Joss Whedon, mon super-héros

Il me reste encore quelques morceaux de danse à chroniquer, mais ayant peu de temps et tout de même envie de m’octroyer le plaisir d’une petite chroniquette, il s’agira du film de Joss Whedon, The Avengers. Dans la mesure où ma connaissance de l’univers de Marvel se limite à Spider-Man partant à la rescousse de Kirsten Dunst, et où Thor est pour moi un personnage d’Everworld, jamais je ne serais allée voir ce film à gros budget si Palpatine n’avait pas insisté sur son réalisateur : celui de Buffy the Vampire Slayer, la série la plus carton-pâte qui soit, qui est aussi la série la plus psychologiquement développée que je connaisse. Du coup, moi qui aime plutôt le maigrichon de comédie romantique, j’ai été curieuse d’aller voir les gros bras en action.

La séance elle-même a été épique. Après une demi-heure d’attente et autant de pub (cela dit, ça permet d’évacuer les pop-corn assez rapidement), le film démarre… en muet. Sous les huées du public, soudain dés-atomisé et fédéré par son exaspération, j’essaye de suivre avec les sous-titres le début de l’action, situation de crise dont un responsable demande si elle grave : « Bah, ouais, c’est grave », lance quelqu’un dans la salle, « un peu, ouais, on n’a pas le son ! » A ce stade, je ne sais pas encore si le film va me plaire, mais je ris déjà bien. La régie se prend des applaudissements ironiques lorsque le son rattrape l’image, mais alors qu’on commence enfin à rentrer dans le film : noir. Plus de son, plus d’image. Le supporters de Michel Gondry (Rembobinez ! – sans le Soyez sympa, faut pas déconner) ont, un peu tard, obtenu gain de cause. La manip’ prend un peu de temps, si bien que l’un de nos voisins apostrophe la régie : « Sans les pubs, hein, s’il-vous-plaît. Non, mais, je précise, hein, on sait jamais… sans les pubs. » Le film re-démarre enfin ; la situation de crise est claire, sinon sous contrôle, le fou rire guette.

Après moult explosions et effets spéciaux destructeurs (notamment pour les oreilles, j’en viens presque à regretter le muet) qui justifient le budget de blockbuster et l’arrivée des super-héros, on retrouve le ton de Joss Whedon. Tant mieux, parce que la bagarre, j’adore ça, pourvu qu’il n’y ait pas trop de sang et de cadavres, et surtout, surtout, qu’on n’oublie pas au milieu du chaos l’humour à la Bruce Willis dans Die hard. Les répliques négligemment cinglantes ne sont pas légions, mais elles sont très bonnes : « They have an army, but we have a Hulk. » Ma préférée, je crois, c’est lorsque Thor entend qu’on ne critique pas trop Loki, qui, bien que passé du côté obscur de la force, est tout de même son frère et vient de la même planète que lui, et qu’on lui objecte :

« – He murdered 80 people in 2 days.
– He was adopted. »

L’humour fait bien passer la pilule et le message qu’elle contient : les super-héros commencent à dater – non parce qu’ils vieillissent, mais, au contraire, parce qu’ils sont toujours ce qu’ils étaient (Captain America, pectoraux intacts, semble tout droit décongelé des Trente Glorieuses) alors que la société s’est complexifiée et disparaît derrière des entités anonymes. L’époque n’est plus aux grandes figures capables d’incarner à elles seules la nation. Situation inédite pour eux et difficile à accepter pour un Iron Man complètement mégalo, il leur faut unir leurs forces et passer dans le relatif anonymat du pluriel, devenir une série de super-héros qui avaient auparavant chacun la leur.

Une décennie après le 11 septembre, ils sont obligés d’admettre une certaine vulnérabilité : on peut combattre le mal, mais rarement le prévenir. À défaut de protéger l’Amérique (je ne sais pas si vous avez remarqué, mais la fin du monde arrive toujours à New York – l’ethnocentrisme a parfois du bon, ça laisse le temps de voir venir), à défaut de la protéger donc, ils la vengeront. Le justicier compte désormais moins sur la justice que sur sa colère pour faire régner l’ordre le désordre le bien (notion floue, donc très pratique). Et pour ne pas se salir les mains, on exécutera la condamnation du criminel ailleurs, en renvoyant Loki sur la planète Asgard (ça va, le G est planqué au milieu du mot).

Joss Whedon, quoi.

 

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