La nuit n’est plus si vite si noire

Journal du début de février

Dimanche 1er février

Dimanche dossier.

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Mardi 3 février

Impression du dossier, impression de me faire arnaquer, les couleurs dégueu sur le papier à beau grammage, tout ça pour ça, je pleure un coup sur le trajet entre l’imprimeur et la Poste. Je n’éprouve même pas de soulagement à l’envoi, seulement un sentiment de gâchis — comme le jour où j’ai obtenu mon diplôme de prof de danse, les notes médiocres obscurcissant l’obtention.


À ma surprise, les adultes captent moins vite la chorégraphie que les adolescentes ; elles ont raison, sont meilleures juges que moi de leur niveau : il ne va pas falloir que je traîne.

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Mercredi 4 février

[rêve] L’interphone a-t-il sonné ? Dans mon rêve, j’essaye d’allumer mais ni la mappemonde ni la lampe de chevet ne s’allument, fébrillent au mieux, le couloir s’allume lui, me laisse voir que la porte d’entrée de l’appartement est ouverte, je la referme, le salon est plein de feuilles mortes il y a le golden retriever de Dad, je lui tapote l’échine pour me rassurer et le chat du boyfriend a une drôle d’allure plein de poussière je le peigne, les poils enlevés le transforment en petit chien noir, sentiment d’intrusion, je vérifie les pièces, sous le lit, il y a quelqu’un dans la cuisine, plus qu’un peut-être, j’entre à tâtons, saisit un corps, mon grand-père peut-être, je le dirige vers la sortie, puis j’y retourne, cette fois c’est mon beau-père, je le fais sortir et re-rentrer à la porte suivante, là c’est le placard, pas le placard la porte d’entrée, je le guide manu militari c’est pas ici pour trier les boulons, j’ai conscience dans le rêve que les sortir de la cuisine de l’appartement c’est les sortir de ma tête, le sentiment d’intrusion demeure et les lampes, l’électricité qui ne répond plus, même dans le couloir, je laisse mes yeux s’accoutumer à l’obscurité dans le salon avec les animaux, certaines des fenêtres ne donnent plus sur rien, même de nuit, la configuration de l’appartement a changé, je vais voir chez les voisins mitoyens s’ils ont obstrué les passages de lumière, chez eux il fait jour, l’un non l’autre, une vitrine ou placard a été recouvert matelassé par l’intérieur, c’était donc ça, on tire dessus pour le retirer et le réveil me tire de là


Une partie du cours passe en essayage des costumes, ça me va. Examinant le tutu de plus près, je remarque sur le tulle un petit bout de plastique comme on en retire habituellement sur les paires de chaussettes neuves ; je suis à deux doigts de chercher des ciseaux avant de remarquer qu’il y en a plein… qu’ils remplacent les points de couture maintenant les épaisseurs de tulle ensemble. Voilà comment sont réduits les coûts de production (en espérant qu’il n’y ait que ça, et pas d’enfants qui manient l’agrafeuse à longueur de journée). Je ne sais pas si je suis plus horrifiée de la qualité ou admirative de l’ingéniosité.

Un groupe est infernal, je craque et les menace de les priver de spectacle. C’est mi-nul mi-responsable : si dissipés, avec les parapluies de Chantons sous la pluie, ils risqueraient de s’éborgner.


Après les cours, comme presque tous les mercredis maintenant, je reste discuter avec H. Elle me raconte le tournage de sa fille. D’habitude, je trouve le terme et l’idée d’expérience (ponctuelle) galvaudée, mais là, non, je le comprends à mesure de son récit, sa découverte d’un monde qui ne m’a jamais fait rêver mais reste un monde, à part, mal soupçonné (l’attente, le froid, les prises et reprises infinies).


Théière et ordinateur ouvert sur des danseuses à la barre
Tisane et prix de Lausanne

…Jeudi 5 février

Le métro est en panne, et le bus de substitution fort lent : 45 minutes seulement de cours de stretching postural, tout de même bénéfique, entre deux séquences d’énervement — car la panne perdure au retour. À l’arrêt de bus, les gens attendent depuis 25 minutes le bus censé passer toutes les 5 à 10 minutes ; je prends la décision d’y aller à pieds, comme un jeune homme qui, chemin faisant me raconte avoir travaillé au service des appels de l’URSSAF un été. Le bus évidemment nous passe devant.


La variation de La Bayadère sur le solo de flûte est plébiscitée par le groupe. Ça fait plaisir, explique une jeune femme, d’habitude en classique, on n’a jamais le temps d’entrer dans l’interprétation, savoir quoi faire des jambes accapare toute l’attention. De fait, elle n’est pas avare de ses bras. Une autre me laisse suspendue à ses regards et mouvements de poignets comme on le dit des lèvres chez un interlocuteur ; je dois lutter pour arracher mon regard et répartir mon attention.


Une cousine toute petite (je crois que c’est une cousine) voudrait assister au cours de sa cousine plus grande ; la tante (je crois que c’est une tante) y assiste aussi par la force des choses (la cousine toute petite). Elle (la tante, l’adulte) se montre intéressée par la pédagogie, elle-même a repris une formation, elle apprécie les efforts d’explicitation, cite l’image que j’ai donnée du ressort qu’on amorce pour plier efficace avant un tour. J’apprécie son appréciation.


L’école n’achètera pas d’élastique ni de blocs de yoga pour la barre au sol : c’est une barre au sol, on n’est pas là pour faire des poses de yoga — une réponse lunaire, selon les dires de l’habitué qui avait en suggéré l’acquisition par mail, et qui bénéficierait de ce matériel pour travailler efficacement et sans danger son grand écart (il n’est pas le seul).

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Vendredi 6 février

Experts (you are here because you are).
I need your expertise to validate the framework for my research.
Autour de la table, je suis la seule à ne pas avoir eu de carrière d’interprète. Je suis aussi peut-être la seule, en dehors de PhD-man, à comprendre le but du jeu : non pas tant formuler ou obtenir des réponses aux questions (on aimerait, c’est frustrant de ne pas), mais s’assurer que l’on pose les bonnes questions, qu’elles sont formulées de la meilleure manière possible. La carrière de danseuse, je n’ai pas, mais l’habitude des universitaires et l’expérience d’assistante d’édition, ça oui. Redondances, omissions, recoupements, je repère. You’re good at it, sourit généreusement ma nouvelle collègue. Ça me fait beaucoup de bien, tempère un peu mon sentiment d’imposture alors que tous discutent de solistes et directeurs de compagnie comme si ce n’était pas un tout autre monde. À la fin, PhD-man est content, il était stressé (ça ne s’arrête donc jamais ?), mais il a plenty of data. J’ai appris au passage que les male dancers tendent à exploser en plein vol lorsqu’ils sont nommés solistes et découvrent une pression que leurs homologues féminins gèrent depuis toujours. Et aussi : in the end, those who tend to make it ne sont pas les meilleurs techniquement, mais ceux qui sont le plus généreux avec leurs partenaires.


L’après-midi est passée sur le CV et le dossier de L. à la fois concurrente et pote, pas vraiment à l’aise avec Pages ou Canva. On y passe des heures, yeux cramés, expériences qui s’alignent devant leur puces, se hiérarchisent. Je m’obnubile sur ce dossier comme si c’était le mien, ne supportant pas d’avoir un truc bancal alors que ça pourrait être bien, mieux, que c’est à ça de l’être. Je boulotte compulsivement le Toblerone qu’elle m’a rapporté et, la tête farcie, décrète à 20h devoir arrêter ; même si tout n’est pas fini, c’est structuré.

Je propose de reformuler les tournures négatives ou restrictives — elles sont nombreuses. À force, elle fait le rapprochement : c’est donc ça, la négativité qu’on lui reproche ? Cela ne m’étonne pas à la fois qu’elle ne s’en soit pas rendu compte et qu’elle le remarque à présent : le manque, le perfectible sont évidents pour quelqu’un comme elle, qui se remet beaucoup en question, n’arrête pas de se former — je n’avais pas encore mesuré à quel point. Ce n’est pas simplement négatif pour critiquer ou s’excuser — même si, ça aussi, elle y vient en prise de conscience.

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Samedi 7 février

La fatigue me cueille au réveil, dans une forme d’absence molle qui n’est pas désagréable, nervosité à vide : le pianiste me trouve plus patiente avec les élèves. L’après-midi, c’est Les Dix Petits Nègres, les élèves demandent à s’arrêter les unes après les autres, cheville qui gène, orteil douloureux, mal au crâne, mal au cœur. Quel est le titre remanié du roman d’Agatha Christie, déjà ? À la fin, il n’en reste plus qu’un ? Les élèves renchérissent à coup de Koh-Lanta et d’Hunger Games. L’une d’elles n’a vraiment pas l’air bien, je m’assure qu’elle puisse être raccompagnée. And Then There Were None. 


Quand cette élève a expliqué vouloir devenir danseuse professionnelle en entretien, lors de l’audition, mes collègues ne voulaient plus la prendre (en cursus amateur). J’ai insisté par souci de cohérence : certains de nos élèves étaient moins bons que ça. D’accord, m’a-t-on répondu en substance, mais il faudra lui faire comprendre, que ce soit clair pour elle, qu’elle ne s’engage pas dans une voie de garage.

Plus moyen de reculer avec le rendez-vous parent-professeur demandé par la famille, je dois le formuler : même si je ne dis pas que c’est impossible, il est peu probable qu’elle puisse faire une carrière de danseuse classique dans une compagnie professionnelle. J’essaye de ne rien dire de négatif sur elle, brosse seulement le paysage économique des compagnies, le panorama des écoles supérieures (que les élèves de CPES ne réussiront pas tous à intégrer, sachant qu’elle-même n’a pas le niveau pour intégrer la CPES… et que les élèves qui sortent des écoles supérieures ne trouvent pas forcément tous du travail). Pour la mère, qui pose de bonnes questions, c’est plié ; elle continue son rôle d’équilibriste à soutenir sans encourager.

Pour adoucir ce qui ne peut l’être, je tâche de rouvrir un autre champ de possibles : l’enseignement, la recherche, une compagnie amateur, des missions freelance — il y a plein de manières de mettre la danse au centre de sa vie. Juste pas celle qu’elle voudrait, je sais. Si elle savait comme je sais. Elle encaisse, et quand je lui demande comment elle se sent, face à tout ce qui a été dit, qu’on n’a jamais très envie d’entendre, des larmes coulent. Peut-être n’ai-je pas assez mis les formes ? Ai-je trop projeté de moi-même ? prédit un échec dont au fond je ne sais rien, auquel en bonne élève docile elle va se conformer, sans même essayer ? Tous les danseurs pro ou presque ont cette anecdote d’un professeur qui, un jour, leur a dit qu’ils ne seraient jamais danseurs, et je ne demande pas mieux que de me tromper. Je fais marche arrière, moonwalke un peu : je ne dis pas qu’elle ne doit pas essayer son plan A, je dis qu’elle doit avoir un solide plan B. Qu’elle essaye, au contraire, on vit mieux sans regrets — à nouveau, je projette, je condamne l’issue. C’est difficile de ne pas : j’avais le même profil qu’elle, adolescente, un physique, des extensions, un vocabulaire technique pas dégueulasse, mais aucune construction solide, la charrue mise avant les bœufs, qu’on ne sait plus comment diriger. Son potentiel, car elle en a (eu) un, il est à parier que personne ne pariera dessus et qu’il ne sera pas actualisé car il est déjà un peu tard, à dire vrai, et il y a déjà tant de jeunes filles de son âge plus prêtes, plus solides, plus solaires. Ça, je ne lui dis pas. Je ne dis rien non plus de la mère qui a raison (de vouloir que sa fille passe un bac général) parce qu’elle a peut-être eu tort avant (de refuser que sa fille intègre une classe à horaires aménagés au collège), mais que personne ne saura jamais si elle a eu tort ou raison, et peut-être qu’il n’y avait ni l’un ni l’autre, juste un désir d’accompagner et de protéger au mieux.

Tout cela me trotte encore en tête le lendemain. Ai-je bien fait ? Qu’ai-je mal dit ? Qui suis-je pour ? Plus dérangeant : pourquoi ai-je eu si peu d’empathie ? y suis-je allée presque avec plaisir ? Ai-je eu un accès de pouvoir, de vengeance presque, maintenant assez légitime à un poste pour dire qu’elle ne le sera pas à un autre ? Ou étais-je persuadée d’être à la bonne place, parce que j’ai vécu une expérience similaire à la sienne ? — sauf que, ce que j’ai dit, on ne me l’a pas dit ainsi — ou, plus probable, je ne l’ai pas entendu. Est-ce que ça change quelque chose ? tout ?


Ma soirée se passe devant les sélections du prix de Lausanne, à défaut de la finale que je n’ai pas pu voir en direct et qui n’est pas encore disponible en replay. C’est infini sur la fin, je passe la virtuosité à coup de 10 secondes, cherche les artistes comme on chercherait un passage précis, oublié, dans un film. Suspensions, décélérations, les qualités de mouvement font tout (envie d’y consacrer une newsletter).

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Dimanche 8 février

Je prévoyais une journée mi-glande mi-chorégraphie, mais le besoin de récupération me tombe dessus et c’est, dans un mélange de procrastination déniée et de volonté assumée de me reposer, une journée full glande. Je tombe sur une incroyable vidéo de Ballet Reign sur la méthode Cecchetti, j’en regarde seize minutes comme rien, moi qui ne suis pas cliente des formats de YouTubeurs, et je regarde l’heure complète plus tard dans la journée, après avoir lu des pages et des chapitres de Julia Kerninon, Buvard absorbant la lumière du soleil, en pyjama et lunettes de soleil derrière la grande vitre du salon. Le roman y passe presque, l’après-midi complètement et la nuit venue (un tout petit peu plus tard qu’hier et un tout petit peu plus tôt que demain) je regarde encore la finale du prix de Lausanne. Les variations classiques m’apaisent, ordre immuable et harmonieux où rien ne peut arriver — la danse classique, visionnée, est un doudou (un special interest sur lequel hyperfocuser ?). Je n’avais en revanche pas du tout vu venir le gagnant, et même en revenant après coup sur ses variations, je ne vois pas ; meilleur Swiss candidate, je veux bien, mais meilleur candidat tout court ? Ça pue la politique. Et les quatre finalistes sans bourse abandonnés derrière la barre, il aurait été élégant de les faire saluer avec les autres. Heureusement, sur Instagram, il y a cette story où une finaliste non primée danse dancefloor en tutu bleu avec le jeune homme enfantin qui a été l’un de mes préférés, visiblement heureuse. Une heure du matin et du mal à m’endormir.

Nous vous parlons d’amour

J’ouvre le recueil dans mes mains et me remet entre celles de Jeanne Benameur.
Nous, c’est elle, tous ceux qu’elle écoute, à qui elle prête parole.
Amour, c’est « des petites paroles de rien du tout », pas des déclarations
— en tant de guerre, on évite
la douleur
on prend
la douceur
des vies

douleur, douceur
c
l

Il faudrait ajouter […] avant, […] après les citations, je n’en ai rien fait, j’ai volé léger.

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de je t’aime je suis passée à j’aime
il n’y a plus d’attente à tutoyer
j’aime large
j’aime les gens comme on aime un tableau
sans vouloir rien y retoucher

…

Je suis le fils de celui qui s’est levé un matin
qui est parti
[…] j’ai rangé sa chaise
posé son bol dans l’évier
et j’ai su que notre table était devenue une table
rien qu’une table

…

ça ne dit rien des mots que j’ai sous la peau
qui cherchent à sortir
comme les plantes tout au fond de la terre
qui savent très bien que si elles restent sous la terre
elles ne vivront pas

je voudrais qu’on me regarde vraiment
jusqu’à ce qu’on la voie, la vraie couleur de mes yeux
parce que ça change
alors il faudrait
qu’il y ait quelqu’un qui me regarde
vraiment
tous les matins
et qui me dose Aujourd’hui tu as les yeux
couleur de printemps courageux
ou bien couleur de nuit sans amour
ou couleur de vol d’oiseau migrateur
c’est pas juste marron
ou bleu ou gris ou vert
un regard, c’est plus subtil
[…] quelqu’un qui te dit
la vraie couleur de tes yeux le matin
ça, ce serait la douceur du monde
[…] si vous voulez
je peux essayer de lire
la couleur de vos yeux d’aujourd’hui

…

elles nomment le désastre mais elles ont élevé des remparts
pour réfugier la douleur

Pour réfugier la douleur, pas pour se réfugier de la douleur.

…

Je dois la vie à quelqu’un que je ne connaîtrai jamais

[…]

ma mère m’a raconté la peur au ventre
les entrailles qui se serrent
et l’avion a commencé à tirer sur eux
ils se sont tous aplatis où ils pouvaient
dans les fossés au bord de la route
s’ils avaient pu rentrer sous terre ils l’auraient fait
ma mère comme les autres
entendant le vrombissement qui se rapprochait
les tac-tac-tac qui pouvaient arrêter les vies
comme ça
et l’homme s’est couché sur elle
elle a senti son poids sur son dos

l’avion est passé
les gens sur la route se relevaient
certains pas
ma mère était indemne

elle a voulu se lever
mais le poids de l’homme la gênait
elle l’a poussé comme elle a pu
il fallait se remettre en route tout de suite
avant que l’avion ne revienne
il fallait trouver un abri

l’homme était lourd
il était mort
mort pour elle
sans même savoir son nom

[…] moi si j’existe aujourd’hui
c’est grâce à cet homme
il n’est pas mon père
[…]

…

ils disaient À table, les enfants
et d’un seul élan
nous avancions nos chaises
chacun à notre place
mais une place n’est pas un nom

[…]

dans leurs bouches nous étions Les enfants pour la vie
mais dans nos rêves nous étions seuls

…

derrière quelle petite fille quel petit garçon
avancent-ils, eux ?

…

Parfois tu vois j’ai peur de tout perdre

Tout ?

Oui tout, tout ce que j’ai à l’intérieur
la beauté des paysages que j’ai contemplés
les couleurs qui changent
[…]

Écoute, tu me racontes ta montagne et moi je te la garde
tu ne la perds pas
et je prends aussi la mer qui frissonne entre les rochers
le flux, l’eau transparente
je garde tout ce que tu ne veux pas perdre

[…]

Nous sommes deus maintenant
à garder la beauté
et ça
c’est de la douceur
peut-être même de l’amour
va savoir

Revue de blogs #21

Malgré toute cette peine, je suis encore heureux.

Stéphane, Le bonheur et la mort, nota-bene.org

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J’étais dans le camp de l’autoflagellation sur l’air de “Tu t’es raconté des histoires, pauvre sotte immature”. Jusqu’au jour où ma psychanalyste m’a dit que l’état amoureux ne résiste pas au fil du temps s’il n’y a pas de répondant, conscient ou inconscient de la part de l’autre […].

Kozlika en réponse à Sacrip’Anne, Paroles, paroles, paroles

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the days are long, but the years are short

En congé maternité, Yasmine parle de son rapport au temps, « très rythmé » et « très fragmenté », qui fait qu’elle a « à la fois trop de temps (parfois je m’ennuie tout de même) et pas assez de temps pour faire tout ce que j’imagine ».

Yasmine, La vie dans un autre espace-temps,
Sundays are made for tea & crumpets

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Et je lui oppose une force que je n’ai pas, pour trouver encore à sourire, dans ce boulot qui m’épuise.

H., Vendredi 30 janvier, Prof en scène

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Je note le matin les tips de la journée en vrac, aussi bien les courses, aller à la poste, produit vaisselle, que les idées à creuser […]. Hier, parce que j’avais huit ans, j’ai noté « me faire plaisir », et le soir, en relisant cette liste pour voir si j’avais oublié quelque chose, j’ai encore eu huit ans, j’étais heureuse d’avoir écrit « me faire plaisir », parce que j’en avais eu l’idée, et rien que la noter avait donné à la journée une texture différente, un peu plus sereine et contemplative.

Généralement, j’ai cinq plutôt que huit ans. Mais peut-être devrais-je avoir huit ans pour écrire « me faire plaisir » sur ma to-do list microsoftienne, quatre carrés combinant les options possibles entre important et/mais pas/nini urgent.

Je n’éprouve pas le plaisir d’écrire, mais je ressens l’inconfort de ne pas réussir à écrire, comme une mauvaise digestion […]. Ça passe si j’écris quelque chose.

Christine Jeanney, block note — photo accidentelle, Tentatives

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Nous nous connaissons depuis le cours préparatoire, soit plus de trente ans. Nous ne nous sommes jamais quittés, où que la vie nous ait envoyés l’un et l’autre. Nous avons des vies différentes, mais nous nous appelons tous les mois pour nous raconter des secrets. Le lien entre nous ne s’est jamais rompu, notre amitié d’enfants est devenue une amitié d’adultes, et plus le temps passe et plus c’est un de mes interlocuteurs préférés.

Julia Kerninon, L’amour parental, Sur le fil

Friendship goal.

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À son arrivée à Montparnasse, le train simple se raccorde à un autre train simple, et devient un train compliqué.

J’ai ri.

Chacun des desserts de la carte a un problème. À chaque fois on se dit ah ? L’un des problèmes est que le moelleux à la pistache est à l’émulsion de vin rouge, et que la mousse au chocolat est à l’huile d’olive.

J’ai souri : ça, je connais, et les items de la carte qui ont chacun un problème, et la mousse au chocolat à l’huile d’olive (mais celle de ma maman est bonne).

Guillaume Vissac, 151225, Fuir est une pulsion

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C’est peut-être ce que je préfère dans la fabrication, sa procédure, le fait que ça se développe / dévoile au fur et à mesure, qu’il y ait une tension entre ce qui est prévu, projeté, et ce qui est réalisé. Parce que ça devient autre chose. C’est vraiment éjecté de soi, différent de soi.
[…] Très souvent, ce que je fais ne ressemble pas à ce que j’avais prévu, mais si c’est le cas, si ce que j’avais prévu et ce que je fais correspondent, je m’ennuie, et j’oublie ce que j’ai fait, qui se retrouve égal à rien.

Christine Jeanney, block note — consuls, Tentatives

Ça doit être génial de se réjouir de la tension entre ce qui est prévu et ce qui est réalisé, plutôt que de se crisper.

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Dans l’idéal, je voudrais rester stoïque, ne pas dépendre des réactions extérieures, positives ou négatives. Dans la réalité, je sens bien depuis ce message à quel point quelques mots peuvent redonner énergie et confiance.

[…] rester concentrée et avancer coûte que coûte.
Et ça coûte.

Anne Savelli, Âme d’héroïne, Fenêtres Open Space

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Il a raison, je passe un temps considérable à découvrir ce que je sais.

(au sens de savoir déjà)

Christine Jeanney, block note — bannière, Tentatives

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[…] il me faut apprendre à vivre avec ce manque de lui.

Accepter (?), Ma vie sans lui

Pas sans lui, avec le manque de.

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[…] le boomerang de l’enfance qui revient sans cesse, les choses qu’on met des années à comprendre, ou qu’on comprend chaque fois différemment […]

Julia Kerninon, Bleue comme la rivière, Sur le fil

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It seems like a very deep rabbit hole, this musical journey. I like that it may never have an end to it.

Winnie Lim, music, a deep rabbit hole

Just replace musical with balletic.

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[des jours] en suspens – qu’il faut vivre comme si tout allait normalement.

 Sans les masques, le risque d’affaissement est trop grand.

Lastomsphérique, Bulletin des jours heureux #11, Accrocher la lumière

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Et pourtant à chaque étape de son parcours, il y a deux bouts de moi. La mère qui sera là. La femme qui se prend quelque chose dans la gueule.

[…] qu’il sache profondément pouvoir compter sur moi sans lui cacher non plus mon chemin (ni lui jeter à la gueule, hein) […]

Un très beau billet de Sacrip’Anne, Le sens de ma vie

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Comme toujours le premier, je pense à Proust: « Je venais de vivre le 1er janvier des hommes vieux qui diffèrent ce jour-là des jeunes, non parce qu’on ne leur donne plus d’étrennes, mais parce qu’ils ne croient plus au nouvel An.»

Alice du fromage, 1er janvier 2026

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Je sais pas c’est quoi la quête principale, je crois que je vais me concentrer sur les quêtes secondaires.

Meredith B., Side quest sur side quest, Ramblings of an adulescent

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La révélation de la mort annoncée du soleil a été la raison de ma première crise existentielle, vers 4 ou 5 ans.

Sacrip’Anne, Illusions, Sisters Cia

La même, vers 7 ans. Assortie d’une phase à focaliser sur l’astronomie (Pluton était encore une planète et j’avais un livre où une enfant plantait des spaghettis à la verticale dans une assiette tapissée de pâte à modeler pour comprendre quelque chose de la queue des comètes). L’espace, l’astronomie, c’était l’éclairage macro de concepts comme la fin (absolue, au-delà de la mort d’un individu), le rien, l’infini, la distortion du temps et de l’espace (les trous noirs, la perception décalée d’une étoile déjà disparue…). Un film de fin du monde prenant justement la mort du soleil comme point de départ m’avait bien glacée, à l’époque — ils avaient pris le parti de la naine blanche (délai narratif supérieur à la supernova ?).

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Je repasse les moments où on s’est embrassés en boucle alors que c’était y’a 48h, ils deviennent déjà abîmés comme si je rembobinais trop un VHS.

Et lui il me regarde avec ses yeux noirs et on dirait qu’il lit encore plus loin et ça me perturbe. C’est la première fois que quelqu’un qui me plaît m’explique comment iel me perçoit, ça m’est jamais arrivé avant.

Et au pire ça fera un peu mal. Et au mieux ça fera très mal, mais plus tard.

Meredith B., La tranche de la pièce, Ramblings of an adulescent

100 souvenirs de 2025

100 souvenirs de l’année écoulée, sans regarder les photos ni en parler avec les autres : on avait fait ça l’année dernière, c’est vrai, j’avais oublié avant de lire la mouture 2025 de Dame Ambre. Cela m’a donné envie de retenter l’exercice — parfait pour ne pas voir passer un ou deux trajets en métro.

  1. Manquer de me tôler en venant saluer à la fin de mon premier spectacle de fin d’année en tant que professeur de danse
  2. Une nuit d’amour — une coulée d’amour — dans l’obscurité complète
  3. Le boyfriend réjoui comme un gosse dans sa nouvelle maison vide avant l’arrivée des déménageurs
  4. Ma première Cornish pasty
  5. Le plaisir de massacrer Clair de lune de Debussy dans une version simplifiée durant les quatre jours plutôt pluvieux passés dans un AirBnB avec un piano quart de queue
  6. Le collègue ancien formateur qui passe la tête dans le studio, voit mes élèves répéter et leur dit « C’est bien, le filles. » (Je n’ai pas oublié le s, c’est l’accent.)
  7. Le même qui, me raccompagnant au métro en voiture, me dit qu’il est content de moi, de ce que j’ai fait avec les élèves, je ne les ai pas mises en danger
  8. Gérer la nuée d’ado déçues quand les pointes sont annulées (so much for la non mise en danger)
  9. Une leçon improvisée sur le spot de la tête dans les tours sur la pelouse du square et une boîte de macarons d’ici
  10. Le maquereau, le beer battered fish et la salicorne au restaurant turquoise de Newlyn
  11. L’exaltation parmi les bruyères dans la golden hour
  12. Mum qui prend le rond-point à contre-sens après une erreur d’embranchement qui nous aurait fait rater le ferry
  13. Les glaces à rien à la clotted cream
  14. Le champ qui sent le pain grillé lors d’une randonnée décevante sur bitume
  15. Les mûres comme snack gratuit en randonnant sur le bord de mer, dans une végétation qui transforme ce bout de côte en plantation de thé
  16. À table, Mum qui me dit, je ne sais plus avec quels mots, qu’elle m’observe adulte, que je ne suis pas comme elle, que j’ai plus d’empathie ou de bienveillance, mais ce ne sont ses termes, je n’ai pas retenu les mots, juste la lumière que cela a fait naître
  17. Le port de Newlyn par la fenêtre du AirBnB de guingois
  18. Voir P. déployer son cygne et gagner en confiance en cours particulier
  19. Les plaques de cuisson constellées de postillons gras après le passage du boyfriend et tout ce qu’il en est advenu sur table et dans mon estomac
  20. Cinq mois de vie commune dont il ressort : oui aux câlins à domicile, non au bruit incessant qui sort des écrans
  21. Les massages de pied du boyfriend
  22. Les chirashis du samedi soir, avec double ration d’avocat
  23. L’exaltation de Liv Maria, la force de vie de Julia Kerninon — lectures partagées avec Melendili
  24. Le boyfriend qui me caresse la tête comme un enfant malade et me serre contre lui contre les sanglots inarrêtables, le sentiment de faute irréparable qui vient de loin, contre lequel je ne peux rien, sur le point de me perdre (et lui, qui me confie a posteriori que je lui ai fait peur)
  25. Découvrir la nouvelle maison de Dad sans lui et lui rendre visite en maison de repos / son SMS ensuite « énormément plaisir »
  26. Le chat qui vient ronronner sur mes jambes par-dessus la couette alors que le boyfriend est reparti sans lui pour quelques temps
  27. La jalousie jouée envers Martin, le moniteur d’auto-école pour lequel le boyfriend se parfume
  28. Revenir à la gare à trois professeurs et trois roses de front
  29. Devenir autre chose que collègues en écoutant une détresse psychologique, puis des bribes d’histoire personnelle
  30. Le quiproquo avec la psy et une séance qui a failli être la dernière sans que je le sache
  31. La douleur légère au genou pendant des mois, et le soulagement de l’infiltration sans commune mesure avec celle de la hernie discale
  32. Les bruits de travaux et le plafond palmier à dalles lumineuses lors de l’IRM qui me diagnostique finalement un ménisque fissuré
  33. L’envie de jeter la manette par la fenêtre, même avec le jeu au casque — bruit de plastique énervé
  34. Cette carte de remerciement infiniment émouvante
  35. Se demander s’il faut écrire Sherpa ou sherpa en relisant ce manuscrit maintenant publié / apprendre tout un tas de trucs sur l’alpinisme et mon amie
  36. Les asperges au peanut butter chez Britney pour mon anniversaire
  37. Installer la table de jardin offerte par le boyfriend dans ma chambre pour avoir chacun un bureau
  38. Partir en expédition Le bon coin au débotté pour trouver un bureau où le boyfriend puisse installer son ordinateur et sa tablette graphique / Mum qui plaisante en rajoutant un zéro de trop
  39. Le chat qui surveille la main de Mum sur le levier de vitesse
  40. L’adieu à l’appartement de Montrouge
  41. L’exercice de Pilates piqué à un cours avec Mum pour les élèves de barre au sol
  42. Unlocker un nouveau niveau d’en dehors en cours de posture
  43. Survivre à quatre semaines avec un seul jour de congé hebdomadaire
  44. Passer de 16 à 21h de cours hebdomadaires
  45. Les pâtes du mercredi et du samedi midi dans des bacs de glace au chocolat
  46. La petite explosion de la couronne qu’on ouvre en port de bras comme étant ma marque de fabrique, selon CC
  47. Être raccompagnée au métro par S. en collants roses et guêtres noires sous son manteau, la choquer en sortant du pain et du fromage en tranche de mon sac de danse
  48. Donner des cours particuliers à une gymnaste qui fait les championnats de France et dont la cousine a dansé Serenade aux États-Unis
  49. La posturologue qui me rapporte on est contente de l’avoir, avec elle on danse vraiment
  50. La visite d’une baraque bourbier inchauffable indémerdable
  51. Découvrir certaines de mes plus belles écharpes ruinées et faire la chasse aux mites
  52. Se faire plaisir en abordant du répertoire en stage / La Bayadère (la variation de la flûte) et Dances at a Gathering (le danseur en brun) / le groupe incroyable et ma dame pétillante aux cheveux tout blancs
  53. La petite fille aux bras scarifiés qui court de joie après le spectacle (et n’est plus là à la rentrée, dépression sévère)
  54. Les bretelles de justaucorps qu’on réunit avec des ronds de porte-clefs pour le spectacle
  55. Le grand gaillard à qui échappe une larme d’émotion parce que ce spectacle est le dernier avec le conservatoire après y avoir fait toute sa scolarité — il passe au niveau supérieur
  56. Appeler Tavistock « ta biscotte »
  57. Le calendrier de l’Avent en forme d’objet astronomique précieux
  58. La joie quand Coline Pierré s’abonne à ma newsletter danse
  59. Apprendre qu’au conservatoire, la prof de danse de mon adolescence me surnommait Bambi
  60. Les bagues et les tresses lumineuses de H., quand on s’éternise en discutant bien après la fin de mes cours — les goûters que je lui suggère
  61. Les crumbles deux chocolats du mercredi midi
  62. Les squats qui me tétanisent les cuisses sans aider le genou, chez une kiné où je ne suis pas retournée
  63. Le nouveau pianiste qui pourrait être un pote
  64. Se retrouver en collants roses et godillots dans la cour d’un lycée, magie de l’exercice d’évacuation incendie
  65. Les musiques chelous qui servent de sonnerie au lycée, interfèrent dans la musique du cours de danse et me donnent systématiquement envie de les interpréter par des mouvements désarticulés
  66. Le trajet retour en métro avec une élève débutante adulte, qui m’explique faire de l’animation et visualiser les mouvements de danse comme les silhouettes qu’elle anime, avec des points-clés (le pouvoir de la visualisation !)
  67. Se hurler dessus avant de rendre les clés de la voiture de location, tout au stress de rater le train
  68. Faire la lecture du cirque et du tracteur vert au fils de JoPrincesse
  69. Causer trouble anxieux avec C. dans le cimetière de Montrouge (et ses allées par essence d’arbres)(et sa stèle vitrail)
  70. Les sous-verres en forme de vinyle au seul café qu’on trouve d’ouvert la même ou une autre fois (une librairie japonaise) — il semblerait que ce soit en 2024
  71. Voir deux spectacles de Martha Graham pour la première fois et dans la même journée
  72. Ce dernier mercredi si chaud de juin, où l’on m’offre des chocolats
  73. Les volutes à la Van Gogh et « G-Ives-verny » sur la broche-prénom du boulanger
  74. Les derniers accras de morue au restaurant de poisson de Montrouge
  75. Le salon de thé Krème qui a fermé
  76. Les rares mais longs coups de fil avec L., notamment la fois où elle me raconte avoir soufflé une lampe-lune-néon en verre
  77. Se remettre à pleurer quand il me demande à quel niveau de vert couper les poireaux
  78. Le canapé de la voisine qui brise le vasistas du salon lors de la livraison
  79. Moi qui soupçonne le boyfriend d’être TDA, lui qui me soupçonne d’être un brin TSA
  80. En pantalon à pinces, avec un masque et de la fièvre, improviser un échauffement sans barre, pour des élèves qui ne sont pas les miennes et sont filmées par les caméras de France 3 région
  81. La découverte d’un nouveau plat indien à la noix de cajou
  82. Barricader les fenêtres d’oreillers, plaids et coussins pour tenter de dormir dans le noir en Angleterre
  83. Le pull rayé blanc, vert pâle et vert foncé que je n’ai pas acheté à cause de sa composition plastique
  84. Manger un msemen au soleil avec L. dans le parc aux coqs
  85. Écrire mon prénom sur un chevalet en papier, un geste que j’avais oublié
  86. « Mais ils sont beaucoup plus vieux que toi, ils ont 34 ans. » Plus jeunes, donc. Incrédulité de mon interlocutrice, qui en arrête de pousser son vélo.
  87. Goûter le merveilleux de chez Brier en updatant avec M.
  88. S’emmêler les pinceaux temporels  et savourer le roulis lingual allemand devant Dark
  89. La flaque de larmes d’une enfant figée parce qu’elle n’a pas réussi un pas — une flaque, comme dans les bandes dessinées !
  90. Ces Anglais qui font des plongeons en combinaison dans le port de Mousehole
  91. Une petite fille qui m’offre une gourde à fleurs à la fin de l’année car la mienne a été décrétée trop petite (elle passait sous tous les robinets)
  92. Une autre élève qui part en fou rire quand je ramasse sa gourde, persuadée que c’est la mienne nouvelle (le motif floral à l’aquarelle est très similaire)
  93. « C’est ton côté farfelu » dixit la directrice en voyant la fleur en fil de chenille offerte par une enfant et plantée dans mon chignon
  94. Le paquet de Chocapic XXL pour pourvoir aux petits-déjeuners du boyfriend et des miens (en topping sur les flocons d’avoine)
  95. Le boyfriend qui me raconte son avancée dans Clair-Obscur comme si le jeu vidéo était une série
  96. « Mais on va avoir la honte, si c’est un jeu vidéo » dixit une enfant quand je leur fait écouter la chanson de Clair-Obscur que j’ai sélectionnée pour le spectacle
  97. Les élèves qui se mettent à chanter La Bohème tout autour du piano tandis que l’autre groupe passe au milieu
  98. Faire les boutiques avec Mum à la recherche d’une parka qui ne soit pas noire (et jolie) (et imperméable)
  99. Croiser A. le lendemain de notre cours quand elle emmène ses enfants au leur. Découvrir au moment où elle repart à Versailles qu’elle aurait été partante pour se voir hors des cours de danse
  100. Trouver des galettes de pomme de terre à Vierzon à la faveur d’un train annulé et les mettre illico au menu du réveillon

Après avoir parcouru la galerie photo de mon téléphone, j’aurais pu ajouter :

  • un élan pour des tests culinaires : beignets de poireaux, palak paneer, salade aux asperges crues, grilled sandwich courge buternutt-miso-cheddar…
  • les électrodes chez le kiné
  • lire des BD dans diverses médiathèques entre les cours que je prends et ceux que je donne
  • utiliser des pièces d’échec pour visualiser le placement des élèves dans les chorégraphies
  • les magnolias en fleur au parc Barbieux
  • reconstituer les anamorphoses géantes du palais des Beaux-Arts
  • cuisiner la même recette en visio avec C.

Revue de blogs #20

[…] j’ai l’impression que l’IA circule partout, parfois même dans les textes ou commentaires amis. Peut-être qu’elle révèle seulement la platitude de nos langues. […] Partout l’impression que le langage se vide.

Caroline Diaz, notre besoin de fictions, Les heures creuses

L’IA qui révèle la platitude de nos langues, c’est exactement ça. Des tournures prêtes-à-dire qui ne disent rien. Corporate, creuses ou ronflantes. Qu’elles soient écrites ou générées n’y change pas grand-chose (c’est probablement là la tristesse).

…

Nous sommes tous complices et compromis. C’est le bon point de départ pour penser à ce que nous devons changer. Toute position de la vertu est vouée à l’échec. Il est impossible d’être vertueux dans le monde courant à moins d’être hors-système. […] La complicité est une arme beaucoup plus efficace dans la réforme des institutions. Je suis compromis donc je dois penser le changement pour l’être moins.

Karl, Mon cœur a bondi, Les carnets Web de La Grange

…

Je crois que j’aime éprouver ce sentiment qui ressemble à celui de l’enfance devant les premières lettres, quand on ne sait pas encore les déchiffrer. Savoir qu’il y a du sens, caché mais pas inaccessible […].

Christine Jeanney, block note — oiseaux, Tentatives

Apprendre à lire, à déchiffrer tout du moins, la musique, le braille, l’alphabet cyrillique, les kanjis, la langue des signes (française). Ou les brouillons de structures littéraires qui illustrent l’article d’origine, comme des infographies sans légende.

…

Walking the narrow path between the forest’s tall evergreen trees felt like entering a European cathedral with a towering vaulted ceiling. […] You feel small and big all at once.

Trouvé chez Karl

At once, minuscule comme individu, immense comme partie du tout qui ne s’en détache plus, se confond avec.

…

(ça devrait me permettre de mettre de côté et définitivement la question de ma légitimité à traduire, moi qui n’ai fait aucune étude en ce sens, quand trois traductions qu’on peut qualifier de professionnelles, ou de références, font ce raté)

J’avais oublié que je m’étais libérée ce jour-là de l’item légitimité. Peut-être parce que c’était sur le moment.

Purée, c’est tellement ça, la légitimité qui se trouve et s’oublie l’instant passé…

À qui ou quoi on donne de la légitimité. Qu’est-ce qui fait que trois professionnels reconnus acceptent de traduire par « champs d’oreilles » sans reconsidérer cette sorte d’absurdité, parce que c’est VW, qu’elle est grande, qu’elle a toujours raison, et que si elle veut mettre des oreilles flottantes sur des tiges dans des champs, sa licence poétique, son statut le lui permettent. Sauf que ce n’est pas ce qu’elle fait. À quel moment on s’incline, à quel moment on essaye de comprendre sans l’entrave du légitime, du statut, de la statue.

Christine Jeanney, block note — écoute, Tentatives

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Dans un « petit aparté » à déplier, Dame Ambre raconte une histoire de mains qui se rencontrent et c’est <3

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Just like a muscle gradually losing its strength without training, our brains gradually loses its ability to be in a unstimulated state if we are constantly  gratifying it with stimuli.

What the phone does is to manufacture frustration, a frustration that would not exist if we were not used to being quickly and easily gratified.

Sometimes I think life is just a lifelong journey of being able to convince our selves to go in the direction we actually want to go versus simply going along with our desires and impulses.

Winnie Lim, a different dimension of gratification

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Je ne les imagine pas comme si leur histoire avait continué, comme ils seraient maintenant, mais figés dans l’un ou l’autre des états dans lequel je les ai connus.

Sacrip’Anne, Les absents avec qui je vis, Sisters Cia

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Il nous manque cette proximité géographique qui permet d’éclater une pizza sur les marches de la BNF, pour le simple plaisir de se salir les doigts ensemble. De discuter de projets qui n’iront nul part, de créer un plan de livre dans un studio enfumés, ou de discuter en terrasse d’un projet de podcast. Rien n’avance vraiment, mais on en parle et c’est stimulant. On est ensemble et c’est le principal non ?

Orcwran, Chers eux, Carnets d’un passeur

…

La transmission est toujours une chose étrange. […] Il ne s’agit pas de discours, mais de la ré-interprétation d’un geste à chaque génération. Certaines choses survivent plusieurs générations. Certaines s’estompent dans leur déformation ou dans leur oubli. On ne sait jamais ce que l’on va transmettre, ni ce que l’on va éviter de passer.

Karl, transmettre, Les carnets Web de La Grange

La dernière phrase, je la constate déjà dans ma deuxième année d’enseignement de la danse. Les élèves s’amusent à reprendre en cours une passe en duo, pour moi anecdotique, d’une chorégraphie de l’année dernière, et ouvrent leur couronne avec la même impulsion que j’y mets presque toujours sans y penser…

…

J’aime beaucoup le fait que ce soit à la fois à moi et pas à moi. Que ça m’appartienne un peu comme un coucher de soleil ou une fleur de passiflore déterminée, ouverte un 24 décembre.

Christine Jeanney, block note — marginalia, Tentatives

…

Je n’ai pas un article à citer en particulier, mais j’ai aimé suivre l’Avent d’Étienne-Orcrawn, sage-femme auteur du blog Carnets d’un passeur.

…

[…] avoir la nostalgie de ce qui n’a pas été est mystérieux.

Christine Jeanney, block note — shine on your shoes, Tentatives

…

Sorte de retour au réel après des moments aspirateurs […]

Christine Jeanney, block note — merles, Tentatives

Aspirateur, le moment des fêtes.