Dark city

[À moins que vous n’habitiez cette dark city, ne lisez pas avant d’avoir vu le film – soit dit en passant, merci à ma DVDthèque privée de m’avoir conseillé ce que je n’aurais pas spontanément choisi de visionner.]

Dark city débute par une sombre histoire d’assassinat, embrouillée au possible. L’obscurité n’est éclaircie que pour apercevoir le demi-visage d’une femme fatale, l’autre moitié retranchée derrière le rideau de tôle ondulée de ses cheveux de jais, ou l’ellipse d’un feutre incliné de manière à laisser le regard dans l’ombre. On avance à tâtons et, n’étant pas dans une salle obscure, j’ai la tentation d’éteindre la télévision. C’est alors que le film noir annonce la couleur comme une conséquence de la science-fiction : un groupe d’extraterrestres cherchant à comprendre l’âme humaine maintient la ville dans une nuit indéfiniment répétée. À chaque minuit, ils ouvrent un abîme entre hier et demain et y précipitent toute continuité spatio-temporelle. Les immeubles poussent comme des champignons et les existences des habitants sont manipulées. Tel couple de classe ouvrière est bombardé aristocrate, tandis que tel individu honnête se voit injecter en une seringue les souvenirs d’un meurtrier (John Murdoch – like the gothic novelist – as an occasional murderer). La permutation des existences permet au film de réaliser une belle expérience de pensée : un passif criminel fait-il de l’homme un meurtrier ? Plus largement : l’individu est-il déterminé par son passé ? Est-il possible de distinguer une vie de celui qui la mène ? Ou l’homme n’est-il que la somme de ses souvenirs ? Le film répond à sa manière lorsque Murdoch indique son front : ce n’est pas (uniquement) là, dans la raison et la mémoire, que loge l’âme humaine. Et de suivre son cœur pour organiser une nouvelle rencontre avec celle qui a perdu la mémoire après l’avoir aimé quand lui-même avait perdu le souvenir de leur histoire – la sensation contre l’illusion.

 

2 réflexions sur « Dark city »

  1. j’ai vu ce film il y a peu, comme vous. Je reconnais que le questionnement sur l’identité est relativement bienvenu (et vrai!) mais j’ai trouvé la mise en scène si… niaise! ces extraterrestres cadavériques et tristounes, grandes oreilles nécessaires, habit qui fait le moine, tout ça… dommage, ç’aurait pu être bien!

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