Remise des prix Arop à Garnier

 

Le ticket rouge du vestiaire glissé dans le revers blanc de ma robe noire (on m’a demandé si elle venait de chez Pierre Cardin !), j’ai grimpé les marches du grand escalier pour assister à la remise des prix aux jeunes danseurs. Palpatine regarde alentours à la recherche de ses balletomanes à matricule mais n’a encore repéré personne que les discours commencent. Perchée sur mes talons, la vue est parfaite.

J’ai complétement oublié de voter et, si j’ai un faible pour Héloïse Bourdon (moins radieuse que sur scène, mais tout aussi élégante en petite robe noire), j’ai également un très bon souvenir de Charline Giezendanner dans Genus de Wayne MacGregor. Queue de cheval haute, petite robe noire, jambes fil-de-fer et bouche rouge qu’elle tort dans tous les sens pendant qu’on fait son éloge, souriante ou rieuse, je ne saurais dire si elle est simplement flattée et un peu gênée de tant l’être ou si, mutine, elle se refuse à prendre entièrement au sérieux ces compliments. Mais toujours un sourire espiègle, aussi tiré que les cheveux.

Vient ensuite le tour de Marc Moreau, plus posé. Je n’ai pas spécialement d’avis sur ce danseur, pas de déplaisir à le voir danser mais pas non plus l’enthousiasme que peuvent me donner un Allister Madin ou un Audric Bezard.

 

Pendant les discours, je repère Amélie et on se retrouve ensuite pour discuter, champagne et jus de fraise à la main. Lorsque les serveurs ne disparaissent pas sous les assauts d’une foule de pique-assiette, on leur prend qui un dé de saumon au sésame, qui une coquille Saint-Jacques (c’est snob mais qu’est-ce que c’est bon !), qui un macaron à la framboise (d’accord deux macarons à la framboise – d’accord, et un au chocolat), qu’on échange contre un sourire.

Nous sommes rejoints par l’amie japonaise de Palpatine, assez balletomane pour habiter l’appartement d’un danseur… euh… connu, hein… de Béjart, essaie de se souvenir Palpatine qui demande confirmation à l’intéressée. Amélie et moi reprenons en choeur : Jorge Donn ! Certes, on se fiche de son appartement mais le nom est plaisant à répéter, rien que pour les images de Boléro qu’il fait ressurgir. Palpatine devra faire une cure de Lelouche pour combler ses lacunes (que ce ne soit pas toujours dans le même sens !). La dame japonaise l’a vu danser en vrai, aux côtés de Dupond (Patrick donc, pas Aurélie) à qui elle reconnaît un abattage technique sans voir là l’essentiel : l’oeil, on ne sait pas pourquoi, l’oeil était irrémédiablement attiré par Jorge Donn. Je ne comprends pas toujours tout ce que raconte la dame japonaise, ou pas toujours du premier coup, du moins. On finit cependant par saisir, à cause de l’accent – de sincérité, cette fois, qui remédie à celui de la langue. Elle a vécu et vit encore pleinement, là, maintenant ; elle a vécu parce qu’elle vit chaque instant pour ne pas avoir de regret. Elle a fait, nous dit-elle, comme si elle devait mourir jeune, à chaque fois contente de vivre une décennie de plus. Je ne sais pas si elle cesse jamais de sourire : celui-ci s’est inscrit dans les rides de son visage. La peau fripée est comme sa robe plissée, seyante – et ses yeux toujours rieurs lorsqu’elle s’éclipse.

Palpatine a le regard ailleurs, je me retourne dans sa direction et crois comprendre : Mathilde Froustey est entourée d’une grappe de balletomanes. De fait, il ne l’avait pas vue mais ne peut plus à présent en détacher le regard. Planté comme un piquet timide (si, un piquet timide existe, Palpatine en est la preuve vivante), je le pousse petit à petit près du cercle qui refuse de s’élargir ; ce n’est qu’une fois dehors, la danseuse seule avec son ami, qu’il lui adressera la parole. Tant et si bien que nous avons discuté un long moment, sur le parvis puis au chaud, à l’entrée des artistes. C’est amusant, je ne parviens pas à faire coïncider sa manière très ornée de danser avec cette brindille à la Twiggy, longs cils passés au mascara, petite coupe courte, ronde, foulard élégamment noué autour du cou, voix haut perchée mais titi parisien du sud, qui ne mâche pas ses mots et dit ce qu’elle pense, la jambe appuyée à la seconde contre une marche. A sa danse, je l’aurais crue maniérée mais il faut croire qu’elle a l’art et sans faire de manières.

En retournant au métro, j’arrête Palpatine et lui demande de me regarder. Bien ce que je pensais : béat.

 

 

5 réflexions sur « Remise des prix Arop à Garnier »

    1. J’aimais aussi beaucoup la robe de Charline Giezendanner du coup je lui ai demandé. American Retro.
      Palpatine n’est pas resté frustré finalement. J’avais peur vu ton commentaire. Il fut bien mieux seul qu’autour d’une bande de balletomanes!
      à bientôt

    2. Le petit rat >> Une danseuse, tu peux lui mettre à peu près n’importe quelle robe, cela lui ira toujours.

      Mo >> C’est chic de ta part de retourner ainsi les choses en ma faveur !

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