Reprise

Deux personnes qui tombent amoureuses. Pour étoffer cette trame, la comédie romantique a intégré toutes sortes d’obstacles, au point que l’antagonisme des héros est devenu un pré-requis : deux personnes qui n’avaient rien pour s’entendre mais qui tombent amoureuses. On a fini par s’apercevoir que, même lorsqu’elle renie le conte de fées, la comédie romantique le rejoue (cf. Once upon a time, petit bijou du genre). Mais remplacer l’histoire d’amour par l’histoire de désamour, ce serait sortir de la comédie romantique pour aller dans le drame (Blue Valentine ou mieux, pire encore, Les Noces rebelles), alors il a fallu trouver autre chose. Des comédies romantiques que j’ai pu voir, c’est 500 days of Summer qui marque pour moi le tournant. Le narrateur, amoureux d’une fille qui ne l’est pas vraiment, se raconte des histoires, une histoire d’amour qui n’est pas partagée et dont la déconstruction constitue la véritable histoire du film. L’histoire d’amour est toujours là mais comme un idéal fantôme, auquel, je vous rassure, on ne cesse jamais de croire. Après la pluie, le beau temps ou inversement, après Summer, Automn, nouvelle rencontre pour le narrateur. Dans One Day, où le deuil n’est plus celui des illusions mais de la femme aimée, l’espoir demeure grâce à la structure narrative qui place le souvenir d’un jour heureux à la fin du film, là où serait venu le prince charmant dans la temporalité linéaire de la comédie romantique. Car le propre de ces nouvelles comédies romantiques est peut-être de rompre avec la temporalité linéaire traditionnelle, de la rencontre au baiser (gain de la modernité, pas plus lucide sur ses sentiments mais plus libérée, on a du sexe entre les deux) : aux ellipses s’ajoutent les va-et-vient de la narration, entre flashbacks et flashforwards. New York Melody est de cet ordre-là.

Un duo improbable qui écrit des chansons : Gretta, jeune auteur-compositeur indépendante, et Dan, un vieux de la vieille, fondateur d’un label, qui ne se retrouve plus dans l’industrie musicale, peuvent faire penser aux acolytes du Come back1. Mais la scène initiale, de par son atmosphère et son rôle de pivot narratif, nous rapproche bien plus sûrement d’Inside Llewyn Davis. La voix rauque qui dit son âme en peine et gratte ses plaies à la guitare s’élève deux fois : la première fois, au début du film, comme découverte pour Dan, avec qui l’on repart dans sa voiture et sa vie un peu pourries ; la seconde, où l’on comprend que cette scène n’était pas un commencement mais une fin, la fin de l’histoire d’amour de Gretta avec son compagnon chanteur, dont le succès lui est monté à la tête. Scène centrale, donc : New York Melody est la rencontre de deux êtres cabossés qui se reconstruisent l’un l’autre.

Les personnages sont moins caricaturaux que ce qu’on aurait pu penser – le personnage de Dan, notamment, prend de la profondeur lorsque son histoire, douloureuse et pourtant banale, est racontée. Gretta, elle, va revivre son histoire d’amour pour en faire le deuil, et cette histoire d’amour va ainsi laisser place à l’histoire d’une reconstruction. Move on, live on. Le film est beaucoup plus subtil, plus proche de l’intime, que ce que l’affiche et le titre laissent croire. Encore une erreur de traduction : on entendait dans le titre original, Begin again, que vivre, c’est toujours repartir sans repartir à zéro, comme un refrain ou une reprise musicale, derrière laquelle, //, on mettrait bien Once, autre film du réalisateur, autre histoire d’amour qui, parce qu’elle n’a pas lieu, est d’une incroyable beauté2.

 

Mit Palpatine

1 Pop! goes my heart.
2 Teasing spécial balletomanes : John Carney y fait un usage de l’aspirateur encore plus poétique que Mats Ek.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

six − 4 =