Hippocrate, pas hypocrite

Loin du glamour des séries TV médicales (que l’on regarde pendant sa garde), Hippocrate nous introduit dans l’univers hospitalier tel qu’il est vécu par ceux qui y travaillent. Oubliez les internes sexys qui ne pensent qu’à leur prochaine conquête, amoureuse ou médicale : Benjamin, l’œil terne et la bouche constamment entrouverte, a tout de l’ado mou. Mais un ado mou sensible qui s’est coltiné médecine et débute son internat dans le service de son père – quand même !

Les fêtes qu’organisent ses camarades et les bites géantes taguées sur les murs de la cantine et de la chambre de garde apparaissent rapidement comme un défouloir dérisoire face à ce qui, chaque jour, aggrave un peu plus la fatigue et la lassitude de leurs supérieurs hiérarchiques : le manque d’infirmières et de médecins, qui ont toujours plus de patients sous leur responsabilité, le manque de lits, qu’il faudrait pouvoir libérer plus rapidement que ne l’exige le traitement, et le matériel défaillant, à l’origine de la faute médicale qui va précipiter les choses.

Hippocrate montre les cigarettes que ces professionnels de la santé s’enfilent sans discontinuer « pour respirer » ; les pourparlers pour ne pas se coltiner la garde du 25 décembre ; la terreur de se retrouver seul la nuit, à prendre des décisions vitales ; les médecins étrangers faisant fonction d’internes et donc payés une misère au vue de leur expérience (néanmoins prise en compte lorsqu’il s’agit de les sanctionner), ou encore les règles de la bureaucratie, censées cadrer les actions des médecins et empêcher des dérives, qui les incitent à entériner des décisions qui vont contre le bien-être des patients. Alors quand les médecins font corps pour couvrir l’un de leurs, qui a fait une erreur – humaine, aussi désastreuses soient les conséquences –, on n’a pas envie de les accuser de mensonge parce que les hypocrites, c’est nous, la société, qui reléguons la maladie loin de nous pour ne pas la voir, occultant par la même occasion les conditions de travail précaires de ceux qui s’en chargent. Réaction finale (au gouvernement) : mais filez-leur nos impôts !

 

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