J’ouvre le recueil dans mes mains et me remet entre celles de Jeanne Benameur.
Nous, c’est elle, tous ceux qu’elle écoute, à qui elle prête parole.
Amour, c’est « des petites paroles de rien du tout », pas des déclarations
— en tant de guerre, on évite
la douleur
on prend
la douceur
des vies
douleur, douceur
c
l
Il faudrait ajouter […] avant, […] après les citations, je n’en ai rien fait, j’ai volé léger.
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de je t’aime je suis passée à j’aime
il n’y a plus d’attente à tutoyer
j’aime large
j’aime les gens comme on aime un tableau
sans vouloir rien y retoucher
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Je suis le fils de celui qui s’est levé un matin
qui est parti
[…] j’ai rangé sa chaise
posé son bol dans l’évier
et j’ai su que notre table était devenue une table
rien qu’une table
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ça ne dit rien des mots que j’ai sous la peau
qui cherchent à sortir
comme les plantes tout au fond de la terre
qui savent très bien que si elles restent sous la terre
elles ne vivront pas
je voudrais qu’on me regarde vraiment
jusqu’à ce qu’on la voie, la vraie couleur de mes yeux
parce que ça change
alors il faudrait
qu’il y ait quelqu’un qui me regarde
vraiment
tous les matins
et qui me dose Aujourd’hui tu as les yeux
couleur de printemps courageux
ou bien couleur de nuit sans amour
ou couleur de vol d’oiseau migrateur
c’est pas juste marron
ou bleu ou gris ou vert
un regard, c’est plus subtil
[…] quelqu’un qui te dit
la vraie couleur de tes yeux le matin
ça, ce serait la douceur du monde
[…] si vous voulez
je peux essayer de lire
la couleur de vos yeux d’aujourd’hui
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elles nomment le désastre mais elles ont élevé des remparts
pour réfugier la douleur
Pour réfugier la douleur, pas pour se réfugier de la douleur.
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Je dois la vie à quelqu’un que je ne connaîtrai jamais
[…]ma mère m’a raconté la peur au ventre
les entrailles qui se serrent
et l’avion a commencé à tirer sur eux
ils se sont tous aplatis où ils pouvaient
dans les fossés au bord de la route
s’ils avaient pu rentrer sous terre ils l’auraient fait
ma mère comme les autres
entendant le vrombissement qui se rapprochait
les tac-tac-tac qui pouvaient arrêter les vies
comme ça
et l’homme s’est couché sur elle
elle a senti son poids sur son dosl’avion est passé
les gens sur la route se relevaient
certains pas
ma mère était indemneelle a voulu se lever
mais le poids de l’homme la gênait
elle l’a poussé comme elle a pu
il fallait se remettre en route tout de suite
avant que l’avion ne revienne
il fallait trouver un abril’homme était lourd
[…] moi si j’existe aujourd’hui
il était mort
mort pour elle
sans même savoir son nom
c’est grâce à cet homme
il n’est pas mon père
[…]
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ils disaient À table, les enfants
[…]
et d’un seul élan
nous avancions nos chaises
chacun à notre place
mais une place n’est pas un nomdans leurs bouches nous étions Les enfants pour la vie
mais dans nos rêves nous étions seuls
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derrière quelle petite fille quel petit garçon
avancent-ils, eux ?
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Parfois tu vois j’ai peur de tout perdre
Tout ?
Oui tout, tout ce que j’ai à l’intérieur
la beauté des paysages que j’ai contemplés
les couleurs qui changent
[…]Écoute, tu me racontes ta montagne et moi je te la garde
[…]
tu ne la perds pas
et je prends aussi la mer qui frissonne entre les rochers
le flux, l’eau transparente
je garde tout ce que tu ne veux pas perdreNous sommes deus maintenant
à garder la beauté
et ça
c’est de la douceur
peut-être même de l’amour
va savoir