Gemma Bovery

Une femme qui trompe l’ennui de sa vie à la campagne en trompant son mari… Madame Bovary n’aurait pas grand intérêt sans la maîtrise du discours indirect libre de Flaubert, qui prend ainsi ses distances avec son héroïne dans le moment même où il épouse ses pensées. Toute la réussite de Gemma Bovery est d’avoir trouvé un moyen de rejouer ce point de vue mi-empathique mi-ironique. Ce point de vue, c’est celui de Martin, bobo parisien reconverti boulanger dans un coin paumé de Normandie, qui commence à se faire des films lorsque emménage à côté de chez lui un couple d’Anglais : Gemma et Charles Bovery. N’ayant de cesse de trouver des points communs avec le roman de Flaubert, la boulanger fait du jeune héritier local, étudiant en droit, un Rodolphe (Boulanger !), surprend Gemma avec son ex amant à Rouen et lui fait une scène lorsqu’il découvre qu’elle a chez elle de la mort aux rats. La prophétie auto-réalisatrice du lecteur/metteur en scène qu’il est délecte Martin par ses coïncidences et l’affole par le destin qu’il connaît à l’héroïne flaubertienne. Il faut voir la tête de Luchini, ahuri, jubilant – et jubilatoire. Alors que dans le roman de Flaubert, le point de vue depuis lequel s’exerce l’ironie n’est pas visible, il est ici incarné par Luchini. Et encore s’agit-il davantage d’autodérision que d’ironie, car le point de mire est moins Gemma que Martin. Madame Bovary, c’est lui ! C’est lui qui illustre notre propension au rocambolesque, notre tendance à transformer tout ce que l’on vit et voit en histoires (qui arrivent par là même, du simple fait d’être racontées). Lorsque la banalité rattrape la fiction, elle ne l’anéantit pas, comme c’est le cas 

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