Du côté des vivants, c’est la vie encore là quand on a prédit sa fin, avec toute la douceur et la justesse de Violaine Bérot. Il y a le voisin de lit, un vieil Alphonse avec qui se noue une intimité éphémère, une patiente qui vient lui faire des grimaces, une médecin, des infirmières qui ne sont pas réduites à leur rôle, un meilleur ami et un ancien amour. L’amour romantique n’est pas ce qui prime ici, loin de là, et c’est pourtant dans le sillage de son souvenir que ça m’a le plus frappé, cet amour au-delà de l’amour.
Leur est-il arrivé de se serrer l’un contre l’autre avec autant d’émotion du temps où ils vivaient ensemble ?
Elle le trouve apaisé, c’est le mot qui lui vient, elle le lui dit, c’est incroyable comme tu sembles apaisé. C’est si peu lui, l’apaisement. Toute sa vie il a douté, et aujourd’hui, dans cette chambre 308 d’un petit hôpital, aujourd’hui il semble en paix et peut-être est-ce cela qui le rend aussi beau. Elle ne s’attendait absolument pas à cette beauté au bout de tant de jours de dégringolade. Il est lumineux, voilà le terme qui dit le mieux ce qu’est Greg aujourd’hui : lumineux. Quelque chose a changé en lui, elle le devine.
Il est si beau aujourd’hui, son amour de jeune femme. Elle l’embrasse encore. Elle ne peut plus s’arrêter de l’embrasser. Lui, ça le fait rire. Il ne devine pas qu’Inès est en train de lui dire adieu.
Et la fin avant la fin, une fin de film, zoom out :
Vu de loin, ça n’a l’air de rien.
Un petit hôpital. Une terrasse.
Il y a des gens. Ils fument, ils rient.
Ça n’a l’air de rien si l’on n’a pas lu ce qui précède, si l’on n’a pas rencontré ces gens qui fument et qui rient. Il faut l’avoir vu de près pour voir de loin.