Bribes de gala

Un gala ressemble à une de ces soirées où l’on retrouve des gens que l’on a pas vu depuis assez longtemps pour qu’ils viennent avec des gens qui sont entretemps devenus leurs amis.

Il y a ceux dont on n’est pas forcément très proche mais que l’on fréquente plus régulièrement que les autres (Charline Giezendanner, que j’aime décidément beaucoup) et dont les petites provocations ne nous offusquent plus depuis longtemps : on s’amuse de ce que Donizetti pas de deux aurait dû s’appeler Donizetti petite batterie ; Mathias Heymann y est si insolent de virtuosité que ça sent la revendication nationale.

Il y a ceux qu’on n’avait pas vus depuis longtemps et qui rapportent avec eux tout un tas de souvenirs indissociables du plaisir que l’on a à les voir ce jour-là. C’est le cas du maître de cérémonie, Manuel Legris, toujours égal à lui-même – ce qui n’est pas peu dire. Ses retrouvailles avec Aurélie Dupont, au goût très prononcé de nostalgie, ont entraîné un surcroît d’applaudissements : deux étoiles retrouvées pour le retour d’une.

Il y a cette personne dont on vous a dit beaucoup de bien, Marianela Núñez, et qui réussit quand même à vous surprendre en douceur, sans que vous sachiez exactement pourquoi. Je crois que c’est son élégance made in Royal Ballet, que je n’attendais pas dans le rôle volontiers bourrin de Kitri.

Il y a aussi cet ami d’ami, que vous n’aimez guère et qui vous le rend bien en dépit des ronds de jambe que vous ne manquerez pas de vous adresser. Non, désolée, Pierre Lacotte, ce n’est pas possible.

Il y a cette blonde piquante que vous ne connaissez ni d’Eve ni d’Adam mais dont la personnalité et le sens de l’humour vous plaît tout de suite : Olga Esina m’a donné envie de revoir le DVD de La Chauve-souris. Elle forme avec Manuel Legris un couple qui n’a pas l’aura mythique de celui qu’il a formé avec Aurélie Dupont mais dont il émane une telle joie de vivre que l’étoile française est doucement enveloppée par les brumes du passé. Et puis, Manuel Legris est vraiment chez Roland Petit comme chez lui.

Il y a les voisins dont vous surprenez les conversations. Le prince de Semyon Chudin a beaucoup plu à mes voisins homo. Beaucoup. Perdre leurs commentaires à la fois intelligents et croquignolets m’a presque fait regretter de m’être replacée (c’est-à-dire replacée une seconde fois – parce qu’à l’avant-dernier rang du palais des Congrès, les danseurs rentraient aisément dans une maison de poupée).

Il y a aussi cet invité que vous avez vu une fois et qui vous a fait forte impression. Il est toujours impressionnant mais vous faites la part des choses : il est très plaisant de retrouver à la fois Kirill Kourlaev et l’Anna Karénine de Boris Eifman, même si la troupe du chorégraphe russe reste indépassable dans son répertoire. Idem pour cet invité qui n’est pas la seule raison de votre venue mais qui vous a motivé au moment de vous arracher de votre canapé : même si vous en pincez pour lui, vous savez raison garder. Surtout quand il s’agit d’une pièce aussi géniale que Mona Lisa. J’ai beau être toute acquise à la cause de Friedmann Vogel, son duo avec Maria Eichwald ne fonctionne pas aussi bien que celui de Jason Reilly et Alicia Amatriain. La chorégraphie est hyper sexy quand elle est une provocation continue mais la frêle Maria aurait bien du mal à défier l’armoire à glace qu’est en réalité mon maigrichon fantasmé1. Il esquive à la McGregor.

Au final, on n’aura pas eu le temps de vraiment discuter avec chacun mais, entre les retrouvailles et les nouvelles rencontres, on a plutôt passé une bonne soirée.

 

 

 

1 Aux saluts, je me suis aperçue que Kirill Kourlaev, taillé comme un dieu nordique, fait limite copeau à côté. Je vais donc pouvoir inaugurer un tableau Pinterest où il rejoindra David Boreanaz dans la catégorie des choupies armoires à glace.

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