Le corps ludique

Autoportrait

Autoportrait d’Erwin Blumenfeld. Tout est dans le nez – il faut en avoir, pour réaliser de tels montages.

 

Erwin Blumenfeld, c’est un peu Man Ray en moins mystérieux, plus ludique et sensuel. Ses photographies fourmillent d’inventivité, qu’ils s’agisse de trucs relevant de la mise en scène (éclairage particulier, corps recouvert d’une étoffe de soie mouillée, miroir démultiplicateur…) ou de techniques de traitement photographique (solarisation, montage, superposition de multiples négatifs, peinture sur le tirage…). Ces manipulations argentiques, qui entraînent tout un tas de trouvailles, ont un charme que n’ont pas les photomontages numériques. En effaçant les traces lors de la fusion de deux images, Photoshop chasse le fantôme d’une présence que l’on devine dans les photos issues de négatifs multiples : une colonne, là, dans une cathédrale qui a connu bien des passages depuis ; le visage, ici, sur un mur peut-être détruit aujourd’hui mais qui conserve la beauté de cette femme vieille à présent, sinon morte – corps, es-tu là ?

 

Portrait à la Fresco

Portrait à la Fresco

 

La cathédrale de Rouen

La cathédrale de Rouen devenue orgue

 

 photo Erwin-Blumenfeld-potratit-avec-ombre-fleurs_zps295847ee.jpg 

La délicatesse de cette dentelle florale en fait ma photo préférée de l’exposition (elle n’était pas orientée dans ce sens, en revanche).
Blumen feld, un champ de fleur.

 

Il n’y a pas que l’aura passée de l’œuvre ; il y a aussi la beauté de corps magnifiquement présents sous l’œil d’Erwin Blumenfeld. Ses photographies finissent par constituer un blason du corps féminin, d’autant plus sensuel que ses lignes s’approchent de l’abstraction – j’imagine que c’est le grain de la photographie, proche du grain de la peau, qui fait tenir ce paradoxe. Et l’humour discret d’un touche-à-tout qui touche toujours aux corps en s’amusant, loin d’un érotisme sérieux et énigmatique.

  

Des fesses christiques, il fallait le faire, quand même !

 

Seins et chair de poule

Ça ne vous donne pas la chair de poule ?

 

Seins sabliers

Ces seins sabliers ne faisaient pas partie de l’exposition mais comment résister ?

Et hop que je te compose, décompose, recompose le corps (souvent en jouant sur la symétrie et l’opposition/complémentarité face-profil, comme dans son autoportrait, plus haut). 

Ce visage-masque morcelé me fait penser à Noire et blanche de Man Ray.

 

Buste dans de la soie mouillée

Dans de la soie mouillée

 

Lisette, petit corps blanc sur fond noir

 

Après des salles consacrées aux dessins et collages, aux portraits et autoportraits, aux nus puis à l’architecture et à la politique (avec un photomontage apparemment célèbre d’Hitler, que je ne me souviens pas avoir vu dans les manuels d’histoire, pourtant friands de ce genre d’image), l’exposition se termine dans une explosion colorée avec les photos de mode qui ont fait la couverture de Vogue et de Harper’s Bazaar.

 

Rage for color

Rage for color 

 

Publicité pour Chesterfield

 

Mit Palpatine.
À lire : le dépliant de l’expo

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