Ciné de juillet, 2019

Nouveau format de chroniquette ciné en test, en espérant que ce soit moins chronophage mais quand même sympa à lire. Dites-moi ce que vous en pensez. 🙂

The White Crow

C’est parti pour un Tutotal balletomane :

  • + 10 points pour avoir réalisé un film sur Noureev, quel qu’il soit.
  • + 10 points pour avoir embauché Oleg Ivenko, un vrai danseur qui, de surcroît, a la façon de danser un peu bourrine qu’on peut voir les vidéos de Noureev.
  • ni plus ni moins 0 point pour avoir inclus Sergueï Polunin, que je n’ai même pas reconnu (à l’annonce de sa participation, je pensais qu’il aurait le rôle-titre, mais le réalisateur n’est pas fou, il a parié sur un cheval moins instable).
  • + 5 points pour les parrallèles entre des moments de la vie du danseur et des œuvres d’art, celles-ci faisant loupe pour appréhender ceux-là.
  • – 7 points pour ne pas avoir filmé les corps dansant de la même manière, avec autant de force et de sensibilité.
  • + 5 points pour le gamin casté comme version miniature de Rudolph : même muet, il crève l’écran de son incroyable regard.
  • – 8 points pour le manque de fougue. La scène de la défection montre clairement le parti pris de la reconstitution sur celui de la légende (point de “I chose liberty”) ; il n’empêche : Noureev en jeune premier caractériel, mais encore timoré, ça fait tout drôle. Et Tutotal a raison : c’est zarb, à la longue, l’intensité émotionnelle qui passe principalement par les narines gonflées (une fois que vous l’avez remarqué, vous ne pouvez plus ne pas le voir).
  • – 10 points pour le manque de rythme : c’est LE gros défaut du film. Peut-être aurait-il fallu élargir le spectre temporel et brosser à plus grands traits.
  • + 10 points pour Raphaël Personnaz dans le rôle de Pierre Lacotte qui n’a jamais été aussi sexy OMG. J’ai été en pleine dissonance cognitive à chacune de ses apparitions.

Ce qui nous fait un total de 15 points. Ah oui, j’ai oublié le regard inénarablement triste de Ralph Fiennes lui-même en professeur de danse, mais j’ai la flemme de revoir mon barème.

La Femme de mon frère

– Pourquoi tout le monde demande à tout le monde s’ils veulent des enfants ? Comme si on était en pénurie d’êtres humains.

Je pensais aller voir une comédie, canadienne-déjantée-indé sûrement, mais une comédie. Or le rythme est formel : ce n’en est pas une. Qu’est-ce au juste alors ? Probablement un mélodrame, mais qui se traîne des airs de comédie ratée pendant un bon moment – jusqu’à ce que la comédie ratée devienne une manière plutôt réussie de traduire l’ornière d’auto-détestation dans laquelle est tombée notre anti-héroïne, thésarde sans boulot dans une relation fusionnelle avec son frère, qui l’abandonne en tombant amoureux. On nage en plein akward, et Sophia n’est pas Bridget Jones : ce n’est pas une femme banale et sympa à la maladresse drôle ou attendrissante, à laquelle on s’identifie volontiers, mais une fille brillante et exécrable, l’incarnation de l’anti-grâce, dans son comportement envers les autres, sur qui elle reporte son mal-être, comme dans les traits de son visage perpétuellement défait. Le film a beau sonner juste, et beau sur la fin*, il n’en reste pas moins ingrat pour le spectateur, qui ne sait pas trop quoi faire des blagues nulles entre frangins et a du mal à encaisser le rythme de montage hyper saccadé redoublant les engueulades familiales. Bref, le spectateur est comme la femme de son frère : l’invité qui ne sait pas trop où se mettre.

*Quelques jours plus tard, j’ai eu envie de me rendre au parc de Vincennes et c’est en voyant les barques en arrivant que j’ai compris ce qui m’avait attirée inconsciemment.

Yesterday

– Miracles happen.
– Like what?
– Like Benedict Cumberbatch becoming a sex-symbol.

Cette réplique prouve que Yesterday était pour moi, même si je connais au final mal les chansons de Beatles. Peu importe, il y a les yeux éberlués de Himesh Patel, les expressions chewing-humées en sourire de Lily James (il a fallu attendre le générique pour que je retrouve où je l’avais déjà vu : dans Downtown Abbey !), dans un scénario ce qu’il faut de farfelu, bien manigancé : un parfait feel-good movie, où tout le monde retombe sur ses pieds (“I always knew I was second ; this is not a bad place to be” – mon petit cœur a fondu de sympathie). Puis, mine de rien, ça rappelle que, même si on a tendance à confondre les deux termes, la réussite d’une vie ne se mesure pas nécessairement à son succès (et ne se limite pas non plus à une relation amoureuse).

Yuli

C’est le mois des biopic de danseurs ! Après l’histoire de Rudolph Noureev, voilà celle de Carlos Accosta : je savais que la star cubaine du Royal Ballet venait des quartiers pauvres ; ce que je ne savais pas, en revanche, c’est qu’il n’avait, enfant, aucune envie de faire de la danse. Genre aucune : le môme se fait la malle dès qu’il peut, et c’est le père qui vient le raccrocher à la barre – non sans quelques menaces et violences au passage. Pour ce père peut-être plus soucieux plus qu’aimant, la danse représente pour son fils surdoué une porte de sortie inespérée. Pour le fils, c’est “un truc de pédé” qui le coupe de ses copains puis de sa famille, un exil que ceux qui l’envient ne comprennent pas comme tel : quand tous veulent fuir Cuba, Yuli est le seul à vouloir y revenir.

Prenant le contrepied des destins dansés, Yuli est le film de l’anti-vocation. C’est à peine l’histoire de Carlos le danseur : davantage celle de l’artiste qui s’est construit sur un déchirement, et a eu la force de ne pas nourrir de rancœur à l’encontre d’un art qui l’a déraciné – mieux : qui a fini par l’embrasser pour mieux se retrouver.

Wild Rose

I wanted you to takes your responsabilities. I never meant to take away your hope.

La magie du cinéma, c’est de réussir, en te racontant une histoire, à te faire apprécier une musique qu’a priori tu détestais. De la country, je n’entendais que l’harmonica et les bottes de western ; pour Rose-Lynn, c’est three chords and the truth, et je me suis laissée emporter par le visage et la voix de son actrice (non sans avoir copieusement recours aux sous-titres, parce que l’anglais des classes populaires avec l’accent de Glasgow, comment dire). J’ai été touchée par cette jeune femme qui se débat pour donner une forme à sa vie au détriment de ses deux enfants, qu’elle a eu trop tôt et qui, sans père, ne peuvent compter que sur leur grand-mère pour un minimum d’affection et d’organisation. Une fois n’est pas coutume, je n’ai pas pris spontanément partie pour les enfants lésés, je ne suis pas intérieurement scandalisée de ce que leur mère leur fait subir : certes, Rose-Lynn a quelque chose de la midinette irresponsable qui cherche la gloire en délaissant ses enfants, mais c’est aussi une femme qui cherche à exister sans se laisser définir par son passé ni s’effacer devant son futur, des enfants auxquels elle passerait le relai d’une vie non vécue. Malgré ses manquements impardonnables, ses promesses non tenues, ses manières de charretier et sa vulgarité, qui font de Rose-Lynn la Tonya Harding de la country, on sent que la seule la musique la fait vivre (cette scène où elle remonte sur scène pour la première fois depuis sa sortie de prison…). L’en priver, c’est l’éteindre, en témoigne cette fête d’anniversaire où son fils lui demande quel vœu elle a fait en soufflant ses bougies : avec un sourire résigné à fendre le cœur d’une pierre, elle avoue n’en avoir fait aucun et le lui cède ; elle n’en a plus l’usage. Pendant la majeure partie du film, on pense sincèrement que c’est elle ou les enfants, que tous n’auront pas leur chance – jusqu’à ce que la grand-mère, rassurée que sa fille assume enfin son rôle de mère en redevienne une, elle aussi, et c’est là, cette phrase : I wanted you to takes your responsabilities. I never meant to take away your hope.

Werk ohne Autor

Ich mache es, weil ich es kann.
(“Je le fais parce que je peux le faire.”)

Alles, was wahr ist, ist schön.
(“Tout ce qui est vrai est beau.”)

Chroniquette pas -ette ici.

(C’est entièrement râpé pour le nouveau format express des chroniquettes ; je ne suis pas prête de me faire embaucher par Illimité pour les entrefilets.)

Werk ohne Autor

Attention, des éléments essentiels à l’intrigue figurent dans cette chroniquette de L’œuvre sans auteur – si vous êtes sensible aux spoilers, allez directement voir le film.

Dans une scène qui vaut déjà à elle seule d’aller voir le film, la jeune tante du personnage principal fait une requête aux chauffeurs de bus en arrivant au dépôt, puis se place au milieu des véhicules qui dessinent un demi-cercle autour d’elle : un à un, les chauffeurs se mettent à appuyer sans discontinuer sur le klaxon, chacun se faisant entendre en propre avant de se rajouter aux autres et d’inonder la jeune femme de ces phares sonores, dans une cacophonie-harmonie étourdissante. On la sent dans une ivresse folle. Elle ajoute après à l’attention de son jeune neveu Kurt que peindre un tableau qui fasse cette impression-là serait extraordinaire ; c’est ce que cherchent à faire les peintres abstraits qu’ils sont allés voir dans une exposition consacrée aux peintre dégénérés (la bonne ambiance dès l’ouverture du film).

Je ne sais pas si la peinture peut faire cet effet-là, mais le film de Florian Henckel von Donnersmarck (La Vie des autres), sans aucun doute : il nous prend dans un faisceau d’échos, conséquences et contingence étourdissant, superposant l’histoire individuelle et familiale à l’histoire d’un pays, représentées dans l’histoire de l’art. Il y a des regards de folie : celui d’Elizabeth, la tante de Kurt, internée par un médecin nazi ; celui de son cadavre dans la salle de bain / chambre à gaz ; le regard de Kurt, transporté, lorsqu’il entend à son tour la dépendance des choses et des êtres comme harmonie universelle, dix ans après sa tante émue de la trouver dans une seule note de piano, répétée ostinato ; celui d’Ellie, enfin, qui rappelle à Kurt sa tante, et transporte toute l’harmonie dans cet être qu’il aime désormais, sans savoir que le père de celle-ci est précisément le médecin qui a condamné sa tante. On sent une force de vie incroyable émaner de ces regards qui aimantent les nôtres, confondant la folie telle que stigmatisée par le corps médical (SS) avec une ivresse des sens, une lucidité qui vous livreF le monde par intuition.

Le scénariste-réalisateur se garde bien de transformer les échos en destins héréditaires. Ça, c’est le point de vue du médecin nazi, qui ne veut pas du “patrimoine héréditaire” de Kurt pour sa fille. Florian Henckel von Donnersmarck se fait un plaisir d’en prendre le contrepied : alors que le père de Kurt sombre dans la dépression, réduit qu’il se trouve à nettoyer des escaliers pour son adhésion de convenance au parti nazi (comme les trois-quarts du corps enseignant, souligne-t-il, lui qui voulait avant tout protéger sa famille), le même métier exercé par Kart pour gagner sa vie pendant qu’il se cherche comme artiste (un emploi dégoté par le beau-père, en toute délicatesse) finit en tranche de rigolade avec ses copains artistes, qui dessinent dans la poussière et font du Pollock avec la mousse du savon. De même, si les points communs entre tante et neveu sont nombreux, cultivés par le réalisateur pour souligner leur sensibilité au monde similaire, Kurt n’hérite pas du même déséquilibre mental, et redirige l’ivresse du monde dans la création artistique. Ou du moins, essaye-t-il.

Il faut avoir le cœur bien accroché quand on veut être artiste à cette époque-là en Allemagne : après que l’art moderne a été qualifié de dégénéré par les nazis, les communistes cherchent à le corseter dans la doctrine du réalisme socialiste. Kurt étouffe dans ce formalisme totalitaire et rêve de peindre pour de vrai, à l’Ouest. Mais savoir ce que l’on ne veut pas ne suffit pas à savoir ce que l’on veut, et la liberté tant espérée se confond à l’arrivée avec l’errance : Kurt bloque devant ses toiles vides – blanc sur blanc, ironise le beau-père.

Toute sa génération d’artiste est plus ou moins comme lui et ne sait pas quoi faire – pour faire nouveau ou attirer l’attention : la visite de l’école d’art où il souhaite s’inscrire est croquignolesque. Il faut du temps et de l’instinct pour distinguer ce qui relève de l’escroquerie et de la démarche authentique. Parfois, ce n’est pas même visible dans l’œuvre elle-même, seulement dans son histoire (le film nous en fait la démonstration avec le professeur), qu’il faudra apprendre à distinguer de la justification fumeuse a posteriori (là encore, une réjouissante démonstration avec l’étudiant mystifiant son papier peint). Lorsque Kurt finit enfin par trouver sa voie, “l’idée” après laquelle son pote d’atelier le faisait courir s’efface derrière le style. Il n’y a pas de truc, seulement la répétition d’une manière de faire, à travers laquelle Kurt rend le monde tel qu’il en est traversé. L’œuvre sans auteur, c’est probablement celle-ci, bien davantage encore que les fresques socialistes où le collectif devait l’emporter sur l’individu, et faire taire les “ich, ich, ich” qui irritaient tant le professeur.

L’œuvre sans auteur, ce sont les photographies en noir et blanc que Kurt peint en niveau de gris, avant de les filer-flouter avec un pinceau sec, reproduisant la vision qu’il adoptait enfant pour continuer à regarder ce qui était insoutenable, et honorer l’injonction de sa tante à ne pas détourner le regard, ni de l’horreur ni de la nudité : regarde, regarde, tout ce qui est vrai est beau.

L’œuvre sans auteur, c’est aussi la vie de Kurt et de ceux qui l’entourent, des vies négociées dans un contexte historique donné, où le libre-arbitre se retrouve avec un jeu d’action limité – assez pour tordre le cou au déterminisme, trop peu pour ne pas être rattrapé par le sens du destin. Dans les expérimentations de Kurt, le visage de son beau-père se retrouve mêlé sur la toile au sourire de celle qu’il a tuée et de sa fille, pêle-mêle qui sonne le principal incriminé ; il bafouille et titube sous les coups de klaxons qu’il est seul cette fois-ci à entendre, l’harmonie émanant du tableau ne résonnant comme signal d’alarme que pour lui seul.

L’œuvre sans auteur, enfin, de manière anecdotique ou essentielle, c’est celle de Gerhard Richter, grand absent des noms de peintre au générique. Les photos peintes par Kurt sont pourtant ses tableaux, peints après être passé à l’Ouest à la même période. Sans doute a-t-il réussi là un joli tour de disparition qui le fait transparaître, comme transparaît quelque chose (intensité, humanité, sensibilité, individualité ?) dans les images reproduites pour elles-mêmes et non pour leur contenu, n’a-t-il de cesse de rappeler, mais pas choisies au hasard non plus… Des choses qui vous touchent sans que vous sachiez nécessairement pourquoi – et voilà l’instinct du peintre éclairé par le génie du scénario, toute les histoires, individuelles, sociales et artistiques, ramassées, tenues par la nécessité. Pas de doute, c’est une œuvre, et elle a un auteur : Florian Henckel von Donnersmarck.

Églises en bois debout

C’est rare qu’un souvenir soit d’abord olfactif. C’est d’autant plus étonnant dans le cas des églises en bois debout que l’architecture en met plein la vue : leurs toits ressemblent à des navires vikings qui reposeraient sur le reste de l’édifice sans y être arrimés – des constructions qu’on dirait à la fois branlantes et pleines de force.

La couleur, aussi, est étonnante, ce bois presque noir de Borgund, qui s’incruste dans la mémoire comme la couleur des églises en bois debout, quand bien même d’autres sont en bois clair, voire carrément peintes en blanc, comme à Undredal. Nous sommes empressées de lui retirer son qualificatif : une église en bois, oui, en bois tout court, pas debout. Pourquoi pas allongé ou assis, d’ailleurs. Nous apprenons dans le musée de Borgund que ce nom étrange d’église en bois debout fait référence au pilier central : stav, structure de la stavkirke (ou stavkyrkje parce que le norvégien a deux graphies, kill me now). L’étrangeté se déplace sur la traduction.

Plus que le pilier, cependant, plus que les toits vikings ou même leur couleur, c’est l’odeur qui définit pour moi la stavkirke, une odeur brûlée, forte, âcre, qui vous emplit les naseaux. Je ne visite pas l’église de Borgund, je ne suis pas “bouleversée” par “son intérieur simple et son autel subtilement rustique” (ce qu’on a pu rire avec cette phrase du guide) : je la renifle, la crache au besoin par les narines quand elle devient trop forte.

J’ai essayé de prendre en photo ce qui génère cette odeur, le mélange de charbon et de résine de pin dont sont enduits les murs et les tuiles, elles aussi en bois, pour les protéger contre les intempéries et éviter que l’église moisisse par le haut (des socles de pierre assainissent le bas). De la sève et du bois brûlé, carbonisé, pour protéger le bois séché : on sent la continuité végétale, elle empeste, elle embaume. On ne la voit pas pourtant, même si elle dégouline des tuiles en mini-stalactites et craquèle les piliers de goudron – une peau de crocodile aux problèmes dermatologiques. C’est crade et puissant, animal. Pas du tout subtilement rustique, contrairement à l’intérieur, peut-être, aux gravures des linteaux.

Quand on s’éloigne, l’odeur diminue sans disparaître (elle reste un moment dans le nez) et l’on voit reparaître les ornements architecturaux, le toit avec ses baïonnettes vikings photographiées sous toutes les couture – ci-dessous d’un peu plus loin, derrière un autre toit typique en Norvège : le toit végétal, que l’on trouve un peu partout, sur les maisons, les cabanons de jardin, les boutiques de Geiranger et les abribus le long de la route. Il ne date pas du Moyen-Âge, celui-là, mais il ne manque pas de charme.

Guide pratique des fjords norvégiens : en route

Voiture

Si vous voulez voir du pays, la voiture est obligatoire. C’est un budget certain, même si vous réalisez une boucle pour éviter les frais d’abandon (2 x 4 heures de route et une nuit d’hôtel faisaient toujours moins cher que les 500 € qu’il aurait fallu débourser) : outre la location en elle-même, il faut prévoir le prix du carburant (ce n’est pas parce que la Norvège en exporte qu’il est moins cher sur place), les passages en ferry (12-15 € la traversée) et les péages réguliers, pas toujours bien annoncés (et pour cause : il n’y a pas besoin de s’arrêter ; un boitier fixé au pare-brise décompte les sommes et vous envoie la douloureuse à la fin du séjour – enfin au loueur, qui vous demande un acompte prévisionnel).

Routes

Comme je le racontais ici, les routes font partie intégrante du voyage. Elles sont parfois étroites et sinueuses (une route droite sur la carte correspond généralement à un tunnel), mais toujours parfaitement entretenues (c’est-à-dire refaites comme on a pu le constater à Bergen avec la goudronneuse). Il faut néanmoins prévoir un temps certain pour avaler un nombre de kilomètres réduits, en raison du relief et des limitations de vitesse : ça change tout le temps… et ne dépasse presque jamais les 80 km/h.

Un monde fou

Les Norvégiens ont la conduite respectueuse (une queue de poisson comme seule incivilité en 15 jours). Presque trop : nous avons été prises dans les bouchons à l’approche d’Alesund et nous sommes aperçues en arrivant à un large rond-point que les voitures ne s’engageaient pas s’il y avait plus de deux ou trois voitures – même si les trajectoires étaient compatibles. On sent qu’ils ne sont pas habitués aux populations denses…

Tunnels

Mieux vaut ne pas être claustrophobe, car il y a pléthore de tunnels sur la route. Et pas des petits : les tunnels de 4 ou 5 kilomètres sont monnaie courante, et nous en avons même emprunté un de 25 kilomètres (avec un rond-point à l’intérieur !). Si vous avez loupé le panneau qui l’indique à l’entrée et que vous commencez à trouver le temps long, zieutez les panneaux le long de la route, qui indiquent sous forme de fractions le nombre de kilomètres qu’il reste à faire et le nombre de kilomètres déjà parcourus.

À noter qu’il est bon de repérer votre direction avant ou pendant la traversée du tunnel, car les embranchements arrivent généralement juste après la sortie et le GPS n’a pas toujours eu le temps de récupérer le signal.

Ferrys

Nous avons réparti le trajet du retour sur deux jours en nous disant que 5 traversées en ferry, c’était un peu ambitieux avant de prendre l’avion, pauvres Françaises que nous sommes : le ferry norvégien est plus sûr que le RER C.

Grosse animation

Tout se passe avec une fluidité qui nous a stupéfaites. Les voitures arrivent sur l’embarcadère et se rangent *en files numérotées*. Un préposé se penche à votre fenêtre, prend votre CB, la fait biper sur le terminal sans contact rangé dans sa poche, et vous la rend avec le reçu, *sans ticket* – en Norvège, on ne gruge pas, donc on ne voit pas l’intérêt de vous donner un papier justificatif qu’il faudrait re-présenter un peu plus tard. Le ferry arrive, les voitures descendent en quelques minutes et le chargement commence, *par ordre d’arrivée*. Personne ne grille la priorité à personne, aucun juron, aucune engueulade. A peine avez-vous mis le frein à main que la montagne bouge : on est parti. Le temps de faire quelques photos ou une pause pipi, vous retrouvez les locaux attablés à la buvette avec un café, un hot-dog, une gaufre ou une glace comme s’ils étaient là depuis une demie-heure ou si la traversée devait durer plusieurs heures encore ; le signal d’arrivée retentit pourtant et tout le monde regagne sa voiture avec un flegme quasi-britannique. Personne ne se presse mais tout le monde est à l’heure : à peine le ferry a-t-il accosté que le pont est baissé ; les voitures sortent sans discontinuer, toujours *par ordre d’arrivée*, et Mum de s’exclamer, même pour la cinquième fois, qu’elle n’en revient pas. Bref : pourquoi construire des ponts quand tu as des ferrys et des Norvégiens pour les opérer ?

Météo

Mum ne jure plus que par son appli de météo norvégienne, toujours plus précise que les autres. On a une petite idée de pourquoi en se rendant sur place : la météo est très instable, dans le temps comme dans l’espace. Genre il fait un soleil voilé, tu empruntes un tunnel de 3 kilomètres et en sortant sur l’autre versant de la montagne, il pleut dans la purée de poix (je ne suis toujours pas certaine qu’on n’ait pas emprunté par mégarde une faille spatio-temporelle).

Bref, en Norvège, la technique de l’oignon tu adopteras et un ciré à capuche toujours sur toi tu auras.

La Norvège n’est pas le pays des trolls, comme on le croit, mais celui des lutins à capuche (rouge).