et frénétique, donne envie de prendre mille drogues et de passer le restant de ses jours en rave, quand la seconde, cauchemardesque et chaotique, incite à passer au thé vert…

Quentin Grosset dans Trois couleurs

Ce sera un thé vert au jasmin pour moi, merci.

Remember

Précoces récoltes, d’Olivier Bioret,
le 22 septembre à Micadanses

Dire que nos préférences artistiques coïncident peu serait une litote. Mais malgré cela, j’aimerais bien te proposer de venir voir un petit morceau de mon travail chorégraphique […].

C’était parfaitement formulé et cela ne m’en a fait que plus plaisir, cette idée de se suivre de loin en loin, de continuer à essayer de partager des choses même si l’on n’a pas la même sensibilité esthétique. Pour situer, Olivier Bioret est la personne qui m’avait conseillé d’aller voir Alban Richard, qui doit toujours se trouver dans le top 5 des spectacles où je me suis le plus ennuyée.

Heureusement, l’ennui, qui était ma crainte numéro 1, a vite été écarté : le dispositif de Précoces récoltes incite à un constant va-et-vient entre le danseur et la vidéo, et sollicite autant l’attention qu’à l’opéra la navigation entre les surtitres et la scène. Le principe est simple, mais efficace : une même phrase chorégraphique a été transmise de danseur en danseur, chacun altérant malgré lui la phrase première ; un film compile les diverses versions de ce téléphone arabe chorégraphique, que le danseur imite ou confronte à la version originale, qui bientôt n’existe plus, n’a jamais existé.  On peut s’amuser à jouer au jeu des sept différences, ou se laisser aller à divaguer sur ce qui fait le style, l’interprétation : déroulé dans une approche contemporaine, on a là le concept même de variation, qui innerve le répertoire classique. Mais, autant j’apprécie intellectuellement la valeur de l’exercice, autant je peine à entrer en résonance avec des gestes qui restent pour moi très secs, plus arbitraires encore qu’un rond de jambe ou un pas de bourrée – et ce d’autant plus qu’Olivier semble toujours tirer vers une forme de neutralité ce qui, à l’écran, prend parfois une qualité de mouvement différente, une accélération, une élasticité qui commencerait à davantage me parler.

Je perçois la nostalgie qui peut émaner de l’origine perdue du mouvement, et du travail sisyphéen du danseur pour reprendre, faire vivre et se perdre le geste dans la répétition (le montage vidéo est rapide, le danseur rate une reprise et le manqué réussit encore mieux à faire sentir cela). Je la sens poindre, cette nostalgie, dans l’accompagnement musical de Benjamin Gibert, un ressassement folk réussi à base de Remember… the bridges we built… mais dois me rendre à l’évidence : je ne la ressens pas. À la sortie, à l’entracte, une spectatrice félicite le danseur-chorégraphe en lui disant que cela lui a mis les larmes aux yeux, et elle est sincère, dans l’enthousiasme d’une émotion que je ne ressens pas et ne me risque pas à feindre. Il faut imaginer Sisyphe heureux, les joues assorties à son polo rose.

La rentrée du Czech power

Après le concert de la semaine passée, j’ai failli revendre ma place en même temps que celle de Palpatine, en formation en province. Mais bon, quand même.

Le programme est improbable et exigeant, décide le monsieur d’un couple avec qui je discute en attendant l’ouverture des portes. J’aurais pourtant tendance à trouver plus entraînantes/intrigantes et partant, plus faciles à suivre, les pièces relativement courtes écrites par des compositeurs avec des accents rigolos sur leurs noms. Je crois comprendre qu’exigeant, en public parisien, ça veut dire : en-dehors du territoire et des périodes baroque, classique ou romantique.

S’il y a bien une question qui reste en suspens, dans The Unanswered Question, c’est de savoir où sont les musiciens : au milieu de toutes les chaises vides, il n’y a que quatre flûtistes, qui raillent le frottement-flottement des cordes invisibles et imperturbables, en écho à un trompettiste qu’on devine caché au fond d’un balcon. Charles Ives : compositeur et dramaturge.

Concerto pour violon n° 2 de Béla Bartók : Renaud Capuçon scie à toute vitesse ; l’Orchestre de Paris envoie du bois. Ça m’égaille, ravigote, ragaillardit l’esprit, qui part gaiement de son côté sur le projet qui va m’occuper cette année. Exit la crainte que l’envie commence à refluer alors que le fantasme se mue en travail à réaliser. L’imagination reprend du service, même si ce n’est pas pour illustrer par des métaphores la musique dont elle se nourrit.

J’aurais peine à retrouver la moindre phrase musicale de ce concerto, mais j’en ai apprécié l’effet savonneux sur mon entrain créatif, briqué à neuf. J’ai toujours dans l’idée que je suis là pour mettre mon écoute au service d’une oeuvre, pour l’appréhender, la recevoir, mais après tout, pourquoi ne pourrais-je pas simplement recevoir un service d’elle, sans chercher à identifier ce qui la fait telle qu’elle est ?

Sans réduire la chanteuse à sa tenue, peut-on parler deux minutes de la robe de Stéphanie d’Oustrac pour La Mort de Cléôpatre, de Berlioz ? Asymétrique, bicolore noire et dorée, elle pourrait être un cliché clinquant ; portée par la mezzo-soprano, elle illustre une légende brillamment incarnée. Sous une masse volumineuse de cheveux qu’on ne peut s’empêcher de rassembler en crinière, voix déployée, elle est terrible : un regard de fou. Fixe et brillant. Ses bras montent lentement devant elle, en tension, pendant tout un air – une intensité qu’on imaginait réservée aux tragédiennes d’antan, au surjeu si admiré ; la Sarah Bernahardt rêvée par Proust avant qu’il ne la découvre, déçu puis ravi d’avoir été déçu, déjoué dans ses attentes. D’Isis, l’ancien culte est détruit.

J’aime particulièrement le dernier air (Grands pharaons, nobles Lagides…) et la fin du récitatif, lorsque la voix dérive du chant vers la parole, privée de souffle – un chant blanc comme une voix blanche. La reine meurt, les cordes se pincent pour y croire. Silence. Encore. Silence. Encore, dans l’indécision du dernier souffle, et ça reprend, je le regrette un peu, plus fort, plus terrible, même si je comprends la tentation de la grandeur-grandiloquence qui, heureusement, est révoquée : pas de silence abrupt, retour en évidence de ce qui s’efface.

Le meilleur pour la fin, se réjouit d’avance un spectateur derrière moi, tandis que l’orchestre se prépare pour Taras Bulba, de Janáček. Je ne suis pas en désaccord. Encore un grand coup de CZECH POWER, sous la baguette de Jakub Hrůša qui n’en finit pas de me faire sursauter.