Hibernation estivale

Un gamin lance une pierre dans une vitre et c’est le début de la fin, qui mettra trois heures à arriver. La famille du gamin et celle d’Aydin, le propriétaire de la vitre, se trouvent pris dans une série de visites et contre-visites de plus en plus embarrassantes, qui ne sont pas sans rappeler les mécanismes à l’oeuvre dans Carnage. Mais à la différence du film de Polanski, il n’y a dans celui de Nuri Bilge Ceylan aucun rythme ni mordant. L’enfer, c’est les autres, certes, mais à l’image de Necla, la soeur d’Aydin, et de Nihal, sa très jeune femme, qui ne savent à quoi s’abattre, un enfer bien ennuyeux. La haine, qui aurait au moins le mérite d’être dramatique, est étouffée sous la neige et, dans ce coin paumé d’Anatolie, l’attraction-répulsion sartrienne tourne à la compatibilité mesquine des torts et des travers de chacun : Necla reproche à son frère d’être un intellectuel de pacotille donneur de leçons ; Nihal reproche à son égoïste de mari de se mêler de tout et de ne s’intéresser à rien, utilisant son érudition pour étouffer les autres ; Necla reproche à Nihal son mépris pour qui ne cherche pas, comme elle, à se donner bonne conscience par des actes de charité, tandis qu’Aydin reproche aux deux femmes leur oisiveté, qui engendre irritabilité chez l’une et comportement enfantin chez l’autre. Chacun de ces reproches prenant la forme d’une dispute mi-éthique mi-égotique d’une vingtaine de minutes, Winter sleep ne donne qu’une envie : hiberner, pour échapper aux rancoeurs et aux arrangements de conscience ressassés par ce triangle où l’amour a été remplacé par l’amertume. Un film pénible et pointless qui remporte la palme d’or de l’ennui.

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