Moodboard 05.20

Étrange mois :
confiné,
puis déconfiné (qui donc se définit encore à partir du confinement),
des vacances sans partir, à voir des gens,
puis plus (en quatorzaine),
puis à nouveau.

Comme on me l’avait prédit, j’ai versé ma petite larme à la fin de The Good Place et de son remue-ménage existentiel. Erase the Eeeeeeeearth, erase the Earth.

Still here still life organise sur Instagram un jeu de réinterprétation à partir de photos de natures mortes. Je me suis beaucoup amusée à regarder ce que voyaient les uns et les autres, et à essayer moi-même plusieurs versions, pour revenir au final vers un trait plus épuré… celui de mes souris.

L’extérieur à nouveau. Enfin. Je rêvais d’arbres et de marcher au milieu d’eux. Il y a d’abord eu la pièce d’eau des Suisses à Versailles, ouverte quand tous les parcs étaient encore fermés, car miraculeusement cataloguée comme forêt. Puis le bois de Vincennes, fantasme qui a tourné un peu court, car le temps d’y accéder, les jambes devaient déjà être ménagées pour le retour. Le meilleur souvenir de la promenade est ainsi à l’arrêt, un tronc d’arbre mort en guise de banc, et les odeurs de printemps qui estompent le décor dans lequel je ne faisais que passer, le masque sur le nez, pour restituer le monde palpable, habitable.

Les tubes sont rabougris, tout mâchés, mais mes vieilles gouaches de primaire ont encore des couleurs. J’avais le souvenir d’une texture épaisse qu’on étale sans y penser ; j’ai découvert un matériau pas si facile que ça à utiliser avec l’eau qu’il faut doser pour que le pinceau glisse sans ôter de la couleur (ce n’est pas de l’aquarelle : à chaque fois que le pinceau humide touche une zone colorée, il n’ajoute pas de la couleur, il en retire – c’est assez contre-intuitif). J’ai passé quelques heures de méditations enfantines, absorbée par le mélange des couleurs sur un couvercle de bo bun à emporter, et les formes à faire surgir sans contour, par leur seule juxtaposition. Il faut accepter les approximations (pinceaux trop larges, zone trop resserrée ou sujet trop détaillé) et les bonnes surprises (les cailloux nés du laisser-aller, le cotonneux des fleurs esquissées avec des poils un peu secs).

Lecture au soleil, peinture, yoga : j’ai trouvé deux jours avant la fin de mes quinze jours de vacances comment j’aurais voulu les passer, au-delà de mon séjour sur le balcon versaillais. J’ai du mal ces temps-ci à être dans l’instant présent, hors du tapis de yoga et des discussions avec les amies retrouvées. L., M., P. : à chaque initiale, des heures de conversations et de promenade, comme une respiration retrouvée.

Plaisir de (retrouver la concentration de) regarder des films à nouveau, après le format court des séries. Entre Netflix et ma carte UGC, j’avais presque oublié qu’on pouvait regarder des films à la télévision, sans rien faire d’autre en même temps. Et donc : Pio Marmaï <3 Adam Driver <3 Virginie Efira <3 Pierre Niney tout jeunet.

Marriage Story à la fois m’a paru long et a pas mal résonné. L’impression de comprendre cette femme qui reproche à son mari leur couple qui a essentiellement poursuivi ses rêves à lui, quand bien même elle les a épousés, s’y est coulée avec enthousiasme – un enthousiasme qui a rendu inaudible son désir propre, pour elle comme pour lui. Lorsque la frustration le lui rappelle (à elle), forcément cela lui tombe dessus (à lui) sans qu’il y comprenne grand-chose. Il faut bien alors embaucher des avocats pour s’aboyer dessus sans rien dire, pour transformer en reproches de simples divergences de vie, et faire advenir la rupture. Rompre avec la tentation de s’ajuster à l’autre en s’oubliant soi.

Plaisir de lire rapidement (un essai, facile, rapide, pas con, qui sème ses petits cailloux) et au long cours (un roman qui fait série en prenant la suite d’un autre, et fresque : peinture, époque, sentiments entremêlés).

Petit passage à vide sur Duolingo. Je me suis aperçue qu’en désactivant les messages d’encouragement, je ne voyais plus le hibou vert. Depuis que je l’ai remis, j’ai plus envie d’en faire (avoir dépassé les chapitres particulièrement relous que sont les pronoms et les nombres a dû aider, aussi).

Quand j’ai commencé Atypical, c’était l’histoire d’un autiste. Quand j’ai fini la série, les neurotypiques étaient devenus l’envers des neuro-atypiques, finalement bien moins compréhensibles. Ce n’était plus l’histoire de Sam mais de toute sa famille, avec un crush particulier pour sa sœur Casey, qui m’a redonné envie de me couper les cheveux en carré court alors que je sais pertinemment que je déteste l’air de grande autruche que cela me donne. Je me suis rabattue sur les débardeurs de sport amples, qui font ressortir mes biscottos naissants (du yoga, pas de la course à pieds).

(Mais aussi : la difficulté face à l’absence de réaction émotionnelle. On a beau savoir que l’autre fonctionne différemment, on attend toujours que. L’amour-compréhension-admission de ce que l’on ne comprend pas n’empêche pas l’exaspération parfois. Bref, par moments, il n’y a pas que l’obsession des pingouins qui m’a fait penser à Palpatine.)

Did you have a happy childhood or are you funny? J’ai vu passer ce tweet il y a peu, et ça donnerait pas mal le ton de Please Like Me. “I’m funny, I’m a funny guy,” plaide Josh. Il faut en passer par pas mal de tristesse pour en rire – rire à en pleurer, sans doute, dans une perspective inversée. J’ai pris tellement de screenshots que j’en ferai un article dédié.

(Là encore, l’envie de secouer Josh lorsqu’il échoue à manifester son empathie.)

J’ai passé des heures à regarder des séries, mais je crois que c’étaient des heures de tristesse et de tendresse que j’avais besoin d’éprouver.

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