Que ma joie demeure

         Un spectacle baroque ? A priori, je dis bien à priori, cela n’a pas l’air de devoir soulever une joie intense. Oui, mais les à prioris sont faits pour êtres défaits par l’expérience. Je me suis laissée entraîner… le spectacle était proposé à petit prix par l’Adiam dans le cadre d’une sensibilisation du public (le premier qui dit les publics, je l’étripe virtuellement), précédé d’une conférence. L’idéal pour rentrer dans l’univers de la chorégraphe Béatrice Massin. Elle nous a expliqué les différents systèmes de notions de la danse baroque et comment elle a pu redécouvrir et remonter des danses tombées dans l’oubli. Mais là où ça devient intéressant, c’est que cette redécouverte est avant tout une base, un vocabulaire chorégraphique (comme l’on dit quand on est critique de danse.). Un matériau qui est outil pour créer. Ainsi elle nous explique qu’elle a gardé tel ou tel pas, abandonné l’idée de symétrie qui fait trop figé de nos jours et correspondait bien pour les bals de cour mais moins pour une scène. La théorie paraît alléchante. Mais la dégustation surpasse toutes les attentes. Sur des musiques de Bach, il me semble, la chorégraphie montre un groupe qui se fait se défait, on avance, on sort et nous invite à entrer dans la danse. Les passages de groupes alternent avec des duos ou trios, les envolées d’entrain avec des moments plus intimes, la musique égrenée avec un silence qui est tout sauf pesant. Silence propice pour se laisser développer un duo déclaration d’amour et découverte de l’autre. Silence… dans lequel résonne les frottements des pieds sertis dans de petites chaussures à talon. Silence rythmé avec des frappés qui créent un véritable rythme, qui créent la musique et la danse. On pourrait croire à des claquettes. Ce n’est ni de l’ancien adapté pour faire moderne, ni du moderne à partir du désuet. C’est une création, une danse vivante qui donne à voir la vie. Le groupe s’amuse, joue, hésite, virevolte. Les bras jaillissent, esquissent, surprennent : c’est que la notation n’en a pas fixé les mouvements, chaque interprète les inventait selon sa personnalité, son style. La touche finale de l’artiste accompli. Rien n’est figé. La danse respire. La danse souffle sans jamais s’essouffler. Elle halète. Elle s’adoucit et elle monte en enthousiasme. Le début était déjà captivant, la suite est époustouflante. Monte en vivacité, en vigueur, en grandeur, en mouvement. Le geste se fait plus grand, plus libre même si toujours parfaitement contrôlé. Les couleurs apportent chaleur, intimité et surtout dynamisme. Le tapis de sol est rouge, presque aveuglant quand il est à peine éclairé et que les danseurs s’en détachent dans un jeu de clair-obscur, statues vivantes, sculptures de chair et de souffle. Les costumes sont composés de pantalons oranges –vous comprenez pourquoi je suis emballée- de hauts de couleurs différentes et des vestes qui tiennent le milieu entre la chemise d’homme d’époque, la tunique et le queue-de-pie et qui virevoltent littéralement autour des danseurs. Parfaitement étudiés, d’autant plus que les tours sont nombreux. Sans parler des manèges dont les sauts finissent par rivaliser avec les ballets classiques. Festival de rouge, d’orange, de jaune et tache de douceur rose. Bonbons que l’on sent acidulés mais jamais acide. Les danseurs bondissent, le rythme s’intensifie, les vestes s’ouvrent. Les chaussures sont laissées sur le côté et les pieds nus se mêlent aux talons. Bientôt les vestes sont négligemment laissées sur le côté, les pieds nus se réunissent, les mouvements empruntent plus au contemporain –La chorégraphe l’es de formation-. L’allégresse n’est plus seulement sensible, elle se transmet. Une danseuse pousse un cri, pas obscène, pas animal, pas stupide, cri de bonheur. On bougerait bien si les sièges n’étaient pas reliés les uns aux autres. Encore, plus, toujours, hypnotisés non soulevés, entrain, joie pure, gratuitement, joie totale, joie de vivre. Vie. Tout simplement. Alors quand ça finit, on reste sous le choc, et oui, on veut « Que ma joie demeure ».

        Je ne me suis pas relue, juste laissée entraînée par la bribe de joie qui me restait, et correction orthographique de Word. Il se peut donc que tout ne soit pas totalment compréhensible…

6 réflexions sur « Que ma joie demeure »

  1. Le 21 e arcane du tarot s’appelle “le monde”. Il représente une danseuse nue qui tient une fiole et une baguette, entourée d’une mandorle bleutée et des quatre animaux symbolisant les 4 evangélistes. Curieusement, cet être nu qui danse est réputé symboliser la sagesse. Vous aurez compris qu’il ne saurait être question içi de la lecture idiote des divinateurs de toute espèce; mais de laisser parler un arcane posé devant nous comme une enigme dont la découverte progressive nous permet de découvrir les
    relations intimes qui ordonnent entre eux les éléments, vivants ou non, du REEL. Or, cet arcane montrant une danseuse nue est l’arcane de la réalisation de la vocation humaine profonde faite de joie et d’harmonie; de réconciliation avec le monde celeste et humain : d’où la joie qui fait danser. Et le joie vient de la découverte de la sagesse. Quiquonque cherchera la joie sans la sagesse trouvera l’îvresse obscurcissante, mais qui par l’effort continu d’une vie trouvera la sagesse la trouvera joyeuse. Alors il connaîtra la danse. L’unité aimante entre ce qui est en bas et ce qui est en haut. Il sera dansé par la vie même. Profond mystere en vérité que le bas mû par le haut dans le flot de l’energie créatrice LEGITIME…Car la joie légitime est un fruit de la connaissance LEGITME. Car il y a aussi une connaissance illegitime, fondée sur l’envie et sur l’impudicité. La connaissance illicite est pire que l’ignorance.
    Vous le savez, on ne danse pas sans discipline, sans ascèse, et par analogie, la JOIE majuscule exige une ascèse, sans laquelle la folie guetterait à terme celui qui cherche la joie hors de la sagesse…
    L’impudicité de la luxure acheverait de le forclore dans les frissons de surface et le détournerait de la chorégraphie intime des êtres et des choses. Il connaîtrait l’îvresse sans la joie vive: la folie…Ce lui serait une impasse. Mais les 4 animaux qui entourent la danseuse LIBRE figurent la légitimité de sa joie, la conformité de sa joie avec l’ordonnancement intime des rapports qui relient les éléments du réèl entre eux. Elle danse, parce qu’elle connait la réalité et en épouse librement le mouvement profond.
    La danse figurée içi signifie un OUI lancé au monde et aux cieux. On danse lors de noces. Cette danse symbolise le mariage de ce qui est en bas avec ce qui est en haut et de ce qui est en haut avec ce qui est en bas. En vérité la nudité içi présentée dit le retour à l’innocence. La réconciliation du monde avec les cieux et des cieux avec le monde est une danseuse…

    1. Fleur et Koan => moi aussi, ce commentaire me plaît ! Et merci du vôtre, Fleur !
      Mr Blue => “mâtinée”… oh, je redécouvre pleins de mots qui me plaisent en ce moment !L’autre jour, c’était “ourlé” dans un poème de Bonnefoy…
      *mode I love words on*

    2. A piori si, un spectacle baroque ça soulève une joie intense, ça dépend des gens, c’est tout. Pourquoi a priori ça ne devrait pas sembler joyeux au fait ?

    3. Ysabeau => l’idée toute faite qu’a la majorité des gens (dont je ne fais maintenant plus partie) du baroque est une danse figée, raide, très symétrique et pompeuse ou ennuyeuse. Préjugé stupide, j’en conviens.

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