Le concert aux yeux Peer

Cinq minutes, pour découvrir un compositeur, c’est un peu short. Top départ, pour débuter le concert de ce soir, nous vous proposons une ouverture… promenade de lutins dans la forêt… de Carl Nielsen… sans arbres, en fait… qui serait à la musique ce que Bournouville est à la danse… et sans lutins, qui ne sont autre que des gens masqués battant joyeusement le pavé… une figure au Danemark… figures dérobées et bande pourchasseuse : les longs nez noirs se transforment en une nuée de moustiques… c’est, c’est… fini. Ou Maskarade, si vous vous appelez Julien Lepers.

 

1. Cavalcade enjouée. Pas une chevauchée triomphante. Plutôt une fuite narquoise.

2. Un morceau de plénitude oublié au creux du monde, que l’on ne peut découvrir que par le regret de l’avoir perdu. Plage, nuage et doigt coupé, je ne parviens pas à me souvenir comment fini La Leçon de piano.

3. Allegro, allez !

Mieux qu’une dissert’, le Concerto pour piano n°2 en fa majeur de Dimitri Chostakovitch en trois parties. En prime, Alexander Toradze nous demande quel mouvement nous voulons en bis, mais je suis à peu près la seule à oser le slow one, so… c’est reparti pour la chevauchée intrépide : tandis que les mains rappellent que le piano est un instrument percussif, les pieds martèlent le sol mieux qu’un jockey aux genoux cagneux en plein Far West. Et de prendre appui sur le dernier accord pour sauter dans les bras de Paavo Järvi.

 

Les choristes rentrent en scène pour Peer Gynt, puis trois solistes qui se répartissent en triangle autour du choeur. Au sommet, une femme que l’on dirait l’incarnation de la femme : elle va s’asseoir au fond de l’orchestre comme elle prendrait place sur un trône, une rivière de diamants portée avec autant de naturel qu’une montre Swatch. Une robe bleu-grise très élégante et des cheveux libres comme s’ils étaient en permanence soufflés par le vent. Un maintien à conquérir le monde, et une tranquillité à l’avoir déjà fait. Une gueule. Une allure folle. Et quand elle ne chante pas, elle regarde le monde comme si tous s’offraient à elle, tranquillement renversée sur son banc, les cheveux rejetés, comme si elle prenait un bain dans un jacuzzi. Le tout naturellement, sans ostentation. Wow.

Face à Aurore Bucher (plusieurs ont dû s’y brûler…), forcément, le jeune récitant fait un peu pâlichon et sa déclamation, un peu forcée. Avec son humour de celui qui sait en faire un peu trop, qui colle parfaitement à notre anti-héros, Arnaud Denis n’a cependant pas grand mal à nous entraîner dans son histoire farfelue, où les trolls, les femmes, le désert et la tempête font rage. Je ne comprends toujours rien, mais je m’amuse toujours autant.

Sans trop chercher à retrouver le fil non directeur, je suis Roland Daugareil taper du pied comme un violoneux de taverne, les femmes débiter des gaudrioles d’autant plus gauloises qu’elles sont en français (Le Teckel, qui était dans la salle (!) riait encore le lendemain de « à défaut d’hommes, nous nous contentons de trolls ») et le Grand Courbe anticiper les détours du parcours vaguement initiatique de Peer Gynt (« -Qui es-tu ? – Je suis moi-même. Peux-tu en dire autant ? »). Ann Hallengerg, dans une robe violette un brin désuète, se livre à une improbable scène de séduction avec notre gringalet d’anti-héros, tandis que Mari Eriksmoen, étoile nordique tombée de nulle part, vient jouer les douces épouses débordant de bonté, rayonnant de sérénité dans sa robe rose passé. Sacrée soirée.

Quelques notes avec ou sans troll chez Paris-Broadway, Joël et Palpatine

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