Atys

Une tragédie à l’Opéra comique, si, c’est possible : c’est Atys. La saison se finit ainsi pour moi comme elle avait commencé – par du Lully (mais dans une prononciation moderne où les syllabes muettes le restent). Je crois bien que la salle a voulu faire concurrence en terme de bravos à celle de Garnier avec le Bochoï. Pour un opéra qui satisfasse le nouveau roi qu’est le client, il vous faudra donc :

  • de riches costumes et des perruques poudrées (Palpatine hésitait visiblement à les mettre sur la liste de ses objets fétiches, avec les chapeaux et les grandes chaussettes rayées, tant il est vrai qu’on y devinait de charmants visages dessous).

  • la première intrigue de comédie romantique : deux jeunes gens s’aiment sans se l’être jamais avoué, Sangaride parce qu’elle doit se marier à un banquier roi ; Atys, son ami d’enfance (of course), parce que, comme Hippolyte, il est trop fier.

  • des rebondissements sur place : alors qu’une déesse accorde ses faveurs à Atys qui obtient ainsi que Sangaride soit délivrée de son mariage (j’allais dire “de son hymen”, mais ce pourrait être d’un goût douteux), c’est lui qui à son tour n’est plus libre, puisque Cybèle n’a pas œuvré pour ses beaux yeux – ou plutôt si, précisément : c’est pour Atys qu’elle souhaite descendre par sur terre domine-moi.

  • une fin à la Roméo et Juliette : Cybèle-Merteuil ensorcèle Atys pour qu’il tue « ce » qu’il aime et, immanquablement, devant l’objet de son amour, il se donne ensuite la mort, non sans avoir palabré le poignard dans le cœur, comme tout mourant qui se respecte. Ensuite, il ne reste plus qu’à pleurer pour une Cybèle. Je fais côtoyer Faudel avec Lully, je sais, c’est consternant, mais il fallait que je la fasse, celle-là (ma cervelle fait pire : Atys, les opticiens).

  • de la danse pour meubler baroque, et non pour traduire les penchants du héros malgré le petit air penché, des piqués à la seconde qui se laissent partir en déséquilibre au-dessus de la jambe de terre. Il est agréable de voir de vrais danseurs dans un opéra, aussi désuète que paraisse cette danse lorsqu’elle n’a pas la touche contemporaine de Béatrice Massin. Vu les amplitudes, je pourrais éventuellement songer à m’y reconvertir en cas d’élongation.

  • des voix claires et puissantes, dans des corps très peu « chanteuse d’opéra ». Il y avait de jolis minois et Atys était presque beau gosse ; je n’ai presque pas pensé aux vers de terre qu’on met au bout de l’hameçon pour attraper un gros poisson quand il s’est agi d’ « appâts ».

  • trois moments favoris pour la souris : face à la porte ouverte sur le départ d’Atys, Sangaride de dos, qui recule, la main suspendue devant elle (elle ne retient que son nom) ; le solo d’un danseur baroque dans les songes d’Atys ; le chant presque parlé d’Atys puis le chant hocqueté de Cybèle à la mort de leurs aimés respectifs.

  • des branches de sapin de Noël pour les prêtresses de Cybèle. On comprend enfin pourquoi à la fin : à défaut de le ressusciter, la déesse métamorphose Atys en pin.

  • des entractes pour slamer à la Lully qu’on prendrait bien une gorgée d’eau (même si ce n’est pas de la rosée ; je ne suis pas regardante sur l’origine poétique de l’eau minérale), parce que l’histoire a beau être sur un air connu, elle dure quatre heures.

 

Tous les ingrédients y sont. Bien mélanger et servir à des spectateurs frais (dans le cas contraire, ils risquent d’être gavés plus que repus).

3 réflexions sur « Atys »

  1. Pourquoi, “d’un goût douteux” ? Je trouve que c’est un bel hommage au texte, que de dire qu’il vaut mieux de beaux rebondissements, pour être délivrée rapidement de son hymen.
    Les platitudes aident en général nettement moins.

    1. (Je voulais commenter hier, mais ma connexion m’en a empêchée…)
      Juste pour te citer : “il se donne ensuite la mort, non sans avoir palabré le poignard dans le cœur, comme tout mourant qui se respecte” (Tout ça pour ça ? Et oui, mais j’adore cette façon de voir les choses ^^)
      Non, plus sérieusement, trop la classe de voir du Lully sur scène (commente, envieuse, celle qui avec Dido and Aeneas de Purcell… hum… ferais mieux de me taire des fois)!

    2. delest >> J’étais sûre que vous rebondiriez là-dessus.

      inci >> Le mourant qui rend son dernier soupir après la dernière ligne de son testament ou la dernière de ses recommandations de sage, on le retrouve jusque dans les films de science-fiction. C’est dans Armageddon, si je me souviens bien, que pas un seul instant la retransmission vidéo de la navette spatiale n’est coupée lorsque papa-Bruce Willis fait ses adieux à sa fille, alors que pour communiquer avec la NASA sur des questions techniques entraînant le sort de l’humanité, c’est nettement plus difficile. À croire que la qualité de la liaison radio-vidéo détermine le mode : pathos vs suspens.

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