Shôkan (Petit froid)

Le persil fleurit

dimanche 5 janvier

Repartir et s’activer pour ne pas y penser, ranger du linge, défaire la valise, faire des courses, une tarte butternut-sésame, la deuxième du livre offert par le boyfriend.


lundi 6 janvier

Se sentir femme : cette expression me donne l’impression que les attendus de la société vous tombent dessus. Non pas que je rejette en masse les codes de la féminité. J’en ai joué parfois, j’en ai conservé certains qui en valent bien d’autres, en ai abandonné d’autres encore qui m’auraient encombrée. La psy insiste. Il y a mille manière de. En quoi je me sens femme. La question me hérisse dans son insistance. Ça ne m’intéresse pas. Je ne me sens pas femme. J’en suis une, c’est entendu, mais je me sens plus toon, zébulon ou souris. Juste moi, quoi. Femme, je peux l’être dans le regard désirant d’un homme et j’ai envie de dire, c’est son affaire ; je n’ai pas envie de me considérer avec un regard qui ne m’appartient pas, qui peut m’embellir mais aussi me réduire.

Obtenir un feedback des ados est mission impossible, mais M. en fin de vingtaine, chouchou et tatouage flamboyants sous les collants roses, n’a aucun problème. Elle aime bien le travail des épaulements, c’est agréable, c’est dansant. En revanche, elle aimerait que ça aille plus vite, moins marquer, qu’on danse, quoi. Et tant pis si on se plante, qu’on y aille — une approche qui paralyserait certaines ados du cours, moins avancées dans leur technique, mais surtout moins assurées, qui ont besoin d’être rassurées et ne se lancent qu’en périmètre sécurisé. M. n’est pas en désaccord avec mon observation, même si elle ne comprend pas : je suis cool, quand même. Trop ?


mardi 7 janvier

Mon profil de prof se dessine. Au cours barre au sol, Y. profite de ce que les autres ne sont pas encore arrivées pour me dire que je peux davantage les pousser. Les précisions de placement, c’est bien, ça lui fait comprendre des choses pour le cours de danse, mais il lui manque quelque chose, des courbatures en fait, il n’a pas de courbatures ensuite comme c’était le cas avec la prof dont j’ai pris la suite, il ferait bien une série supplémentaire à chaque fois. Je pense à la barre bourrine de l’ancienne prof, qui tétanisait inutilement les muscles, mais aussi à la satisfaction que j’ai à retrouver imprimés dans mon corps les chemins découverts en cours de posture (qu’on emprunte ainsi plus facilement pendant quelques jours). Je ne pense plus qu’à ça ensuite, à lui, sa remarque, à l’intensité du cours, et au cours suivant, ça se poursuit, je trace au milieu de au lieu d’évoluer avec. Alors que c’était le retour de C. après son opération et que l’atmosphère était aux retrouvailles.

La femme qui s’était fait mal à la cheville au dernier cours avant les vacances n’est pas là : entorse. :s


mercredi 8 janvier

Est-ce qu’on peut refaire ? Et gagner trois minutes de répit sur la conduite du cours ? Et comment qu’on peut refaire ! Je ne sais pas si c’est la simplicité de l’exo qui leur plaît, le lien aux autres (s’avancer et se reculer en cercle plutôt que travailler seul face au miroir) ou, comme je le soupçonne, la musique qu’elles probablement entendue ailleurs et qui se retrouve, délicieuse incongruité, dans le cours de danse classique. C’est raté pour la légèreté de la marche sur demi-pointes, mais R. donne tout ce qu’elle a pour cette version instrumentale d’Ed Sheran et scande de la tête chaque mesure. She’s in love with her body. 

Il se met à neiger pendant le troisième cours de l’après-midi. Les enfants vont à la fenêtre avant de remonter se placer dans la diagonale.

Dernier cours de la journée, les élèves sont désarçonnées, mettent deux exercices de barre avant de parler : j’avais dit que les parents pourraient assister au cours, qu’on leur montrerait la danse des mirlitons travaillée avant Noël. J’avais complètement oublié, rapatrie chaises et mamans dans le studio. L’une d’elles me confiera son soulagement à la fin du cours : elle a posé son après-midi exprès et travaillera jusqu’à 21h pour rattraper ses heures. Je ne sais pas ce que sa fille lui a dit, qu’il fallait absolument qu’elle vienne, sans doute. Je m’empresse de m’excuser auprès de cette mère, il y a eu une incompréhension, c’était une présentation sans prétention, je proposais aux parents de venir regarder bien installés plutôt qu’à travers la vitre de la porte, je ne pensais pas les faire déplacer exprès s’ils n’accompagnaient pas déjà leur enfant. Mais elle est ravie d’être là, n’a jamais l’occasion de voir sa fille en cours et c’est beau ce que vous leur faites faire. Mes mirlitons mirlitonnent gaiement l’heure durant. Une heure inattendue d’élèves attentifs.


jeudi 9 janvier

 

La neige fondue qui goutte des arbres ne fait pas le bruit de la pluie en tombant sur la neige encore blanche, elle crépite.

La neige fondue tombe sur la neige encore blanche. Elle goutte sans un bruit de pluie – elle crépite. La neige comme le feu.

Y. est de retour avec ses courbatures tant espérées, nous sommes saufs.
Les élastiques transforment la barre au sol en jeu, j’ai du mal à ne pas faire l’enfant. Professeur néanmoins, je m’emploie à corriger le dos arrondi de cette femme pourtant souple (mais relativement âgée, je n’avais pas encore osé).

Deux nouvelles testent le cours adulte débutant. Aucune n’est réellement débutante. L’une a passé un bon moment, mais reste sur sa faim, je ne la reverrai pas. L’autre, mieux placée, ports de bras splendides, y trouve son compte ; ça lui permet de reprendre en faisant attention à ses articulations.

Leur présence me donne l’impression de passer une évaluation. C’est étrange dans ce cours, qui est celui où je m’autorise le plus de choses, où je me sens le plus moi-même (parce que les élèves n’ayant pas d’autres référents, je ne cherche pas à me conformer à ce qui est attendu d’une professeure de danse classique ?). En temps normal, la pointe de stress se serait traduite par de l’inhibition ; ici, c’est le contraire, je surjoue mon personnage et quand une vingtenaire se marre en reconnaissant Pocahontas dans la musique des ronds de jambe, je lui demande si elle aussi pense aux pleurs du chat sauvage au petit jour.

…

Les sources se dégèlent

vendredi 10 janvier

Deux heures (2) pour régler dans les grandes lignes la choré sur laquelle j’angoissais en sourdine depuis une semaine (168 heures).

Je lis Liv Maria dans soleil, tente des croquis pour une première linogravure.

Cours de stretching postural : pas de révélation particulière ce soir, mais un travail musculaire intense qui petit à petit tombe en place. J’apprends ne pas être la seule à rester habiter dans le coin pour continuer à profiter de ces cours.


samedi 11 janvier

Je fais de la merde, patauge dans les chorés.
Puis passe chez Rougier & Plé (que le boyfriend appelle toujours Graphigro et que je prononce mentalement Rougie ép’lé) pour m’essayer à la linogravure, ça me travaille. J’achète une gouge et une petite plaque, mais pas de rouleau ni d’encre, je me méfie de moi, je repasserai au magasin si je surmonte ma peur de gâcher.


dimanche 12 janvier

Journée à la fois efficace et reposante, faite de menues tâches administratives, de lecture sur le rebord de la fenêtre au soleil et d’un coup de fil à Mum. En fin de journée, la frustration revient et je me botte les fesses pour faire un deuxième envoi de manuscrit.

Insecure S1E1 : not sure about it.


lundi 13 janvier

Le saule pleureur : rose puis doré puis jaune puis de nouveau écorce sous la lumière blanche.
Je me suis précipitée dehors pour la lumière, mais le parc Barbieux est brumeux, encore à l’ombre. Les rares rayons entre les arbres, divins par décret optique, en sont tout épaissis, presque palpables. Si le soleil était plus haut, il pourrait en surgir des cerfs avec des papillons pailletant autour des bois. À défaut, des promeneurs à bonnet. L’étang est gelé, moi aussi. Les canards nagent dans l’ellipse d’eau maintenue liquide par le jet de la fontaine. Je rentre fissa.

Je procède à un nouvel envoi de mon manuscrit, un seul à la fois ; les modalités diffèrent à chaque fois. À chaque maison d’édition, il faut revoir sa copie, rédiger un  message ou une présentation, inclure une référence aux ouvrages édités par leurs soins aux côtés duquel il ferait sens de publier le mien, vérifier les documents joints, leur poids, compresser, compiler, ilovepdf enfin ça dépend des fois. Et envoyer. Prendre mon élan me prend à chaque fois toute mon audace du jour.

Au cours de ce soir, axé sur les épaulements, ça commence à avoir de l’allure, à tomber en place. Il fallait manifestement laisser reposer pendant les vacances. Ou passer à plus artistique. Les élèves sont sérieuses et tristounettes pendant une partie du cours, l’amusement revient pendant les sauts (elles apprennent les sauts de basque) et à la toute fin quand on teste en diagonale un bout de la coda du cygne noir.


mardi 14 janvier

Qu’il puisse exister une salle de danse dans un lycée me sidère et me ravit. Une vraie salle de danse, avec un lino adapté, un miroir, des barres fixes et mobiles, mais aussi un tableau blanc interactif qu’on s’attend davantage à trouver dans un établissement scolaire que dans un studio de danse, et… un quart de queue ! Je donne cours avec un accompagnateur, c’est Byzance et gênance car il faut chantonner. Tu veux vraiment Prokofiev ou… ? Il ne complète pas, mais oui, je chantonne la marche des chevaliers par défaut comme 80% des profs de danse. Il joue autre chose. Et à un moment, je connais, c’est mais c’est L’Arlésienne !

Les élèves sont épatants. Ils sont du même niveau théorique que mes classes du conservatoire, mais en horaires aménagés plutôt qu’en horaires traditionnels. Forcément, à danser tous les jours, le niveau n’a rien à voir. Le cours file, un peu trop facile peut-être ; quand je m’étonne qu’il fasse si chaud dans cette salle pourtant, les élèves rétorquent que c’est parce qu’on bouge bien…

En sortant, le ciel est vaste au-dessus de l’immense bâtiment soixante-disard, ponctué des ramures d’arbres qui dépassent, de la ville au loin, des couleurs du jour qui ne s’est pas encore couché (une victoire de minutes). Je respire ce ciel de fin de journée dans le flot des lycéens qui ont fini la leur, tous immenses et semblables dans leurs habits noirs et leurs traits mal dégrossis de l’enfance dont ils se sont tout juste extraits. J’ai encore mes cours habituels à donner, mais je goûte la respiration, comme si moi aussi j’en avais fini de quelque chose.


J’avais oublié l’apéro de nouvelle année après le cours adulte. Mon dîner reste dans le sac, je houmousse et noix de cajoute en écoutant ces histoires d’adulte qui sont presque toutes des histoires de parents. Un fils a arrêté le lycée, refuse de passer le bac en candidat libre et passe ses journées à lire ; sa mère a découvert qu’on pouvait être en décrochage scolaire sans être en échec. Je suis comme la mère, je ne trouve pas ça très raisonnable ni rassurant, puis je pense au boyfriend qui a un bac+5 mais pas le bac, une équivalence passée au débotté dans une salle des Beaux-Arts, et pourquoi pas.

…

Les cris des faisans se font entendre

mercredi 15 janvier

Deux chevaux de manège en train de ruer sur un semi-remorque.
Démontage des manèges de Noël sur la Grand Place

Pas si pire, ce mercredi.


jeudi 16 janvier

Je ressors de chez le généraliste avec une ordonnance pour une radio, de la kiné et un check-up ORL. La dernière (et première) fois que je l’ai vu, c’était en 2023. Merci à 2024 d’avoir été une année blanche.

Le conservatoire me demande des appréciations pour les bulletins des élèves. C’est tellement dur à rédiger ! Je comprends mieux les copiers-collers que j’avais souvent sur mes bulletins scolaires pourtant manuscrits.

Eurêka non pédagogique : je me rends compte que si l’image d’un jeune chiot enthousiaste me vient au sujet d’une de mes élèves à la gestuelle approximative, c’est que j’ai entendu moult fois son prénom dans les anecdotes familiales… du chien de ma grand-mère.

À la barre au sol, je réitère un exercice de mon cru pour les attitudes et même réaction à Lille qu’à Lambersart, ça décrasse.


vendredi 17 janvier

Une douleur aigüe à l’aine me réveille dans la nuit. Je ne sais pas pourquoi, je pense à mon amie P. et à la torsion des ovaires qu’elle a enduré, avant de retrouver la raison et de chercher sur mon téléphone un schéma du nerf fémoral. Il passe bien par là ce petit enfoiré, même si ne s’était encore jamais manifesté à cet endroit.

Quand je me rendors enfin, c’est pour rêver dans mes rêves — des hallucinations. Le cauchemardesque ne concerne pas la vision, mais la sensation : allongée dans mon lit, ça se met à tourner violemment, je décolle (ou mes organes à l’intérieur de moi), comme attachée par les pieds à une centrifugeuse pour astronautes.

Un album de mon accompagnateur préféré vient de disparaître de Spotify sans crier gare, ruinant les correspondances musicales de plusieurs exercices de mes cours. Je n’avais donc pas supprimé les pliés par mégarde. Je voulais déjà le faire pour des raisons économiques et éthiques (payer moins / mieux rémunérer les artistes), mais il va vraiment falloir que je prenne le temps de m’organiser sans Spotify.

Je passe la journée ou presque à finir de saisir les appréciations, avant d’aller assurer un remplacement avec des élèves dont il est cette fois légitime que je ne me souvienne pas de leur prénom. Épatée par leur solidité sur pointes. Par leur plaisir à tenter avec mon pas de pirouette épaulé.

L’anxiété, évidemment. Je suis explosée physiquement, j’aurais voulu que le boyfriend soit déjà là.


samedi 18 janvier

Je vais les tuer. Je murmure de moins en moins à mesure que les bavardages ne cessent de reprendre. Que les petits aient du mal à rester concentrés, je veux bien, mais les grands… Je deviens désagréable, vraiment, menace de les retirer purement et simplement de la choré s’il faut en arriver là.

Au milieu du cours, nous quittons la salle pour aller marquer la chorégraphie dans le hall de l’auditorium (puisque la direction veut que les interventions aient lieu dans les espaces du conservatoire et ne pas cantonner la danse aux studios qui lui sont dédiés — bien pratiques pourtant). Il faut composer avec quatre poteaux, mais aussi avec les portes coupe-feux qui font perdre de l’espace, des bureaux poussés à la hâte ou encore un paillasson encastré dans le sol, dans lequel on risque de se prendre les pieds. Alors qu’on brainstorme et qu’on teste ensemble, une élève suggère de placer le public au fond de la salle et d’inverser les coordonnées de l’espace mais sans changer de place comme ça on reste devant. Le culot me sèche. Lorsque je propose de chercher des poses finales par groupe autour des poteaux, histoire de renverser la contrainte en créativité, la même élève réclame l’un des poteaux du milieu parce qu’elles ne sont jamais devant. La même élève qui, un peu plus tôt au studio, a essayé de me faire retirer un pas trop difficile alors qu’à peu près tout le monde (y compris elle) y arrivait. La même élève qui passe son temps à discuter et à tirer la tronche. C’est elle qui se plaint d’être derrière ? J’hallucine. Je doute aussi, aussi sec : est-ce que je n’aurais pas du prévoir des changements de ligne — sur 1’37 de musique ? est-ce que j’ai négligé cette élève au profit de chouchous involontaires ? et si ses bavardages étaient la conséquence et pas la cause de mon relatif désintérêt à son égard ? Mais j’hallucine surtout. Ou plutôt, je n’hallucine en rien : les appréciations déjà saisies sur son bulletin corroborent ma perception. Il y a un problème de comportement et on verra pour être devant quand il ne se posera plus.

Le professeur qui prend ma suite dans le studio me demande des nouvelles de cette élève extraordinaire. L’incroyable C. ? Non, non, pas elle, une autre blonde qui était déjà là l’année dernière. Je ne vois pas, on passe la liste en revue, et R. voilà c’est elle. R. est brune de chez brune, niveau origines asiatiques. Mais lumineuse, il est vrai.

Le boyfriend m’attend en haut de l’escalator à Lille Europe. Une poussette interrompt ma course de comédie romantique pour me jeter dans ses bras. J’ai envie de le manger pendant tout le trajet. On se raconte nos misères de voisine de TGV et d’élèves. Sa main autour de ma taille m’apaise même à travers le manteau, comme la première fois où je m’étais sentie bien sans comprendre pourquoi, sans réaliser de suite que c’est parce que sa main s’était posée là, et quand c’était monté au cerveau j’avais posée la mienne sur son avant-bras, comme un piaf affolé à la bourre sur sa migration dit je reviendrai. Sur le canapé, il faut se réapprivoiser, mais tard dans la nuit, alors oui. Trop fatiguée pour l’anxiété, je suis parfaitement en lâcher-prise et je me sens si bien englobée.

il est si beau               (je lui dis)
je suis biaisée            (objecte-t-il)
bien biaisée                (nous running jokons)


dimanche 19 janvier

Ivre de sa peau.

Moi qui aime le corps maîtrisé, les muscles en discrètes courbes de Bézier et les os saillants, je découvre ce week-end le plaisir du gras, de la peau qui n’adhère pas. Pas sur mon propre corps, il ne faut pas rêver, il ne faut pas que ça bloblotte, mais sur le sien. Je le parcours pourtant avec plaisir depuis quatre ans, mais ce week-end c’est différent, il se modèle à ma main, une cire chaude et douce comme jamais, je m’enivre du plaisir de la peau que la caresse amène à soi.

La Femme aux mains qui parlent

Le titre s’escamote, le génitif se défait, l’imparfait me vient : la femme qui parlait avec les mains. Ce n’est pas ça. C’est plus poétique que ça : La Femme aux mains qui parlent, au présent, qui ne cessent de parler, qui ont leur vie propre, presque, petits animaux furtifs. J’ai aussitôt pensé à l’histoire d’Helen Keller qui m’avait tant marquée enfant, qui a marquée Louise Mey aussi, j’en ai la confirmation dans les remerciements.

Leurs parents étaient gentils mais un peu bornés, leur mère surtout, incapable d’apprendre à épeler la moindre chose dans le creux de la main de sa fille cadette, pas même son prénom, rien. Elle se contenait de pleurer en faisant des signes de croix, persuadée que si sa plus jeune fille était tombée malade et devenue sourde, aveugle et presque muette, c’était pour la punir, elle — pendant que les doigts minuscules d’Élisabeth appelaient Maman, Maman dans sa paume, sur ses avant-bras, ses cuisses, partout où la mère laissait parler, occupée qu’elle était à se signer en triturant des mouchoirs en dentelle.

Récit, nouvelle, novella, conte…  C’est beau et cruel comme un conte, la narration si bien menée que, lorsque la chute arrive, elle est désamorcée. Presque d’entrée la sœur aveugle et la sœur valide sont rendues orphelines, grandissent en accéléré sans qu’on sache ce qui revient au drame ou au récit, sont déjà adultes, Élisabeth installée par Geneviève dans une maison à la campagne, se baignant dans l’étang en nouant autour d’elle une corde accrochée à un arbre (mon imagination l’a installée dans la maison de mon père en Dordogne, la microscopique mare agrandie en étang).

Toute son enfance, leur mère lui avait répété qu’il était gentil, mais vraiment pas finaud, pas comme son frère. […] Leur mère  avait répété qu’il était pas finaud comme son frère mais, au moins, gentil, et Thierry avait finalement compris que c’était un compliment. Et même s’il n’était pas finaud, il avait pensé que peut-être, si sa mère avait mis les mots dans le bon ordre depuis le début, les choses auraient été différentes.

Ça ellipse et alterne dans les points de vue, on sent le drame arriver, mais quand il est sur le point de se produire, le point de vue change totalement, devient animal, des animaux de conte qui ne sont jamais nommés en tant qu’espèce, mais comme individus, Ur, Em, El, Kaar…

[…] Em mit bas un mâle et une femelle petits, très petits.
Mais les nuits étaient douces, on trouvait aisément de quoi manger, et les petits le furent de moins en moins.
On cessa d’avoir peur et on les nomma.

On suit leur histoire après avoir suivi celle de la femme aux mains qui parlent, on comprend que la femme aux mains qui parlent n’a jamais été que leur histoire à eux, c’est eux qui la nomment, la femme aux yeux morts, aux yeux vides, aux yeux comme des mares gelées, cette drôle d’humaine qui ne porte pas de fusil, sent à tâtons et pleure son chien (ils nomment aussi sa sœur, la femme-automne parce que ses cheveux auburn, dans sa voiture vrombissante comme une libellule en colère). Quand ce qui devait arriver arrive, les animaux de conte balaient le drame humain. Ni la violence ni l’amour des humains n’arrive jusqu’à la femme aux mains qui parlent, retenue avec le lecteur (préservés) dans un monde où la violence est sans intentionnalité, la mort cyclique et la vie quelque chose que l’on sent, dans l’air, sous les mains, en soi, chaleur, fourrure, écorce, le reste balayé, ce n’est pas là ce qui importait.

Je pense que ça te plairait, Dame Ambre, même si te rajouter des recommandations de lectures chamboulantes n’est sûrement guère judicieux. 

Le blé pousse sous la neige

Le format mensuel du journal est devenu massif avec le temps — à lire, j’imagine, mais aussi à écrire. Cela me décourage un peu parfois de ne pas en voir le bout, j’aimerais partager plus souvent, plus léger. Alors j’ai pensé aux 72 micro-saisons japonaises et, en faisant quelques rapides recherches, me suis aperçue que les 72 micro-climats sont regroupés en 24 souffles saisonniers sekki aux noms plus poétiques. C’est donc ceux-ci que je vais adopter cette année pour un rythme de publication bi-mensuel : 24 billets-sekki, eux-mêmes divisés-datés par les . Ne parlant pas un mot de japonais, j’emprunterai les traductions ici ou .

Comme les sekki enjambent les mois, je vais exceptionnellement commencer par un (le dernier du sekki Solstice d’hiver) pour le début de janvier. Du premier au quatre janvier, le blé pousse sous la neige. Peu importe qu’il n’y ait pas de neige dans le jardin.

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Chez le boyfriend, ce sont des gestes d’un autre quotidien : je me gribouille un bonhomme bâton sur le corps avec le savon plutôt que de revenir sans cesse au gel douche, arrête le chauffage d’appoint avant d’aérer le soir, vais aux toilettes dans l’obscurité pour ne pas déclencher l’aération liée à la lumière et chier tranquille, déroule et renroule le tapis de yoga (pas tous les jours), utilise les restes de la recette des truffes pour agrémenter mes flocons d’avoine (le mélange noix de coco – poudre de cacao est adopté) et me mets chaque soir les pieds sous la table (basse) — sauf la fois où je teste une première recette issue du livre de cuisine que m’a offert le boyfriend. Haricots blancs à la provençale : son et lumière.

On passe notre vie à regarder le chat, à nous dire à tout instant l’un à l’autre qu’il est mignon là, quand même, comme s’il ne l’était pas à peu près tout le temps. On le regarde sniffer tout ce qu’on mange, sans jamais rien chaparder ni même lécher, sauf le plastique du panettone, c’est vraiment très bon le plastique du panettone, ce chat a bon goût. Il a aussi ses quarts d’heure de folie, en pleine cacaphorie, et se lance dans la chasse au mauvais bonbon glissé dans la commande des sushis du réveillon : plastique qui crisse et croque sous la patte comme sous la dent, la papillote fait les délices du chat, qui bondit contre cet ennemi d’exception.

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Le boyfriend regarde des YouTuber jouer à coin pusher, un jeu vidéo qui reprend ce classique de jeu d’arcane où il faut insérer des jetons au fond pour que jamais ne tombe le jackpot devant. Puis il y joue, ayant lui-même acheté le jeu. Et l’ayant acheté, il regarde encore d’autres joueurs y jouer en vidéo, et je ne comprends pas, et je comprends malgré moi, fascinée par le va-et-vient du plateau comme un papillon de nuit par la lumière, comme je l’étais petite par la télé allumée chez mon père, méprisant des programmes auxquels je ne parvenais pas à m’arracher. Les pièces sont au bord de tomber, j’attends qu’elles tombent pour ensuite — mais ensuite il y a la pile de jetons derrière, et rhaaaa, la frustration finit par me faire décrocher, quand elle se mue en satisfaction pour le boyfriend qui tire sur sa vapoteuse, en arrache un sourire.

On s’ajuste comme on peut l’un à l’autre, lui qui vit dans le son, moi dans le silence. Lui qui aime regarder des vidéos emmitouflé dans la couette, se rendormir à toute heure du jour, monter le chauffage, cuisiner, jouer encore et encore sur l’ordinateur ; moi qui aime lire et traîner puis soudain ne supporte plus mon inertie, ce gâchis. Lui qui m’invite à me reposer ; moi qui ne goûte plus ce temps de latence d’où je ne tire aucun renouveau d’énergie, où je perds celle qui me reste — impression de gâcher mon temps, mon repos même.

À force de fouiller le catalogue de Netflix et Amazon, l’intersection de notre diagramme de Venn s’amenuise. Se mettre d’accord sur un film ou une série devient de plus en plus difficile. Chernobyl nous sauve quelques soirées, et ensuite ? Le boyfriend préfère revoir un film qu’il a déjà vu plutôt que d’en tenter un qui m’attire et lui moins. J’acquiesce à Beetlejuice par dépit, suis agréablement surprise.

…

Un, deux, trois janvier, je vois une copine chaque jour. Tout comme la déprime et les encouragements, l’écoute et la parlotte s’équilibrent sinon au sein d’une même rencontre, d’un jour sur l’autre. Des échos se tissent entre les conversations sans qu’il y paraisse, la psy par exemple, comme un pas à franchir / une pratique à retrouver dans la genèse d’un nouvel être / un horizon amorcé.

Dessin d'une boîte-maison à livres, une chocolat chaud froid sur un sous-verre en forme de vinyle et une délicieuse soupe au maïs

C. ferait plutôt exception aux amitiés féminines cantonnées aux espaces intérieurs, ramassées-déployées autour d’une table. Avec elle, on marche plus volontiers et nos pas rythment la conversation, la délient presque. Cette fois-ci mon genou me force à écourter la déambulation urbaine, à nous rabattre sur une librairie – coffee shop japonais qui a la bonne idée d’être ouvert un jour férié. Le chocolat est tiède, mais posé sur un adorable sous-verre à l’allure de mini-vinyle. Autour d’une table qui donne l’impression de jouer à un jeu d’enfant ou d’être des géantes, on parle de nos boulots (j’ai envie de parler de mon boulot maintenant !), de l’anxiété qui, on a beau la mettre en mot, la cerner, l’analyser, n’est jamais vraiment rationnelle et trouvera toujours un autre prétexte, de toutes les choses que l’on aimerait faire, mais que sans raison souvent, on ne fait pas, pourquoi, on en parle tant et si bien que C. retrouve la myriade de petites choses qu’elle ne voit plus au quotidien, des pensées, des joies, des projets, c’est vrai qu’il se passe tout ça. L’effet miroir lui redonne ça, et je le sais mais ne le sens pas, le sent en décalé le lendemain face à ma princesse.

Ma princesse qui m’avait tant manqué, belle au possible. Il y a dans sa physoniomie et notre conversation toute la chaleur et le mœlleux de son pull bordeaux, boucles d’oreille assorties. Elle est douce avec moi quand je raconte un peu n’importe quoi, me ramène doucement là où on est bien, calfeutrées dans le bruit du café bobo où nous déjeunons, où la cuisine est dans la salle et les bruits de machine avec les conversations. Ce qui entre dans ma bouche m’enchante autant que ce qui sort de la sienne, accord mets et paroles, délicieuse soupe de maïs avec des croûtons, du paprika, de la feta et des tomates séchées comme fumées, que j’essayerais bien de reproduire chez moi. Il y a des films d’amour qui ne finissent pas bien mais qui sont beaux, la frustration qu’on ressent soi en tentant de l’enseigner à son enfant, une étymologie de prénom lourde à porter, des mouvements tectoniques familiaux. On passe bien un quart d’heure debout dans le hall de son immeuble à ne pas se séparer.

L. a les joues roses vif quand elle me retrouve, le vélo tout juste plié. On noisette toutes les deux, concassées sur cookie pour moi, pralinées sur brownie pour elle. Et on discute au chaud jusqu’à avoir de nouveau froid près de la vitre, et on continue quand même, autour de menues indignations, d’enthousiasmes plus conséquents et de souvenirs qui ressurgissent jamais confiés, du moins pas l’une à l’autre. Je découvre pourquoi L. a cessé de bloguer intime et apprends en retour que j’ai par le passé raconté certaines choses avec une distance qui ne correspondait pas à la manière dont j’en étais affectée. Le tout disséminé dans le quotidien : ce n’est pas parce qu’on n’a pas de nouvelles à se donner qu’on n’a pas notre monde à refaire.

Le quatre, il n’y a plus d’amie à retrouver, il n’y a plus que l’anticipation de devoir m’éloigner du boyfriend et l’anxiété qui grimpe grimpe j’en pleurerais j’en pleure dans ses bras, cet homme est d’une patience, d’un amour quand bien même je ne suis plus toujours capable de l’incarner cet amour, ces derniers temps, l’amour toujours trop carné (c’est lui qui le dit) qui me donne l’impression d’être assaillie (c’est moi qui le dis ou le tais), et pourtant l’amour qui déborde de l’un à l’autre, nous arrime l’un à l’autre.

Revue de blogs #1

Inspirée par les citations des Carnets Web de La Grange, déçue d’avoir vu disparaître des blogs que j’aimais et doutant de la pérennité de mes partages sur Twitter, j’inaugure une revue de blogs (où il y aura aussi des newsletters, ces posts de blog qui s’ignorent). Comme pour mes lectures publiées sur papier, je vais conserver les extraits qui m’ont interpelée. C’est parti pour une première cuvée récoltée en décembre 2024.

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« She was an artist, like you. With a —I don’t know how to say this well— an ego that is large but self-esteem that is small? » Cleopatra & Frankenstein de Coco Mellors. 

Citation trouvée dans la newsletter de Sophie Gliocas

This hurts.

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Amélie Charcosset a interviewé Christie Vanbremeersch sur la place de la créativité dans sa vie et ça (re)donne du peps.

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« Seule mais pas triste seule et confiante en ma présence à moi. Ma propre main dans la mienne. Avec toutes les moi que j’ai été. »

Blog de Meredith B.

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« Aujourd’hui, j’étais bien avec les gens, et j’étais bien avec moi-même. Ce n’est pas si fréquent. »

Journal de Guillaume Vissac

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« Est-ce que les applications comme ChatGPT et les rapides progrès dans le domaine vont renforcer les relations humaines directes comme testament d’authenticité. Les examens oraux, les rencontres physiques, les performances artistiques ? »

Les Carnets Web de La Grange

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« … je n’ai jamais essayé d’écrire. Je ne sais même pas, par exemple, s’il existe une technique qu’on puisse apprendre pour ordonner la succession de faits extérieurs, avec la répercursion simultanée qu’ils ont dans notre âme.
La Nuit fantastique, Stefan Zweig »

Citation trouvée dans Les Carnets Web de La Grange

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« • Hyperstimulée comme une enfant de 5 ans qui aurait du se coucher depuis bien longtemps •  »

« • Soudain, entre deux magasins de vêtements, un mini temple sauvage apparaît ! •  »

Allez voir et lire les photographies et captures mentales d’Eli pendant trois jours à Osaka. <3

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« Quand j’écris, je me fiche des autres, je ne veux même pas les voir pour rester dans mon affaire, mais, dès que j’ai terminé un projet, je me sens éjecté, hors du coup, abandonné. » « Je suis un spécialiste du suicide social. Un récidiviste du suicide réussi. »

« Je mène une intense vie artistique à laquelle il manque le regard des autres. C’est d’une banalité à laquelle l’époque n’a rien changé, et que les réseaux sociaux n’ont fait qu’aggraver alors qu’ils promettaient la lumière à tous. »

Blog de Thierry Crouzet

Il est rare de lire à propos de cette frustration avec autant d’honnêteté (et même tout court ; on préfère la mettre sous le tapis).

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« L’amitié est une longue marche de quelques heures autour d’un parc, d’un quartier, sans définition de la direction, sans l’importance du lieu, si ce n’est parfois l’île d’une mémoire que l’on amarre au flot des mots qui ne cessent de diverger et reconverger vers un non but si ce n’est de déplier le monde et son humanité, leurs intimités, notre intimité dans d’innombrables plans chiffonnés éveillant tant les questions qui nous donnent l’existence et ouvrent les chemins déjà parcourus de nombreuses fois, mais que l’on redécouvre avec plaisir. »

Les Carnets Web de La Grange

<3 Voilà qui est écrire sur l’amitié.

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« Au milieu des colonnes de Buren, deux touristes amoureux vivent Paris. »

Il faut voir la photo qui va avec sur Les Carnets Web de La Grange.

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« Cette période des « fêtes », c’est un peu ça, aussi. Dès que tu refuses un peu explicitement de jouer le jeu, il se peut que tu te sentes un peu seul(e) au monde. »

Blog de Sacrip’anne

J’ai eu l’impression d’accéder un peu à ce que pouvait ressentir le boyfriend.

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« C’est l’une de mes nombreuses névroses, j’ai besoin de créer du sens. »

Prof en scène

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« On ne peut pas jardiner tous les souvenirs en même temps. »

Lieux fanés, Les Carnets Web de la Grange

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« […] all I can think about is this bed of elbows.
It’s what a friend once called the act of sleeping with someone for the first time and realising you have no physical chemistry. »

Un lit de coudes. Pardon mais cette expression est extra.

« They say that Americans are very friendly and I don’t think that’s entirely true. What they are is all or nothing: strangers can welcome you in with the warm smile of someone who has known you for half a lifetime, but they can also snap, seemingly out of nowhere, over the most minor infraction. […] They looked like they’d just encountered the stupidest person in the entire world and maybe I just didn’t deserve to be alive.
It made me long for Europe and for the fact that we’re never quite as friendly as they are but also rarely as rude. »

« On this note, I just don’t trust the American base of niceness, is the problem. It may seem pleasant at first but it means that people are often impossible to read. »

« I worry that there’s a fundamental lack of passion at the heart of the American soul. »

« […] I can’t imagine wanting to spend endless hours in the office or at the very least at a desk at home and not even being especially fascinated by what you do, or willing to discuss it with enthusiastic strangers. I actually enjoy hearing about what people do for a living! My job isn’t a real job so I love it when actual grown-ups tell me what happens in all those office buildings. »

(Sur ce coup, je pense qu’il s’agit moins d’une différence entre Européens et Américains qu’entre employé de bullshit job et indépendant.)

Out of the Way, de Tocqueville 
Marie Le Conte dans sa newsletter The Young Vulgarian

Bonus pour la découverte du terme flaking : si j’ai bien compris, annuler (et prendre plaisir à annuler) un événement prévu.

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« Ma vie personnelle et professionnelle n’est pas forcément plus facile en ce moment. Mais qu’elle est riche. De gens, de moments totalement fous. »

Prof en scène

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[l’enseignement] « C’est comme une suite d’embranchements, et il faut sans cesse choisir le bon. »
[…] C’est vraiment l’impression que j’ai. Selon leurs réactions, leurs questions, le temps qu’il me reste et l’importance du sujet, se déploie sous mes tempes un arbre d’infinies possibilités. Répondre à la question ou continuer le cours ? Recourir à une anecdote, expliciter chaque mot ? […] Une sorte de Livre dont vous êtes l’enseignant, voguer de paragraphe en paragraphe, à ceci près que l’on a que quelques secondes pour faire un choix, et qu’on ne peut revenir en arrière ou relancer les dés. »

Prof en scène

C’est fou comme je trouve chez Monsieur Samovar, professeur expérimenté qui roule sa bosse de collège en collège, l’expression de situations que je vis de manière très floue comme professeure de danse débutante. Les embranchements, la pensée qui explore les ramifications les plus proches à toute allure pour se décider, découvre et analyse les suivantes dans la foulée, c’est tellement ça !

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« I guess it is entirely reasonable to struggle in these conditions, and I foresee more struggling, but perhaps there is a way I can struggle with grace. »

Winnie Lim, looking back at 2024

Lectures 2024

Janvier : Deux vies, d’Emanuele Trevi / Février : La Danseuse, de Patrick Modiano / L’Été où tout a fondu, de Tiffany McDaniel 🧡 / Mars : Naissance des fantômes, de Marie Darrieussecq / À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, d’Hervé Guibert / Odyssée des filles de l’Est, d’Elitza Gueorguieva ! 💜 / Le Nom secret des choses, de Blandine Rinkel / Vigile, de Hyam Zaytoun / Les cosmonautes ne font que passer, d’Elitza Gueorguieva / Avril : Le Sel de la vie, de Françoise Héritier / La Révolution du no sex, de Magali Croset-Calisto / Bleu de travail, de Thomas Vinau / Grapefruit, de Yoko Ono / Dune, de Frank Herbert (de mars à mai, en réalité) / Mai : Les Furtifs, d’Alain Damasio 🖤 / Nuits de noces, de Violaine Bérot 💛 / Le désir est un sport de combat, de Rébecca Lévy-Guillain / Nos puissantes amitiés, d’Alice Raybaud / Les artistes ont-ils vraiment besoin de manger ? ouvrage collectif 🩵 / Juin : L’Apiculture selon Samuel Beckett, de Martin Page / Hêtre pourpre, de Kim de L’Horizon / L’Odeur des pierres mouillées, de Léa Rivière / L’échec. Comment échouer mieux, de Claro / N’oublie pas pourquoi tu danses, d’Aurélie Dupont / L’Art d’être distrait, de Marina van Zuylen / Juillet : Tombée des nues, de Violaine Bérot / Sortir au jour, d’Amandine Dhée / À mains nues, d’Amandine Dhée / Éloge de la fadeur, de François Jullien / Dès que sa bouche fut pleine, de Juliette Oury 💛 / Et puis ça fait bête d’être triste en maillot de bain, d’Amandine Dhée / Ça nous apprendra à naître dans le Nord, d’Amandine Dhée et Carole Fives / La Petite Communiste qui ne souriait jamais, de Lola Lafon ❤️  / Août : Passagère du silence, de Fabienne Verdier 🖤 / Septembre : Les gens ordinaires ne portent pas de mitraillettes, d’Artem Chapeye 💙 / Utopies féministes sur nos écrans, de Pauline Le Gall / Octobre : Je souhaite seulement que tu fasses quelque chose de toi, d’Hollie McNish ❤️ / Dehors, la tempête, de Clémentine Mélois / L’exil n’a pas d’ombre, de Jeanne Benameur 💛  / Novembre : Profanes, de Jeanne Benameur 💛 / Tout brûler, de Lucile de Pesloüan / Elles vécurent heureuses, l’amitié entre femmes comme idéal de vie, de Johanna Cincinatis / Décembre : D’images et d’eau fraîche, de Mona Chollet / Le Cœur sur la table, de Victoire Tuaillon / Les Falaises, de Virginie DeChamplain 🩵  / Une trajectoire exemplaire, de Nagui Zinet / Triste tigre, de Neige Sinno / Le passé est ma saison préférée, de Julia Kerninon

J’ai consacré un article à part aux bandes-dessinées. Quelques tendances de l’année pour tous les textes au noir :

  • des autrices que j’ai découvertes cette année et dont j’ai lu au moins deux livres : Elitza Gueorguieva, au ton décapant ; Amandine Dhée que j’ai lue en série comme si chaque ouvrage était un gros post de blog ; et surtout Violaine Bérot, que j’ai direct inscrite dans la lignée de Jeanne Benameur et Claude Pujade-Renaud (Nuits de noces m’a wow) ;
  • des autrices dont je continue à lire l’œuvre : Jeanne Benameur (même si je commence à repérer des motifs et systématiques, cette narration de l’intime…), Lola Lafon (son roman autour de Nadia Comăneci ne pouvait que me plaire, il m’a plu), Mona Chollet, Blandine Rinkel ;
  • une thématique amitié : Nos puissantes amitiés, Utopies féministes sur nos écrans, Elles vécurent heureuses ;
  • une thématique sexe/amour : La Révolution du no sex, Le désir est un sport de combat, Le Cœur sur la table ;
  • une timide incursion dans l’univers queer : Hêtre pourpre de Kim de L’Horizon & L’Odeur des pierres mouillées de Léa Rivière ;
  • une plongée dans la SF : peu de titres mais beaucoup de pages puisque Dune et Les Furtifs sont deux pavés (qui ont des raisons de l’être) ;
  • seulement deux erreurs de castings Si j’avais su, j’aurais pas lu : Naissance des fantômes de Marie Darrieussecq et Danseuse de Modiano.

Hors catégorie :

  • L’Été où tout a fondu de Tiffany McDaniel, incroyable de maîtrise narrative ;
  • Dès que sa bouche fut pleine de Juliette Oury, complètement improbable, complètement réussi ;
  • Passagère du silence, autobiographie de Fabienne Verdier qui a étudié la calligraphie en Chine pendant dix ans auprès de maîtres écartés par la Révolution culturelle ; son parcours est ahurissant de dureté et de ténacité ;
  • Les gens ordinaires ne portent pas de mitraillettes d’Artem Chapeye, témoignage de première main sur la guerre en Ukraine par un intellectuel pacifiste qui s’est engagé dans l’armée ;
  • Je souhaite seulement que tu fasses quelque chose de toi, recueil d’Hollie McNish qui a la poésie prosaïque.
  • Les Falaises de Virginie DeChamplain, récit intime transgénérationnel.

Comme souvent, j’ai du mal à chroniqueter les lectures qui m’ont le plus plu. De peur de ne pas leur rendre justice, les longs extraits recopiés restent en brouillon. J’espère en sortir quelques-uns de là dans un futur proche. En attendant, je n’attends plus, et je publie ce bilan annuel de lecture. Sans statistiques sur la part des autrices, sans calcul des sommes astronomiques que mon abonnement en médiathèque m’a fait économisé, et surtout sans le diagramme pieuvre que j’avais commencé sur les liens explicites ou souterrains entre toutes ces lectures. J’ai à lire.