Suivre les grenouilles

Journal de fin avril

Lundi 27 avril

Cours de stretching postural : je commence à sentir un semblant de chaîne avant. Je me tiens, respire mieux, joyeux, après ça.


J’étais sereine pour l’IRM jusqu’à ce que je vois l’infirmer préparer une seringue. Contrairement aux deux autres que j’ai pu faire, celle-ci nécessite l’injection d’un produit de contraste. Je montre mes avant-bras à l’infirmer qui choisit le gauche ; avec une belle veine dans le pli du coude, on ne va pas se compliquer la vie. Je détourne la tête pour le laisser piquer, je n’aime pas ça, je le dis, ça m’échappe, je n’aime pas ça, et me reprend aussitôt parce que c’est bête,  enfin, personne n’aime ça. Il confirme : même les gars tout tatoués, alors qu’on pourrait penser qu’une aiguille après ça… L’infirmier se détourne pour attraper un truc derrière lui, il aurait pu anticiper pour ne pas me laisser avec l’aiguille dans le bras plus longtemps que nécessaire. Il attrape je ne sais quoi, je ferme les yeux pour le laisser terminer.

« Ouvrez la main. » Je n’avais pas conscience de l’avoir refermée en poing, j’imagine être trop crispée pour la manip’, il faut se détendre, mais je sens qu’il dépose quelque chose dans ma main, je ne comprends pas, j’ai toujours les yeux fermés alors je les rouvre, il y a un tube en plastique dans ma main, relié à un fil transparent, relié à mon bras, un truc fiché dedans, c’est un cathéter.

Vous avez vu l’épisode de Grey’s Anatomy avec un patient qui a une mine (ou un obus, je ne sais plus) dans le corps ? L’aile de l’hôpital est évacuée dans l’attente de l’équipe de déminage et les médecins partent les uns après les autres de la salle d’opération, jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus que deux, Meredith (ou Cristina ?) qui maintient la pression sur la mine pour pas qu’elle explose et un mec qui ventile le patient pour le garder en vie. Il lui explique ce que ça fait une mine qui explose, de la poudre rose de chair, il lui explique qu’il a une famille, des enfants, et tout en parlant d’une voix rassurante, il lui colle la pompe dans l’autre main, il la presse avec elle jusqu’à ce qu’elle ait pris le rythme… Elle a à peine le temps de comprendre ce que signifie ce qu’il lui a mis dans la main que le mec se casse, elle est seule avec l’engin mortel. Eh bien voilà, toutes proportions de drama queen ôtées, je me suis sentie Meredith en découvrant le tube dans ma main, et en comprenant que l’injection n’était pas faite d’une seule piqûre en amont.

L’infirmier colle une espèce de scotch transparent dessus pour que ça ne bouge pas, le truc va me rester dedans tout du long, j’essaye de ne pas paniquer, et le gars me laisse là, tire le rideau, le patient précédent aura fini d’ici dix minutes, DIX MINUTES en plus avec ce truc douloureux dans la peau, pourquoi on n’a pas attendu le dernier moment ? Putain de respiration en cohérence cardiaque. Je tiens mon bras gauche avec le droit pour que ça bouge au minimum, sauf pour essuyer une larme de panique, le temps de m’habituer à l’idée sinon à la sensation.

Et oui, je sais, on m’a dit depuis que l’aiguille ne reste pas à l’intérieur, c’est seulement un bout de plastique souple, mais vous savez quoi ? Y’a quand même un corps étranger fiché dans mon corps, qui outrepasse la frontière de la peau.

La suite est plus drôle. La technicienne en radiologie en forme manifestement une autre. En m’installant sur une plateforme avec un trou pour chaque sein, elle lui explique : « On vérifie que ça ne fait pas de pli. Là, évidemment… » Un pli sur une si petite poitrine, il faudrait vraiment le vouloir.

Bouchons d’oreille et casque, ce n’est pas un peu ceinture et bretelles ? Je n’y prête pas tellement sur le moment, au casque qui me couvre plus ou moins bien les oreilles ou le cartilage, mais mon accouphène m’y fait souvent repenser depuis, ça l’a intensifié — ça ou la fatigue.

Ce qui me fait oublier le cathéter n’est pas le bruit, mais le sang qui circule de moins en moins dans mes bras, placés devant moi comme les nageurs des couverts à salade Pylone. En essayant de minimiser les mouvements de ma respiration, j’ai fini par me détendre musculairement et le socle me comprime désormais sous le bras. Je n’ose presser la poire, de peur qu’il faille reprendre en amont et que cela prolonge l’examen, alors j’ouvre et je ferme doucement mes doigts et, voyant que cela ne provoque aucune réaction de la part des techniciennes, que cela ne compte manifestement pas comme bouger, j’entreprends de micro ajustements et transfert de poids pour libérer sans « bouger » la zone étranglée. Si c’est pas du beau travail propriocéptif de danseuse, ça… Consciemment gainée, je retrouve la position que j’avais naturellement un peu crispée et ça (se) passe. Je finis tout de même gelée, veste en polaire dans la salle d’attente.


Reprendre. Redécouvrir qu’on sait donner cours.

…

Mardi 28 avril

Journée de rendez-vous à l’hôpital, tous notés avec leur horaire et leur salle sur un ticket de caisse — du speed dating médical.

Vous êtes ensemble ? La dame plus âgée devant moi se retourne pour savoir de qui elle serait accompagnée et nous acquiesçons à l’existence l’une de l’autre sans vraiment nous regarder, comme à la boulangerie quand l’ordre de la file est incertain. Je fais chuter la moyenne d’âge, mais non, non, je n’accompagne pas madame, on a chacune le sien, de cancer qu’on vient faire soigner.

À l’accueil, je n’arrive pas à déterminer qui forme l’autre de la très jeune à son poste ou de la femme plus âgée installée à ses côtés (me voilà entre (leurs) deux âges). Ma situation maritale se suspend entre deux cases : je suis en couple, mais nous ne sommes pas mariés et nous n’habitons pas ensemble, ce qui fait de moi une célibataire administrative (l’expression semble leur soulager la tâche) tout en étant, je vous rassure, une patiente bien entourée qui ne viendra pas grossir les rangs des malades amoureusement abandonnées. Quand je donne l’adresse des personnes à prévenir, la dame s’étonne de la distance géographique : « Ah oui, il faut vraiment avoir envie de se voir. » On a vraiment envie de se voir, je confirme-clôture d’une voix ferme.


Le speed dating commence en douceur, avec une infirmière dont les grands yeux et les bouclettes disent je suis à l’écoute. Ce que je sais de la suite ? Opération, radiothérapie, hormonothérapie. Chimio en fonction de l’analyse de la tumeur. Elle me trouve « bien informée ». Il ne lui en faut pas beaucoup, je pense, puis je pense aux vieilles dames croisées dans le couloir. Peut-être qu’à un certain âge, on assimile moins bien quand il faut du même mouvement encaisser ?

L’infirmière m’interroge sur un possible désir d’enfant, je dis ce que j’ai à dire et me fais quand même refourguer un prospectus sur la fertilité — elle est obligée de me le donner, m’avoue-t-elle. Mais pas moi de le lire. Je le fourre avec les autres papiers, peu surprise qu’un désir de ne pas ne soit pas respecté. C’est encore comme si l’on ne pouvait pas savoir ce que l’on ne voulait pas. Dès fois qu’on change d’avis. Et nous n’en changeons pas, imbéciles que nous sommes. Et certaines en changent, ce qui ferait d’elles des femmes (sans qu’on sache si c’est de devenir mère ou de vérifier l’adage). Souvent femme varie. Laissez-moi a-variée.


La chirurgienne, elle, est autiste. Elle me regarde comme si elle se répétait qu’elle devait regarder les patientes dans les yeux, et ne me voit pas, probablement concentrée à fixer un point près de l’œil pour échapper à tout regard. Ça déroute le mien, deux aimants retournés qui s’évitent à se chercher.

Ses mains aux ongles courts, bien vernis (bien vernis comme le reste de son visage est bien maquillé, avec application), sont posées devant elle sur le bureau, l’une contre l’autre, doigts bien serrés, conques posant là quelque contenance, contenant quelque envie de fuir.

Elle parle et il ne faut pas l’interrompre, je le sens. Pas parce qu’elle serait sachante, mais parce qu’il faut que les choses soient dites d’une certaine manière et dans un certain ordre, sinon ça déborderait des mains en conque. Elle répond à mes questions, sans les éviter ni s’en agacer, mais ça la fait dévier, il faut reprendre, comme mon amie PinkLady reprend le fil de ce qu’elle a à déroule,  peu importe où les circonvolutions de la conversation l’ont fait dériver. Sa nuque ne bouge pas, rien dans son être ne bouge, elle reprend de sa voix douce et basse et sans hésitation et je ne l’interromps plus (plus trop), même si j’aurais envie de lui dire que, c’est bon, elle peut arrêter de masquer.

(Se débarrasser des mots qui viennent et ne conviennent pas : froide, monocorde, débiter…)

Jpp ce sont les meilleurs, s’enthousiasme S. quand je lui raconte. Et de me raconter que ces chirurgiens ont en général un rituel avant d’entrer au bloc, suivent un ordre pour enfiler leur blouse ou leur charlotte.

C’est elle qui m’opérera, elle ou un de ses collègues. La précision en passant me heurte, me déçoit discrètement. Pourquoi je la rencontre si potentiellement ce ne sera pas elle ? Parce que, comme pour le prospectus fertilité, il le faut ?
Moi ou un de mes collègues. Peu importe qui, peu importe l’humain, quelqu’un vous ouvrira.


Ni ouvertement bienveillante, ni retranchée, la radiologue me donne l’impression d’être revenue parmi les gens normaux, quoi que cela puisse vouloir dire. Probablement est-ce seulement de retrouve du mouvement ; ici, le corps médical n’est pas fiché derrière un bureau, il se déplace, va vérifier, manie, accompagne. C’est étrange d’ailleurs, cette double vitesse des hôpitaux : les patients patientent pendant que les médecins subissent un rythme effréné.

Moment de connivence avec l’assistant lorsqu’il se prend un vent de la (vieille) dame devant moi, qui ne l’a probablement pas entendu lui demander son dossier, et qui (du coup ?) passera après. Ce même homme me rappelle ensuite de suivre les grenouilles. Comme dans un conte, je suis les grenouilles (qui ont des gueules de crapaud), mais le charme s’évanouit sitôt dépassée l’aire de jeux planquée à l’intérieur de l’hôpital. Le marquage au sol redevient plus classique, lignes jaune et orange, jusqu’à l’espace du parcours rose.


Dans la salle d’attente, des vieilles engueulent leur accompagnant (Tu ne peux pas être un peu optimiste, pour une fois ?). En face, on bredouille pour sa défense ou l’on reste coi. Sur le moment, je me dis qu’elles abusent, qu’elles peuvent bien comprendre et entendre l’amour qui se fait du soucis ; plus tard, je pense à leurs traits fatigués, aux effets secondaires de l’hormonothérapie, à Hors de moi. Que sais-je des bouffées de colère, de l’exaspération au long cours ? Et si les conjoints partaient aussi pour ça, pas seulement par lâcheté ? (Reste que ça reste très genré.)

Le boyfriend, lui, en rira : l’accompagnant est là pour ça, pour aider à décharger.

L’atmosphère est plus légère entre une mère et sa fille, dans les mêmes âges que moi, peut-être plus jeune. Il me semble que c’est elle la patiente, qu’elle vient représenter avec moi les 9% de cancers avant 40 ans, mais c’est à mon tour d’avoir le doute sur qui accompagne qui. Une photocopie de carte vitale dépasse de la pochette sur la table et confirme mon impression première — sur la photo d’identité, le visage est jeune.


Petit pain au lait, concombre et Philadelphia battu : une bonne idée, que je retiens. La collation néanmoins porte bien son nom et m’ouvre l’appétit pour un déjeuner. Ce sera un bretzel à la cafétéria d’un autre bâtiment du centre hospitalier. Étudiante en médecine, S. s’est extraite de ses révisions pour me rejoindre et me faire faire le tour du propriétaire. Je chausse mes lunettes de soleil. Ici Coeur-Poumon, là un escalier aux glycines abandonné. C’est vraiment une ville dans la ville — il y a même une médiathèque ! Au retour, je lui montre les grenouilles et, cette fois-ci, ne me retiens pas de sauter d’un autocollant à l’autre. Quand elle me laisse pour retourner à ses révisions, l’amusement retombe d’un coup. Je ne suis plus infiltrée dans un lieu inconnu, je suis là pour une raison et je m’enlise dans la patience.


L’anesthésiste est mon dernier rendez-vous de speed dating. Il n’a pas la même dégaine que les autres, sans blouse, avec un simple T-shirt et des godillots en cuir noir un peu destroy, languette pendante. Les anesthésistes sont toujours les plus cools, me confirmera le boyfriend ; c’est eux qui ont la bonne drogue.

Après avoir donné un poids approximatif au cours des derniers rendez-vous, je rencontre enfin une balance. Le chiffre supérieur à ce que j’avais imaginé me surprend et me contrarie légèrement. Les muscles, c’est vrai, aussi, je m’oblige à penser. Tout dans les ischio-jambiers.

Coup de mou ensuite. J’ai joué à l’observatrice toute la journée, comme si ça ne me concernait pas, mais ça me concern.


Il faut encore donner cours après ça. L. se montre adorable en mettant à distance certaines remarques que j’aurais pu prendre comme critiques. C’est bon d’entendre quelqu’un d’autre dire : elle nous saoule. Puis sans se saouler, on se gave un peu, en tous cas moi, d’une tartinade jaune contenant de la coriandre (je déteste la coriandre, mais ne déteste pas du tout la tartinade ?!) et d’autres petites choses d’apéro pour fêter les 50 ans de F.  Je suis épuisée et contente d’être divertie de l’épuisement, même si les prolongations le prolongent.

…

Mercredi 29 avril

Quand soudain, plus de lumière, plus de musique. La salle est aveugle, impossible de faire cours à la lueur verdâtre de la sortie de secours ; le cours suivant est annulé. (Le courant, m’a-t-on dit, est revenu trente minutes plus tard, alors que le site d’Enedis indiquait plusieurs heures avant rétablissement.)


Les échos des conversations parfois…

Après les crises récentes du boyfriend et sa décision de changer de régime alimentaire, je découvre que H. a souffert d’une maladie inflammatoire bien hardcore et qu’elle a, elle aussi, revu entièrement son alimentation. Les habitudes se prennent ; à présent, elle en a envie pour le goût et plus seulement pour sa santé, les fruits lui font vraiment envie…

En parlant hormonothérapie, elle me raconte l’histoire d’une amie dont le corps a refusé la ménopause forcée et qui a galéré avec des accès de colère monumentaux qui lui rendaient la vie infernale à elle et à son entourage… jusqu’à ce qu’elle trouve une spécialiste vraiment spécialisée à Paris, qui lui a changé la vie. H. me propose de demander ce contact à son amie, au cas où. Il est toujours bon d’avoir des jokers.

…

Jeudi 30 avril

L’opération tombe le jour du spectacle ; il faut bien l’annoncer à l’équipe — en visio, car cette fois, je n’ai pas cherché à annuler mon rendez-vous avec la psy pour participer à la réunion. J’ai simplement dit que j’avais un rendez-vous médical, et je n’aurais pas l’impression de proférer un semi-mensonge si la santé mentale n’avait pas forcément besoin de l’adjectif qui la caractérise et l’ostracise de la santé tout court. De toutes façon, c’est simple, si je ne suis pas suivie par la psy, je risque l’arrêt pur et simple.

La demi-heure de visio qui suit mon annonce en préambule est étrange : je suis à la fois hors-jeu, reléguée en marge d’un événement auquel je ne participerai pas, et submergée par la profusion d’informations relatives à l’organisation. Bof, psy, pleurs, ai-je noté dans le brouillon de ce journal. Ce n’est pas mon meilleur rythme ternaire, mais hé.

Vous ne pourrez pas tout faire, m’assène la psy. Ou était-ce conjugué au présent ? A-t-elle ajouté en même temps ?
Vous ne pourrez pas tout faire en même temps.
Vous ne pouvez pas tout faire en même temps.
Vous ne pouvez pas tout faire.
Je ne peux pas tout faire.
Une chose à la fois.

En sortant, je repasse aux toilettes où le soleil chauffe les fesses et par la fenêtre desquelles on aperçoit généralement un ou plusieurs chats dans une cour plus lointaine. WC with a view.


Entretien au débotté : mieux vaut ne pas interroger la frontière entre bonne franquette et inorganisation. Dans les couloirs, je croise une collègue qui a appris ce matin, une femme belle et émouvante, c’est inscrit dans son corps, une vibrance méditerranéenne à pouvoir se la représenter en déesse ou en héroïne de tragédie grecque. J’apprends qu’elle aussi a eu un cancer bien plus jeune, un cancer dont je ne connaissais même pas l’existence, mais peu importe, pourtant quatre ou cinq heures d’opération, ça semble autrement lourd ; ce ne sont pas les mêmes traitements, mais elle sait le cheminement par où l’on passe, il faut que je me fasse aider, elle me parle de gouttes, de gouttes à prendre, tant pis si ça prend un an ou deux ensuite pour s’en défaire, et je comprends à retardement qu’elle parle d’anxiolytiques avec accoutumance.

Ma compréhension est altérée par l’émotion qu’elle me renvoie. Le visage soucieux et désolé, je commence à m’habituer, mais là ce n’est pas l’expression compassée que tout un chacun porte comme un masque, fusse le plus sincère. Là, c’est tout un être qui a passé sa vie à incarner — à peaufiner, l’émotion musculaire, à fleur de chair, millénaire et vulnérable, irriguant, sillonnant tout le corps jusqu’à ce que tout mouvement devienne geste. Elle me prend la main, et j’ai du mal à ne pas pleurer, dans ce couloir où j’attends mon entretien avec le directeur-adjoint, où je révisais mon cours à donner après. Elle dit aussi : le travail n’est pas la priorité. (Je veux bien être d’accord, mais j’ai du mal à comprendre comment l’articuler à une poursuite d’activité.)


Je sanglote en différé en marge de l’établissement où je donne cours ensuite. Assise sur un muret en retrait, certaines de mes élèves passent devant moi, heureusement sans me voir. Le Stresam a beau ne pas prendre la forme de gouttes, il fait son effet : n’empêche rien d’advenir, mais empêche que ça se prolonge. Je sens les vagues de molécules dissoudre le réflexe des sanglots. Couper cours.

La pianiste qui-a-appris-aussi est compatissante, presque vener contre la maladie. Il faut donner cours quand même, et je me reprends au jeu, d’autant plus facilement que ce sont là des élèves-bonbons (pour reprendre une formule de Daniel Pennac lue il y a fort longtemps). J’axe le cours sur les orientations et les épaulements, pour un effet tongue-twister qui agace-amuse la classe. À leur niveau, ce n’est pas tout les jours qu’on apprend quelque chose de nouveau qui ne soit pas une difficulté technique supérieure ; cela sort du training.

Ma collègue de jazz arrive en avance, demande si elle peut assister à la fin du cours et j’ai un bête accès de stress de me savoir observée, alors qu’elle voulait seulement être là, pour me dire son soutien (j’en ai pleuré, ah mais non, euh, faut pas) et observer ses élèves sans être elle-même en charge. Les rôles s’inversent lorsqu’elle fait ensuite répéter une élève, et c’est effectivement intéressant de voir comment les atouts et les achoppements qu’on observe dans une discipline se transposent ou non dans une autre. Notre regard de professeur se fait lui aussi au prisme de notre discipline. Je vois les courbes qui se perdent au niveau de la nuque parce que je cherche la verticalité de toute la colonne. Je ne vois pas le tic des impacts (accélération du mouvement jusqu’à l’arrêt soudain) parce que l’élève privilégie les impulse (décélérations) en classique.


Le crumble deux chocolats tout sucré : pas forcément une bonne idée de dîner anticipé. Coup de mou en cours de route, mais j’ai plaisir à donner ces cours.

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