Les santons, mieux que les Playmobil

D’abord, il y a l’étable dans laquelle j’ai toutes les peines du monde à faire rentrer l’âne, Josef, Marie et la vache surtout, la vache qui doit réchauffer le divin enfant et qui regarde du même côté que l’âne et les moutons, dieu que c’est bête, c’est tout de même une étable, quoi ! Le curé masque la remarquable absence de Jésus ; je l’écarte et le remplace par une oie. A sa place, je le prendrais mal. Pour éviter la prise de bac, je place à côté de lui l’Arlésienne, assortie à la soutane avec sa robe noire et sa croix – qu’elle arbore certes tous seins dehors, pas très moral tout ça mais ma mère vous dirait que de toute manière la Vierge a fait un déni de grossesse. J’installe les trois rois mages sans me rappeler qui est qui, ils ont un petit liseré de paillettes à leurs vêtements, c’est suffisant pour les distinguer ; puis l’éléphant et le chameau, deux bosses c’est deux syllabes, c’est un chameau, qui ne regarde pas du côté qui m’arrange pour organiser la procession, qu’est-ce qu’elles ont ces bestioles à regarder du mauvais côté ? Je mets la gitane avec une autre mère, le pêcheur avec une cruche (la fileuse se retrouve seule mais du coup, c’est aussi une cruche), le boulanger avec les meuniers, dont l’un est caché au fond, parce que, s’il n’a pas été rejeté au casting des santons présentables (achetés au fur et à mesure au village d’Aubagne pour remplacer les lépreux), c’est uniquement qu’il a été peint par ma mère et qu’elle y est sentimentalement attachée. On verse un peu de farine pour l’absoudre. Pour ma part, j’avais commis un ange quand j’étais petite (yeux bleus, cheveux blonds, robe bleu ciel avec des plis argentés, parce qu’il y avait de l’argent en peinture acrylique, trop la classe – ma cousine l’avait éloigné le sien du stéréotype en le faisant dark, genre ange de la mort, un santon ado rebelle, selon toute évidence) ; j’aurais voulu le faire tenir sur le toit de l’étable, mais comme ce n’était pas encore une grange industrielle, le toit est un pente. Maman suggère de le pendre à une branche du sapin, juste au-dessus, ou de l’attacher au toit ficelé comme un rôti– ou comme une grosse mouche, j’imagine bien – c’est toujours mieux qu’une grosse merde, rétorque-t-elle. Finalement, l’Ange n’a pas fini exterminé dans les barbelés, on l’a couché sur le toit comme un soldat inconnu sur son lit de mort. Soyez sans crainte, il y a de la mousse pour amortir sa Chute.

5 réflexions sur « Les santons, mieux que les Playmobil »

    1. Description vivante et drôle de ta conception de la crèche. Ça me rappelle plein de souvenirs (chez ma grand-mère paternelle, c’était religieusement qu’on installait les feuilles mortes sous la petite crèche d’un seul tenant -même pas drôle- et qu’on faisait une prière une fois l’œuvre accomplie; chez mon autre grand-mère, point de crèche, mais c’est elle qui m’a emmenée voir la fabrique Carbonel il y a quelques années). À la maison, pas encore de crèche. Et il n’est pas sûr que Jésus naisse chez nous cette année.
      J’aime quand tu racontes des petits épisodes comme ça: ça te va bien ^^

    2. bambou >> Gosh, ça se conjugue maintenant ?

      inci >> Forcément une crèche laïque… chez nous, c’est plus une tradition provençale qu’autre chose, un détour en été du côté d’Aubagne. Celle de mon grand-père prend une toute autre dimension avec les petites maisons qu’il a fabriquées et éclaire de l’intérieur, et les cours d’eau en papier d’aluminium qu’il installe pour le pêcheur et la poissonnière – le plaisir de la miniature, certainement, comme d’autres jouent au petit train électrique. La crèche fait partie de la fête et, dans notre famille agnostique sinon athée (tout au plus déiste, sous forme d’une foi intérieure qui n’obéit à aucun dogme), n’a finalement plus guère de sens que par la perpétuation d’un rituel qui a perdu sa signification première mais participe à la recréation de l’esprit de Noël. Chaque santon doit être à sa place, de préférence selon une configuration qui a déjà été réalisée.

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