Revue de blog #8

Tous les mois, Winnie Lim célèbre sa relation avec sa partenaire et ces déclarations d’amour mensuelles / réflexions sur le couple sont chaque fois incroyables :

She tells me if she were me she would find it difficult to exist too. This is the most indicative of her love and understanding towards me among everything else she has said. The way she comprehends my existential distress: only possible because of the mind she has.
I tell her I am glad she is born around me, within the same timeline and the same 50 kilometre-wide country.

Just now during breakfast I asked again, if we imagined us to as two separate individuals we knew in different social circles, would we have thought of us to be possible as a couple? Definitely not. We wouldn’t even have made it as platonic friends.

[…] how there must be enough provocation so we continue to inspire the other, but not too much that it becomes an unbridgeable rift. […] Can a long-term relationship cope with all the changes and still remain thriving rather than coping?

We are not people who would compromise the integrity of our selves for the sake of the relationship. So there is a careful dance around each other, and we both innately want to push each other to places we’ve never been. There is a chance that one day she may take off, without me.
I think it is precisely this precariousness that makes us cherish our every day together, and it is this cherishing that makes the relationship thrive. Our relationship sustains, because we are both pessimists.

Winnie Lim because we are both pessimists

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. lasse d’avoir besoin d’être rassurée comme une enfant abandonnée

. parfois je lis en une seule fois l’ouvrage que je tiens, parfois ce n’est pas possible, je ne corresponds plus à ce qu’il est. Je peux mettre des jours, des mois avant de pouvoir redevenir la personne qu’il faut à ce livre

. est-ce qu’elle est morte parce qu’elle avait compris qu’elle ne m’aimait pas
aucun sens elle n’aurait jamais su regarder en face, les mots oui . réessaye
est-ce qu’elle est morte parce qu’elle avait compris que je ne reviendrais pas

(l’emprise à la place de l’amour)

. si on écrivait une liste des personnes qui nous ont abandonné en chemin et une de celles que nous avons nous même abandonnées, laquelle serait la plus grande ?

Phrases perdues — février chez Dame Ambre

Les points qui arriment les phrases plutôt qu’elles ne les closent. Ces phrases ne seront pas perdues pour tout le monde.

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Des entrées de journal très émouvantes chez Dame Ambre (naissance, vieillesse, maladie) :

Elle est née toute noire. Tellement noire, j’ai eu deux réactions simultanées. J’ai visionné l’intégralité de mon arbre généalogique c’est à dire jusqu’en 1300 et quelques à me demander quel était l’ancêtre qui n’était pas blanc et je n’ai rien vu dans cet arbre qui pouvait expliquer ça, cette couleur, cette enfant noire magnifique, ce n’était pas grave, on chercherait à comprendre plus tard, et je me suis demandé, aussi, alors que je regardais cet arbre gigantesque, si elle allait bien. J’ai eu le bon sens, et ce n’était pas gagné avec toutes ces hormones et la peur de mourir encore imprimée dans tout le corps, de poser cette question-là, est-ce qu’elle va bien et pas est-ce qu’elle est noire, je l’ai demandé à voix haute un peu par hasard, ça avait l’air d’aller parfaitement bien.

La vitesse à laquelle on perd notre libre-arbitre en vieillissant.

Est-ce qu’on peut.
Est-ce qu’on peut vouloir que la vie s’arrête, est-ce qu’on peut demander un mur et la souffrance étalée explosée comme une œuvre d’art, et puis est-ce qu’on peut, je ne sais pas, massacrer le mur à coup de couteau égaré sous un marteau et qu’il n’en reste rien.

Dame Ambre
Journal de février, 21 à 28 – Une pagaille, un mur et un projet

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J’extirpe les mots au compte-goutte […] J’ai essayé d’écrire sur d’autres supports, je n’y arrive pas. Je me disperse, sème des bribes numériques, papiers un peu partout.
Le blog est la forme d’écriture qui me convient le mieux. À la fois introspection et possible ouverture vers autrui.

Écrire et photographier répondent au même besoin chez moi de « faire survivre quelque chose ».

Reprendre, Bribes de réel

She’s back. <3


J’ai aimé aussi les citations en exergue tirées d’Elvis à la radio de Sabine Huynh :

[…] ne pas écrire serait bien pire, et cela, vous le savez tout au fond de vous : écrire tire vers le haut, comme le tiramisu remonte littéralement le moral, croyez-moi […]

L’écriture nous permet cela, de prendre conscience des choses, ainsi que de relier, remembrer […]

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What we miss—what we lose and what we mourn—isn’t it this that makes us who, deep down, we truly are. To say nothing of what we wanted in life but never got to have.

The Friend, Sigrid Nunez
cité dans la newsletter de Marion Olharan Lagan
L’abus de lecture est-il dangereux pour la santé ?

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L’indentation des citations risque de devenir compliquée ici, alors je casse le truc pour retrouver la cohérence.

Winnie Lim :

Nobody says we have to be good at everything we do

Un commentaire en réponse sur hackernews :

« This is advice I have to push on my kids constantly, because they are obsessed with finding that one thing they are better than everyone else in the world.
[…] Her words (from Malayalam) are best translated as “For whom a little is not enough, nothing is ever enough”.» […]

Winnie Lim :

I guess I really like the part of the internet where we throw something out in the wild, and sometimes we get back something else totally unexpected. And I got to learn from people’s life experiences in return.

Winnie Lim on the front page of hackernews

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Se tenir en équilibre sur un trapèze : Marie Le Conte se sert de cette figure comme d’une métaphore pour parler ensuite de tout autre chose, mais j’ai aimé retrouver dans le monde du cirque ce que je connais dans celui de la danse — l’équilibre comme mouvement constant.

The balance is partly about balance but, really, it’s about movement. While doing a front balance, the trapezist must activate as many muscles as they can, and they must pay constant attention to the position of their torso and their limbs. The reason why they stay there, perched on the bar, is that they keep subtly, barely moving their left hand, their right foot, their shoulders, their neck, their thighs, and so on.
A front balance looks like a passive move, but it’s anything but. It’s something that looks immobile but requires constant, conscious tweaking.

Westminster? I barely knew ‘er! The Young Vulgarian

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Une chouette idée (chronophage) : un petit dessin chaque jour sur un planner mensuel.

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Rien ne ressemble plus à sakura, si ce n’est l’emballage rose d’un déchet.

Rose, Les Carnets Web de La Grange

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Je négocie avec moi ce qui est important et ce qui ne l’est pas.
[…] J’essaie de mettre ce qui m’a causé le bonheur à l’abri des doutes.

Sacrip’Anne, Les négos avec soi

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But as I worked through this sketchbook I realised I was gradually getting more and more relaxed, instead of the frustration I usually feel whenever I try to do something I am not good at. […]

I am bad at it, that is why I keep doing it. As I keep doing it, I realise I like doing something I am bad at. I know I am bad at it, I don’t expect much out of it, so therein lies the freedom to do whatever I want, and that is such a freeing experience […].

Winnie Lim, Chiang Mai’s sketchbook

Ce n’est pas la première fois qu’elle en parle, ni la première fois que je le relève, mais vraiment ça me fascine. Je suis incapable de dessiner comme elle, sans m’attacher au résultat. Peut-être un domaine où je réussirais à ne pas avoir d’attente serait la musique — je suis tellement persuadée d’être une catastrophe à ce niveau que toute non-catastrophe serait une agréable surprise. Je garde dans un coin de ma tête l’idée d’apprendre à jouer du violoncelle (quand je serai un peu plus rodée à ma nouvelle vie prof de danse, quand j’oserai).

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Dans le journal de février de Thierry Crouzet :

[…] quand je suis à Paris, c’est l’horizon que je cherche […]. J’ai besoin de voir loin pour me sentir vivre […]

J’ai rêvé d’une Vita Nova au début de ma carrière professionnelle et elle a commencé quand j’ai quitté la presse, peu avant mes 31 ans, et que je n’ai plus fait qu’écrire et n’en faire qu’à ma tête. Peut-on traverser plusieurs Vita Nova ?

Réaliser que j’y suis, dans ma Vita Nova, à lire et écrire en pleine journée avant d’aller donner mes cours de danse.

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Cette photo de notes de Paul Klee prise par Karl m’a rappelé l’ouvrage mi-écrit mi-dessiné que j’ai un jour projeté, où de semblables lignes décriraient le trajet des conversations à la Tristam Shandy avec mon amie M. Parfois, je me dis que je devrais arrêter d’écrire ici pour écrire le reste (il est probable que je n’écrirais plus du tout).

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Nous tous, adultes, meules contre lesquels ils [les enfants] usent les angles pointus de leurs affects.

Prof en scène

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Pour la première fois de ma vie il m’est arrivé d’arrêter de lire parce que j’avais assez lu – et non pas parce que je tombais de sommeil ou avais ci ou ça à faire -.

Les cinq ans du premier confinement sur Traces et Trajets

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tout le monde fait la liste des grandes ambitions touristiques pour le séjour qui passera si vite, fatalement

et moi, je ne pense qu’à aller manger une poutine à côte-vertu comme dans mon enfance

je ne pense qu’à retourner dans mon enfance

les ambitions sur Rêver peut-être

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« Essaye pas de jouer l’accord suivant. Pense d’abord au chemin que vont faire tes doigts. »
C’était le conseil le plus simple du monde. Et j’ai failli chialer à quel point ça a fonctionné.

Prof en scène

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Thierry Crouzet s’est lancé dans une série de notes de blog fort amusante :  à partir de l’écran d’accueil d’un smartphone, il esquisse le « portrait imaginaire » de son propriétaire, puis confronte cet exercice de « divination » au témoignage de l’intéressé. Dis-moi quelles sont tes applis et comment tu les ranges, et je te dirai qui tu es. Déjà un, deux , trois

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La photographie est un bel herbier nous permettant de retracer les parcours et déterrer les racines de moments bien enfouis. La photographie est une malédiction qui nous ancre dans l’image d’un lieu particulier éblouissant les images fébriles de la périphérie qui ne réside que dans une mémoire lointaine. Constamment, je passe de l’un à l’autre entre enfouissement et éblouissement.

Reviens rester ici, Les Carnets Web de La Grange

Souvent la photographie d’un détail me restitue l’ensemble mieux que ne saurait le faire justement une vue d’ensemble. Elle constitue un point d’entrée, une ancre mémorielle. Mais la sélection que je fais pour le blog façonne la mémoire que je développe (élague ? cristallise ?) d’un lieu ou d’un voyage ; si je fouille mes archives complètes, avec les photos moins réussies, je m’étonne de pans entiers semi-oubliés. Alors quid des instants et des lieux entre ou juste à côté ?

Revue de blogs #7

Les conversations sont nombreuses. Les mots s’entrechoquent en embruns sonores. Le café est plein.

Halètement, Carnets Web de La Grange

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Elle m’a dit « mais je l’aime moi ? », elle découvre qu’on peut apprécier une œuvre et lui trouver d’énorme défauts, ce n’est pas incompatible.

Carnet de lecture de février de Dame Ambre

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What truly infuses a sense that I have truly lived? It is very easy to become hedonistic in a world like this. But will that hedonism ultimately make me feel like I have lived? […] Is the attempt to make a life well-lived rooted in some capitalistic value that everything must have value?

I find it fascinating that many monastics spend hours of their lives practicing so that they can be awake the rest of the time […] Regardless, it is provoking to me that for many of us it is about creating, creating, creating (yes I am guilty), whereas some people out there spend their entire lives doing “nothing” so that they can transform their minds.

As a self-identifying creative person, it is very difficult to escape the mindset that if I’m not creating I am not living. But I forget that when I invest time into mundane tasks and relationships, I am essentially creating myself too. Right now I feel like there is this experience of living, and I am not in it. I am trying to live according to my idea of what living should be, but I am not directly experiencing life. I am still living too much in my mind.

existing in an unsafe world, Winnie Lim

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– Ah mais c’est pour ça que vous avez des tatouages en fait ! Vous avez des histoires sur vous !

Un élève de Prof en scène

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Aujourd’hui je n’ai rien fait.
Mais beaucoup de choses se sont faites en moi.

Extrait de Treizième poésie verticale de Roberto Juarroz,
découvert dans la revue de blog de Dame Ambre

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Le personnage principal est pratiquement toujours vu de l’extérieur. C’est la narration du regard des autres sur ce qu’elle est ou plutôt ce qu’elle devrait être, tout contenu dans cette violence de la conformité aux désirs des autres.

les gestes, Les Carnets Web de La Grange,
à propos du roman La Végétarienne

Je ne l’ai pas lu, mais ce sont les derniers mots qui me happent, que je copie-colle à Melendili, la violence de la conformité aux désirs des autres.

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La gélule a la taille calibrée sur la déglutition des pélicans.

Tant qu’il nous reste des dimanches

Je risque de sourire en repensant à cette phrase la prochaine fois que je prendrai un Doliprane non pelliculé.

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Et tous les mots, anodins ou pas, deviennent un peu des mots d’amour, de lien, d’histoire qui se tisse en un motif inconnu.

Words de Sacrip’Anne, Sisters Cia

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Les Etats-Unis ne sont plus des alliés, bien pire, ou plus inconcevable, il semble qu’ils puissent s’allier à la Russie. Même Dr Strangelove n’avait pas prévu cela. […] On le sait, pourtant, que quel que soit ce qu’on prévoit, c’est toujours autre chose qui survient.

L’inconcevable, Alice du fromage

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Lorsque j’entre dans la salle de bain je me prends de plein fouet la pièce, c’est un sentiment physique de « je suis au milieu de ce que je connais » qui me sidère par sa force, ça me coupe la parole et inquiète une seconde LeChat qui regarde la très légère pagaille comme si finalement quelque chose n’allait pas. Or, tout va bien. C’est tout l’inverse, je réintègre à cet instant mon chez moi depuis l’intérieur de celle que je suis, il s’agit d’un réalignement brutal entre un corps épuisé qui a vécu milles choses en sept jours et autant d’espaces différents, et le glissement vers le connu. Je suis chez moi, et j’en pleurerais.
[…] nous réintégrons nos corps l’un contre l’autre, dormir dans la chaleur de l’autre, l’odeur de l’autre, l’existence de l’autre. Ce soulagement.

La vie est une dinguerie, sachez-le.

Journal de février de Dame Ambre

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Les citations suivantes sont extraites de la newsletter Tant qu’il reste des dimanches : Les nourritures – Le temps, le vert et le tout qui devient trop.

« Reprend pouvoir sur son temps » me semble inexact. Dans la lenteur et la simplicité, il n’y a pas de domination sur les heures, la planification, l’organisation. On se soumet à la pluie qui bouleverse les projets. […]

L’uniformisation de nos rythmes de vie n’est issue de rien d’autre que du travail, de la domination et du souci de faire société. Ça se glisse dans des endroits intimes supposément exempts : j’ai réalisé cette semaine que j’éteignais entre 22 heures 30 et 23 heures, même si j’étais fatiguée bien avant, probablement car c’est l’heure à laquelle finit le film proposé à la télévision, télévision que je ne possède pas.

Quand j’étais salariée, me coucher tard était aussi une tentative de grappiller davantage de temps de vie personnelle, même si ça finissait par me rendre crevée au boulot et chez moi. Mais si je suis honnête, aujourd’hui que je ne le suis plus (salariée), je continue à me coucher tard ; j’ai du mal à abdiquer face au temps, à sa fuite, à un jour de plus qui s’est fait la malle avec mon sentiment d’accomplissement. Quand je suis satisfaite de ma journée en revanche, et que je ne projette pas d’anxiété sur la suivante, j’ai moins cette tentation de l’étirer, moins de mal à aller me coucher.


Je ne savoure plus cette expression, « prendre son temps », de la même manière qu’avant. Comme si en analysant, scrutant et changeant mes usages des écrans, d’Internet et des réseaux sociaux, je la retrouvais. « Prendre son temps » est un effort, et nous devrions tous œuvrer pour que ce soit un droit. […] Annuler des choses pour ne pas les remplacer. Avoir des heures de rien pas destinées à être remplies ; lire car on le veut, pas parce qu’on a deux heures devant soi, regarder un film car on a envie, pas parce que c’est possible.

Non plus tant faire sans hâte que revendiquer de faire pour soi. Cela fait écho à l’idée de braconner du temps libre chez Julia Kerninon. J’ai l’impression que tout le monde autour de moi s’est mis à faire la chasse aux automatismes des réseaux sociaux. J’ai encore le réflexe d’ouvrir Twitter, mais le referme à peine le contenu chargé, me rappelant que non, vraiment non, je me porte mieux sans. Je me rééduque au temps long avec la lecture et le soleil — il n’y a qu’au soleil (et dans les bras du boyfriend) que je peux ne rien faire et être profondément contentée.


 Je me surprends à regarder un film car il est disponible, pas par intérêt.

C’est le principe même des plateformes de streaming qui ne proposent pas l’accès à quelque chose en particulier, mais assurent que l’on aura toujours quelque chose à regarder (la fameuse expérience, qui finit comme devant une penderie pleine : rien à se mettre, rien à regarder). Je me rappelle d’un article sur la stratégie de Netflix expliquant qu’ils ne publient pas leur catalogue volontairement, pour éviter que l’on regarde en amont si telle ou telle série s’y trouve et qu’on renonce à s’abonner si celles qu’on sait vouloir regarder ne s’y trouvent pas. Les innombrables carrousels reproduisent la même chose pour les abonnés : donner l’impression d’une profusion infinie en plaçant les mêmes films dans différentes catégories non exclusives (récompensés aux Oscars, romance, les plus vus, pour vous, films américains…), de sorte qu’on ne sait jamais vraiment si on a touché le fond du puits.


[sur les temps d’écran] Par ailleurs, les préconisations soulignent elles-mêmes que tout ça ne prend pas en compte… la vie professionnelle. Donc si je comprends bien, on doit, usagers et usagères d’écrans, modérer, réfléchir, mais dans le cadre du travail : ça passe. Dans le cadre du travail, on met au point des subterfuges, des malices, « faites une pause toutes les vingt minutes en regardant vingt secondes au loin ». On la sent, l’arnaque. Je trouve qu’il faut un sacré toupet pour dire ensuite aux gens « Pas d’écrans une heure au moins avant d’aller se coucher », alors que ça peut être un film distrayant ou un petit bouquin.

Depuis que je suis prof de danse, je peux à nouveau bloguer tout mon saoul. Il n’y a plus les sept heures préalables d’écran qui m’obligeaient à arbitrer entre loisir et santé (je finissais souvent avec les yeux explosés, la tension oculaire m’obligeant parfois à m’interrompre voire à repousser sans commencer une session d’écriture bloguesque).

Revue de blog #6

j’avais une enfant depuis un an, j’avais complètement, mais alors complètement oublié, c’est l’autre parent qui s’en occupait […] avais-je seulement accouché […] maintenant que je me souvenais, j’étais condamnée pendant des années à l’amener à l’école le matin et venir la chercher le soir, une immense tristesse m’accablait, ma mère disait se souvenir de mon accouchement, elle avait tapé l’incruste, elle se souvenait de mon test positif aussi, j’étais dépossédée de moi

rechute, Rêver peut-être

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I think being able to endure that discomfort when doing unpleasant things is a learnable skill and can be practised […]

in order to avoid procrastination we have to develop empathy for our future selves

[…] eventually I stopped finding it a chore. I now wash dishes with a neutral state, and I no longer find it dreadful. Times like this I find the plasticity of the brain very fascinating.

Reading was a skill I had to pick up and get used to again. And till today it is still something I have to be very deliberate and intentional about.

[scrolling] I use it to “rest” after doing difficult tasks, but it slowly seeps more of my mental energy away. After “resting”, I find it difficult to embark any task that require a reservoir of mental energy.

Yesterday, I resolved to have a “no reddit during day time” day. […] Strangely by the time I allowed myself to chill with reddit, it felt uninteresting.

Cela commence à me faire la même chose avec Twitter…

It is not because I believe it to be unhealthy per se, but I am curious about the side of myself that would emerge out of this, because I have been so reliant on it for so long.

I think it is important to continually seek inner-enrichment, because when the self changes, the spectrum of future possibilities widens.

Winnie Lim on widening the spectrum of future possibilities

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I have to say there is something about an ebook reader that makes consuming these lengthy books way easier – I don’t get intimidated how never-ending it seems to be […]

Winnie Lim at the library

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Mon algorithme de choix de langue de lecture d’un livre.
– Si le livre est écrit en français ou en anglais, lire dans la langue originale.
– Si le livre est écrit dans une autre langue, vérifier la beauté de la couverture, prendre la version traduite en français ou anglais avec la plus belle couverture.
– Si la couverture est nulle, déprimer.

Papier, Les Carnets Web de La Grange

J’ai ri. Les lecteurs. On est une drôle d’espèce quand même.
Moi aussi : Si le livre est écrit en français ou en anglais, lire dans la langue originale. Sauf que : je n’ai jamais aimé commander mes livres (aucun grand principe, je crise seulement à l’idée qu’ils puissent arriver abîmés) et il n’y a pas de librairie anglo-saxonne à tous les coins de rue ; quand j’en trouvais une, je n’avais plus aucune idée de ce que j’avais espéré y trouver, pouf, évaporé. Tant et si bien que : à force de vouloir lire en anglais dans le texte, je n’ai presque plus lu de littérature anglo-saxonne.

Bizarrement, c’est d’avoir troqué l’achat contre l’emprunt qui me sors peu à peu de cette boucle infinie de non-lecture :  quand je découvre dans les rayonnages qu’un livre est traduit de l’anglais, je ne le referme pas en me disant que j’achèterai sa VO plus tard ou que, plus improbable encore, la médiathèque en fera l’acquisition. Le futur rétréci rouvre sur le présent, je me résous à lire hic et nunc la traduction française.

Il faut que j’ajuste mon algorithme avec créer ma propre couverture en collant des images dessus.

C’est un fantasme qui me poursuit : rendre compte d’une lecture non sous forme de chroniquette, mais en créant une couverture.

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Puis j’ai réalisé que, le matin même, j’avais pris deux livres dans la boîte à livres du square des Batignoles, que je les avais fourrés dans une poche de ma parka (il fait moins quatre ressentis), oubliés là des heures durant, avant de les retrouver le soir venus, et de les redéposer dans la même boîte à livres qu’au matin, réalisant qu’au fond, je n’avais pas vraiment besoin de ces livres, cela me suffisait de les avoir « possédés » quelques heures.

Dans le journal de Guillaume Vissac

Je ne sais pas si c’est la sélection réduite, la gratuité ou l’air de nounours abandonnés des livres mis au rebut, mais les boîtes à livres me poussent à m’emparer de livres que je n’aurais jamais achetés ou empruntés à la médiathèque. Et parfois, après quelques jours, je retourne déposer le larcin facile à l’endroit où je m’en suis emparée. Je me méfie désormais de cet effet déformant, même si je reste irrémédiablement attirée par la maisonnette en bois et, coup d’œil à la piste cyclable, dévie presque à chaque fois du trottoir pour voir ce qui y traîne.

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I’m soon turning 54, but I don’t feel like an adult.
It’s not that I feel like a child. I just feel « non-adult ».
[…] Do you have to become an adult in the « adult » way?

Robert Birming, Feeling Non-Adult

C’est mon non-anniversaire, j’ai 36 ans 1/2 et je me sens non-adulte.

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Courir pour ne pas être gelés, courir pour ne pas avoir peur […]

Karl cite William Chevillon et j’extrais ces quelques mots de l’extrait, totalement hors contexte désormais, car ils m’évoquent la course qui suit les TOC pour quitter mon appartement — TOC qui me mettent au bord du retard et ce faisant me remettent les pendules à l’heure, la course dissolvant l’anxiété qui montait dans les vérifications superflues.

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Je serai mon destin
avant que mon destin ne m’impose sa loi.

Accrocher un espoir sur le blog Accrocher la lumière

Revue de blog #5

On voudrait bien se lover dans un petit écrin dans les souvenirs de nos enfants et petits-enfants, pour que quelque chose subsiste de nous. Mais à chacun la forge de son enfance, où crépite le feu de ce qui fut.

Ricochets sur le blog Fragment d’ombre,
découvert via les Carnets Web de La Grange

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[…] je ne pouvais pas me passer de cette sensation d’apaisement et de sérénité qu’apporte l’écriture.

Sophie Gliocas, Re-aimer son manuscrit (vraiment)

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Aucune critique pour moi, sa fille de dix ans (très, trop silencieuse) est un paratonnerre. […] On parle d’une enfant qui ne parle qu’à peine, ne bouge pas, mais écoute, regarde. Trop silencieuse.

Tout le récit que fait Dame Ambre de la violence latente au sein d’une famille corrodée par les secrets est glaçant, mais cette description de la petite fille… Elle m’a fait penser à cette élève dont je ne crois pas avoir entendu le son de la voix depuis le début de l’année, qui ne s’est pas davantage exprimée lorsque sa mère est venue parler pour elle, exprimant les doutes de la petite fille et les balayant de ses certitudes d’adulte dans le même mouvement. À la vigueur quasi agressive avec laquelle la mère affirmait sa confiance en sa gamine, j’ai mieux compris pourquoi celle-ci se taisait derrière ses grandes lunettes.

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Je me réchauffe en regardant les températures d’autres lieux et en me souvenant le goût qui les accompagne.
Parfois il suffit juste de penser le réconfort pour le matérialiser.

Pensées froides, Carnets Web de La Grange

Karl illustre ce passage d’une capture d’écran d’application Météo. Cela m’a fait sourire, car je conserve moi aussi des lieux où je suis allée, où pour certains je ne retournerai probablement pas. À l’heure où j’écris ces lignes (15h16, jeudi 13 février), il fait 4° à Roubaix, 7° à Paris (le boyfriend) et à Versailles (Mum), 15° à Sanary-sur-Mer, 0° à Flakstad, 4° à Chamonix, 14° à Ciro Marina et 5° à Oxford. Je prends la température affective de ces lieux qui continuent à vivre sans moi.

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[…] c’est la dernière fois que je ferai un tel voyage marathon. Je ne sais pas si j’arriverai à me tenir à cette résolution tant le fomo est grand lorsqu’on explore une destination lointaine dans laquelle on ne reviendra probablement jamais. […] je suis tombée dans le piège de vouloir tout voir, tout faire, et de ne pas assez nous écouter.

Pourtant, souvent, les meilleurs souvenirs que j’ai sont ceux de moments suspendus, de hasards heureux, d’instants imprévus – des souvenirs qui n’ont aucun lien avec la quantité de préparation ou la charge des journées. Pourtant à chaque fois que je pars, j’ai l’impression que c’est une leçon que je dois ré-apprendre ! […] je réfléchis fort à faire évoluer ma conception des voyages, voire des vacances, pour ouvrir un peu plus mes horizons intérieurs plutôt qu’extérieurs.

IX 24 – Séoul, Hypothermia

Un voyage éprouvant mais un récit foisonnant, avec de très belles photos de Séoul.

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You always think you did something wrong
And something terrible you said
But no one cares as much as you do

Paroles d’un chanteur suédois traduites par Robert Birming

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Dans le journal de janvier de Thierry Crouzet :

Barthes discute de la nécessité de changer pour ne pas succomber à l’acédie, sorte d’épuisement de la curiosité, du pouvoir d’aimer, de s’émerveiller.

Ce n’est pas tout à fait la définition que j’avais associée à la découverte de ce mot, mais il continue de m’aimanter.


Combien d’autres choses, d’autres pensées, d’autres habitudes m’encombrent ? Une maison de vieux, c’est une maison remplie de souvenirs, peut-être nécessaires pour stimuler la mémoire. Est-il possible de vieillir dans le minimalisme ? La vieillesse s’accompagne-t-elle d’une ribambelle d’objets poussiéreux ? Les intérieurs des vieux me mettent mal à l’aise.

Je regarde la bibliothèque et me demande pourquoi conserver tous ces livres d’art que je ne consulte plus mais qui ont formé mon regard ? Au cas où ? Même pas. Ils s’imposent par leur pesanteur et parce que la bibliothèque sans livres serait triste. Vestiges d’une époque d’avant internet.

Le premier paragraphe me fait repenser à un passage de Liv Maria, où le personnage éponyme se demande comment elle en est venue à avoir une maison remplie de tous ces objets qui lui semblent utiles et qu’elle n’avait pourtant pas quelques années auparavant.

Pour les livres, je me le demande aussi parfois, et cela ne me semble plus une hérésie de me poser la question comme si, en jaunissant, mes Folio s’étaient détachés de moi — des feuilles qui restent attachées à l’arbre tant qu’aucun coup de vent ne passe par là. À ces rectangles choisis immaculés, aux couvertures souples dont j’ai pris grand soin pour éviter rayures, cornes et craquelures, ne manque dorénavant qu’un rangement en bac plutôt qu’en étagères pour devenir des vieilleries de bouquiniste.


J’aime refaire les mêmes photos pour me prouver que je reste attentif au monde.

Dénicher la variation dans la répétition.
Il faut voir ses photos d’eau et d’infusions de lumière…

Photo de Thierru Crouzet 
Photo de Thierry Crouzet — Ces crampons filaments de lumières semblent enraciner la terre-méduse dans l’eau. Et si on retournait l’image, s’élèverait un spectrogramme de la ville.

Je ne savais pas que je partageais avec Proust une hypersensibilité aux odeurs. Je suis hypersensible aussi aux couleurs, à beaucoup d’autres choses, en particulier à la connerie, ce qui ne m’empêche pas moi-même d’être très con (souvent à cause de mon hypersensibilité qui me rend beaucoup de comportements insupportables).

Lucide.


Peut-être qu’il n’y a jamais plaisir sans souffrance, parce que la souffrance redouble le plaisir par contraste.


[…] je suis de l’espèce de ceux qui voient plus clair quand ils écrivent, qui éprouvent davantage de plaisir, qui pensent plus loin.

[…] s’amplifier les sens pour saisir des lumières fugaces et en jouir pour soi […]
[…] le carnet comme colonne vertébrale, d’où s’échappent des milliers de pattes, ou de neurones, une sorte de forme foisonnante, cérébrale, végétale, cancéreuse, incontrôlable. Ne plus tenter de contenir, de réduire, de borner, laisser les dendrites se déployer, sans souci de les faire aboutir, juste accepter leur écoulement.

Les dendrites <3
S’autoriser deux, trois points, nouer et ne pas couper les fils à ras. Broderie inachevée, collective.

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Est-ce que l’Autre nous fait grandir, dans le sens de gagner en espace intérieur, pas de maturer, parce que ça me gonfle – est-ce que donc l’Autre nous fait grandir sans faire exprès, parce qu’à un moment on a saisi une branche qui n’était pas là spécialement pour nous mais que ce jour-là on a vue ?

Répliques sismiques, Carnet orange

Je n’avais jamais pensé au distingo de grandir, j’adore. Et aussi cette histoire de branche, ça fait écho aux dendrites évoquées par Thierry Crouzet. Ramifier, brancher.

Revue de blog #4

Ma grand-mère ne m’entend pas même lorsque je répète très fort, mais elle est bien là alors elle invente des réponses, dans le doute. Comment tu vas, mamie ? Oui il y a du monde aujourd’hui. Ça me permet de poser plusieurs fois la question et d’avoir tout autant de réponses disparates. Nous inventons une discussion où nous sommes à côté l’une de l’autre, c’est doux, même décalé.

Dame Ambre dans son journal de janvier

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Ils avaient vieilli, oui. Ils avaient l’impression, certains jours, qu’ils n’avaient pas encore commencé à vivre.

Les Choses de Pérec cité par Karl 

Si vous voulez me terroriser en une phrase, vous savez comment. Est-ce un roman qu’on trouve brillant en abordant la vingtaine et terrifiant en vieillissant ? Je ne sais pas si j’aurais envie / le cran de le relire.

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Jamais je n’ai si bien lu retranscrite l’a-logique des rêves que sur le blog Rêver peut-être, toujours compréhensible sans aucun point, sans transition, tout enchaîné de simples virgules et aujourd’hui, cette tournure onirique par excellence qui dissout l’identité dans la semblance (indécise, floue, évidente) :

celui qui semble être mon grand frère […] nous revenons à la maison et rapportons à celle qui semble notre grand-mère deux pommes […]

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Winnie Lim on the minimum effective dose

It may come as a surprise how little time we truly need at the gym to gain strength and muscle. I think it is all about sending our bodies the right signals. With the body it is almost always use it or lose it.

2 semaines pour perdre sa forme physique ; 6 à 8 semaines pour la retrouver : ce sont les chiffres ingrats trouvés dans un manuel de prof de danse, qui se vérifient empiriquement.

I find the concept of the minimum effective dose fascinating. It can be applied to many areas in life, especially when it comes to learning. There are many people who tend to believe that it is all or nothing when it comes to practising things. It is either we commit hours to something, or else it is better to not start at all.

J’ai tendance à être comme ça, moi aussi. Contre le tout ou rien qui mène souvent au rien, je repense parfois au conseil de Klari qu’elle tient de sa pratique du violon mais qui peut s’appliquer à plein d’autres choses : s’obliger à en faire cinq minutes. C’est toujours cinq minutes de pris, qui préservent la régularité. Si après cinq minutes, on a envie d’arrêter, on arrête. Mais souvent le plus dur est de commencer, et on continue volontiers un peu plus. Ça fonctionne pour l’activité physique, l’apprentissage, le ménage…

Learning anything requires a positive feedback loop, and in order to create one, we have to know where is our threshold before it feels too exhausting.

Pas toujours commode à doser.

But instead of trying to optimise or maximise everything, what if I do the minimum for all the things I wish to do instead? I think it can be powerful to remind ourselves how small amounts can really add up and compound over time […] Not every blog post has to be a philosophical essay. I can write small things, draw small things, exercise in small doses. What are the minimum effective doses for me to lead a fulfilling enough life?

Ces deux questions, là. Viser l’effort minimal désamorcerait l’anxiété dans pas mal de cas, je crois. C’était même un conseil de psy (je fais seulement le rapprochement) : faire la même chose en y mettant moins d’énergie. Le seuil arriverait avec la seconde question : quelle intensité d’effort faut-il pour mener une vie épanouissante ? Et pas seulement écoper le quotidien en attendant le week-end / les vacances / un hypothétique changement futur.

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i am thankful that she kindly endures me — the eternal grinch — and in the vast complexities of the universe, our lives have overlapped in such an unfathomable and enlivening manner.

150 months : je ne me lasse pas des déclarations d’amour mensuelles de Winnie Lim à son amoureuse.

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Sa grande tête sur une tige fine dans le Journal éclaté de Joachim Séné

Pourquoi ce livre aussi, pourquoi pas un petit livre que je pourrais terminer dans le temps d’une vie ? C’est justement parce qu’il est impossible, peut-être, que ce livre m’intéresse.

Si ce livre est impossible à traduire dans le temps d’une vie de qui n’est pas traducteur, alors on s’assure que la traduction continue à relever du plaisir ? Une lecture approfondie sans autre but qu’elle-même ?

Je n’avais jamais pensé à traduire pour le plaisir. Ou si, ça m’a traversé l’esprit, sous la forme de l’énorme pavé qu’est Appolo’s Angel, que je n’ai même pas fini de lire. Là aussi, un impossible ?

Après tout, on lit pour soi, pour le plaisir, pourquoi ne traduirait-on pas de même ? Prochaine étape : écrire, tout simplement détaché de tout, sans plus rien attendre ou espérer.

Cela me semble difficile de rien espérer. Sage, mais difficile. D’ailleurs lit-on vraiment pour soi, pour le plaisir, ou pour faire advenir l’écriture ?

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J’ai honte de dire ça, mais je n’aime pas Alicia. […] J’ai honte, parce que je sais qu’il n’y a, derrière son comportement, aucune méchanceté. […] Mais d’où vient qu’elle génère en moi autant de méchanceté, que je parviens à grand-peine à lui répondre aimablement ?

Prof en scène

Si vous saviez comme cet aveu me rassure. Qu’on puisse ne pas aimer un élève, viscéralement, et quand même vouloir lui enseigner aussi bien qu’aux autres. Sur ma centaine d’élèves, j’en ai deux ou trois qui me font sentir comme ça.

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I also personally enjoy it when people write about themselves or obscure topics. Popular writing that cater to the mass are mostly regurgitating mainstream narratives, so I don’t find it interesting.

Winnie Lim answering a blog questions challenge

Racontez-moi vos névroses et autres labyrinthes psychiques.

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on n’est qui on est que par défaut de ne pas être autre chose

Guillaume Vissac, Oscar Wilde pessimiste

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Dans le ciel y’a les étoiles

sur le bitume y’a moi

Entre les deux y’a tous mes états d’âme en équilibre, une petite tour de kapla. Je tire sur un morceau et tout est tombé sur moi.

[…] Les larmes se forment dans le coin de mon oeil et elles descendent pas, elles ont le vertige.

Meredith B, Denial is a river blablabla

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[TW deuil]

Il n’est évidemment pas là comme j’aimerais qu’il soit, en chair et en os, en rires et en mots, en baiser et en caresses mais il est là, de l’autre côté de moi-même et peut-être qu’il sera là pour le reste de ma vie. Et peut-être que c’est ça, l’au-delà.

Et après… ? Ma vie sans lui

Un écho surprenant au post d’Eli sur Les au-delà, publié juste la veille.

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[TW deuil]

Avoir enfin rêvé de lui, l’avoir revu quelques secondes dans mon cerveau endormi ne m’a finalement apporté aucune joie, ni aucun soulagement. Une petite frustration et un grand désarroi. […]

Mais comme l’a dit la psy, ce sont aussi des rêves qui laissent entendre ma volonté de le laisser partir. Pour l’instant, c’est peut-être trop tôt, je suis tiraillée entre ce désir et celui de le garder contre moi, le plus longtemps possible. Et c’est ça le deuil, aussi. Cet écartèlement entre le chagrin de la perte et le souhait de continuer à avancer.

[…] Très sincèrement, je souffre comme s’il était parti il y a quelques jours à peine. […] Et je l’aime comme s’il était encore vivant. C’est le truc le plus fou qui me soit jamais arrivé.

Encore et toujours, Ma vie sans lui

Cela fait quelques semaines maintenant que je lis ce journal de deuil, d’une beauté lancinante.

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J’ai pris un fou rire en regardant un épisode des Bridgerton, un jour, à cause de toutes ces jeunes vierges inexpérimentées de la haute société qui se font des premières fois épiques, enivrantes et couronnées de plaisir mutuellement consenti.

Vous vous souvenez votre première fois, vous ?

Ecco 🤌

Sacrip’Anne, Goofy Love

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Grâce à Karl des Carnets Web de La Grange, je découvre la série Food Treasure de l’artiste Chunbo Zhang : « This series reflects the anxiety I have experienced as a foreigner living in America and adapting to its culture. » Ses aquarelles donnent des airs de porcelaine de Chine à des plats américains, qui en deviennent visuellement immangeables. Certaines œuvres déclinent mécaniquement le principe de la série (les lasagnes, le layer cake…), mais d’autres sont saisissantes :

Aquarelle d'un bagel où la croûte est peinte avec le motif et les reflets d'une porcelaine de Chine Aquarelle d'un biscuit Oreo dans luel on a déjà croqué, le dessus et le dessous avec la texture et le motif d'une porcelaine de Chine Aquarelle de macaron pistache, où la texture du dessus est travaillée de telle sorte qu'on dirait une matière rigide et laquée

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Pour finir cette revue de blog, un blog qui n’en est pas vraiment un, déguisé en newsletter, et qui en bonne logique chronologique ne devrait pas se trouver à la fin, mais au début : j’ai mis du temps à m’en défaire. Dans Le jour où j’ai grimpé la colline, Sophie Gliocas raconte son désir de voir ce qui se cachait derrière la colline de la maison de famille de son enfance, un joli-récit parabole pour se retourner sur une époque qu’on a quittée depuis un moment déjà. On y trouve le temps long de l’enfance et celui qui a passé depuis, des capsules d’éternité atemporelles et des morceaux des années 1990, quand on faisait des choré sur les Spice Girls ou qu’on lisait un vieux Clan des sept. Un mélange de nostalgie et de rire adulte.


[à propos de la maison] « Est-elle jolie ? En toute objectivité, difficile à dire. […] Son charme n’est saisissable que si on éprouve pour elle un attachement profond, irrationnel, démesuré. Un amour d’enfant. »

« Cette maison de campagne s’est construite au fil des gens qui y ont séjourné. Elle a toujours été un voyage dans le passé : quand nous y venions pour un week-end ou pour les vacances, nous finissions toujours par y laisser des objets que nous n’avions pas prévu de ramener. Parfois, nous venions même avec des affaires que nous souhaitions y entreposer pour que ça ne prenne plus de place « chez nous ». Et c’est étrange comme cette habitude de s’y délester de tout ne l’a jamais transformé en débarras.
Au contraire, il s’est passé tout l’inverse.
Elle est devenue le foyer de toute une famille. »

C’est exactement ce que j’ai ressenti dans un appartement de vacances qui n’est pourtant pas à ma famille, mais que ma mère a loué tant d’étés qu’on y a déposé nous-même théière et boule à thé, après avoir inventorié au fil des saisons ce que les uns et les autres ajoutaient ou modifiaient.


« Mes souvenirs les plus précis sont ceux qui datent de l’été. Peut-être parce que le temps y était plus long et si étiré que je ne réalisais pas à quel point je grandissais en seulement quelques semaines. »


« Je n’ai fait quasiment aucune photo des lieux. À la place j’ai préféré m’aventurer dans chaque pièce, j’ai touché chaque poignée de porte, monté et redescendu les marches de l’escalier en bois une multitude de fois, foulé la moquette épaisse à l’étage, caressé les tapisseries sur les murs des chambres, me suis assise sur le minuscule canapé qui me servait de lit quand j’étais encore plus minuscule que lui, humé l’air poussiéreux et renfermé. »

C’est plus au moins ce que j’ai fait en quittant la première maison de mon père. Elle va finir par me filer le bourdon, avait commenté ma belle-mère en me voyant faire mes adieux.


« Tous mes souvenirs sont d’une étonnante clarté, une capsule temporelle disponible en un claquement de doigts. »

Une capsule temporelle, c’est tellement ça ! Des années coagulées en un espace-temps éternel.


[spoiler alert : si les extraits précédents vous ont donné envie de lire la newsletter, allez la lire maintenant ; l’extrait qui suit en est la fin/chute]

« Je suis arrivée tout en haut, à bout de souffle, le front trempé de sueur, les mains sur les cuisses. J’ai relevé la tête et j’ai vu…
… j’ai vu ce que chaque adulte m’avait répété depuis l’enfance.
J’ai vu le terrain plat s’étirant à perte de vue.
J’ai vu les champs à l’abandon.
J’ai vu le désert.
J’ai vu ce que je n’avais jamais voulu croire.
J’ai vu ce que je n’avais pas voulu voir.
J’ai vu ce qu’on ne m’avait pas laissé voir.
J’ai vu qu’il n’y avait rien.
J’ai vu la réalité.
J’ai vu l’étrange parallèle avec toutes les années qui venaient de s’écouler.
Alors ce jour-là, j’ai ri.
J’ai même éclaté de rire.

Encore maintenant, quand je pense à la colline, je pense à ce que le sommet de la colline m’a appris.
Que parfois, on a besoin d’en avoir le cœur net peu importe les avertissements. Que parfois, il nous faut boucler la boucle… même des années après. Qu’un entêtement peut se transformer en rêve voire en fantasme.
Qu’on guérit d’une désillusion, que sa fin douce-amère laisse un drôle de goût sur la langue auquel on s’habitue… et qu’on finit par l’apprécier. »

Cela me donne envie de relire Le Motif dans le tapis, cette nouvelle d’Henry James qui tisse une intrigue fiévreuse autour de… rien ?