Goûter un concert(o)

 

Maki.

La faute à Billy Budd : le concerto pour violon en ré majeur de Benjamin Britten m’est apparu sous un jour aquatique. Rassurez-vous, cela n’a rien assourdi, ni les percussions ni les archets, bien au contraire, et les chuintements ténus du violon de Janine Jansen, visiblement dans son élément (avec sa robe d’écume noire), se sont bien propagés ; j’étais dedans !

 

Sabayon.

L’Italie de Berlioz ou d’Harold, je ne sais, m’a parue quelque peu académique. C’est pendant que l’altiste soliste, planté bien droit, convoquait montagnes, ruines ensoleillées et autres paysages, que j’ai pensé à une métaphore culinaire pour exprimer ce que j’appelle d’ordinaire de la musique au partitif. Vous reprendrez bien de la musique ? C’est très lié et sans grande saveur : de la crème anglaise. Je trouvais que cela allait parfaitement pour une Italie importée d’Écosse jusqu’à ce que le deuxième mouvement vienne me tirer de mes considérations. La « Marche des pèlerins chantant la prière du soir » a cette beauté bouleversante du liturgique observé de loin, uniquement sous un jour esthétique. La nuit et la lueur jaune-orangée des vitraux d’une église. Une lanterne d’Aloysius Bertrand, peut-être. Un secret dont on aurait perdu le sens et qu’il faudrait répéter pour ne pas l’enfouir et permettre à quelqu’un, un jour, de le découvrir.

Mais comme toute beauté éphémère, la procession s’est éloignée de portée d’oreille, la parenthèse s’est fermée, la chuchotement a été recouvert et c’est pendant les deux derniers mouvements que j’ai décerné le maki, délice algué, à Benjamin Britten et transformé la  crème anglaise en sabayon, pour que le deuxième mouvement s’y découvre comme quelque fruit savoureux au milieu d’une crème pas mauvaise mais sans litote.

En bis, la suite pour violoncelle n°1 de Bach – pour violoncelle mais à l’alto. Je me demandais si j’allais l’entendre un jour en concert. Je me demande à présent si je l’entendrai un jour en concert jouée lentement, avec des moments très étirés presque en chute libre avant d’être rattrapés in extremis par le crescendo, histoire de nous donner le vertige. C’est comme avec les feux d’artifice, il faut apercevoir la retombée pour apprécier la fusée suivante – sinon c’est courir droit à la jouissance en oubliant le plaisir.

 

Farfalle tonde.

Ravel sert à Daphnis et Chloé un plat de farfalle tonde, c’est une évidence au-delà des mots (j’avais la forme de la pâte et pas le nom). Des formes riches et rondes qui miroitent avec force, c’est une mer déchaînée de tableau impressionniste ou un plat de farfalle tonde. Un moment fort, au figuré comme au propre.

Concerto ou tard mais plutôt tard

J’ai aimé le Concerto pour piano n°1 de Tchaïkovski. Je crois avoir aimé la symphonie qui suivait, mais cinq heures de sommeil pour la Cinquième symphonie, c’est trop juste. Dommage qu’il n’y ait pas de Septième, j’aurais pu garder les proportions et les yeux ouverts. Je tiens néanmoins à souligner que je ne dormais pas mais que « je reposais mes yeux » (toujours au passé, indice de la mauvaise foi paternelle). Un peu comme le mini-pc qui se met en veille avant que la batterie ne lâche pour de bon, j’ai fermé les yeux pour garder les oreilles ouvertes. Cette subtilité n’aurait pas été possible sans Palpatine qui doit ainsi être remercié pour avoir eu la bonne idée de diriger toute la symphonie sur ma cuisse droite ; les pizzicati chatouillaient beaucoup, j’ai du me retenir de rire alors que les grosses contrebasses commençaient à s’exciter en fronçant le sourcil, au premier rang desquelles j’ai nommé le poète de Spitzweg, très en forme ce soir-là, qui se tournait vers ses camarades et mon sourire (la zone du public où je me trouvais, vous chipotez bien, je trouve) pour trouver à partager son enthousiasme.

Cela a du se faire sans mal pendant la première partie tant Arcadi Volodos, le pianiste, le suscitait. Il faut dire qu’un bourrin délicat ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval. L’oxymore est parfaitement illustré par les deux derniers bis où il fait suivre un morceau aux accents foucades espagnoles d’une mélodie douce et lente, lente et poignante où la lenteur est proportionnelle au plaisir. C’est brrr même si j’ai crains une fois ou deux que le pianiste ne tombe à la renverse comme un vulgaire cancre tant il rejetait vigoureusement sa tête en arrière – le bonhomme a la jouissance douloureuse. Je bats des mains avant de battre en retraite.

D’avoir somnolé à l’entracte m’a ensuite plongée dans l’atmosphère de ces fins de dîner lorsque, enfant, je vacillais comme les bougies que je voyais sur la table avant de sombrer dans une torpeur où les voix des adultes parvenaient avec un éclat curieusement assourdi, phonèmes limpides que l’on perçoit avec une étonnante acuité alors qu’on ne les comprend plus. C’est cette même étrange lucidité qui, face aux sons des instruments, m’a fait apprécier la musique et ne m’en a laissé presque aucun souvenir, mis à part les coups d’archets déchirant – l’air comme une feuille de papier. Lovée dans mon siège, j’ai passé une chaleureuse soirée.

Arvo Pärt et autres silhouettes

[jeudi 4 novembre]

Une création d’Arvo Pärt – j’avais même fait une sieste pour être parfaitement réceptive et apprécier pleinement. Arvo Pärt, pour moi, c’est d’abord la musique d’une chorégraphie travaillée au conservatoire pour une variation d’interprétation. Ce qui n’arrive presque jamais, nous nous y référions par le nom du compositeur plutôt que par celui du chorégraphe, peu connu par ailleurs, nous l’avions re-piquée sur un enregistrement du prix de Lausanne. Au milieu de la variation, il y avait un passage vide de tout pas, un regard pour seul mouvement, qui se devait d’aller au fond de la salle et des choses, cependant que le poids du corps ne faisait que passer d’une jambe sur l’autre. La caméra se focalisait sur le visage de la fille, un visage-paysage, sur lequel j’ai par la suite superposé la plaine enneigée qui figurait en couverture d’une anthologie de musique estonienne que le pianiste m’avait ramenée (une autre année, qui a donné une « composition personnelle » sur une musique d’Erik-Sven Tüür). Une plaine enneigée où la brume voilait un seul arbre – le silence. Puis la gorge nouée en entendant à nouveau les premières mesures de Tabula rasa (c’en était le titre) à Bastille où deux solistes du NYCB se produisaient dans After the rain, de Christopher Wheeldon. Le plus beau pas de deux que j’ai jamais vu, le plus émouvant. Et enfin le CD que j’ai trouvé chez Palpatine et aussitôt copié, avec un hommage à Benjamin Britten (que je n’ai découvert qu’ensuite, avec Billy Budd – il paraît qu’une fois encore, j’ai fait les choses à l’envers), une musique qui s’égrène dans le silence, ponctuée de cloches lointaines, du moins qui me paraissent telles lorsque j’écoute la musique dans mon lit, dans le noir, dans cette phase où notre acuité s’exerce avec une grande liberté, juste avant le sommeil, le lecteur MP3 à puissance minimale, pour tendre l’oreille à l’attention (comme une corde, on vibre mieux alors). Arvo Pärt est donc un nom qui, seul, suffit à me mettre en alerte, prête à accueillir ces sons étranges et envoûtants.

Silhouette n’est pas aussi émouvant que j’aurais pu m’y attendre mais cette création courte (sept minutes sont si vite passées) n’en est pas moins fascinante – toujours ces sons étalés dans le silence, qui s’en détachent étrangement. De percussions assourdies émergent des notes très étirées. Toujours avec mon image de plaine enneigée, j’imagine des échos aigus, cristallins, qui se répercutent dans une grotte de glace pleine de stalactites. Mais les pizzicatos me font sortir du cliché nordique ; je me rappelle le titre de l’œuvre et subitement le son qui s’élance prend un tout autre sens. Silhouette, hommage à Gustave Eiffel : c’est la Tour dans son entier, une première mesure de sa grandeur, avant de commencer l’ascension, de grimper les poutrelles à coups d’archet, l’une après l’autre, en croisillons – jeu de composition et de construction. Ce qui en émerge n’est pas le monument marron terne mais l’architecture illuminée qu’on découvre furtivement depuis le métro aérien en venant à Pleyel, et que des gamins ne regardaient même pas, trop occupés à se disputer un journal en papier ; mais l’objet d’émerveillement un peu simplet qu’elle devient à heure fixe lorsqu’elle se met à frétiller- métamorphose de minuit toutes les heures piles. Dans cette évocation note à note, où la Tour s’élève pièce à pièce, je retrouve le même imaginaire que dans la nouvelle de Dino Buzzati. Le monument touristique, habituellement réduit à une babiole en plastique, est restauré dans sa structure architecturale monumentale, justement. Aucune lourdeur néanmoins : l’évocation esquisse en tintinnabulant la silhouette métallique de l’édifice. Cet hommage à Eiffel est une jolie façon de célébrer l’arrivée de Paavo Järvi à la tête de l’Orchestre de Paris.

Le compositeur en personne vient saluer. Ce vieux monsieur au crâne rond, à la barbe grisaillant, au regard humble et doux, et aux manières effacées me fait l’effet d’une apparition : un tailleur ou un sculpteur de sons, un grand-père sorti d’une forêt ancestrale qu’il habiterait autant qu’elle l’habiterait, de son folklore, de son silence et de ses murmures.

Une fois les applaudissements calmés, la soirée si bien inaugurée se poursuit avec le Concerto pour piano en la mineur d’Edvard Grieg. D’où nous sommes, nous ne voyons pas le clavier, mais quand bien même Elisabeth Leonskaja enfoncerait les touches moitié avec moitié moins de violence que les coups de tête qu’elle donne vers l’avant (et qui font tressauter sa mise en pli), sa frappe n’en ressemblerait pas moins à un martèlement. Pourtant, même si l’usage des pédales confine parfois au coup de pied, l’interprétation ne souffre pas de cette énergie quelque peu bourrine (le piano, je ne sais pas trop), d’autant que la pianiste est capable de nuance dans les moments plus calmes. La vigueur de son jeu sert la puissance de l’œuvre, rendue directe par des notes claires et distinctes. En résumé, c’est l’éclate. On attrape un morceau de douceur en bis ; je me demande pourquoi j’ai la sensation d’assister à un concert archétypal lorsque je me rends compte que la lumière a été baissée et la poursuite, braquée sur le piano qui tient un encombrant bouquet dans sa gueule ouverte.

Après l’entracte, tout le monde s’extasie sur la deuxième symphonie de Sibelius. J’assiste au déchaînement grandiose de puissances de la nature sans que cela ne m’émeuve ni ne m’enthousiasme grandement ; je suis déjà repue de ma soirée.

Chostakovitch and Co à tous crins

[mercredi 10 novembre]

J’arrive à Pleyel comme une fleur, persuadée, comme cela arrive périodiquement à mon esprit réticent à retenir les dates, les heures et autres indications chiffrées, que le concert commençait à la demie. Juste le temps de déposer mon sac au vestiaire (le orange rend le eastpack trop voyant) et de prendre place au rang E (« le rang des stars », Palpatine ne se sent plus – le décrochement est néanmoins appréciable, aucune tête devant). Dans l’allée centrale, une ouvreuse fébrile regarde alternativement l’homme qui fait se lever une rangée de spectateurs pour rejoindre sa place au milieu du parterre, et le chef d’orchestre qui vient de monter sur sa petite estrade et s’apprête à donner le signal du départ. Pas de souci, Sibelius couvrira les éventuels bruits de siège. L’orchestre est plus qu’au complet, il y a des chaises de partout et des têtes inconnues. Parmi les surnuméraires, un djeunz altiste avec des cheveux blonds qui lui descendent sur le nez ; à se demander s’il peut voir correctement la partition.
Tapiola est encore1 dans les bois, c’en est même la divinité. On n’échappera pas à une attaque d’essaim d’abeilles, qui se métamorphose en violente tempête ; les « vieilles forêts sombres » sont « mystérieuses en leurs songes farouches » prévient le compositeur. Je ne suis pas une grande promeneuse forestière, une exploration de vingt minutes me va très bien.

Ce qui vient ensuite me fait moins regretter de ne pas être au Châtelet où se créé une symphonie d’Arvo Pärt. Le Concerto pour violoncelle n°1 (en mi bémol majeur) de Chostakovitch s’ouvre avec entrain par un premier mouvement à l’espièglerie caustique – sardonique, nous dit le programme. Quelque soit l’adjectif, c’est réjouissant, à me faire dandiner d’une fesse à l’autre. La masse capillaire, grise et bouclée, de Steven Isserlis se soulève à tout instant, rapprochant brusquement les mouvements de tête du violoncellistes des a-coups qui caractérisent les marionnettes du muppet show. Rien de comique cependant dans le long passage solo qui renoue « avec les solitudes désolées que Chostakovitch a si souvent abordées ». La danse qui le remet ensuite aux prises avec l’orchestre n’en est que plus endiablée. Il s’excite tant sur son instrument que deux fils pendouillent au bout de son archet, comme un crin sur la soupe. C’était dément et ce n’est donc que justice si la reconnaissance du public sabbat s’abbat sur lui en multiples applaudissements. Le Souchon du violoncelle (de même qu’il y a le docteur Glamour du violon) nous gratifie d’un bis. J’avais l’étrange impression d’avoir entendu ce morceau il y a peu et comme le concert de Kachatryan s’est immédiatement présenté à mon esprit mais qu’il ne pouvait s’agir d’aucune pièce pour violon, j’en ai déduit que c’était probablement également du Bach, l’une des suites qu’a chorégraphié Spoerli dans In Den Winden Im Nichts (récemment découvert en DVD).

On finit par la sixième symphonie (en mi bémol mineur, à croire que c’est la note de la soirée) de Prokofiev. J’y retrouve quelques-uns des effets de Cendrillon (imprégnation par ballet, comme toujours), sans le même brillant toutefois. Le programme me confirme que c’est normal en m’apprenant que cette symphonie est considérée comme la plus sombre du compositeur. Ah. Je ne l’avais pas vraiment perçue comme lugubre… à vrai dire, mon attention s’est plutôt cristallisée sur les embardées du chef d’orchestre qui, à un moment particulièrement vivace, s’est translaté vers l’avant d’un bond, un pied rejoint par l’autre. Pris par la musique, il se soulève parfois sur les talons, orteils qui battent ainsi la mesure – ça confine aux claquettes. Claquements de mains (mention spéciale au jeune homme -mathématicien pour Palpatine- qui applaudissait comme une otarie) puis s’en vont (enfin, c’était l’intention parce que j’ai oublié mon écharpe et j’ai du remonter à contre-courant des petits vieux, ce en quoi la souris n’a pas l’habileté du saumon).

1 A la bourre dans mes compte-rendus, il y avait du Sibelius la semaine dernière – et du Arvo Päääärt !

Khachatryan, Bach, le folklore arménien et la nostalgique beauté de la solitude

[mercredi dernier]

Lorsque Palpatine m’en avait parlé, j’avais compris Khatchatourian, mais en voyant le nom de Bach sur le programme en ligne, j’ai fini par comprendre qu’il ne s’agissait pas du compositeur mais d’un violoniste que je ne connaissais pas1. Je n’avais jamais mis non plus les pieds salle Gaveau. D’emblée j’aime cette petite salle toute en longueur, qui me fait penser à une chapelle royale – sûrement l’effet orgue (joliment éclairé par des lumières rouges et oranges). Nous prenons place au premier balcon, côté jardin, sur un des sièges en velours jaune qui se marient bien aux tonalités bleues des murs. Nous sommes juste au-dessus de la scène, juste au-dessus du violon avec lequel Sergey Khachatryan s’est mis à jouer la première sonate puis la deuxième Partita de Bach.

On ne voit pas son visage, la plupart du temps, mais cela importe peu ; à ses lèvres qui font la moue et ses yeux fermés, je préfère les muscles de l’épaule et du dos, que l’on ne voit pas mais que l’on devine sollicités par les mouvements puissants de l’archet. Je l’imagine jouer torse nu, non par fantasme mais, vêtu d’une robe et d’une épaisse ceinture de tissu, par association avec quelque art martial que j’invente probablement. N’allez pas croire qu’il s’escrime contre son violon, bien au contraire ; cet art martial que j’invente tient dans mon imaginaire autant de la capoeira que du derviche tourneur et, plus qu’un athlète, le violoniste serait un ascète. Il n’est évidemment pas question de perfection morale ni d’austérité, seulement d’une forme de pureté dans le son et d’une interprétation qui s’abstient de toute grandiloquence. C’est virtuose et cela semble pourtant dépouillé, l’émotion y est mise à nu, cette émotion que j’associe à Bach depuis qu’on mon ex-presque-beau-père m’a fait découvrir la première suite pour violon dans une version très lente.

La scène est peu éclairée, la salle est dans l’ombre, les gens eux-même trop immobiles pour être des ombres, et le violoniste joue les yeux fermés : intense solitude. On oublie qu’un musicien se produit, chacun est seul avec la musique. Peut-être est-ce de me trouver juste au-dessus de la scène, à l’extrémité du public, séparée à la fois du parterre qui lève la tête et du violoniste qui la baisse sur son instrument. Je regarde beaucoup ses pieds, qui avancent ou reculent d’un pas ou d’une mesure, se haussent parfois sur la demi-pointe lorsque cela devient insoutenable et qu’il faut prendre de la hauteur.

S’il fallait une image, je garderais celle de ses pieds en chaussures noires cirées, l’un qui reçoit le poids du corps, l’autre qui vient de s’en alléger, derrière, légèrement soulevé – à la traîne, si l’on y retrouve la majesté de l’étoffe, ici simple ombre portée, qui prend pied à même une autre ombre, différemment orientée et beaucoup plus courte (comme le petite aiguille d’une horloge par rapport à la grande). Lorsque le violoniste sort, il y a dans la douche éteinte des taches sur le parquet brut, de sueur qu’on dirait de sang.

 

Après l’entracte, Khachatryan revient avec un violoncelliste, un altiste et un autre violoniste ; le Naïri Quartet nous joue quatorze miniatures du folklore arménien, de Komitas. Comme en peinture, la miniature a quelque chose de fascinant, tout un univers en quelques lignes- non pas une histoire résumée, mais condensée. Plus festive que la première partie, la seconde n’en garde pas moins une certaine mélancolie, rendue plus lancinante encore d’être vécue en communauté. Car ils ont beau n’être que quatre, leurs regards qui s’accordent avant même les instruments donnent l’impression de se joindre à une communauté, soudée en demi-cercle. Le soliste a quitté son isolement en s’adjoignant un groupe sans pour autant rompre avec la solitude – seulement, ils sont seuls ensemble et c’est là une sorte de fraternité. Élargie au public lorsque les rappels sont suivis de trois autres miniatures, où la « douce ironie » dont parle Palpatine est plus que jamais sensible.

Je ne découvre les titres qu’après, lorsque ma voisine nous prête le programme, et j’aime ces titres simples et précis : « Le châle rouge », « Danse de jeune fille », « Cher Shoger », « Oh Nazan ! », « Nuages », « Chanson de fête », « Chanson du faneur » ou encore « La chanson de la petite perdrix ». Mon préféré reste encore l’inattendu « Elle est mince comme un platane », d’un surréalisme très prosaïque. Je vois le tronc large de l’arbre puis imagine une fille fluette se cacher derrière, et conclus que la comparaison veut tout dire.

En sortant, j’avais une envie légère comme un souvenir de danser entre amis et fredonnais au feu rouge tout en jouant des talons.

 

1 Le contraire eut été étonnant en même temps – je pourrais commencer tous mes billets par « je ne connaissais pas… ».