Reconstitution sonore

 

Au pied du lit, l’eau coule, régulièrement d’abord puis avec des modulations, selon les parties du corps qu’elle rencontre et dont l’énumération constituerait un blason prosaïque du pommeau de douche. Quelques sons brièvement jetés, le gant de toilette est rincé.

Les draps se froissent sous mes jambes qui s’étirent tandis que des grincements proviennent, étrangement proche, de la cage d’escalier, ponctués d’un choc à chaque palier. Pour un peu, j’aurais l’impression de dormir dehors.

Le gond d’une porte cède. Les bruits se déplacent, je les suis dans l’appartement.

Le ronronnement du micro-onde dure quelques minutes et se termine par une sonnerie. Quelques minutes plus tard, la sonnerie se répète deux fois, rappel à l’ordre, le bol est toujours à l’intérieur. Un temps encore, le frottement de pas traînés et un déclic suivi d’un clac annoncent sa libération.

Plainte étouffée du cuir qui se remet du choc du corps qui s’y est laissé tomber et roulement du fauteuil.

L’intervalle entre les bruits trahit l’engourdissement du sommeil à peine révoqué, des forces qu’il faut chaque jour rassembler et ranimer, des gestes lents auxquels il a fallu, chaque fois, un temps pour se résoudre. Pause ensommeillée. Un tintement, bientôt raclement, métallique fait savoir que la cuillère tourne rond dans le bol. Une main froisse un sachet plastique, à la recherche d’un pain au lait pour accompagner le chocolat chaud.

Il est temps que je me lève pour aller moi aussi petit-déjeuner.

3 réflexions sur « Reconstitution sonore »

  1. Ça faisait longtemps que tu n’avais pas posté de tels textes, et ça fait plaisir de te relire ainsi.

    C’est toujours amusant, cet entre-deux du sommeil, où la torpeur te retient au lit, mais où tu arrives encore à saisir distinctement les mille bruits de tes entourages.

    1. Hein ? Dans le bruit ambiant, ne s’est pas détachée la phrase : “chérie, ton petit déjeuner au lit, tu le préfères avec croissants ou œufs-bacon ?”.
      L’amour est vraiment un cerisier …

    2. bambou >> “Encore” ? J’aurais dit “déjà” : à quelle heure as-tu laissé ce commentaire ? ;p

      delest >> Je crois que cette phrase me ferait bondir – hors du lit, parce qu’il faudrait que je fouille les placards à la recherche d’un thermomètre pour voir si sa fièvre peut encore se soigner avec du doliprane (ou si c’est un cas de schizophrénie aiguë).

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