AdVienne que pourra

Vous avez peint des tableaux, écrit de la musique ou une page d’histoire : les dés sont jetés ; puis vous êtes mort : les dés sont pipés. Mozart n’a plus de pouvoir sur ses opéras débités comme des sornettes, Klimt compose avec la passion mercantile du souvenir, et Sissi ne peut qu’acquiescer à son image collée à tort et de travers – drôle d’immortalité pour le triumvirat autrichien qui florilège partout.

Les boules de Sissi, plus discrètes que celles de Mozart, sont la preuve par l’absurde de ce que les Kugelmozart n’appartenaient pas davantage à l’homme. Il n’importe, la boule de Noël est encore moins sexuée que les confiseries.

 

 

Pressés de conclure, on en omettrait les préliminaires. Pourtant, aussi dorée que les papiers de bonbon, l‘icône du Baiser en jette.

 

 

Vous pouvez l’embrasser en trempant vos lèvres dans un mug de thé ou une tasse à café, éprouver son attrait magnétique en la collant contre le frigo, et si vous vous en lavez les mains, vous pourrez toujours les essuyer dans une serviette en papier. Comble du blasphème : déposer dans un mouchoir doré les trésors de morve cachés dans votre nez. Le temps d’une œuvre d’art serait-il compté, bracelet plastique au poignet ?

 

 

Les morceaux étaient en tous cas minutés lors du concert auquel nous avons assisté à Schönbrunn ; morceaux de choix découpés dans les parties musclées des œuvres, et jetés en pâture aux touristes voraces, qui après avoir dévoré une Esterhazytorte, chercheront encore à espionner les secrets de fabrication d’un mythe musical. C’est qu’on célèbre Mozart, d’abord et avant tout, avant Strauss donc – Johann de son petit nom, tout doré lui aussi, et à côté de qui on ne s’embrasse pas moins.

 

 

On célèbre ces musiciens comme on le ferait d’une messe, et l’on se réjouit même si la liturgie est en latin – du chinois pour presque tous, mais on a la foi et mal aux jambes d’avoir arpenté le parc, donc les chaises sont bienvenues, toutes musicales qu’elles soient.

 

Mozart fume et pigeon vole

 

Outre la chaise, certains ont tout de même l’oreille musicale, et si Palpatine a cédé aux avances d’un vendeur emmozartiné, c’est avant tout pour entendre un détachement de l’orchestre du Staatsoper, dût-il terminer par la marche militaire de Radetsky, que le chef d’orchestre a dirigée face au public dont il ordonnait ainsi la cadence des applaudissements, et au rythme de laquelle le troupeau de touriste est reparti vers le U-Bahn, en route mauvaise troupe ! Balayées les mélodies des grands opéras, pourtant interprétés par un ténor comédien pas kitsch – ce que l’on ne peut pas dire des danseurs pseudo-baroques, qui maîtrisent certes la sissone, mais sont gênés aux entournures par leurs bras et manquent de se noyer avec un poisson.

Mémento : penser à se faire engager l’année prochaine, et profiter d’un plus long séjour pour en apprendre davantage sur l’anorexique impériale, écouter le compositeur couillu et contempler sans fin les Serpents d’eau (dont il n’existe pas une repro non coupée) parce que Klimt is good.

Nul besoin de checker si j’ai oublié quelque abominations, le kitsch est là pour oublier. Pour oublier quoi ? Pour oublier que le kitsch n’est rien – rien que la paresse d’écouter et de regarder des œuvres que l’on préfère entendre et voir, vite, aussitôt consommées, aussitôt consumées. Une, deux, une, deux, marchez à la baguette de Radetsky, vos jours dans la capitale et ailleurs sont comptés. Et tant que nous y sommes, à Vienne, valsons : Sissi imperium, Mozart power, Klimt design ; une, deux, trois, mais si, mais si, mais Sissi, une, deux, trois, une, deux, trois…

 

2 réflexions sur « AdVienne que pourra »

  1. J’avais acheté un truc dément à Vienne il y a quelques années : un tatoo décalcomanie du baiser de Klimt, et je n’ai toujours pas osé l’essayer ^^
    Au musée Van Gogh à Amsterdam, je me souviens que les objets dérivés étaient assez déments aussi : j’ai failli ramené un autocollant pour IPOD reprennant la nuit étoilée, mais Loch m’a retenue ^^

    1. C’est marrant, mais j’aurais davantage cédé à l’autocollant qu’au tatoo – mon côté archiviste qui ne supporte pas de perdre l’éphémère, peut-être.
      N’était-ce le prix, je me serais laissée tentée à la boutique de la National Portrait Gallery par les magnets avec des insultes shakespeariennes dessus. ‘Thou smell like goat’ ^^

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