Carnet de lecture, été 2019

Bye bye tristesse

De ma dernière razzia FNAC, il me restait pour les vacances Bonjour tristesse. Comme livre de plage, c’est parfait. Parfaitement superflu. Je l’ai lu la peau encore pleine de sel sur le canapé de la location, et l’ai reposé sur la table basse en me demandant Why the fuss? Il y a bien un truc qui picote la curiosité – le sens des dialogues, plaidera Melendili – mais cela devient vite téléphoné. Tout ça pour ça ? Une impression de gâchis de talent, ou même pas, le gâchis concernant les personnages, personnalités velléitaires et fléaux accomplis – tout cela balancé par-dessous la jambe à la petite semaine.

La traversée des apparences modestes

Imaginez Martin Parr faire le portrait de sa mère, et celle-ci aimer par-dessus tout faire des crêpes pour faire parler les émigrés de passage dans sa cuisine : vous avez L’Abandon des prétentions, le premier roman de Blandine Rinkel, où l’ironie et la tendresse se courent l’une après l’autre. C’est très fin (ce qui n’est pas une surprise quand on a suivi ses carnets de lecture sur son blog fermé-à-la-parution-du-roman-grrr), mais le récit se maintient à distance de son sujet : il est un peu dommage de parler de sa mère sans évoquer, sauf en de rares occasions qui laissent justement penser que c’est dommage, le lien qu’on entretient avec elle. Fusse l’étonnement de ce qui échappe pour que, dans l’angle mort de la filiation, sa mère devienne un personnage à part entière, Jeanine, soixante-cinq ans, professeur d’origine modeste à la retraite.

Cousu de fil rouge

(Comme une envie de me mettre à la broderie.)

Giboulées de soleil : j’ai été attirée par le titre, autant que par les accents renversés de son auteur. Lenka Horňáková-Civade et mon préjugé tchèque lance l’enthousiasme au galop. Ce n’est pas elle qui viendra le démentir. La manière dont elle brode son roman sur trois générations m’a happée ; j’ai retrouvé le temps au long cours, celui des lectures absorbées comme des vies qui se poursuivent les unes dans les autres, dans le désordre de liens enchevêtrés, la petite-fille élevée par sa grand-mère, avec une tante qu’elle prend pour sa sœur – une histoire « d’amour et de non-dits qu’elles voudraient protecteurs ».

« – Votre fille a un instinct de survie très développé.
Ma mère confirme.
– Oui, c’est de famille. »

Magdalena, Libuse et Eva ont en commun leur sang et leur bâtardise, nées d’instants de bonheur fugaces qui présagent de sa parcimonie dans leurs vies, laborieuses à vivre, magnifiques à lire. La malédiction familiale prend des allures de destin, dont chacune à son tour tente de s’extraire, en même temps que leur pays, la Tchécoslovaquie, naît de l’Empire austro-hongrois, découvre puis secoue le joug communiste. Au milieu des coups du destin et des maris violents, les élans de vie et d’harmonie avec la nature sont autant de giboulées de soleil, gouttes de joie imprévisibles et improbables, qui déboulent à la place des larmes en droit d’être versées.

« Citadine, instruite, raffinée et parfumée, elle monta dans le train ; campagnarde, effacée mais coriace et pratiquement muette elle en descendit. »

« Ne laisse jamais les gens avoir pitié de toi ; la pitié c’est ce qui se change en haine le plus rapidement. Après l’amour. »

L’anti-marâtre

Belle mère, sans tiret, est encore un très beau roman de Claude Pujade-Renaud, « roman d’un « arrangement » insolite entre deux individus qui ne se sont pas choisis, variation douce-amer sur l’âge mûr ». Des noms délicieusement surannés, Lucien et Eudoxie. L’amour de son prochain, en-deça des corps et des liens nommables, comme une douce persévérance.

(Dans Giboulées de soleil, la persévérance s’admire comme force de vie ; dans Belle mère, comme élégance tranquille. Dans les deux cas, une forme de dignité.)

La peintre Salomon

10 € les trois livres : j’ai pris un roman de David Foenkinos pour Mum, qui avait apprécié l’auteur. Le livre était emballé ; cela a été la surprise lorsque des lignes courtes sont apparues, comme de la poésie.
Charlotte : une peintre assassinée à 26 ans.
Charlotte a appris à lire son prénom sur une tombe.
Descendante d’une longue lignée suicidaire – l’hécatombe est telle qu’il est surprenant que tant de cette famille soient arrivés en âge de se reproduire.
Quelque chose ralentit en elle.
Sûrement une infiltration de la mélancolie dans son corps.
Une mélancolie ravageuse, dont on ne revient pas.
Le bonheur devient une île dans le passé, inaccessible.

L’aspect glauque ne me donne pas envie de lire.
À mi-chemin dans sa lecture, Mum tend son smartphone vers moi : les tableaux déterrés par Google me donnent encore moins envie de lire.
Mum est intriguée, surprise de cette écriture comme autant de respirations tronquées.
Elle n’aurait pas cru que ça se lirait si bien.
Elle n’avait pas non plus imaginé qu' »assassinée », cela voulait dire : gazée par les nazis.
Charlotte s’appelle Charlotte Salomon, incidemment.
Charlotte tout court est un récit intime.
Sur une peintre que le romancier voudrait peintre avant d’être victime.
Quand bien même ce roman n’aurait pas été sans Salomon.
Le nom de famille, laissé hors-champ, ne cesse de peser.
C’est l’héritage familial de la dépression, du suicide et de la folie.
C’est la judéité qui vient la définir de l’extérieur.
L’histoire qui la rattrape et la tue.
Non sans quelques soubresauts d’espoir.
Elle réussit à faire sortir son père malade du camp où il est enfermé.
Un professeur se bat pour qu’elle soit admise aux Beaux-Arts.
Un officiel français, en pleine rafle, la fait descendre du car et lui intime de fuir.
C’est étrange, tous les trous qu’il y a au filet.
Plus étrange encore, que Charlotte malgré ça ne soit pas sauvée.
Dénonciation.
Les chambres à gaz non éludées.
Il faut mettre ses vêtements sur un crochet.
Une gardienne s’époumone.
Surtout, retenez bien le numéro de votre porte-manteau.
Les femmes mémorisent ce chiffre ultime.

Je revois la scène d’Une œuvre sans auteur.
Entre-temps, Charlotte a achevé la sienne.
Qui ne me plaît toujours pas, à mon grand regret.
De m’être sentie si proche à la lecture, j’aurais aimé.

À la baguette

De retour à Sanary, je suis repassée avec ma cousine à la librairie d’occasion, 3 livres pour 10 €. La saison touristique battait à présent son plein ; les livres étaient protégés des mains poisseuses de glaces par du plastique, impossible de lire les premières lignes. Je suis rentrée dépitée. Mum m’a fait remarquer que c’était déjà le cas la dernière fois, pour Charlotte, Giboulées de soleil, L’Abandon des prétentions. J’ai le choix si précautionneux que j’avais oublié, occultant la possibilité du choix à l’aveuglette. Alors j’y suis retournée seule, ragaillardie, la contrainte comme aventure. Devant un bac de livres à l’extérieur, une femme expliquait à son amie qu’elle avait lu ainsi des livres qu’elles n’aurait jamais lu autrement. J’ai dit pareil, du coup je recommence.

Dans cette deuxième cueillette pifomètrique, j’ai pris L’Effroi, de François Garde. Attirée par la couverture, essentiellement : une baguette de chef d’orchestre qui se lève sur fond rouge. En quatrième : « Quand, un soir de première à l’Opéra Garnier, Louis Craon, chef d’orchestre de renommée internationale, fait le salut nazi, la stupeur est si grande que personne ne bouge dans la fosse, ni dans la salle. Personne, sauf un altiste, Sébastien Armant, qui le premier se lève et tourne le dos au chef. Il ne se doute pas alors que ce geste spontané et presque involontaire, immédiatement relayé par les médias, fera basculer son existence. »

Je lis toujours les résumés en diagonale, mi-lassée du ton épreuve-de-synthèse-de-documents, mi-inquiète d’en découvrir trop sur l’intrigue. Je n’ai pas prêté attention au terme de « médias », pourtant différent de « journaux » : quelle n’a pas été ma surprise de découvrir que l’intrigue se passait non pas en 1940-quelque-chose, mais aujourd’hui ! L’emballement médiatique occupe de fait une grande part du roman, comme si Evelyn Waugh avait écrit un pendant à Scoop (sans l’humour corrosif britannique cependant). Au-delà de la mécanique du pouvoir et des médias joliment démontée, c’est toute une existence qui s’effiloche. Je me suis laissée brinquebalée comme le personnage, m’esbaudissant au passage de trouver de références à un univers que je n’avais encore jamais retrouvé dans un roman – comme la métaphore du voile de gaz des mises en scènes d’opéra pour dire que le narrateur, sonné, entend son entourage à distance.

Sophie Fontanel x 3

L’essai de Mona Chollet sur la figure de la sorcière m’a donné envie de lire Sophie Fontanel, réactivant une curiosité déjà implantée par Melendili. Deux passages FNAC et trois romans – faciles à lire mais fins : faussement faciles.

La Vocation, que j’ai lu en dernier, est des trois celui qui m’a le moins marquée. J’y ai pris plaisir comme à un prequel, pour la plongée dans les racines familiales de l’auteur, suivant le parcours d’une grand-mère arménienne alors jeune, qui lègue sa fascination pour l’élégance à ses enfants, jusqu’à ce que sa petite-fille, Sophie Fontanel donc, accomplisse le destin familial en devenant directrice de la mode chez Elle – accomplisse ou trahisse, tant la position n’a que lointainement à voir avec le monde de l’élégance dont la famille rêvait. La réflexion sur le monde de la mode, mis en parallèle avec les petites mains couturières de jadis, s’émaille d’anecdotes à la Loïc Prigent, tantôt drôles tantôt absurdes et vaguement tristes, poussant alors à s’interroger et renouer avec le sens du destin familial. Je me suis sentie vaguement flouée, à la fin, lorsqu’une note de l’auteur a précisé que sa grand-mère n’était pas la femme qui avait tricoté les pulls pour Schiaparelli, que c’était une autre Arménienne. Comme si le sens du destin s’en trouvait chiffonné, après des heures à l’avoir bien repassé.

La véracité plus ou moins grande de la dimension autobiographique ne m’importe plus, en revanche, quand le ton se fait intimiste. L’Envie et Grandir se situent en-deça d’un quelconque destin, et m’ont bien davantage remuée. En commençant Grandir, j’ai cru retomber dans « Je ne suis pas sortie de ma nuit » : ce serait presque un genre littéraire que l’écriture sur le lien mère-fille lorsque celle-là entre dans la vieillesse et s’approche de la disparition (j’y suis à nouveau plongée avec Le Corps de ma mère, mon actuelle lecture). Mais la mère de Sophie Fontanel n’a pas Alzheimer et celle-ci n’est pas Annie Ernaux. Même s’il dit la dureté de la dépendance, la diminution et la fatigue de la prise en charge, le roman ouvre sur tout autre chose : un portrait d’une femme haute en couleur, le lien qui l’unit à sa fille, et toujours une grande élégance – non pas tant de la mise que des paroles et du cœur. C’est une manière de ne pas s’appesantir, de détourner la gêne sans pour autant rien refouler, d’observer au contraire ce que généralement on nomme pour s’épargner de le voir, de continuer à vivre en se sentant mortel voire mourir – la grâce dont Sarah L. Kaufmann fait état dans son essai. Elle ne s’estompe que lorsque l’auteur la souligne, mais ces anicroches ne sont rien par rapport à l’humanité et la beauté du sentiment qui transparaissent.

« Sourire de la personne folle d’élégance, si l’élégance est bien ce que j’imagine : un accueil fait à autrui. »

Avant même tout cela, le roman commençait avec ces mots, alors que Palpatine venait de se casser le bras, et que je me trouvais désemparée à m’improviser auxiliaire de vie : « Aider quelqu’un, je le sais maintenant, c’est avoir aussitôt soi-même besoin de secours. » J’ai lu en pleine empathie.

L’Envie m’a moins émue mais m’a davantage interpellée et fascinée, avec une thématique que je n’avais jamais croisée en littérature, je crois, ni nulle part ailleurs s’il est vrai que l’abstinence sexuelle, quand elle est abordée, est traitée comme une question de choix ou de morale – pas comme une absence d’envie. Sophie Fontanel déplie ce que cette suspension de l’appétit sexuel, indépendante de l’âge ou d’une quelconque maladie, dit d’elle et de nous, comme individus et comme société, pour laquelle l’absence de vie sexuelle est inaudible si elle n’est pas vécue comme une misère.

« Ce dont j’avais pourtant expérimenté la valeur, à savoir ce rinçage inégalé apporté par le sexe, eh bien ne m’intéressait plus. J’en n’en pouvais plus qu’on me prenne et qu’on me secoue. »

Je ne sais pas si vous avez déjà détaillé une oreille au point qu’elle devienne un excroissance incongrue, mais c’est exactement l’effet produit par l’écriture : l’évidence sexuelle cesse d’en être une quand on s’y attarde ; quand on constate que beaucoup de gens ayant une vie sexuelle épanouie ne le sont pas eux-mêmes, et qu’on peut se sentir terriblement en vie sans avoir envie d’un autre corps. Sophie Fontanel fait si bien sentir ce qu’il y a de transgressif et libérateur à se soustraire à cet impensé des corps que j’ai presque été déçue, à la fin, lorsque l’envie redevient sexuelle, comme si ce qui précédait relevait soudain à nouveau d’une anomalie – alors que le retour de l’appétit sexuel souligne l’absence de toute animosité à l’égard du sexe ; il peut être comme il peut être absent et ne manquer en rien.
Cela fait de L’Envie une lecture salutaire, qui entame en l’exposant le présupposé envisageant les célibataires comme un manquement au couple, et le sexe comme l’expression indépassable car rassurante de l’amour.

« Crois-moi, la vie privée ce n’est pas ce qu’on fait, c’est ce qu’on ne fait pas. »

Les piles horizontales #8

Les piles horizontales, ce sont les livres lus ces derniers mois ou dernières années, qui s’entassent chez moi au-dessus des bibliothèques en attendant d’être chroniquettés et d’acquérir ainsi leur droit à l’oubli. Aujourd’hui, un trio de primo-romanciers qui ont en commun d’être ou d’avoir été des blogueurs en bonne place dans ma blogroll.

Continuer la lecture de « Les piles horizontales #8 »

Bulles de BD, 2019 #7

Bâtard, de Max de Radiguès

Nouveau road comics improbable de Max de Radiguès après Cire moderne. C’est une cavale, cette fois-ci, avec tous les codes du genre (motels moisis, travestissement, braquage de véhicule, sacs de billets, flingues), mais surtout l’histoire d’une mère et de son jeune fils (le bâtard de l’histoire), qui ne cesse d’être un enfant tout voyou aguerri soit-il. La fin confirme que tout tendait bien vers là, vers l’humanité qui transpire sous le scénario bien rôdé, dans ce trait tout rond, qui fait les expressions très tendres.

Sous l’entonnoir, de Sibylline et Natacha Sicaud

« C’est difficile de faire sortir les fous dehors, aussi compliqué parfois que de faire rentrer la réalité dedans. »

Le trait anguleux, comme brouillé, s’accorde bien aux visages quasi chiffonnés de l’hôpital psychiatrique, où sont prélevées des scènes qui forment moins une histoire qu’une expérience – des tranches de vie qui semblent sans début ni fin, repères brouillés par la dépression et les médicaments. L’analyse très lucide de certains instants contraste avec ce brouillard global, qui laisse une drôle d’impression, un peu pâteuse – comme si quelque chose nous échappait, et tant mieux peut-être.

Vies volées, Buenos Aires place de Mai, de Matz & Mayalen Goust

De 1976 à 1983 en Argentine, les enfants des opposants au régime (liquidés) ont été arrachés à ce qui pouvait leur rester de famille et confiés à des foyers partisans. J’ignorais complètement cet épisode, qui est au cœur de Vies volées, dans un scénario si bien agencé que ce qui pourrait sembler téléphoné se transforme en nécessité, les destins croisée faisant tenir l’édifice historique. Raffinement narratif rare : l’épilogue change la tonalité du récit, rouvrant en profondeur un happy end dans lequel l’oubli s’engouffrait déjà. La nostalgie qui en émane est très belle, à l’image de ces traits à la Van Gogh qu’on retrouve un peu partout, tenant tout de leur tissage (sur l’image d’en haut, très discrètement sur la partie verte du haut).

Mais pourquoi, aujourd’hui, lis-tu ce genre de chose ?

Indigo blue, d’Ebine Yamaji

Je me suis laissée attraper parce que l’héroïne était plongée dans la création littéraire, mais il s’avère qu’elle est surtout en train de découvrir son homosexualité et d’hésiter entre son ancien ami et sa nouvelle amante. L’indigo est une couleur chaude. Ça se lit beaucoup trop bien ; sitôt l’histoire terminée, on soupire : oui, bon, encore un shōjo manga.

Bouche d’ombre, Lucienne 1853, de Maud Begon et Carole Martinez

On remonte encore dans le temps pour cette suite de Lucie 1900 : le voyage est cette fois-ci prétexte à traîner du côté de la famille Hugo en exil à Guernesey… prétexte à suivre des héroïnes rousses et des fantômes espiègles, surtout : leurs frimousses sont croquées avec un trait si vivant que c’en devient un plaisir ravigotant.

Bulles de BD, 2019 #6

La Maison, de Paco Roca

Leur père décédé, trois enfants en âge d’en avoir se retrouvent dans la maison familiale inhabitée pour la retaper et décider qu’en faire, passées les vacances-retrouvailles-bricolage. J’ai beaucoup aimé ce que ce lieu fait affleurer de chacun, la manière dont il fait revivre les souvenirs (les vécus, comme les repas sur les chaises en plastique à présent empilées sur la terrasse, et les racontés, remontant à l’enfance du père) et ravive tensions comme fraternité, mêlant instants de rien et temps long où l’on prend conscience du passage des générations, de ce qu’on a grandit, perdu et qu’il y a peut-être à retrouver.

Pardon pour ce choix pas forcément hyper représentatif, mais cette case me fait rire/penser aux expérimentations musicales de Two Set Violin avec des poulets en plastique croisés au Vietnam.

Les Petites Victoires, d’Yvon Roy

– Tu vois, autiste ou non, faut éviter à tout prix que ton gamin finisse par se croire le patron. Tu imagines être patron à 4 ans ? Y’a de quoi devenir super anxieux.

Un père décide que son fils autiste aura une belle vie, et met toute son énergie pour l’aider à dépasser ses peurs et le rendre autonome, quitte à employer des méthodes peu orthodoxes, dans un mélange de tâtonnements et d’intuition. Cela a par moment un petit côté je-sais-mieux-que-les-spécialistes, mais on ne peut qu’être touché par cet amour qui va jusqu’au dévouement.

Je vais mieux, merci, de Brent Williams et Korkut Öztekin

« L’esprit te dupe en te faisant croire qu’il y a des problèmes que tu dois absolument résoudre. En général, ils ne peuvent pas l’être. La plupart du temps, ce ne sont même pas des problèmes. »

Une belle bande-dessinée sur la dépression. J’ai surtout été touchée par la fin, la sortie lente de la maladie et le réapprentissage de comment vivre – une question dont on ne fait finalement jamais le tour, qu’il nous faut constamment reposer.

« Laisser la dépression derrière moi n’était pas si facile. Elle avait été ma compagne pendant si longtemps… elle m’avait fait souffrir, avait bouleversé ma vie. mais elle m’avait aussi ouvert les yeux et révélé des choses sur moi-même et le monde que je n’aurais peut-être jamais vues sans elle. Comment pourrais-je les garder en moi, dans cette nouvelle vie où tout allait si bien ? »

Freud et l’hystérie, de Richard Appignanesi et Oscar Zarate

« Quelle différence entre cet endroit [visite médicale des prostituées d’un bordel] et la piste de danse du Moulin rouge… ou l’amphithéâtre de Charcot ? »

Ce roman graphique m’a mise mal à l’aise – de rendre la mentalité de l’époque sans la mettre à distance, probablement. J’y ai néanmoins appris quelques faits que j’ignorais, notamment les expérimentations de Freud avec la cocaïne (comme anesthésiant). J’ignorais qu’il s’était approché de nombreuses découvertes finalement réalisées par d’autres, avant d’ouvrir le champ de la psychanalyse.

La Vision de Bacchus, de Jean Dytar

Très chouette bande-dessinée que cette Vision de Bacchus qui, au gré d’une intrigue bien ficelée, nous entraîne dans les ateliers des peintres de la Renaissance et leurs secrets, de la camera obscura aux recettes de préparations transmises puis jalousement gardées. J’ai adoré comment, en trois cases et deux dessins, l’auteur résume le paradoxe de la vision, tantôt constat qui détaille, tantôt intuition qui condense et stylise pour faire ressortir l’essentiel – enregistrement du réel versus effet de réel.