Se souvenir de ce qu’on a craint comme ce qui a eu lieu, un billet de Christine Jeanney.
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[sur la thérapie] Après tout, un an, c’est si peu pour intégrer les trente-six autres.
Mon quotidien est parsemé de micro-effondrements qui s’ouvrent sous mes pieds aux moments les plus inattendus. Les émotions trouvent un passage vers la surface, un bon signe il paraît. Ça me terrifie.
Eli, Engelures, Hypothermia
On sous-estime toujours ce qu’on laisse chez les autres.
Je ne sais pas si on sous-estime, mais il y a toujours un décalage ; ce qu’on sème de soi n’est jamais vraiment ce qu’on aurait voulu ou pensé transmettre.
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Quand un éditeur demande d’expliciter un passage, le fait-il parce que l’auteur a omis des éléments trop évidents pour lui ou parce qu’il cherche à obtenir un produit facile à consommer ? Une réflexion de Sophie Gliocas dans sa newsletter Gang de plumes.
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je renâcle à réactiver le métronome
« J’ai beaucoup aimé mes deux métiers mais être à la retraite m’a permis de réaliser que cette obligation m’était si lourde qu’aujourd’hui je ne peux envisager un engagement bénévole ou militant que s’il ne demande pas de régularité. »
Kozlika, Vieille, Kozeries en dilettante
Le métronome, c’est tellement ça. Les horaires fixes, la nécessité d’être à tel endroit à telle heure, surtout en fin de journée, font de mon travail ce qu’il est : un travail — alors que j’aime tant, sans contrainte, le pratiquer.
Nous discutons pas mal de cela, de ce qu’on met comme sens dans la phrase « je n’ai rien fait hier ».
Si je n’ai rien fait hier, je n’ai rien fait
— de productif, cases toujours vides de la to-do list
ou tout aussi bien je n’ai rien fait
— qui me fasse plaisir.
Il faut qu’il y ait au moins l’un ou l’autre. Pas de fatigue ou de procrastination coupable qui empêche et l’un et l’autre.
Dans ce même billet (encore, oui), un strip BD :
— J’ai peur d’avoir raté ma vie.
— Je ne savais pas que c’était un examen.
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« Avant on allait sur internet pour fuir la vie réelle, maintenant on va dans la vie réelle pour fuir internet ».
Dans Les mots de la mouette, Florance parle de « revenir à une vie plus matérielle (et non pas matérialiste) pour envisager la vie plus doucement » :
« Il y a un exercice qui est souvent utilisé en psychologie lorsque l’on dissocie ou que l’on fait une crise d’angoisse pour parvenir à se réancrer de nouveau dans l’instant présent : observer autour de soi et citer 5 objets d’une même couleur, ou bien scanner son corps pour ressentir chaque partie, depuis les orteils en remontant jusqu’à la pointe du crâne.
Est-ce que nous ne sommes pas collectivement en train de matérialiser cet exercice par le besoin profond de se réancrer dans notre propre présent ? »
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Je ne sais pas si c’est l’époque des cédé gravés que j’ai connue, le récit intime des amitiés qui se nouent ou se dénouent, ou le flashback narratif éclairant la biographie de cet inconnu que je lis depuis des années (Guillaume Vissac), mais le 081225 m’a touchée :
« J’ai longtemps considéré qu’à cette époque je m’étais retrouvé abandonné du jour au lendemain, principalement par A. et R., alors que dans les faits c’était peut-être venu de moi. On ne s’imagine pas, quand on reconstruit son passé, que, des fois, le méchant de l’histoire ça peut être soi. »
« Les seuls dont je sache le futur, c’est-à-dire le présent, c’est KujaFFman […], et Jalk Mikain parce que je l’ai épousé, en fait. Ça me blow généralement my mind qu’une seule petite année sépare une période que je situe sur le territoire de l’enfance (ma vie de collégien stéphanoise) et ma rencontre sur un forum Ezboard avec celui qui, aujourd’hui encore, partage ma vie. »
« Car à l’époque, ça n’existe pas les adolescents homos dans la vie de tous les jours. »
« Ça m’avait scié qu’il me demande ça, et qu’il le fasse aussi chaleureusement. Je ne l’ai jamais oublié : qu’un gars aussi apparemment à l’aise dans la sphère sociale et au sommet de la pyramide prenne le temps, avec quelqu’un comme moi, de s’assurer que tout le monde autour de lui se sente bien, et passe une bonne année. C’était tellement incroyable. »
« […] j’ai consenti à ce qu’on coupe les ponts avec moi et n’ai pas cherché de faire l’effort de recoller les morceaux, parce que je savais qu’il me serait impossible d’exister en tant que personne auprès d’eux, et plus comme un enfant. Ce que je veux dire par là, c’était que c’était inenvisageable de faire comme on dit mon coming out à ces deux-là. »
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Nous ne sommes qu’en février, l’horoscope du web 2026 de Laurence a encore 11 mois pour révéler l’exactitude de ses prédictions. Lion, poisson, taureau… oubliez l’animalerie astrologique, ici on parle métier : UX designer, data analyst, auditrice en accessibilité ou sorcière, c’est du solide.
En décembre, Jupiter en Sagittaire vous offrira une révélation : brûler le patriarcat émet quand même beaucoup de CO₂, il vaudra mieux le composter.
Pensée pour Luce pour celui-ci :
Un gros défi vous attend en 2026 : convaincre les gens que l’accessibilité n’est pas une option, tout en les jugeant et en gardant votre calme, mais heureusement, la Lune en Vierge vous apportera de la patience (et des tisanes « gardez votre calme, ça va aller, mais ça sent la cannelle »).
En mars, Mars rétrograde vous fera redécouvrir les joies des briefs flous et incohérents (« on veut quelque chose de moderne, mais pas trop » ou « du discount, mais de luxe »).
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Depuis quelques jours (depuis un mois, avec le décalage, mais l’habitude arrivera-t-elle jusqu’à aujourd’hui ?), Guillaume Vissac publie des dessins avec son journal et j’aime beaucoup — cet oiseau aux plumes ébouriffées par le stylo-feutre fatigué ou japonais.

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Winnie Lim a une manière incroyablement lucide et précise d’examiner ses mécanismes mentaux, c’est passionnant à suivre au fil du temps — pour découvrir d’autres manières de fonctionner (profil TDAH avec un passé de malade chronique) ou observer grossis des traits que l’on présente aussi.
Some people […] have zero motivation or regulation issues when it comes to doing things. For me, it takes accumulated self-knowledge to learn how to shepherd myself into doing things I want to do.
Winnie Lim, teaching an old dog new tricks
Traduction à la truelle :
Certaines personnes n’ont aucun problème de motivation ou de régulation pour ce qui est de faire les choses. Je dois quant à moi amasser une grande connaissance de moi-même pour me contraindre à faire des choses que j’ai envie de faire.
Ces derniers temps, j’ai l’impression d’être passée de l’un à l’autre. Les shoots de dopamine du scrolling ? « the fear of disappointing ourselves » ? le découragement face à l’effort (« It takes spiritual energy to try, because there is always a learning curve. ») ?
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La neige qui tombe, ça ralentit tout. Le regard, d’abord. On prend le temps, avec les yeux, de regarder ce qu’il se passe.
Joachim Séné, Reposante neige, Journal éclaté
Il fait le rapprochement entre les jours de neige et le confinement, « ces jours où l’on avait plus rien à faire que de rester chez soi, marcher un peu, revenir, tout était à l’arrêt, au minimum vital, à l’essentiel. » Je n’ai pas du tout ce souvenir du confinement : ce temps suspendu n’était pas ouaté, il était saturé de qui-vive, de devoir bosser sans les loisirs qui contrebalançaient.
Joachim Séné cite un article d’Olivier Ertzscheid :
Et l’enfant comme l’adulte n’est attentif qu’à ce changement, qu’à cette mutation en cours sous nos yeux, comme si l’on pouvait observer en accéléré la croissance d’un arbre.
« Il va neiger. » Et l’attente est joyeuse. « Nous sommes en vigilance jaune neige et verglas. » Et l’angoisse est palpable. […] Être en vigilance à chaque instant, à chaque présent, équivaut à une inattention au monde. On peut pas être chaque fois vigilant sans être contraint d’être inattentif à la construction de ce présent.
Résonance avec mon état psychique.
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Et si le remède à la fatigue était de se fatiguer autrement.
Jane Doe, Remède miracle, L’ombre d’un doute
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It is slightly ironic but my private journals can be a lot more mundane, whereas when I write here I am forced to dig somewhere deeper.
Winnie Lim, alone, with music
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Les plans ne sont pas faits pour être exécutés, ils sont là pour préparer l’improvisation.
Citation d’un entretien d’Orson Welles,
cité par Christine Jeanney, block note — servir, Tentatives
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Et je ne vois vraiment pas ce qui pourrait me faire du bien, surtout pas : parler.
Mais vraiment, la sensation que l’impuissance, la mienne, celle des autres, gonfle à chaque mot prononcé, que les larmes amères vont venir me noyer, bref, la mâchoire serrée sur mes blessures.
Sacrip’Anne, Tough Love, Sisters Cia
Parler d’anxiété, ça fait un peu ça, parfois, ça la fait gonfler.
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Est-ce un homme est-ce une femme. Est-ce un logement sont-ce des bureaux. Je n’ai ni la réponse ni mes lunettes.
Guillaume Vissac, 020226, Fuir est une pulsion