Journal d’avril, suite et presque fin
Mardi 14 avril

En descendant du tram, je m’installe sur le banc d’attente et laisse passer au soleil le suivant avant de finalement me lever pour le rendez-vous avec la psy. Elle me fait faire des pauses dans mon récit, pose des questions et reformule comme si elle n’était pas sûre d’avoir tout saisi ; agacée par ces ralentissements, ce n’est tout de même pas très dur à suivre, je ne saisis pas d’emblée que ces interruptions ne sont pas pour elle, mais pour moi, qu’elle cherche à me faire ralentir.
Le Welsh de Pancook a perdu en extraordinaire, mais j’ai grand plaisir à déjeuner avec H. et sa femme, que je n’avais jamais rencontrée. L’asymétrie de son visage peu à peu prend vie, tandis qu’H. navigue avec l’emphase qui est la sienne (un mélange d’enthousiasme et d’indignation) entre updates informels et récits où je ne suis pas très bien qui est qui, mais qu’importe. Depuis combien de temps ne s’était-on pas vues ? Huit, dix ans ? Encore une fois, peu importe. C’est la forme de cette amitié lointaine où, parce qu’il y a eu connivence virtuelle un jour, on s’est dispensé du privé concret les suivants. Épisodes de vie, séries TV, rencontre de nos couples respectifs… Il est évident qu’on se connaît sans se connaître parce qu’on se connaît depuis longtemps.
À la médiathèque, j’accuse ma courte nuit. Les idées de lecture me traversent, mais s’évaporent aussitôt, je dois me concentrer pour retrouver noms et titres, chercher les initiales dans le déroulement alphabétique, à travers un brouillard qui à chaque fois se reconstitue sitôt dissipé. L’effort mental est laborieux, mais la cueillette bonne.
Mon oncle radiologue a été appelé à la rescousse en tant que LE médecin de la famille. Il s’est renseigné sur l’hôpital où le hasard a fait débuter ma prise en charge : c’est une petite équipe, et petit sonne méprisant dans sa bouche ; ils ne prennent pas n’importe qui dans ce genre d’hôpital privé, ce ne sont pas des cow-boys mais pas des cadors non plus, hein, j’entends son grand nez parler, sa morgue de médecin, les cadors sont juste à côté, dans LE centre de référence, là où travaille une connaissance à lui, ils ne sont pas amis mais se connaissent et se respectent, ils s’estiment je propose, bref on n’a pas un cancer tous les jours, autant se faire opérer par des pointures, et j’entends presque la rhétorique d’une réclame commerciale, on n’a pas un cancer tous les jours, ce serait quand même dommage de ne pas en profiter, une si belle occasion.
Je ne m’entendrais pas avec ton oncle, c’est la conclusion de S. à qui je rapporte ces propos, pour tenter de comprendre la part entre qualité de soins et snobisme d’initié. S. et d’autres à sa suite me rassureront : le centre mentionné par mon oncle est bien le centre de référence, mais je serai bien soignée dans un cas comme dans l’autre, mon cas n’est pas compliqué. Enclume ou marteau, le clou sera bien enfoncé. C’est du pareil au même, sauf que je me retrouve désormais avec un choix à faire, moi qui ai toujours tant de mal à faire des choix, surtout quand les options sont à peu près équivalentes et que je mesure mal leurs implications. Incliné mais pas nécessité… ce vieux souvenir de prépa refait surface, sur le choix d’autant plus facile à faire que nous sommes prédéterminés à le faire — mais libres de ne pas, là étant toute la subtilité leibnizienne.
[emoji crâne qui fume] Et je réalise en écrivant aujourd’hui mardi 5 mai ces lignes, après avoir fini pendant les vacances Le Talent n’existe pas de Samah Karaki, que Leibniz était complètement aligné avec ce que les neurosciences tendraient à montrer (si j’ai bien compris cette lecture un brin tortueuse) à savoir que notre cerveau a déjà préparé la décision avant qu’on ne le prenne consciemment et que notre marge de manœuvre consiste seulement à refuser : moins un free will (libre-arbitre) qu’un free won’t (être libre de ne pas, le jeu de mot est fou, avouez). [/emoji crâne qui fume]Je me serais bien passée d’avoir à prendre une décision dans l’état psychologique où je suis.
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Mercredi 15 avril
Sondage express auprès de la pharmacienne que j’aime bien : si c’était pour elle, elle irait au centre que me recommande mon oncle, sans hésiter, puisqu’on a la chance de l’avoir dans la région.
La correspondance est parfaite pour caser un bimbimbap et une boule de glace au gingembre près de la gare d’Austerlitz. Le métro passe à présent à travers un immeuble (de bureaux ? encore des bureaux ?) qui s’est construit autour. Le mot fatidique n’est pas prononcé de tout le repas avec Mum, on n’en parle pas, et ça me va très bien.

Dans l’intercité, je suis dans un carré de six places (un rectangle donc), où nous sommes cinq. Que des hommes à part moi. Le vieux monsieur très soigné avec son col roulé se détend quand, au bout d’un quart d’heure, je troque ma place centrale dos à la marche pour la place restée vacante en diagonale, côté couloir. On respire mieux dans le sens de la marche et avec un seul voisin.
En face de moi, un vingtenaire à boutons de manchettes soulève et replie sa veste en deux avant de la déposer à cheval sur sa cuisse pour ne pas la froisser. J’observe avec un peu trop d’intérêt pour être charitable l’opération déjeuner qui débute avec une salade en carton posée en équilibre sur son autre cuisse. La tablette s’arrête devant son voisin et, plutôt que d’y poser la salade, il a privilégié l’ordinateur, pour manger devant une défilement d’images autres que celles de la fenêtre du train. La salade est déjà en équilibre précaire lorsqu’il secoue la vinaigrette empaquetée à part, et la résistance de l’opercule pousse le suspens à son comble. Cette saynète héroï-comique et son funambule macroniste m’amusent beaucoup, cela ne peut pas bien finir, et j’éprouve, je dois le confesser, une certaine satisfaction lorsque l’opercule cède et, ce qui devait arriver arrivant, projette ses gouttelettes sur la chemise blanche (elle laisse deviner en haut, très mec, une chaîne en argent et un pan de peau de bébé).
À côté de moi, un autre vingtenaire tellement fin de corps et tellement large d’épaule tente de pioncer après une nuit festive. Sa carrure de surfeur (son maillot de sport moulant me fait penser à une combinaison de plongée) coincée entre moi et un autre trentenaire tranquille, il s’enroule bras croisés sur la tablette.
De l’autre côté du couloir, un couple de bobos à la quarantaine finissante (petite cinquantaine ?) met en échec toute cohérence sociologique. Elle, probablement un peu trop couverte pour la saison, a ouvert la fermeture éclair de ses cuissardes, épluchées de part et d’autres de collants sans pieds. Les tissus à motifs dépareillés qui constituent sa jupe me feraient dire qu’elle fait partie des gens qui sauvent le monde tous les dimanches, en manif plutôt qu’à l’église. Elle se tient très droite, et je la trouve très belle, moins dans ses traits que dans son attitude, expression patinée. Lui, est un peu moins soigné, un peu plus voûté. Vers quinze heures, ils déballent deux fromages de fromager, un couteau, une tradition, des yaourts Saint-Malo, des fruits, d’autres choses encore conformes à un pique-nique de qualité — et une part individuelle de gâteau sorti d’un emballage en carton, quand même, seule concession à un régime moins sain. La gourmandise reste mesurée, une part réservée puis partagée. Le tableau est parfait, tout concorde. Tout concorderait si les magazines à beau grammage qu’ils extraient d’un sac suggérant l’exposition fraîchement visitée étaient des Connaissances des arts. Mais ils ne comportent aucune œuvre d’art, les images que j’aperçois sont d’archives, guère engageantes. Je postule un intérêt historique, avant d’intercepter le titre lors d’un échange ou d’une pause contemplative, couverture refermée : Liaisons, le magazine de la préfecture de police. Il existe un magazine de la préfecture de police et cette lecture les absorbe la majeure partie du trajet ; ils lisent vraiment, avec concentration, extraits tapotés, brièvement commentés et échange d’exemplaire. Quelque chose m’échappe, ça ne colle pas.
Quand je lui raconte le soir, le boyfriend colmate l’incohérence de la vignette par une hypothèse ma foi assez satisfaisante : ce seraient des journalistes qui préparent un dossier sur les violences policières et se renseignent sur la version qui en est donnée par les autorités. Je souscris moins à la version de deux collègues ; même si rien dans leurs gestes ne trahissait une tendresse manifeste, leur univers était trop bien réglé, trop harmonieux, pour ne pas évoquer une forme d’intimité. Ou alors des collègues amis de longue date.
On est moins serrés dans le Rémi, mais, comme le remarque le petit garçon à côté, il n’y a pas de tablettes. On ne peut pas tout avoir, tranche sa grand-mère, qui préfère un espace spacieux que studieux. « Ce sont les tablettes qui font serré » : observation pertinente du petit garçon, il a raison, je n’y avais pas songé. Il ne reste qu’une vingtaine de minutes de trajet et c’est précisément alors que j’ai le plus grand mal à résister à la somnolence induite par le bercement du train. 18h est désormais l’heure du dépassement, où mes ressources de sommeil viennent à manquer.
Je ne lis presque pas de tout le trajet, observe, somnole, encore le taxi, puis ça y est, des mains autour de moi, mon aimé sous les miennes.
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Jeudi 16 avril
Le canapé en cuir est froid, glissant ; j’inaugure le vieux fauteuil dans le coin bibliothèque jusqu’à présent décoratif. La majeure partie de la journée cependant, je la passe sur une chaise en fer forgée que je déplace sur la terrasse pour m’ajuster au déplacement et à l’intensité des rayons de soleil. Ce n’est qu’en toute fin d’après-midi que j’enfile mes baskets pour continuer ma lecture dans une chaise basse de jardin, empoignant une des trois qui n’a pas bougé depuis ma dernière visite — fantôme de conciliabule. Cela faisait une éternité que je n’avais pas lu en anglais ; il m’a fallu un déjeuner avec H. pour me rappeler que la médiathèque en possède un petit rayon en V.O. The summer without men de Siri Hustvedt inaugure the spring break with mine.

J’aperçois de l’autre côté de la maison le boyfriend monter son banc d’arbre. Le mec qui bricole a l’air heureux comme un môme qui déballe ses cadeaux de Noël, ça me met moi aussi infiniment en joie de le voir comme ça. À quatre heures plus une, il fait une pause, on va chercher des cônes et c’est un bout d’enfance qu’on trouve sous la main, au congélateur, sur la terrasse. La journée s’écoule dans le temps long de l’enfance. J’ai la sensation d’être en convalescence, puis heureuse. Down au coucher du soleil, que jamais le bonheur ne s’achève. Reblochonnade et Full Metal Alchimist pour finir la journée.


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Vendredi 17 avril
Peu importe que le livre s’ouvre quatre-vingts pages plus loin, que le cône soit remplacé par un esquimau ou qu’une longue conversation téléphonique ait animé la matinée, déjà la répétition raccourcit le temps long. Le même mécanisme par lequel ce séjour s’abouche au précédent avale le jour suivant. Si, au bout d’une journée, j’ai l’impression d’être là depuis une semaine, la semaine s’écoulera aussi vite qu’une seule journée — l’éternité ne s’ouvre et ne se referme qu’en parenthèses.
Je vis mieux la tombée du jour que la veille ; la journée a déjà débordé dans un trop plein de soleil. En fin d’après-midi, autre chose a déjà commencé. On inaugure le banc d’arbre que le boyfriend vient de finir de monter (huit chaises cambrées dos au tronc). Dans le soleil de fin de journée frémit la peau qui n’a pas l’habitude d’y être dénudée.
Peaky Blinders : L’Immortel : le boyfriend a raison, on dirait davantage un long épisode de série qu’un film. D’où il ressort que, pour avoir la classe et susciter l’adhésion en tant que gangster, il faut être bon acteur — question de présence. N’est pas Cillian Murphy qui veut.
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Samedi 18 avril
Souffle court et rythme cardiaque qui s’accélère : le mail de relance collectif pour fournir musiques et plan feux me déclenche donc une crise d’angoisse.
Dernières pages de The Summer without men. Tomate-mozza au soleil, puis à l’ombre, à l’abri du gros insecte noir volant non identifié. Le boyfriend et le chat font la sieste, chacun son oreiller. J’entame Pour la joie : est-ce que je lis pour la joie ou est-ce que je lis pour lire, divertissement qui me détourne de ce que je devrais faire comme du plaisir à faire ?
Le tapis de yoga est déroulé sur la terrasse pour une séance de souplesse du dos : face à l’ancienne gymnaste devenue contorsionniste qui m’encourage dans le petit écran, je me trouve aussi raide que la plus raide de mes élèves en barre au sol.
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Dimanche 19 avril
Le coussin de baignoire est une délicieuse invention. Le corps délié, je passe de pièce en pièce par l’intérieur ou l’extérieur, tout communique, fluidité de l’architecture et des températures.
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Lundi 20 avril
Jour ouvré, jour angoissé en pointillés. Le divertissement n’est plus innocent, même s’il est apprécié. Atteindre l’aube de Diglee. L’amour empiète sonore sur le sommeil.
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Mardi 21 avril
Patience des traces, de Jeanne Benameur.
Vous vous mettez au soleil avec un bon bouquin. Légère modification apportée au conseil de la psy pour les vacances : avec trois bons bouquins (et un moyen).
Le tapis de yoga est déplacé par tranche de dix centimètres puis de l’autre côté de la terrasse et quand plus aucun rayon de soleil n’y atterrit, le long du mur dans la salle à manger plein ouest. Aucun yoga n’y est pratiqué, seulement la sieste, éphémère, je m’endors vraiment, caressée par le soleil, le vent, la première jupe jambes nues de la saison.
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Mercredi 22 avril
Ça va mieux quand on fait. Des gestes qui pensent pour nous, que ce soit ranger les couverts dans le lave-vaisselle (chez le boyfriend, ils se rangent dans un tiroir à plat, j’aime bien, j’ai l’impression de ranger l’argenterie que nous n’avons ni lui ni moi) ou reprendre et adapter des exercices de barre au sol.
Après une énième crise d’âne de Buridan, j’appelle enfin le centre que m’a conseillé mon oncle, et tout s’allège, les rendez-vous compilés en une journée, plus rien à décider.
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Jeudi 23 avril
Le soulagement du choix dépassé se traduit par l’un de ces réveils apaisés où l’on a l’impression que l’on pourrait somnoler toute la journée.
La Patience des traces : les dernières (traces ou pages) sur la terrasse, à l’ombre moirée des feuillages. Il n’y a que Jeanne Benameur pour rendre en roman l’éclosion d’un parcours psychanalytique, sans rien perdre de la révélation (sans l’amoindrir ni la doubler d’un coup de théâtre), sans s’abstraire du présent. Rien ne change que le regard — déplacement. Déplacement du personnage sur des îles loin de la sienne, et déplacement de la cure, du divan au fauteuil, puisque ce n’est pas un analysant mais le psychanalyste qui mature — manœuvre habile qui permet de conserver le processus sans se retrouver narrativement coincé dans un cabinet. C’était très beau.
La terrasse : un ponton quand on marche dessus, mais une scène vue quand on marche à distance dans l’herbe. Je ne m’en éloigne guère, le jardin reste un décor, les arbres des perchoirs à chant d’oiseaux — bruyants, enveloppants.
Un œuf de Pâques praliné semble oublié le long de la baie vitrée ; je ne suis pas certaine d’avoir jamais vu auparavant de mes propres yeux un scarabée si vert métallisé.

Une douche pas du tout écologique, d’une tendresse infinie.
Le boyfriend cuisine pour l’arrivée de ses amis. Je fais petite main, sors les ingrédients, ramasse, range et jette ce qui peut l’être sur le plan de travail. Je le regarde faire, la plupart du temps, je me sens heureuse avec lui autour de ce bout de cuisine ouverte. La salle à manger, plein ouest, est baignée de lumière qui n’a même plus besoin de lunettes de soleil pour être dorée.
Le soleil de retour m’anesthésie. C’est une journée où j’abandonne — l’idée de travailler, de désencombrer en amont. C’est salutaire, puis moins. Backlash à la tombée du jour. C’est notre dernière soirée à deux.
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Vendredi 24, samedi 25 avril
Les amis du boyfriend débarquent pour le week-end. C’est à ce moment, la maison saturé de sociabilité, qu’il déclenche une nouvelle crise inflammatoire. Il est fiévreux, puis faible, bientôt au lit. Le week-end n’est pas annulé, tous misent sur un prompt rétablissement et enchaînent sur le déjeuner à l’ombre du parasol. On partage nos inquiétudes, une certaine hygiène de vie est incriminée, les plus véhéments menacent d’organiser un raid pour vider ses placards et les remplacer par des aliments sains. Le réconfort de trouver un écho (amplificateur même) à mes craintes tempère le sentiment d’obligation sociale — rester avec les invités pour assurer un minimum de relai au niveau de l’intendance. Heureusement, ses amis prennent rapidement les choses en main, investissent les lieux, la cuisine, repose-toi titi, modifient le menu du soir, se partagent les tâches, nettoient au débotté le second frigo qui doit accueillir les bières lors du grand rassemblement de cet été. Ils ne font pas comme chez eux, ils font comme dans une location de vacances où réellement, l’espace de quelques jours, ils seraient chez eux, le propriétaire réduit au rôle de visiteur.
C’est agréable puis plus trop d’être soutenue. Je sature vite, en réalité peu à peu, de la sociabilité et n’ai pas réellement d’espace de retrait où m’isoler des stimuli ; je peux me soustraire aux conversations, mais il reste toujours un brouhaha lointain, le pic d’une voix aiguë de dessin animé, ou une indication sonore de cuisine pour entraver le reset de la solitude. Je tente bien de lire sur le perron, Hors de moi, mais alors ce sont les moustiques qui attaquent, et le récit le moral : ce n’est pas forcément le meilleur moment pour entendre la détresse d’une malade chronique. Le chat reste terré sous la couette, collé au corps de son maître. Comme je le comprends, même si j’aime par connivence m’en moquer.
Le boyfriend tente quelques incursions de retour avec nous, et samedi soir, peut enfin profiter d’une soirée, de plusieurs heures avec ses amis. De le retrouver levé, je prolonge moi aussi, rajoute une petite louche de sociabilité.
C’est la troisième crise en deux mois, cela devient préoccupant. Un moment où nous sommes seuls à la table de la salle à manger, je l’encourage à contacter le spécialiste qui le suit, mais il sait déjà ce qu’il va lui dire. Et quoi, alors ? Je pense à des visites, à des traitements ou des changements de mode de vie qu’il ne voudrait pas entamer. Il est plutôt question d’hospitalisation. Mon angoisse déborde immédiatement, affleure le long de la cornée, et il me rassure, il sera là pour mon opération. Pour une fois, il se méprend : je panique à l’idée de ne pas pouvoir être là pour lui rendre visite à l’hôpital. Je panique, prends donc un bonbon, et panique se passe.
Cela me fait bizarre de voir ce grand gaillard tout tatoué s’inquiéter de ce que la porte d’entrée soit bien fermée pour la nuit en parlant de serial killer. Puis je me souviens que son dos pété l’a été d’avoir été enseveli sous les corps dans la fosse du Bataclan. Ce qui n’arrive que dans les films d’horreur lui est arrivé, ça rend les serial killers beaucoup moins improbables.
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Dimanche 26 avril
Lent retour à Roubaix (trois trains, deux métros). L’appartement me paraît petit, encombré de ce que j’y ai à nouveau à faire.


















