Une saison au théâtre de la Ville ?

Le public du théâtre de la Ville n’a pas grand-chose à voir avec celui des autres théâtres et on y croise bien peu de balletomanes quand le tiers de la programmation est étiqueté danse. C’est que ce théâtre est à la culture ce que Leader price est à l’alimentation : on y trouve le meilleur comme le pire, à des prix raisonnables. La tradition veut que l’on goûte avant de dire que l’on n’aime pas. Cependant, si vous voulez éviter de faire grincer votre siège en partant au milieu de la représentation (également une tradition du théâtre de la Ville), voilà quelques conseils profilés. Attention, le premier qui me parle du public au pluriel verra son adresse IP bannie de ce blog.

 

Pina Bausch :
♣ c’est un film en 3D.
♥ c’est Le Sacre du printemps.
♦ c’est 1980.

 

Jérôme Bel :
♦ vous avez particulièrement aimé Cédric Andrieux.
♣ ce nom vous dit quelque chose, ou peut-être pas.
♥ ce n’était pas le chorégraphe de Véronique Doisneau ?

 

Vous avez :
♣ une bonne vue, fût-elle corrigée.
♦ des lunettes.
♥ des jumelles.

 

La dernière pièce de théâtre que vous avez vue était :
♥ probablement un Molière ou un Racine.
♣ d’un auteur russe.
♦ politisée ou transdisciplinaire.

 

Le cirque :
♦ pourquoi pas au théâtre ?
♣ celui du Soleil a été une belle découverte.
♥ vous vous souvenez des contorsionnistes et des chevaux.

 

Millepied est :
♥ le futur directeur de l’Opéra de Paris.
♣le mari de Natalie Portman.
♦ le cadet de vos soucis.

 

Votre journal favori :
♦ est La Terrasse ou Télérama.
♣ est Slate.fr ou Rue 89.
♥ vient de disparaître.

 

Le Lac des cygnes est :
♣ de Tchaïkovsky.
♦ sujet à être revisité.
♥ inratable.

 

La bayadère est :
♣ un motif récurrent des magazines de déco.
♦ une figure indienne.
♥ un peu kitsch mais la descente des ombres, quoi.

 

Vous aimez dîner :
♦ avant le spectacle.
♣ à l’entracte.
♥ après le spectacle.

 

Votre brunch, vous l’aimez :
♥ organisé via doodle d’après une mailing list balletomaniaque.
♣ différent d’une fois sur l’autre.
♦ bio.

 

Vous repérez le côté cour et le côté jardin selon :
♦ les indications places paires et impaires dans le théâtre.
♥ le côté où commencent les diagonales et celui où elle finissent.
♣ que vous voyez ou non les mains du pianiste.

 

Un gala :
♣ est une occasion de découvrir des artistes qu’on n’a pas l’habitude de voir.
♦ ce n’est pas trop votre truc.
♥ vous mangerez des pâtes pendant tout le restant du mois s’il le faut mais vous y serez !

 

 

Vous avez un maximum de ♥ : cher balletomaniaque, je ne saurai que trop vous encourager à tenter la grande aventure du théâtre de la Ville mais, à vous plus qu’à d’autres encore, je me dois de recommander la plus grande prudence. Aussi rassurant soit-il, un nom connu n’est pas une garantie. Le Preljocaj du Funambule n’est pas celui du Parc, l’Anna Teresa de Keersmaecker de Garnier n’est pas forcément celle du théâtre de la Ville, pas plus qu’In the middle somewhat elevated ne vous garantie du WTF le plus total. L’Opéra agit comme un filtre : l’ôter peut être libératoire tout comme cela peut ruiner la poésie de la chose – le paysage médiocre sans filtre Instagram.

Le conseil de la souris : YouTube est votre meilleur ami. Mettez à profit les capacités acquises au cours des heures passées à dénicher des vidéos russes plus improbables les unes que les autres pour trouver des extraits des programmes proposés. En général, on se fait rapidement une idée. Trop lent, trop bavard, trop contemporain… vous finirez bien par trouver quelque chose qui soit assez étonnant pour retenir votre attention et pas trop bizarre au point de vous faire fuir. Bon courage et toutes mes condoléances pour la disparition de Danser.

 

Vous avez un maximum de ♦ : cher cultureux/théâtreux, vous êtes un lecteur assidu ou vous aimez les tests, parce que vous avez continué alors que vous êtes de toute évidence déjà abonné au théâtre de la Ville.

Le conseil de la souris, tout de même, pour que vous ne repartiez pas bredouille : méfiez-vous des « création de 2012 ». Probablement contaminé par la nouveauté publicitaire qui ne compte pas les mois passés en rayon, le théâtre de la Ville a conservé dans le programme 2013-2014 des créations de la saison en cours. Je vous épargne des rediffusions, ne me remerciez pas, profitez-en plutôt pour faire un tour dans un théâtre à l’italienne. Ou tester le resto à côté du Châtelet : la salade chèvre-miel-bacon et raisin vaut le détour et les desserts peuvent être surprenants (avouez que cela fait rêver, un douillet de meringue aux figues). Evitez cependant la mousse au chocolat si vous devez courrir à votre place juste après.

 

Vous avez autant de ♥ que de ♦ et aucun ♣ : vous avez un problème avec les maths mais allez quand même faire un tour du côté du Petit Rat, elle a un profil similaire au vôtre.

 

Vous avez un maximum de ♣ : vous êtes anormalement sain pour traîner sur ce blog sans appartenir à l’une des deux catégories précédentes. Je vous soupçonne donc d’être un mélomane s’étant abrité derrière les questions orientées danse pour ne pas révéler sa nature de mélomaniaque. Aussi discret que vous, l’abonnement spécial musique du théâtre de la Ville vous plaira peut-être. Avec de la musique indienne pour toi, Joël.
Vous n’êtes pas un mélomaniaque ? Vous n’êtes pas Aymeric non plus ? Vous n’êtes ni un spam, ni un provincial, ni un membre de ma famille ? Laissez-moi un commentaire, il faut qu’on aille se faire un ciné.

Le conseil de la souris : insaisissable et curieux comme vous semblez être, je ne vois pas trop ce que je pourrais faire pour vous niveau programmation. En revanche, je vous recommande de faire un tour à l’angle du Sarah Bernhardt : à partir de 20h, il n’est pas rare que les sandwiches soient soldés et, si tel n’est pas le cas, il y a toujours la crêpe à la crème de marron ou au Nutella. 

2 réflexions sur « Une saison au théâtre de la Ville ? »

  1. J’ai surtout des ♥ et quelques ♦ qui me viennent d’une vie antérieure pendant laquelle j’étais abonné au Théâtre de la Ville (jusqu’à ce que je dépasse la limite d’âge pour l’abo. “jeune”, en fait). Un seul ♣ qui me vient de ma bonne vue (meilleure qu’il y a quelques années, pendant laquelle on peut cependant considérer que j’avais des problèmes avec les maths parce que j’étais en thèse…).
    (Il y a effectivement un peu de musique indienne (et pakistanaise), mais encore une fois cette année, pas du tout de danse indienne au Théâtre de la Ville, donc pas d’abonnement danse pour moi, ça c’est sûr !)

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