Revue de blogs #26

[…] avant de lancer le premier morceau, je sais déjà le réconfort infini que ces dix chansons parfaites vont m’apporter. L’attente de ce déroulé que je connais par cœur envoie une décharge électrique de plaisir dans ma colonne vertébrale. J’en tire la même joie que ce moment précis, sur la route, ce moment précis où l’on sait que l’on va apercevoir la mer à l’horizon.

Je ne pourrais pas vous dire ce que j’ai pensé en écoutant pour la première fois If You’re Feeling Sinister, pas plus que je pourrais vous dire ce que j’ai ressenti la première fois que j’ai glissé mes doigts de pieds dans le sable chaud ou mangé une glace. La répétition du plaisir est constitutive de l’expérience du disque. Il n’y a pas eu de moment où je ne le connaissais pas par cœur.

Pauline Le Gall,
Judy never felt so good except when she was sleeping, Tailspin

Pauline Le Gall est tellement forte pour écrire sur ce qui se vit dans la lecture, l’écoute ou le visionnage… Je ne vis pas du tout la musique aussi intensément que la plupart des gens (j’ai besoin de silence davantage que de musique), mais j’ai quand même connu ce phénomène du CD réconfortant en boucle à mon adolescence avec The Rasmus et plus récemment avec Alice et moi (« Ce moment de solitude m’a fait comprendre que mes goûts musicaux n’étaient peut-être pas universels »).

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PHANTOM OBLIGATION
The guilt you feel for something no one asked you to do.

Phantom obligation, Terry Godier
à lire en version texte brut ou discrètement animée
(dingue d’ailleurs comme on lit plus facilement un texte qui apparaît au fur et à mesure, sans anticiper la longueur de ce qui est à venir)

L’auteur s’attarde sur ce que déclenchent en nous les petites pastilles rouges avec un chiffre dedans et analyse le design des lecteurs de flux RSS qui, en empruntant leur ergonomie aux boîtes mail, en ont conservé les attentes implicites.

You’re not behind on your feeds. […] Nobody’s waiting.

Et cela vaut pour tous types d’application.

Podcasts borrowed the queue from music players. But nobody ever felt guilty about unplayed albums. […] Podcast apps added unplayed counts, progress bars, completion stats. Your listening became a task list.

We should notice when we feel guilty, and then ask whether the guilt is ours or whether we inherited it from somewhere.

Pour autant, je ne suis pas sûre d’avoir envie de tester le lecteur de flux RSS développé par l’auteur, où les articles restent un certain temps seulement, en fonction de leur pertinence (quelques heures pour un entrefilet d’actualité, quelques jours pour l’article d’un quotidien, une semaine pour un essai…). Le FOMO serait trop grand, je serais tentée de me connecter hyper régulièrement pour tout sauvegarder. Un poison différent.

Social media learned something interesting. Facebook could have shown you « 24,847 posts you haven’t seen. » They understood this would paralyze, not engage. So they made a different choice: no unread count. Infinite scroll. Algorithmic curation. They traded phantom obligation for manipulation. The feed never made you feel behind. It made you feel like you might miss something right now. Different poison.

Merci à Kozlika pour la découverte.

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Je le dis, parce que je n’aimerais pas qu’on croie que je ne retiens que ce qui est difficile de cette expérience, tout comme je n’aimerais pas qu’on ne retienne que c’est uniquement merveilleux et épanouissant. En réalité, je trouve ça difficile de composer avec tous ces contrastes […].

Yasmine, La perfection n’est pas mère,
Sundays are made for tea & crumpets

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This day was so ordinary for us, yet I am terrified that I will feel immense nostalgia and grief one day when I look back at this post.

Winnie Lim, an ordinary day

Like who wants to look at mundane photos of my day?

I do.
Outre l’étonnement du quotidien à l’autre bout du monde (et oh ! papa’s beard, j’avais mangé un délicieux éclair au chocolat de cette chaîne au Vietnam !), il y a cet aspect émouvant des relations parasociales (aussi étranges soient-elles) à se faire témoin d’une vie que l’on ne croisera probablement jamais. Comme des cartes postales qu’on recevrait d’un personnage de série auquel on s’est attaché.

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Plus je vieillis et plus j’ai l’impression que le temps salarié est du temps perdu, du temps gaspillé. Non pas que mon travail soit inintéressant, bien au contraire, mais que la priorité semble être ailleurs.

Karl, sursis, Les carnets web de La Grange

Fatiguée, stressée, anxieuse et parfois tentée par la démission vers un emploi salarié, je me rappelle aussitôt que c’étaient des heures pour ainsi dire non vécues.

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Un beau billet de Monsieur Samovar sur avoir tous les âges (et 43 ans).

Attendez, attendez. Laissez-moi ouvrir une parenthèse, à la hache s’il le faut. J’ai pas vécu ça quand c’était le moment, j’ai loupé le train, si on prenait le TARDIS, qu’on voyageait dans le temps et que je visitais en décalé un temps révolu ? Attendez, attendez s’il vous plaît, c’est la dernière fois. Après j’accepterai. Après je serai serein, je serai comme on me dit qu’il faut être. Heureux de chaque jour, de chaque instant qui passe. J’apprendrai à vivre pleinement ou à laisser filer les moments, débarrassé des injonctions, sage et silencieux.

Je ne le ferai sans doute pas.

Je continuerai à courir le long de ma chronologie, poumons qui braillent, brouillard mental.

J’ai et n’ai pas tous les âges que j’ai eu. À la fois le passé, en s’accumulant, devient une malle aux trésors, à la fois qui j’ai été me devient par endroits inaccessible.

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J’étais peut-être un peu naïve mais avant de me mettre à danser autant, je ne savais pas que cette pratique viendrait creuser si fort mon rapport au corps. Je pensais que c’était quelque chose que l’on fait en utilisant son corps comme une sorte d’ustensile, mais je n’imaginais pas que tout partait de l’intérieur […].

Coline Pierré, Danser jusqu’à soi, Latte avoine et chat sur les genoux

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Trouvé chez Karl :

Songer un instant à ce genre d’idée satisfait un auteur sans qu’il ait heureusement besoin de la mettre en œuvre.

Le timbre à un franc, Jean-Louis Bailly

Idée n° 237389. Est-ce que je pourrais songer ainsi à mes idées numérotées aléatoirement ? Non pas des projets morts-nés dont je ne fais pas le deuil, mais des idées qui se suffisent à elles-mêmes, comme les amorces poétiques de happenings qui n’auront pas lieu dans Grapefruit ?

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Trouvé chez Guillaume Vissac :

 J’écris toujours des poèmes sur la deuxième chose qui me vient à l’esprit, lit-on dans Le musée des redditions sans conditionpour ne pas avoir à le faire sur la première.

Première chose : image. Deuxième chose : lien.

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Les pistes que je ne suis pas, les possibilités que j’ignore, maintiennent peut-être d’autres structures dont j’ai « quelque chose à faire ».

L’idée, c’est la place qu’on occupe et celle qu’on donne aux éléments et à l’échec, à la maîtrise, à l’emprise, aux directions décidées, s’appesantir ou pas, le juste ce qu’il faut de nostalgie, les choix, le recul par rapport à eux, est-ce qu’on peut réellement choisir ce qu’on ne sait pas […]

Christine Jeanney, coupe coupe, block note

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Et en remettant en question l’évitement improbable (improductif) (hors piste) (que des qualités) de l’éparpillement, je remets en question l’idée de se spécialiser, de creuser une seule voie, de s’y dédier. Je crois que c’est un mythe. On ne fait rien avec une seule allumette dans le noir.

Christine Jeanney, moby, block note

J’ai vu tout le noir qu’il y avait. J’ai besoin que ça foisonne à nouveau, besoin de m’éparpiller.

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Mais au fond, quand on transmet, est-ce que ça n’est pas pour réparer un peu de soi ? Pour créer quelque chose qu’on n’a pas eu ?

Sacrip’Anne, Transmission

Dans mon enseignement de la danse : une compréhension fine du mouvement, même et surtout lorsqu’il ne tombe pas naturellement juste. Est-ce que je n’en oublie pas ce que j’ai reçu, le phrasé, les élans ?

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Trouvé chez Karl :

Lorsque je regarde un film, une série, je suis désormais très sensible aux gestes de tendresse entre les personnages. […] Cet instant où tout s’arrête, où tout se dit sans une parole, dans la délicatesse d’un contact qui ne cherche rien de précis qu’une forme d’abandon, de lâcher-prise, n’attend rien qu’un peu de calme, de sérénité. Dans un enlacement amical, une attention prévenante. La pression redescend, les deux corps se rapprochent, leurs rythmes cardiaques se coordonnent pour retrouver un peu d’apaisement et pouvoir, après un mouvement de recul, se regarder en face. Les mots refont surface, même si parfois ils ne sont même plus nécessaires.

Pierre Ménard, Un mouvement suffit, Liminaire

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Je ne sais plus où j’ai vu passer une broderie de scanner, ou une broderie d’image médicale, quelqu’un — quelqu’une en l’occurrence — avait brodé ses résultats d’examens, donc un sujet non brodable, ni une fleur ni un lapin enrubanné, ni un adage au point de croix […]

Une tumeur obscurus sur le sein droit d’un T-shirt ?

S’octroyer le droit de broder (tisser, coudre, denteller) du laid, du not fit, en dehors des modèles et gabarits. Je ne sais pas pourquoi il n’y a pas plus de monde qui s’empare de ce droit pourtant d’accès facile. Qu’est-ce que ça peut faire qu’avec un fil et une aiguille on fasse quelque chose de raté, de moche ou qui ne serve à rien.

Oui, pourquoi. Pourquoi pas la broderie, la LSF, le collage, le violoncelle. Pourquoi toujours les mots ?

Christine Jeanney, simple, block note

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Dernier billet de Prof en scène (pas le dernier en date, le dernier point final) :

Je suis devenu, je pense, l’enseignant que je souhaite être : insatisfait, passionné, instable.

Peut-on se satisfaire d’être insatisfait ? Toujours surprise, un peu admirative et envieuse quand je trouve (comme souvent chez Christine Jeanney ou ici chez Monsieur Samovar) une installation revendiquée dans l’in- ou autre préfixe privatif.

Et oui ça brûle, et oui on y laisse une énergie qu’on ne retrouvera peut-être pas. Mais c’est ainsi que l’on donne du sens au temps qui passe.

L’énergie qu’on ne retrouvera peut-être pas : et de vieillir.

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Mais je cherche autre chose désormais, comme si j’étais fatiguée de me battre et que j’avais besoin de calme. J’aimerais voir des femmes fragiles mais qui ne se font pas marcher dessus. […] Des femmes fragiles mais sensées, dont on respecte la fragilité et la banalité, des femmes qui, si elles ont été violentées, sont aidées, aimées et soutenues comme elles le méritent mais sans pathos ni contexte combatif. Des femmes cassées mais indépendantes, capables de décision, incapables de décision aussi et alors épaulées sans syndrome du sauveur.

Lucide, Exception et banalité, Courant noir

Dans le même post aussi, de chouettes réflexions sur la photo de rue et sur les cheveux blancs vantés sur des corps normés.

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The sky was the colour of the death of the internet : l’exposition qu’a visité Eli n’entre pas du tout en résonance avec mon imaginaire, mais ce titre, je ne m’en remets pas !

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Après tout, c’est le nerf de l’enseignement : pas la répétition, mais la reformulation.

Marion Olharan Lagan, Brûlée vive, Le non book club

Revue de blogs #25

Les embryons de projets, quelques notes tracées sur un carnet à la date du jour, le bégaiement de quelques commencements qui n’iront sans doute pas très loin, mais qui ont malgré tout le mérite d’avoir été noté et de trotter dans la tête et se permettre ainsi de se dire en vie. Brefs actes invisibles aux yeux de nos proches, mais qui fomentent en soi une envie d’être plus grand.

Laura Solange, Ricochets/ Année 3/ Semaine 11, Jardin d’ombres

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j’ai besoin de faire le point sur ce que je fais en tant que hamster dans sa roue

Christine Jeanney, pause, block note

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Mais il n’existe pas en moi dans un endroit analytique, il est plutôt roulé en boule au chaud au creux de mon cœur […]

Pauline Le Gall, A dream is a mirror held by a phantom hand, Tailspin

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Les micro-interactions bouleversantes, […] elles sont des milliers à advenir, jour après jour. […] C’est peut-être l’une des grandes énigmes de ce métier : comment gérer la densité ?

H. lundi 6 avril, Prof en scène

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Spiritual will and courage are required to live life as pursuing a life full of aliveness is inherently difficult. It is just easier to do nothing in autopilot mode. How do I conjure this courage time and time again? I am tired.

It is a strange dimension to live in, the space between annihilation and exhilaration.
Winnie Lim, turning 45
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Converser à deux amies dans un salon de thé :
Je déroule mes impensés et j’écoute les siens […]

(serre-tête, jupe-culotte, rallye, quoi encore ? me disais-je à la sortie du collège en regardant les mères de famille habillées en petites filles qui me toisaient).

Anne Savelli, Le mépris

Adolescente, j’ai toujours eu l’impression que les petites filles versaillaises étaient habillées comme leur mère… je n’avais jamais pensé que c’était plus probablement l’inverse.

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Je veux faire quelque chose que je ne reconnais pas, quelque chose qui n’est pas dans mes capacités. […] Je suis lassée du moi qui ne peut pas faire plus qu’écrire ce qu’elle écrit et prendre la même teinte de bleu, les mêmes empreintes attendues.

Christine Jeanney, ce que fera V, block note

Je voudrais dérailler un douceur.

Revue de blogs #24

[TW décès, deuil]

Je réunis ici des billets qui dorment depuis un moment dans mon lecteur de flux RSS. Il me semblait impossible de les mêler à mes cueillettes tous azimuts, tout comme de ne pas vous encourager à les lire, parce que le deuil est quelque chose dont on ne parle probablement pas assez, ou alors trop tard, quand on est déjà touché. Leur lecture, en tous cas, m’a émue ; elle remue — plaies et beauté.

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C’était la vie, c’était Isa, l’épouse de Thierry Crouzet. Je ne connais pas plus l’un que l’autre, même si je lis les carnets de ce romancier depuis plusieurs années, et toute l’étrangeté de la relation parasociale ressort à cette occasion — un personnage de fiction meurt (ou naît ?) avec le décès de sa femme.

J’ai repensé à ce que mon amie veuve-sans-avoir-été-mariée m’avait dit, en opposition à ceux qui essayaient de se / la convaincre que c’était mieux ainsi, sa vie d’aidante abrégée : qu’elle n’était pas d’accord, que les derniers mois, dernières semaines à l’hôpital leur avaient quand même donné des moments ensemble, des moments qui avaient compté, et pas seulement comme adieux — ce n’était pas rien (et ce n’était pas juste « mieux que rien », c’était clair à l’entendre).

Son compagnon, qui n’existait pour ainsi dire pas dans nos discussions ou alors en arrière-plan, silhouette lointaine, n’a jamais été aussi présent que depuis sa disparition. Ce n’est pas un souvenir envahissant qui se ressasserait dans une boucle du deuil, plutôt une mention familière que mon amie s’autoriserait seulement maintenant qu’il n’y a plus personne à voiler de pudeur. J’observe la même chose en lisant le blog de Thierry Crouzet ; sa femme, mentionnée ça et là, l’est désormais avec un amour non dissimulé.


Pourquoi j’ai dit ça ou ça au lieu de me contenter de la prendre dans mes bras ?

Isa croyait à une forme de survivance de l’âme par diffusion à travers ceux auxquels elle était connectée.

Dans Le Jardin d’Épicure, Irvin Yalom nomme ça le rippling effect, le fait qu’on continue d’exister à travers la résonance de nos actions sur les autres, même infimes, même insoupçonnées — une pensée apaisante pour ses patients angoissés par l’idée de la mort.

Isa aimait s’arrêter dans les églises allumer des cierges, non pour implorer Dieu, mais pour convoquer les forces qui nous interconnectent et nous renforcent.

Elle ouvrait sa fenêtre pour respirer l’air de sa terre de cœur. Elle a toujours voulu y reposer. Elle me l’a toujours dit. Je n’ai jamais pensé que j’assisterais à son enterrement.

Je suis comme les enfants au bord d’une nouvelle vie, chargé d’un lourd passé.

« J’ai cessé de vivre, j’ai cessé de souffrir, mais je ne cesserai jamais de vous aimer. » […] Sa présence en nous veillera sur nous, tout en étant une exigence.

Thierry Crouzet, Isa, d’elle en nous

(Je n’ai osé laisser aucun commentaire, encore moins des « condoléances », plus froides et lisses qu’une pierre tombale. Est-ce plus discret ou moins élégant de citer des extraits ici, sur mon propre blog ?)

Le deuil rend muet — le disparu, évidemment, la conversation qu’il entretenait avec ses proches, mais aussi les proches des proches. On ne sait pas quoi dire, on ne dit rien et pour peu qu’on ne soit pas là physiquement, on déserte.

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Dame Ambre raconte le passage (de vie à trépas) de sa grand-mère, à ses côtés, au bout de sa main, de sa vie ; je n’aurais jamais imaginé que ça pouvait se passer comme ça.


Paradoxalement, il y avait la douleur qui me pliait et une douceur sans bord ni limite qui m’enveloppait. […] Absente, ancrée, consciente de la beauté des paysages comme rarement, accrochée à la vie comme je ne l’avais jamais été, quelque chose de l’ordre de la lumière.

J’ai beaucoup parlé de ce qu’il s’était passé à LeChat qui avait été là d’un bout à l’autre et n’avait pas besoin que je lui en parle mais m’écoutait avec tout son amour. Et sa fatigue.

[…] d’avoir assisté à ce passage entre vie et mort, nous a apporté un apaisement indescriptible. J’ai traversé pleinement l’agonie, je l’ai accompagnée, je l’ai laissé passer, il n’existe plus aucun secret sinon l’après et cela change tout dans le rapport au deuil ; je l’ai vécu.

Sa joie de me voir est si belle.

Mais je suppose, l’enfance en nous subsiste.

Ambre, Cérémonie douce et mensonges acides, Carnets


J’ai même eu la pensée que choc il n’y aurait pas, tant ce que j’ai vécu en assistant à sa mort m’a laissée apaisée et flottante.

J’ai la chance folle d’avoir été là, bercée par ces derniers souffles, moi-même accompagnée dans l’acte d’accompagnement au mourir.
Je suis triste sans l’être, il m’est impossible de décrire cet état, cet entre-deux de perte et d’apaisement.

Ambre, Couleur nuage, Carnets


Progressivement j’ai noté que j’étais différente, plus calme, plus lente. Que j’avais la tête ailleurs et parfois cet ailleurs était nulle part.

J’ai recompté jusque dans les recoins, jusqu’à trouver ce qui avait disparu. Et j’ai disparu l’enfance. Il manque la part de moi qui s’extasiait sur tout, celle capable de sautiller comme une enfant. La joie pétillante exaltée s’est effacée comme si elle n’avait jamais été là, créant un vide de personnalité intense à l’intérieur. Je suis devenue une adulte, à mon corps défendant.

Je suis celle qui va mourir après et c’est peut-être ça la perte aussi, ne plus avoir une personne au-dessus en paratonnerre.

J’ai oublié une partie de moi dans la mort de celle qui était ma mère d’adoption, je ne m’y attendais pas. Personne ne m’avait dit que perdre sa (vraie) mère vous alourdissait d’un poids adulte malvenu où l’enfance se faisait détruire la gueule. Je ne sais pas si je vis mal ma propre absence ou seulement la sienne ou les deux. Ni si cela reviendra. Mais je crois que j’ai perdu définitivement l’enfant en moi pour devenir une adulte et c’est exécrable.

Dame Ambre,
Personne ne nous prévient, mais on en meurt, Carnets

Revue de blogs #23

Tu es pressé d’écrire
Comme si tu étais en retard sur la vie.

Des vers de René Char découverts chez Christine Jeanney

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Je prends sa douleur comme elle l’a pris à cette femme. Une chaîne de souffrances qui se dilue au fur et à mesure, d’une personne à l’autre. […] À force de raconter l’histoire, une version plus tolérable de la réalité commence à faire surface, un récit plus simple que l’on partagera avec des collègues.

Les paliers, Carnets d’un passeur

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Les photographies ou les vidéos préservent une fiction d’une histoire que l’on a tant lu qu’elle a effacé le réel.

Karl, mémoire d’un son, Les carnets Web de La Grange

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Mastodon est mon outil quotidien d’auto-censure. […] Trop de réactions épidermiques des autres […]. Chaque participation a un coût émotionnel.

Karl, curiosités, Les carnets Web de La Grange

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Quand je suis allée voir Coup de foudre à Notting Hill, qui est un film pour lequel j’ai beaucoup de tendresse, je me suis rendue compte que l’histoire d’amour n’est pas le seul arc narratif bien qu’il est le seul dont j’arrivais à me souvenir précisément. Mais qu’en son cœur se niche aussi une réflexion un peu plus douce-amère sur ce que ça veut dire de réussir sa vie, sur les façons dont tous les personnages se sentent en échec.

Pauline Le Gall,
We really are the most desperate lot of underachievers, Tailspin

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Mais j’ai découvert avec le temps que verbaliser ces inquiétudes n’aide jamais à les dissiper […].

[…] son travail s’inscrit dans le quotidien, il doit trouver sa place — parfois difficilement — dans les interstices. Et peut-être que c’est la vie qui cherche sa place dans les interstices de l’art […]
[…] un rappel perpétuel de la matérialité de l’existence, […] de tous ces éléments extérieurs qui perturbent l’art et qui, paradoxalement, le nourrissent. […] Malgré ce que les représentations masculines des Artistes nous ont fait penser (que tout s’arrête pour que l’Art puisse exister), les moments de création doivent s’accommoder de la réalité.

Pauline Le Gall,
And all the meaning I was hoping to find, just free association, Tailspin

Pauline Le Gall écrit à propos d’un film que je n’ai pas vu et ça me fait penser très fort à un roman qu’elle n’a probablement pas lu. Un roman islandais, d’une autrice au nom très islandais, Kristín Marja Baldursdóttir. Son personnage peintresse s’escrime à vivre son art dans les interstices de la vie, laquelle vient toujours lui en remettre une couche dans les pattes, si bien que sans rien savoir de l’islandais, je préfère la traduction de Chaos sur la toile à celui de L’art de la vie (qui l’a semble-t-il supplanté dans l’édition de poche).

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Il n’y a que Julia Kerninon pour me faire lire et réfléchir sur la parentalité.

 Je sais bien qu’on passe notre vie à saisir que nos obstacles ne sont pas ceux des autres et vice-versa, mais cet enfant me ressemble comme une goutte d’eau, alors c’est troublant de le voir transcender si souplement mes angoisses. Je pensais que ça mettrait plusieurs générations. Je pensais que je le verrais se prendre les pieds dans mes maladresses et mes névroses, mais les choses paraissent infiniment simples dans son regard à lui.

Julia Kerninon, Enfance et offenses, Sur le fil

C’est une réflexion profonde sur la matrophobie, qui est la peur de ressembler à sa mère, une émotion assez largement répandue, et dont Claire Richard montre qu’elle ne concerne pas notre mère en particulier, mais notre mère en tant que mère – notre mère en tant que perdante évidente du système patriarcal.

Cela explique probablement pourquoi je n’ai pas ce problème, n’ayant aucune intention d’endosser à mon tour ce rôle. Ça me va parfaitement, de ressembler à ma mère sans jamais en devenir une.

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 J’ambivalence en permanence et ça m’épuise […].

Ambre, Pour oublier le bruit du monde, Carnets

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Vivre dans un pays où nous avons grandi assourdit la conscience. […] Tout est platitude. Il devient impératif de chiffonner l’habitude pour lui donner volume.

Karl, Ce que l’on ne comprend pas, Les carnets Web de La Grange

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[…] sadness is the truth of my inner reality […]. It is difficult because when I do break down, people think it is me who has broken down when in actual fact it is my mask that has broken down.

The only way I cope with this is to keep distracting myself. But I know I am distracting myself.

Winnie Lim, overwhelming sadness

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Je conseille à tout le monde de traduire, puis de tenter d’expliquer ses choix de traduction, et de regarder ce qui se passe, c’est comme de la chimie. Essayer d’expliquer comment on comprend /aborde / se positionne face à un texte à traduire fait bouger les lignes. On découvre des choses qu’on raterait si on ne s’expliquait pas.

Christine Jeanney, block note — movie, Tentatives

Purée, ça me donnerait presque envie. Mais à chaque fois que je pense à ça, c’est Apollo’s Angel qui me vient en tête, le gros ouvrage d’histoire de la danse que je n’ai même pas fini de lire en VO.

Dans le même post de blog, une description de scène de film peut-être plus belle que la séquence cinématographique elle-même (peut-être, je ne sais pas, il faudrait la voir) :

Il y avait une très belle scène dans un film l’autre soir : les membres de la même famille préparent la table du repas, amènent les couverts, les plats, les serviettes, le sel, se croisent jusqu’à ce que la table soit mise, et chacun d’eux, mais c’est très subtil, vieillit, grandit un peu, pas forcément au même rythme, aller chercher les verres dans le buffet, venir les déposer et dix ans ont passés, se croiser en allant ranger un torchon et six mois s’écoulent, si bien qu’au moment où tous s’assoient pour de bon autour de la table enfin mise, les enfants sont devenus de jeunes adultes, et le père a les cheveux gris.

…

yet she still wakes up happy to see me every day, no matter how much sadness that pulses through me. what a person. my person. the love i do not deserve. hence i cherish with every single fibre of being.

Winnie Lim, the look of love for 119 months

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Comme vous le savez, nos parents les boomers ne vont pas en thérapie donc quand iels subissent des traumatismes, iels les gardent en elleux et les transmettent, c’est la loi du boomer.

Lucide, La grossophobie c’est du cadmium, Courant noir

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L’IA et le monastère 

…

Depuis la mort d’Isa, je ne sens plus sa chaleur contre moi, ses bras autour de moi et les miens autour d’elle. […] Je n’ai presque plus de contact physique avec mes semblables. Je me sens déconnecté de l’humanité.

Thierry Crouzet,
Ce que le deuil m’apprend sur les réseaux sociaux et la chaleur humaine

Bien que sans commune mesure, ça m’a renvoyée au premier confinement, où j’en venais presque à rêver d’effleurer la main de la caissière à la boulangerie en récupérant la monnaie. On ne se rend pas compte, privilégiés des relations longues, de ce que peut être une vie avare en affection tactile.

Les amis me tendent leurs joues pour m’embrasser, en un geste d’effleurement pudique, voire ils me serrent la main. Ils me refusent leur chaleur. Depuis longtemps, notre amie Isabelle Filliozat vante les bienfaits des câlins. Se prendre dans les bras durant une trentaine de secondes, c’est une transfusion d’humanité, de bonheur, d’énergie, de réconfort. Libération d’ocytocine — l’hormone du lien social —, baisse du cortisol — l’hormone du stress — […], diminution de l’anxiété, sentiment d’appartenance à l’humanité, régulation émotionnelle, renforcement de l’estime de soi…

C’est le cortisol qui fait tilt. C’est son taux que S. a relevé sans aucune mesure, simplement en voyant ma main gauche trembler quand je ne trouve pas tout de suite la musique en cours (je ne l’ai jamais vu, ni senti). Pour elle, le trouble anxieux généralisé ne fait pas de doute. Et là, seulement maintenant, je fais le lien entre anxiété galopante et éloignement géographique mais aussi tactile. Ce n’est pas seulement la distance de la relation à distance, c’est aussi tous les autres. À Paris, il y avait des hugs amoureux, amicaux ou maternels toutes les semaines. En formation pour devenir prof de danse, des ateliers (de danse, d’anatomie ou d’analyse du mouvement) nous mettaient régulièrement en contact prolongé les unes avec les autres, quand ce n’était pas carrément un échange de massages pour rendre nos courbatures plus tolérables. Depuis que j’ai fini ma formation et que le boyfriend a déménagé, les hugs se sont espacés et je touche surtout des pieds, de poignets, des épaules, brièvement, pour les mettre sur la voie du geste juste, en inhibant le ressentir — je touche sans être touchée.

Pudeur, consentement, hygiénisme… On ne sait pas plus vraiment entrer en contact — seulement entrer des contacts dans nos téléphones.

Serait-ce aussi pour ça que j’aime mettre les gens deux par deux en barre au sol, pour sentir — l’autre en même temps que les sensations justes dans son propre corps ?

…

C’est en allant chercher à l’intérieur de moi ce qui s’entortille pour en étirer les phrases et les idées que je me dénoue.

Coline Pierré, Faire jachère, Latte avoine et chat sur les genoux

Alors j’ai fait quelque chose que j’aurais certainement dû faire depuis longtemps : rien.

J’y viens, j’y viens.

Qui suis-je dans cet interstice étrange entre l’impossibilité d’écrire et l’impossibilité de ne pas écrire ?

Seulement, on n’est jamais le meilleur explorateur de soi-même. On a beau faire des théories, on se trouve toujours des excuses, d’excellentes raisons de ne pas mettre en pratique ce qu’on a théorisé avec grandiloquence.

Parce qu’à quoi bon faire ce métier où je me targue d’être si libre si c’est pour me laisser emprisonner par l’angoisse.

This one hurts.

[…] cette activité ingrate et délicieuse qu’est l’écriture.

Revue de blogs #20

[…] j’ai l’impression que l’IA circule partout, parfois même dans les textes ou commentaires amis. Peut-être qu’elle révèle seulement la platitude de nos langues. […] Partout l’impression que le langage se vide.

Caroline Diaz, notre besoin de fictions, Les heures creuses

L’IA qui révèle la platitude de nos langues, c’est exactement ça. Des tournures prêtes-à-dire qui ne disent rien. Corporate, creuses ou ronflantes. Qu’elles soient écrites ou générées n’y change pas grand-chose (c’est probablement là la tristesse).

…

Nous sommes tous complices et compromis. C’est le bon point de départ pour penser à ce que nous devons changer. Toute position de la vertu est vouée à l’échec. Il est impossible d’être vertueux dans le monde courant à moins d’être hors-système. […] La complicité est une arme beaucoup plus efficace dans la réforme des institutions. Je suis compromis donc je dois penser le changement pour l’être moins.

Karl, Mon cœur a bondi, Les carnets Web de La Grange

…

Je crois que j’aime éprouver ce sentiment qui ressemble à celui de l’enfance devant les premières lettres, quand on ne sait pas encore les déchiffrer. Savoir qu’il y a du sens, caché mais pas inaccessible […].

Christine Jeanney, block note — oiseaux, Tentatives

Apprendre à lire, à déchiffrer tout du moins, la musique, le braille, l’alphabet cyrillique, les kanjis, la langue des signes (française). Ou les brouillons de structures littéraires qui illustrent l’article d’origine, comme des infographies sans légende.

…

Walking the narrow path between the forest’s tall evergreen trees felt like entering a European cathedral with a towering vaulted ceiling. […] You feel small and big all at once.

Trouvé chez Karl

At once, minuscule comme individu, immense comme partie du tout qui ne s’en détache plus, se confond avec.

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(ça devrait me permettre de mettre de côté et définitivement la question de ma légitimité à traduire, moi qui n’ai fait aucune étude en ce sens, quand trois traductions qu’on peut qualifier de professionnelles, ou de références, font ce raté)

J’avais oublié que je m’étais libérée ce jour-là de l’item légitimité. Peut-être parce que c’était sur le moment.

Purée, c’est tellement ça, la légitimité qui se trouve et s’oublie l’instant passé…

À qui ou quoi on donne de la légitimité. Qu’est-ce qui fait que trois professionnels reconnus acceptent de traduire par « champs d’oreilles » sans reconsidérer cette sorte d’absurdité, parce que c’est VW, qu’elle est grande, qu’elle a toujours raison, et que si elle veut mettre des oreilles flottantes sur des tiges dans des champs, sa licence poétique, son statut le lui permettent. Sauf que ce n’est pas ce qu’elle fait. À quel moment on s’incline, à quel moment on essaye de comprendre sans l’entrave du légitime, du statut, de la statue.

Christine Jeanney, block note — écoute, Tentatives

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Dans un « petit aparté » à déplier, Dame Ambre raconte une histoire de mains qui se rencontrent et c’est <3

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Just like a muscle gradually losing its strength without training, our brains gradually loses its ability to be in a unstimulated state if we are constantly  gratifying it with stimuli.

What the phone does is to manufacture frustration, a frustration that would not exist if we were not used to being quickly and easily gratified.

Sometimes I think life is just a lifelong journey of being able to convince our selves to go in the direction we actually want to go versus simply going along with our desires and impulses.

Winnie Lim, a different dimension of gratification

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Je ne les imagine pas comme si leur histoire avait continué, comme ils seraient maintenant, mais figés dans l’un ou l’autre des états dans lequel je les ai connus.

Sacrip’Anne, Les absents avec qui je vis, Sisters Cia

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Il nous manque cette proximité géographique qui permet d’éclater une pizza sur les marches de la BNF, pour le simple plaisir de se salir les doigts ensemble. De discuter de projets qui n’iront nul part, de créer un plan de livre dans un studio enfumés, ou de discuter en terrasse d’un projet de podcast. Rien n’avance vraiment, mais on en parle et c’est stimulant. On est ensemble et c’est le principal non ?

Orcwran, Chers eux, Carnets d’un passeur

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La transmission est toujours une chose étrange. […] Il ne s’agit pas de discours, mais de la ré-interprétation d’un geste à chaque génération. Certaines choses survivent plusieurs générations. Certaines s’estompent dans leur déformation ou dans leur oubli. On ne sait jamais ce que l’on va transmettre, ni ce que l’on va éviter de passer.

Karl, transmettre, Les carnets Web de La Grange

La dernière phrase, je la constate déjà dans ma deuxième année d’enseignement de la danse. Les élèves s’amusent à reprendre en cours une passe en duo, pour moi anecdotique, d’une chorégraphie de l’année dernière, et ouvrent leur couronne avec la même impulsion que j’y mets presque toujours sans y penser…

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J’aime beaucoup le fait que ce soit à la fois à moi et pas à moi. Que ça m’appartienne un peu comme un coucher de soleil ou une fleur de passiflore déterminée, ouverte un 24 décembre.

Christine Jeanney, block note — marginalia, Tentatives

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Je n’ai pas un article à citer en particulier, mais j’ai aimé suivre l’Avent d’Étienne-Orcrawn, sage-femme auteur du blog Carnets d’un passeur.

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[…] avoir la nostalgie de ce qui n’a pas été est mystérieux.

Christine Jeanney, block note — shine on your shoes, Tentatives

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Sorte de retour au réel après des moments aspirateurs […]

Christine Jeanney, block note — merles, Tentatives

Aspirateur, le moment des fêtes.