Si tu t’appelles mélancolie…

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Je ne m’attendais pas vraiment à ça. A vrai dire, je ne m’attendais à rien, je ne me suis lancée que parce que le titre me tentait et que c’était une bonne occasion de sortir avec mes copines. Je pensais qu’il y aurait surtout des paysages ou des visages expressifs devant lesquels on se sent envahi d’un curieux sentiment, « une tristesse vague et sans objet ». A la fois une prise de conscience de l’infini et de nos limites humaines, nous perdant entre les deux. La mélancolie comme mal du siècle romantique, en quelque sorte. Des toiles à la Friedrich… le Voyageur solitaire, sa seule ouvre en réalité que je connaisse (immanquable puisque présente dans presque tous les bouquins de littérature à côté d’une réflexion hautement philosophique de Julien Sorel, le Rouge et le Noir) Il y avait quelques-uns de ces paysages grandioses qui attirent, envoûtent mais nous rejettent – impossible de pénétrer leur mystère. Mais c’est oublier le sens premier de la mélancolie, dérivé du grec, « bile noir » qui déséquilibre l’esprit : rêverie néfaste qui prend, après les débuts de la psychanalyse, le nom de dépression. De la douce sensation d’abandon qui se fait muse créatrice à la maladie névrotique destructrice… les différentes interprétations de la mélancolie à travers les âges expliquent peut-être l’éclectisme des œuvres présentées dans un ordre relativement chronologique (je ne situais pas vraiment Max Ernst entre l’Antiquité et la Renaissance !). Du début de l’exposition, je retiens particulièrement une stèle gravée, un homme assis en haut d’une falaise. Certaines des salles suivantes, exposant des tableaux plus axés sur la folie et le diable (au Moyen Age, l’acadia, mélancolie est répréhensible car détourne du culte de Dieu) mettent mal à l’aise. Les gravures fourmillant de détails n’ont jamais vraiment emporté mon adhésion. En revanche, j’observe avec minutie les livres anciens, non tant pour les enluminures que pour la calligraphie. Je suis plus heureuse à la faveur d’un bon dans le temps ! Je me retrouve en terrain un peu plus connu : Khnopff (j’y suis restée scotchée- ai pris du retard et ai obligé les autres à m’attendre), Van Gogh, Odile Redon… J’ai comme une réminiscence de TPE (L’image de la femme dans l’art au tournant du dix-neuvième siècle avec A Rebous et ce cher dandy de Des Esseintes, totalement névrosé !) Mes grandes découvertes ont été un tableau représentant Sappho (une merveille, re-dix minutes) et le Penseur d’Eakins, peintre américain paraît-il très connu et dont je n’en avait malheureusement jamais ouïe dire. La dernière salle était un peu hétéroclite : j’y retrouve un tableau sur la révolution russe de 1917 (souvenir du livre d’histoire) et m’interroge sur la pertinence de la présence de deux œuvres ; une SBNI (sculpture bizarre non identifiée) et un gros monsieur tout nu assez laid. A part cela et mis à part certaines œuvres qui n’étaient pas à mon goût (mais ça, c’est mon problème perso…) je n’aurais qu’une chose à reprocher : les légendes sont illisibles, en minuscule italique en couleur sur murs de couleur… Nul n’et parfait. Contre toute attente, je n’en ressors pas mélancolique… Les belles musiques m’ont chassé de l’esprit l’air que je fredonnais depuis le matin : « Si tu t’appelles mélancolie… » de Joe Dassin. La journée s’est finie en sandwich et délires dans un par près du Théâtre du Rond point. Dommage qu’aucune de nous n’ait pensé à amener un appareil photo… on aurait pu immortaliser nos pauses de fausses mélancoliques. C’est tellement classe d’avoir « le cœur à marée basse »…

En résumé, une expo à aller voir. A lire également, le dossier mélancolie dans le Muze d’octobre.

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