Revue de blogs #29

[…] quand on voit des femmes en train de parler ensemble, on les imagine en train de cancaner, parce que c’est généralement comme ça que les femmes sont représentées dans la culture mainstream. […]

Mais je pense au contraire que les discussions que les femmes poursuivent entre amies, en présentiel ou via ces notes vocales si pratiques, sont en réalité des rouages cruciaux du fonctionnement du monde. Ce sont ces échanges qui nous permettent de faire tenir nos vies, nos mariages, nos parentalités, nos santés mentales, nos vies professionnelles, nos rapports avec nos parents. Ce sont des conversations fondatrices, essentielles, instructives, bouleversantes, lorsqu’on a la chance d’avoir de bonnes partenaires de débat, des complices sincères.

Julia Kerninon, Des années d’amitié, Sur le fil

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Winnie Lim, a new relationship with myself

My mistake was assuming my thinking self is my one self, so I lived my life according to what the thinking self needs.

Mon moi rationnel tend à regarder les autres de haut et déteste écouter leurs besoins.


So in my mind now there are a multitude of selves.

La psy de les asseoir sur différentes chaises.


I tend to brute-force myself into doing things because I have aspirations and expectations.

Every single day if not every single moment, I seek to overcome that frozen self. That on its own is exhausting. My partner simply flows along like water. Before living with her I didn’t know people can just flow along life.

Flow along life. Je pensais que c’était mon mode par défaut, puis j’ai découvert en devenant adulte que j’avais peut-être seulement été entraînée dans le sillage de ma mère, touche-à-tout pour qui tout problème a toujours une solution qui en vient à défaire le problème, next. (Est-ce même le mode par défaut de Mum ou une hygiène brute-forced upon herself car l’action est le meilleur remède pour ignorer ses maux et soigner ceux des autres ?)

Les périodes alternent, parfois massives, parfois brèves, de flow et de brute-force, sans que je sache si le flow est un état premier qu’une certaine forme de fatigue mentale vient entraver ou la destination d’un brute-forcing bien discipliné. (Est-ce que je m’en éloigne ou m’en rapproche en m’y efforçant ?)


But for now, the chronic dissatisfaction with my self continues.

Pas chronique, mais périodique pour moi.

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[…] when we grow up and live in a very particular circumstance/situation we tend to believe life is a certain way. There seems to be no way out of that life because its society, rules, conventions, relationship dynamics are all shaped a particular way. This determines how we perceive life, other people, and our selves. More importantly, it determines how we’re being perceived too. Many of us are not able to get out of that mould people insist on sticking us in.

Once I experienced a new and different environment I had a psychological breakthrough.

We perceive the world through a filter, and one of the best things that one can do in life is to improve that filter.

I am saying when life gets too narrow there are probably a multitude of ways to expand it. Sometimes instead of aiming for positive experiences and avoiding negative experiences it would be better to treat each experience as a learning experience.

Winnie Lim, the city that saved me

Nous sommes nombreux à ne pas réussir à sortir du moule dans lequel on nous colle avec insistance. Comment fait-on quand on, « people », c’est soi-même ? Est-ce l’intériorisation de perceptions extérieures, auxquelles on continuerait de croire alors qu’elles ne sont plus énoncées ?

Parfois, plutôt que viser des expériences positives et éviter les négatives, il vaudrait mieux traiter chaque expérience comme une occasion d’apprentissage. « Vivre, c’est faire des expériences » dirait Jocelyne, mon ostéo grand manitou.

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Si souvent je les vois chercher, désespérément, la cohérence avant le sens.

Monsieur Samovar, De quoi ça parle ?

À la fois je comprends le propos de l’enseignant (le sens-logique vs le sens-sensoriel) et je bugue comme les lycéens auxquels il enseigne : comment ça peut avoir du sens si ce n’est pas cohérent ?

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[…] de l’importance de laisser entrer de la nouveauté dans sa vie pour ne pas se laisser dépasser par celle-ci.

Florence, Carte postale culturelle #16 – Mon grand récap estival,
Les mots de la mouette

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On s’est demandé, un instant, quand même, pourquoi, vers quoi, on rentrait.

Marie Kléber, Il y a un mois…, Accrocher la lumière

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Peut-être que c’est cela que je ne comprenais pas : un livre peut ne pas être publié et avoir pourtant profondément existé. Il peut ne devenir aucun objet, ne rejoindre aucune bibliothèque, ne porter le nom de personne sur une couverture, et avoir malgré tout déplacé une vie.

Alice Legendre, Que caches-tu sous l’eau de ta langue ? Brèves de journal

Pensée pour mon manuscrit sur la danse et pour les livres auto-édités et trop peu lus de mon amie M.

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Après le récit d’une soirée d’éclipse :

[…] the people were always the point, everything else was just a convenient excuse.

Marie Le Conte, Do you know who I am? Do you? The Young Vulgarian

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I noticed that a lot of people in Beijing wore t-shirts that had slogans on them which were technically in English but didn’t actually mean anything. I fell in love with them straight away because they struck me as the moon to westerners’ bad Chinese tattoos sun.

Mon préféré : Blitzkrieg personality

Marie Le Conte, some Beijing t-shirts, The Young Vulgarian

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Dans le métro chaque matin, […] je me disais que ce rythme était à la fois écrasant et grisant. Il nourrit mon adrénaline autant qu’il vide ma batterie.

Sophie Gliocas, L’été où j’ai réécrit mon livre
suite aux conseils de mon éditrice
, Gang de plumes…

Je sais que je vais « payer » cette attention le lendemain et en effet, ce sera le cas. Mais je suis heureuse d’avoir pu participer, même à distance, à un événement qui me tentait et cela sans l’avoir cherché, ce qui est essentiel au moment où tout, pour moi, est effort.

Anne Savelli, Le monde qui vient, Fenêtres Open Space

Similaire économie de l’énergie ces temps-ci avec les chimios. Je peux faire plein de choses, mais ça se paye. Plein de choses, mais pas d’affilée. La joie en revanche en est presque décuplée.

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Supprimer votre parole ne changera rien à la normativité, si ce n’est que de l’accélérer un peu plus.

Karl, Ma résistance est ma parole, Les carnets Web de La Grange

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Not doing anything would be just the same as letting myself rot.

Diary of a Vagabond, Fumiko Hayashi
citation trouvée chez Karl

Métaphoriquement.

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Il n’y a pas de fresques, d’installations, de symphonies, de films en cinémascope, de chansons à succès, d’affiches, de titres de journaux, d’émissions, de colloques sur ces pratiques anciennes, contemporaines, futures, au destin d’angle mort. Je rêve d’un documentaire qui suive seconde après seconde la journée d’une femme de ménage. […] La vie ménagère dure longtemps. Si longtemps qu’elle provoque l’ennui. Ce sont des questions graves qu’on prend pour des questions idiotes. Les juger mal est plus pratique pour laisser perdurer l’assemblage, qu’on qualifie de viable. Imagine que ce temps rendu terne, caché, répétitif, discret jusqu’à l’invisible, devienne soudain le Graal, l’objet à admirer, à sculpter en statues sur les ronds-points, dans les musées, à reproduire en mosaïque sur les murs de bâtiments exceptionnellement grands, à longer en affiches dans les métros des agglomérations, à chanter et les refrains seraient repris, à exercer pour avoir l’air cool, à étudier en travaux universitaires et à prix-nobéliser de littérature, imagine que les trois quarts des gestes réduisant à néant des tornades de poussières éternelles deviennent vus, simplement vus, comme ils sont, vrais et réels, imagine ce changement.

Christine Jeanney, « vous êtes ici » 10 (chanson de geste)

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Évidemment, ça n’est pas exprimé verbalement à l’époque, comme une quantité d’autres choses dont l’éloquence est contrariée, et les odeurs s’épuisent.

Christine Jeanney, « vous êtes ici » 11 (emballement)

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Par exemple, le jour de l’enterrement de mon père, je n’ai pas eu accès aux retombées lointaines, féeriques, et à la transmutation de cette journée en histoires postérieures inventées. […] Si j’avais possédé un cerveau rhizomique, qui fonctionne en réseaux, en tentacules simultanés, j’aurais eu accès à tant de choses. […] Je n’ai pas mesuré non plus la revisitation du passé, comme elle transcende, et comment une tragédie grecque s’immisce dans la façon de se mouvoir, embrumée, de tourner la cuillère dans la tasse, de monter l’escalier pour s’écrouler dans un lit maintenant désossé, au bois réduit en échardes, en brindilles de rien.

Je n’ai rien vu, en la vivant, de mon histoire sociale.

Christine Jeanney, « vous êtes ici » 13

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Dans une famille aisée, habituée au prestige, il y a des codes de bonne tenue. On se surveille pour mieux se déployer ensuite. La surveillance s’intègre, s’avale comme une ampoule de vitamine D, par la posture droite du corps, que favorisent la danse, l’équitation – c’est-à-dire une activité de malaxage d’un des êtres vivants parmi les plus beaux qui soient en vue de le faire marcher, sauter, courir, en tant que bel esclave, activité intriquée avec ce qu’ils appellent l’amour, un lien dit-on incomparable entre maître et monture tant que celle-ci lui est soumise, ce qui constitue un bon entraînement pratique pour s’exercer ultérieurement à la domination perverse sur autrui, voire même au chantage affectif du « soumets-toi puisque je t’aime ».

Christine Jeanney, « vous êtes ici » 14

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I spent entire weekends with myself. I explored places, experienced what it is like to have no peer-pressured schedules or obligations, rolled around the floor because I wanted to, walked around taking in sights without the distraction of conversation, ate food I liked, took long road trips to nowhere stopping wherever I wanted, airbnb hopped like no tomorrow, took my time at musuems or sped through them, stared into nothingness without being interrupted, moped around in sadness without worrying it would affect someone else.

Living with people: it is like living with mirrors everywhere. It can be exhausting, because sometimes I just need to not be reminded of who I am.

Winnie Lim, aloneness

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« L’humilité est une vertu rare, démodée, souvent difficile à discerner. On ne rencontre qu’exceptionnellement quelqu’un chez qui elle brille, chez qui on perçoit avec stupeur l’absence des tentacules avides et anxieux du moi. »

Citation de Murdoch traduite par Thierry Crouzet

On me demande comment je vais. Je vais au mieux que je puisse aller.

Même réponse aux Comment ça va ? auxquels je ne sais plus quoi répondre. J’ai envie de conversations continuées ou in media res, sans avoir à donner de nouvelles qui n’en sont pas.

La vérité : tout le monde essaie des trucs, parce que nous sommes mortels. Moi, j’essaie l’ascétisme, et le sport par-dessus, c’est ma drogue à moi.

Thierry Crouzet, Juillet 2026

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la perte de temps née de l’abondance de temps à avoir devant soi […]

ana nb, journal des oiseaux et des pierres, le jardin sauvage
via Karl

Revue de blog #28

[…] pourquoi est-ce que je rencontre tant de difficultés pour exécuter des tâches qui me motivent pourtant ?

Marie, Sécheresse bloguesque ou injonction productiviste ? La Lune mauve

cramé, épuisement psychique, flemme, à quoi bon, TDA, déprime ?

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when we are with someone, we are also with their inner demons. their inner demons have to get along with the ones that we already have. and we have to hope that the relationship doesn’t create new ones. after 122 months together, she has seen so much of my internal ugliness. yet she is still here.

Winnie Lim, 122 months: inner demons

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Rester en mouvement. […] Dès que j’arrête, je me sens pris au piège. Ce n’est pas immédiat, c’est plus pernicieux. Au début, il me reste encore des choses à faire, j’avance l’esprit léger, je crois que ça va continuer comme ça, dans cet élan, ce rythme qui me porte au quotidien. Un imprévu survient, de la visite, une inquiétude passagère, des jours de vacances sans partir en voyage, sans pouvoir sortir, me promener, la canicule me retient plus longtemps que prévu à l’intérieur de la maison, sans pouvoir bouger, volets baissés, dans la pénombre étouffante de l’appartement. Des idées sombres m’envahissent. […] Remise en cause générale. Tout m’échappe. […] Je fais du surplace.

Pierre Ménard, La distance du possible, Liminaire

L’équilibre ne se trouve que dans le déséquilibre permanent. Immobile, sans forces contraires qui s’équilibrent (verbe et non nom), plus rien n’a de sens.

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On le sait, pourtant, que la meilleure manière de faire un burn-out, c’est de vouloir concilier des objectifs inconciliables. Mais le savoir suffit rarement à s’en prémunir.

Coline Pierré, Une bonne personne, Latte avoine et chat sur les genoux

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Elle disait « les grandes occasions », même si les siennes étaient petites.

Christine Jeanney, « vous êtes ici » (2)

De quelle taille sont mes occasions ?

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J’ai un peu peur que ma vie change mais j’ai encore plus peur qu’elle ne change pas.

Quentin Leclerc, Relevés

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Tout est vaseux et je n’arrive à rien. […] C’est et ce n’est pas dû qu’à la chaleur. C’est dû à l’incapacité que j’ai à me réinventer moi-même.

Guillaume Vissac, 110726, Fuir est une pulsion

Parfois, se heurter au sentiment de n’être (toujours ? encore ?) que soi.
Parfois, y aller à fond, creuser ses obsessions.

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I just think (despite my deadened brain) it is so wonderful to have rabbitholes to jump into.

Winnie Lim, watch musicians react to Lim Yunchan

Plutôt que me méfier des rabbitholes, du temps qui disparaît à cause d’eux, je devrais faire comme Winnie Lim et m’en émerveiller. Plonger dans ce qui me fascine assez pour exercer ma curiosité.

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[…] une sorte de quête dont l’objet n’est pas trouver mais guérir.

Sacrip’Anne, Traverser le marécage

Je crois que ça pourrait aussi s’appliquer à ma dernière lecture, Objets perdus — offert par Gilda, la boucle blogueuse est bouclée.

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J’essaie souvent de prendre un chemin différent. Je veux tenter d’épuiser la ville dans tous ses possibles parcours. […] Souvent en tentant une route différente, je trouve des lieux que je connaissais déjà. Je me bats contre ma mémoire. Je proteste contre l’espace exigu que l’on retrouve même quand on l’évite.

Karl, regards, Les carnets Web de La Grange

Quand l’espace se referme sur du connu trop connu : Pink Lady en concluerait qu’il est temps de déménager. Quadriller, explorer (depuis) un nouvel espace.

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being in the same physical space doesn’t mean we are together, sometimes togetherness requires a psychological space where we can be truly in each other’s presence.

Winnie Lim, 124 months: deliberate togetherness

Parfois j’ai l’impression que nous avons été juxtaposés toute la journée et que nous nous sommes moins vus que si nous avions été réunis pour un plus bref laps de temps.

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Est-ce que notre société pétrie de chiffres, de parcours de réussite, de succès incroyables et d’histoires folles ne nous encourage pas à nous enfoncer dans ce schéma insensé et à avoir comme automatisme à chaque nouvelle interaction de se comparer, comme un check up collectif pour voir où est-ce que l’on en est ?

Florance, No. 38 – L’été a une fois de plus filé entre nos doigts, si vite !
Les mots de Mouette

J’aimerais des récits d’échecs (pour me rassurer ?), de beaux récits d’échecs où l’échec s’annule dans une vie épanouie. Faire parler les seconds ou les quatrièmes, les tout-juste et les recalés.

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[les LLM, voitures automatiques et consorts] Ça pourrait être une tendance dénuée d’ego, car tout se fait en dehors de soi […]. Ironiquement, ce geste est égotique, à un degré sans précédent. C’est le geste du magicien qui organise le monde et ses actions sur celui-ci en un clin d’œil ou d’un plissement de lèvres. C’est séduisant. Cela rappelle Mary Poppins qui range une chambre d’enfant désordonné. C’est effrayant. […] Il s’agit d’illimitisme. De ne pas être asservi à son corps, à ses organes, au lieu que l’on occupe, au temps vécu. […] La peur de la mort est si forte qu’autant ne pas vivre.

Christine Jeanney, activité manuelle, Tentatives

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je me suis baignée dans la Drôme et dans l’amour inconditionnel et indéfectible de personnes sublimes

Fanny Chiarello, Mon été à rebours, Silence radieux

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La sensation autre du temps qui passe dans un lieu différent. […] Des repères qui changent, une météo douce et laissant libre de nos actes, de l’air qui circule, un environnement paisible.

L’apaisement après la canicule et l’envie de changer d’air de temporalité, après un été enfermé par la chaleur et les allers-retours à l’hôpital.

Sous son feuillage, source de fraîcheur, déployé jusqu’à terre, se sentir dans le recueillement du saule pleureur et ainsi prendre conscience de son propre état intérieur […]

Fonctionne aussi sous le hêtre pourpre du parc Barbieux. Le chemin passe sous ses branches tandis qu’un banc arrête en pensée le passage.

Solange Vissac, Ricochets/ Année 3/ Semaine 32, Jardin d’ombres

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Winnie Lim, on Murakami’s conversations with Seiji Ozawa: wavelength, appreciation, and negative space

I am going to try to articulate in words what really struck me about this book: is that a person like Ozawa had probably accumulated so many thoughts and so much knowledge about music but they were never transferred or expressed somewhere.

Je me rappelle d’un étonnement similaire en lisant les mémoires de Jean-Jacques Pauvert : comment un homme intime des mots pouvait-il être si peu rompu à l’introspection ?


OZAWA: In Japan we talk about ma in Asian music—the importance of those pauses or empty spaces […]

[Winnie Lim] The idea that courageously putting pauses when playing music can elevate the music is thought-provoking.

J’adore qu’il y ait un mot en plein pour désigner les creux. L’entretien porte sur la portée des « silences » ou suspension dans la musique ; envie de l’explorer dans la danse.


MURAKAMI: Now that you mention it, Mann said a lot about the breath. When people sing, they have to take a breath at some point. But “unfortunately,” he said, string instruments don’t have to breathe, so you have to keep the breath in mind as you play. That “unfortunately” was interesting.


I think the noticing of details in general in all aspects of life is a desirable skill. If I look at life in broad strokes it feels like it is devoid of meaning. But I am slowly realising the meaning is in the small details and the negative spaces.

Plutôt que de prendre du recul, se pencher sur. Vue de détail plutôt que d’ensemble.

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Jsais pas quoi faire de plus pour arnaquer mon cerveau quand il s’y met. J’ai mille passions mille trucs qui me rendent heureuse, une vie en forme de délicieux gâteau, manque plus qu’une cerise puis nan elle manque pas il est super le gâteau comme ça.

Faut que j’arnaque mon cerveau en dansant plus souvent.

Meredith B., La chasse à la dopamine, Tribulations d’une adulescente

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Pour résumer son idée, on peut dire que, pour l’autrice [Tiphaine Samoyault], ce qui fait un classique, c’est le fait qu’une œuvre soit réécrite, adaptée, devienne une forme vivante presque indépendante du texte de départ.

Joachim Séné, Réécrire pour le futur, Journal éclaté

Comme un ballet classique.

Revue de blogs #27

Ces toutes petites situations, elles sont insupportables, parce que les mêmes phrases qui nous ont fait nous sentir femmes quand nous étions encore des filles, qui nous ont obligées à remarquer notre genre alors que nous étions encore des enfants, fonctionnent maintenant exactement dans l’autre sens : devenues des femmes adultes, n’importe quel homme qui a du temps à perdre peut nous retransformer en filles, nous minorer.

Julia Kerninon, Avis non sollicité, Sur le fil

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[…] I’ve decided there is no inherent meaning. We can basically pick any narrative we prefer and decide that’s our meaning.

Winnie Lim, the meaning of my life

Spending time with my partner is like living in high definition. I am usually full of thoughts, but with her I am able to go into a thoughtless state, even if only for short spurts. In her arms I only experience the here and now: there are no whys, hows, ifs.

Quel est le sens de la vie ? On ne le trouve pas en répondant à la question, mais en constatant que la question s’est effacée.

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J’étais saturée de la meilleure façon possible : entière.

Eli, Oxford 70, Hypothermia

Allez voir toutes ses photos de la ville ♡

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I went to the most beautiful place I could think of, then I found out that you cannot be healed by beauty alone.

It’s addictive and compelling; pulsates with energy, and makes you feel so viciously alive. […] All the things I now find exhausting and sharp about New York were what slapped me across the face back then, which is what I’d sorely needed.
[…] I’m not sure I need all these reminders that I’m not dead anymore. I’m past that. I like that my life in London both encompasses a lot of the city yet feels like I’m always at home. I think it’s something we do well here, what I’d call “exciting comfort”.

Marie Le Conte, a really big essay on New York, and grief, and love,
Young Vulgarian

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Je suis de l’école “kill them with kindness.”

Marion Olharan Lagan, Nous ne sommes pas sœurs, Le labo

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Où vont les histoires quand nous mourrons ? Depuis que nous avons appris la nouvelle, ma mémoire s’affole, comme si je devais recomposer au milieu des décombres les fables qu’elle nous racontait. Hantée par les fictions des autres.

J’ai l’impression qu’il faut que je les retienne, que je ne les oublie pas, que j’entre en conversation avec ces fantômes.

Dans Pathemata, Maggie Nelson parle de la mort d’une de ses amies. Elle explique quelque chose que je ne m’étais jamais vraiment formulé ainsi. Que quand les gens meurent, la façon très particulière dont iels nous aimaient disparaît avec elleux.

Ma mémoire, depuis la semaine dernière, fonctionne à plein régime. Mais comme toujours, elle ne récolte que des fragments, elle s’embrouille et mélange. Elle reconstruit, réarrange, colle des petits morceaux de souvenirs les uns aux autres.

Toutes les bonnes histoires sont des objets en mutation.

Quand je descends en rappel dans les tréfonds de mes souvenirs, je dois éviter toutes les scènes de films, tous les romans, toutes les images, faire le tri.

Pauline Le Gall, I’ll be your mirror, Tailspin

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peindre avec des mots
frauder le contrôle de la raison

Pierre Antoine Villemaine, Composition
découvert chez Karl

Frauder la raison, la feinter, c’est ce qu’il me faudrait. Créer avec les mots, au lieu de les aligner dans le récit fasciné de la proie.

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ce que je veux, c’est des gens qui me racontent ce qu’ils ressentent.

Julien, Sentiments inconnus, Smwhr

THIS.

Avec ou sans le contexte (« l’inaccessibilité prolongée à mes sentiments intérieurs »), la suite :

Parce que je suis infoutu d’arriver à formuler correctement ce que je ressens si je ne l’ai pas vu formuler ailleurs.

Est-ce que ce ne serait pas qu’une rétroprojection de mes propres sentiments vu par le prismes des séries télé américaines, des 150 films et des 22 livres que je dévorais chaque année qui me permettaient d’articuler, par patchwork et collage ce que je ressentais effectivement faute d’arriver à le faire directement à partir des sentiments bruts ?

[…] j’ai pleuré comme une madeleine pendant tout le dernier tiers du film et ça m’a rappelé que j’étais pas obligé d’attendre de payer soixante balles toutes les deux semaines pour chialer, que je pouvais tout à fait le faire en illimité grâce à ma carte UGC.

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Mon rapport à l’art, il y a dedans ce qui me tient debout, mais il tient aussi de la faim impossible à rassasier.

Sacrip’Anne, Portes ouvertes à l’infini

« explorer, découvrir, rattraper avec avidité » — parfois je perds ça, l’avidité.

Plus je lis, vois, écoute, plus je me rends compte que c’est minuscule à côté de ce qu’il y a à lire, voir, écouter. Ça fait plus que me tenir en vie, ça m’excite, ça me donne envie. Et tant pis si la tâche est impossible à finir, tant pis si je meurs avant d’avoir fait le tour.

Parfois l’infini se retourne en à quoi bon, comme un parapluie d’un coup de bourrasque (et la suivante peut ou non le remettre à l’endroit).

 Ce film, il raconte quelque chose de très fin sur le moment où les enfants ont avec leurs parents des rapports adultes. […] Ce que ça nous a fait. On a envie de les aimer avec la même pureté, on s’agace qu’ils nous en empêchent. Ou au contraire, on a des comptes à régler. Ou on leur planque qui on est, comme on a l’impression qu’ils ne nous ont pas dit tout sur eux.

Cette perspective renversée, celle des parents sur les enfants, des enfants grands, me surprend encore, souvent. Même pas encore : nouvellement. Comme si des parents ne pouvaient exister que vus par les enfants.

Mes amies sont pour certaines devenues mères, mais forcément mères d’enfants qui le sont encore pour tout le monde. Des bribes de maternité me parviennent, mais proches encore de l’accouchement, de ce que je pourrais vivre si je décidais maintenant d’être parent. Elles ne disent rien de l’enfant de que je suis maintenant, que je reste même en ayant quitté depuis longtemps l’enfance. Quand mes amies y seront, je n’y serai plus, plus à ce même point en tous cas. En lisant Sacrip’Anne, j’ai l’impression d’accéder à ce que ce décalage escamote, au point de vue des parents sur des enfants qui ne le sont plus, grands déjà, adultes. Au point de vue de parents qui pourraient être les miens, sans que cela soit une question de génération — de position dans la chronologie d’une vie, plutôt. À la surprise que je ressens parfois, je me dis que le décollement l’un (l’enfant de) de l’autre (l’enfant) n’est pas si évident, sans devenir parent.

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Prendre conscience de ce qu’on écrit en l’écrivant. Ne rien chercher d’autre que cette découverte intérieure.

Solange Vissac, Ricochets/ Année 3/ Semaine 20, Jardin d’ombres

Écrire pour savoir ce que l’on ressent ou découvrir en l’écrivant les nuances de que l’on ressent. Tiens, tiens, j’ai lu ça Smwhr.

Je lis des bribes de ce blog depuis un bout de temps chez Karl et aujourd’hui seulement m’interpelle ce nom de famille, Vissac, Solange Vissac comme Guillaume Vissac.

Dans le même post, cet éclat poétique :

Au milieu du faire, prendre le temps du rien. Comme mettre au doigt une nouvelle bague, tiens sur l’auriculaire par exemple qui n’est pas accoutumé à l’anneau. Sentir ce qui vient de changer sur sa main. Avoir le regard qui se pose plus souvent que nécessaire sur la main ouverte, paume sur le bureau, et chercher à savoir ce qui brille à nouveau, et de quoi cette pierre est messagère.

Ne rien faire en regardant la moustiquaire ou dehors le jardin qui respire encore n’a rien à voir avec le rien faire de l’hôpital. Idée en passant d’un inventaire incomplet de tout ce que le rien faire peut être — un « protocole de création » dirait Karl.

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[…] tout est au même niveau, tout nourrit le feu de la parole entre nous, on y jette ce qu’on peut pour que ça brûle.

Isabelle est angoissée par le temps qui passe, par la finitude des choses. Je me souviens soudain comme je l’étais moi-même au même âge, cette boule dans le ventre au coucher, dans le noir de la chambre, les yeux ouverts sur le plafond, ce n’était pas tant l’obscurité, c’était autre chose, plus ancien, plus difficile à nommer, la disparition à venir des choses autour de moi, des gens autour de moi, cette certitude obscure que tout ce qui était là serait un jour absent, que le monde continuerait sans moi ou que je continuerais sans lui, je ne savais pas encore distinguer les deux, et cette boule ne se dissolvait pas, elle attendait simplement que je m’endorme pour se taire, et le lendemain matin elle avait disparu et je n’y pensais plus jusqu’au soir suivant, jusqu’au noir suivant.

Naine blanche ou supernova, un jour le soleil disparaîtrait et il ne resterait plus rien, même dans le souvenir, ni livre ni cimetière. Athée, je priais pour que mes parents ne meurent jamais et que le trou dans la couche d’ozone se rebouche (cette première fin du monde a été évitée). Il me fallait le poids rassurant des peluches sur mes pieds et aligner les pattes de mon nounours sur l’oreiller, la main en niveau à bulle, ou le faire tenir la truffe en équilibre sur mon nez.

Je me demande à partir de quel âge j’ai commencé à avoir un passé. Pas à partir de quel âge j’ai eu des souvenirs, les souvenirs on en a très tôt, des images, des odeurs, des éclats, mais à partir de quel âge j’ai compris que ces images étaient derrière moi, qu’elles avaient un poids différent des choses devant, qu’elles me précédaient et me définissaient sans me demander la permission. À partir de quel âge j’ai compris que mes parents, avant d’être mes parents, avaient été des personnes, avec une histoire qui les précédait et qui les avait amenés à ce qu’ils étaient, cette révélation-là, que les gens qu’on aime ont existé sans nous, elle arrive très tard, plus tard qu’on ne croit, et elle est une forme de deuil dont on ne parle pas.

Le passé comme malle au trésor — qui parfois rend nostalgique.
Les parents détachés de nous, trop, pas assez — juste.

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[…] je ressens parfois des colères qui paraissent inexplicables à moi et aux autres, et ma façon d’essayer de progresser c’est de remonter le fil de ma colère, pour comprendre ce qui m’agite.

Julia Kerninon, Quelques réflexions sur l’accouchement, Sur le fil

Idem de la tristesse.

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La liberté de choisir sa contrainte. Car tout est contrainte : dans la vie d’abord, dans l’écriture aussi […].

Philippe Annocque, La contrainte : une libération paradoxale, Hublots

Petite pensée pour Eli et sa contrainte de publication bloguesque.

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Pourquoi continuer à faire ce que l’on fait est une bonne question, mais elle est dangereuse. Si l’on s’appesantit sur le pourquoi, on risque de ne plus rien faire du tout, par inquiétude sidérée.

J’avais accès à une vraie chambre monacale […]. Je n’ai jamais rien écrit dans cette chambre. Je préférais les jardins ou la bibliothèque, voir des couleurs, des formes, des choses à prendre en amitié.

Chrisine Jeanney, en veille, block note

…

Peut-être que je radote, que je « me » radote, que je tourne en rond. Mais je peux aussi voir ça comme revenir à la base […]. La ligne de démarcation entre se répéter, comme une mouche amnésique qui se cogne à la vitre, et répéter, recommencer, en quelque sorte, est toute menue.

Chrisine Jeanney, tri, block note

…

a large part of the human experience is growing numb to the experiences that had once made us ridiculously happy…

[…] to just giggle in each other’s arms […] just for one more day, one more month — i am severely grateful

severely grateful <3

Winnie Lim, 121 months: to love for just one more day

Revue de blogs #26

[…] avant de lancer le premier morceau, je sais déjà le réconfort infini que ces dix chansons parfaites vont m’apporter. L’attente de ce déroulé que je connais par cœur envoie une décharge électrique de plaisir dans ma colonne vertébrale. J’en tire la même joie que ce moment précis, sur la route, ce moment précis où l’on sait que l’on va apercevoir la mer à l’horizon.

Je ne pourrais pas vous dire ce que j’ai pensé en écoutant pour la première fois If You’re Feeling Sinister, pas plus que je pourrais vous dire ce que j’ai ressenti la première fois que j’ai glissé mes doigts de pieds dans le sable chaud ou mangé une glace. La répétition du plaisir est constitutive de l’expérience du disque. Il n’y a pas eu de moment où je ne le connaissais pas par cœur.

Pauline Le Gall,
Judy never felt so good except when she was sleeping, Tailspin

Pauline Le Gall est tellement forte pour écrire sur ce qui se vit dans la lecture, l’écoute ou le visionnage… Je ne vis pas du tout la musique aussi intensément que la plupart des gens (j’ai besoin de silence davantage que de musique), mais j’ai quand même connu ce phénomène du CD réconfortant en boucle à mon adolescence avec The Rasmus et plus récemment avec Alice et moi (« Ce moment de solitude m’a fait comprendre que mes goûts musicaux n’étaient peut-être pas universels »).

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PHANTOM OBLIGATION
The guilt you feel for something no one asked you to do.

Phantom obligation, Terry Godier
à lire en version texte brut ou discrètement animée
(dingue d’ailleurs comme on lit plus facilement un texte qui apparaît au fur et à mesure, sans anticiper la longueur de ce qui est à venir)

L’auteur s’attarde sur ce que déclenchent en nous les petites pastilles rouges avec un chiffre dedans et analyse le design des lecteurs de flux RSS qui, en empruntant leur ergonomie aux boîtes mail, en ont conservé les attentes implicites.

You’re not behind on your feeds. […] Nobody’s waiting.

Et cela vaut pour tous types d’application.

Podcasts borrowed the queue from music players. But nobody ever felt guilty about unplayed albums. […] Podcast apps added unplayed counts, progress bars, completion stats. Your listening became a task list.

We should notice when we feel guilty, and then ask whether the guilt is ours or whether we inherited it from somewhere.

Pour autant, je ne suis pas sûre d’avoir envie de tester le lecteur de flux RSS développé par l’auteur, où les articles restent un certain temps seulement, en fonction de leur pertinence (quelques heures pour un entrefilet d’actualité, quelques jours pour l’article d’un quotidien, une semaine pour un essai…). Le FOMO serait trop grand, je serais tentée de me connecter hyper régulièrement pour tout sauvegarder. Un poison différent.

Social media learned something interesting. Facebook could have shown you « 24,847 posts you haven’t seen. » They understood this would paralyze, not engage. So they made a different choice: no unread count. Infinite scroll. Algorithmic curation. They traded phantom obligation for manipulation. The feed never made you feel behind. It made you feel like you might miss something right now. Different poison.

Merci à Kozlika pour la découverte.

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Je le dis, parce que je n’aimerais pas qu’on croie que je ne retiens que ce qui est difficile de cette expérience, tout comme je n’aimerais pas qu’on ne retienne que c’est uniquement merveilleux et épanouissant. En réalité, je trouve ça difficile de composer avec tous ces contrastes […].

Yasmine, La perfection n’est pas mère,
Sundays are made for tea & crumpets

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This day was so ordinary for us, yet I am terrified that I will feel immense nostalgia and grief one day when I look back at this post.

Winnie Lim, an ordinary day

Like who wants to look at mundane photos of my day?

I do.
Outre l’étonnement du quotidien à l’autre bout du monde (et oh ! papa’s beard, j’avais mangé un délicieux éclair au chocolat de cette chaîne au Vietnam !), il y a cet aspect émouvant des relations parasociales (aussi étranges soient-elles) à se faire témoin d’une vie que l’on ne croisera probablement jamais. Comme des cartes postales qu’on recevrait d’un personnage de série auquel on s’est attaché.

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Plus je vieillis et plus j’ai l’impression que le temps salarié est du temps perdu, du temps gaspillé. Non pas que mon travail soit inintéressant, bien au contraire, mais que la priorité semble être ailleurs.

Karl, sursis, Les carnets web de La Grange

Fatiguée, stressée, anxieuse et parfois tentée par la démission vers un emploi salarié, je me rappelle aussitôt que c’étaient des heures pour ainsi dire non vécues.

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Un beau billet de Monsieur Samovar sur avoir tous les âges (et 43 ans).

Attendez, attendez. Laissez-moi ouvrir une parenthèse, à la hache s’il le faut. J’ai pas vécu ça quand c’était le moment, j’ai loupé le train, si on prenait le TARDIS, qu’on voyageait dans le temps et que je visitais en décalé un temps révolu ? Attendez, attendez s’il vous plaît, c’est la dernière fois. Après j’accepterai. Après je serai serein, je serai comme on me dit qu’il faut être. Heureux de chaque jour, de chaque instant qui passe. J’apprendrai à vivre pleinement ou à laisser filer les moments, débarrassé des injonctions, sage et silencieux.

Je ne le ferai sans doute pas.

Je continuerai à courir le long de ma chronologie, poumons qui braillent, brouillard mental.

J’ai et n’ai pas tous les âges que j’ai eu. À la fois le passé, en s’accumulant, devient une malle aux trésors, à la fois qui j’ai été me devient par endroits inaccessible.

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J’étais peut-être un peu naïve mais avant de me mettre à danser autant, je ne savais pas que cette pratique viendrait creuser si fort mon rapport au corps. Je pensais que c’était quelque chose que l’on fait en utilisant son corps comme une sorte d’ustensile, mais je n’imaginais pas que tout partait de l’intérieur […].

Coline Pierré, Danser jusqu’à soi, Latte avoine et chat sur les genoux

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Trouvé chez Karl :

Songer un instant à ce genre d’idée satisfait un auteur sans qu’il ait heureusement besoin de la mettre en œuvre.

Le timbre à un franc, Jean-Louis Bailly

Idée n° 237389. Est-ce que je pourrais songer ainsi à mes idées numérotées aléatoirement ? Non pas des projets morts-nés dont je ne fais pas le deuil, mais des idées qui se suffisent à elles-mêmes, comme les amorces poétiques de happenings qui n’auront pas lieu dans Grapefruit ?

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Trouvé chez Guillaume Vissac :

 J’écris toujours des poèmes sur la deuxième chose qui me vient à l’esprit, lit-on dans Le musée des redditions sans condition, pour ne pas avoir à le faire sur la première.

Première chose : image. Deuxième chose : lien.

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Les pistes que je ne suis pas, les possibilités que j’ignore, maintiennent peut-être d’autres structures dont j’ai « quelque chose à faire ».

L’idée, c’est la place qu’on occupe et celle qu’on donne aux éléments et à l’échec, à la maîtrise, à l’emprise, aux directions décidées, s’appesantir ou pas, le juste ce qu’il faut de nostalgie, les choix, le recul par rapport à eux, est-ce qu’on peut réellement choisir ce qu’on ne sait pas […]

Christine Jeanney, coupe coupe, block note

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Et en remettant en question l’évitement improbable (improductif) (hors piste) (que des qualités) de l’éparpillement, je remets en question l’idée de se spécialiser, de creuser une seule voie, de s’y dédier. Je crois que c’est un mythe. On ne fait rien avec une seule allumette dans le noir.

Christine Jeanney, moby, block note

J’ai vu tout le noir qu’il y avait. J’ai besoin que ça foisonne à nouveau, besoin de m’éparpiller.

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Mais au fond, quand on transmet, est-ce que ça n’est pas pour réparer un peu de soi ? Pour créer quelque chose qu’on n’a pas eu ?

Sacrip’Anne, Transmission

Dans mon enseignement de la danse : une compréhension fine du mouvement, même et surtout lorsqu’il ne tombe pas naturellement juste. Est-ce que je n’en oublie pas ce que j’ai reçu, le phrasé, les élans ?

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Trouvé chez Karl :

Lorsque je regarde un film, une série, je suis désormais très sensible aux gestes de tendresse entre les personnages. […] Cet instant où tout s’arrête, où tout se dit sans une parole, dans la délicatesse d’un contact qui ne cherche rien de précis qu’une forme d’abandon, de lâcher-prise, n’attend rien qu’un peu de calme, de sérénité. Dans un enlacement amical, une attention prévenante. La pression redescend, les deux corps se rapprochent, leurs rythmes cardiaques se coordonnent pour retrouver un peu d’apaisement et pouvoir, après un mouvement de recul, se regarder en face. Les mots refont surface, même si parfois ils ne sont même plus nécessaires.

Pierre Ménard, Un mouvement suffit, Liminaire

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Je ne sais plus où j’ai vu passer une broderie de scanner, ou une broderie d’image médicale, quelqu’un — quelqu’une en l’occurrence — avait brodé ses résultats d’examens, donc un sujet non brodable, ni une fleur ni un lapin enrubanné, ni un adage au point de croix […]

Une tumeur obscurus sur le sein droit d’un T-shirt ?

S’octroyer le droit de broder (tisser, coudre, denteller) du laid, du not fit, en dehors des modèles et gabarits. Je ne sais pas pourquoi il n’y a pas plus de monde qui s’empare de ce droit pourtant d’accès facile. Qu’est-ce que ça peut faire qu’avec un fil et une aiguille on fasse quelque chose de raté, de moche ou qui ne serve à rien.

Oui, pourquoi. Pourquoi pas la broderie, la LSF, le collage, le violoncelle. Pourquoi toujours les mots ?

Christine Jeanney, simple, block note

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Dernier billet de Prof en scène (pas le dernier en date, le dernier point final) :

Je suis devenu, je pense, l’enseignant que je souhaite être : insatisfait, passionné, instable.

Peut-on se satisfaire d’être insatisfait ? Toujours surprise, un peu admirative et envieuse quand je trouve (comme souvent chez Christine Jeanney ou ici chez Monsieur Samovar) une installation revendiquée dans l’in- ou autre préfixe privatif.

Et oui ça brûle, et oui on y laisse une énergie qu’on ne retrouvera peut-être pas. Mais c’est ainsi que l’on donne du sens au temps qui passe.

L’énergie qu’on ne retrouvera peut-être pas : et de vieillir.

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Mais je cherche autre chose désormais, comme si j’étais fatiguée de me battre et que j’avais besoin de calme. J’aimerais voir des femmes fragiles mais qui ne se font pas marcher dessus. […] Des femmes fragiles mais sensées, dont on respecte la fragilité et la banalité, des femmes qui, si elles ont été violentées, sont aidées, aimées et soutenues comme elles le méritent mais sans pathos ni contexte combatif. Des femmes cassées mais indépendantes, capables de décision, incapables de décision aussi et alors épaulées sans syndrome du sauveur.

Lucide, Exception et banalité, Courant noir

Dans le même post aussi, de chouettes réflexions sur la photo de rue et sur les cheveux blancs vantés sur des corps normés.

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The sky was the colour of the death of the internet : l’exposition qu’a visité Eli n’entre pas du tout en résonance avec mon imaginaire, mais ce titre, je ne m’en remets pas !

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Après tout, c’est le nerf de l’enseignement : pas la répétition, mais la reformulation.

Marion Olharan Lagan, Brûlée vive, Le non book club

Revue de blogs #25

Les embryons de projets, quelques notes tracées sur un carnet à la date du jour, le bégaiement de quelques commencements qui n’iront sans doute pas très loin, mais qui ont malgré tout le mérite d’avoir été noté et de trotter dans la tête et se permettre ainsi de se dire en vie. Brefs actes invisibles aux yeux de nos proches, mais qui fomentent en soi une envie d’être plus grand.

Laura Solange, Ricochets/ Année 3/ Semaine 11, Jardin d’ombres

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j’ai besoin de faire le point sur ce que je fais en tant que hamster dans sa roue

Christine Jeanney, pause, block note

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Mais il n’existe pas en moi dans un endroit analytique, il est plutôt roulé en boule au chaud au creux de mon cœur […]

Pauline Le Gall, A dream is a mirror held by a phantom hand, Tailspin

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Les micro-interactions bouleversantes, […] elles sont des milliers à advenir, jour après jour. […] C’est peut-être l’une des grandes énigmes de ce métier : comment gérer la densité ?

H. lundi 6 avril, Prof en scène

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Spiritual will and courage are required to live life as pursuing a life full of aliveness is inherently difficult. It is just easier to do nothing in autopilot mode. How do I conjure this courage time and time again? I am tired.

It is a strange dimension to live in, the space between annihilation and exhilaration.
Winnie Lim, turning 45
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Converser à deux amies dans un salon de thé :
Je déroule mes impensés et j’écoute les siens […]

(serre-tête, jupe-culotte, rallye, quoi encore ? me disais-je à la sortie du collège en regardant les mères de famille habillées en petites filles qui me toisaient).

Anne Savelli, Le mépris

Adolescente, j’ai toujours eu l’impression que les petites filles versaillaises étaient habillées comme leur mère… je n’avais jamais pensé que c’était plus probablement l’inverse.

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Je veux faire quelque chose que je ne reconnais pas, quelque chose qui n’est pas dans mes capacités. […] Je suis lassée du moi qui ne peut pas faire plus qu’écrire ce qu’elle écrit et prendre la même teinte de bleu, les mêmes empreintes attendues.

Christine Jeanney, ce que fera V, block note

Je voudrais dérailler un douceur.