Feel good, buddy & road-trip movie

Margo est la coqueluche badass du lycée. Quentin, son voisin, qui a passé toute son enfance avec elle, est devenu en grandissant son antithèse sociale : un nerd. Quentin ou plutôt Q, ainsi qu’on le surnomme1, regarde Margo embrasser des beaux gosses un peu idiots, de loin, et partage ses regrets avec Ben, qui chope mieux les Pokémons que les filles, et Radar, qui n’ose pas ramener sa copine chez lui parce sa maison est envahie par la collection de pères Noël noirs de sa famille. Quentin et ses amis savent appartenir à la caste des intouchables : on évite de leur parler ou de les inviter aux soirées et les filles populaires restent aussi lointaines que des stars de ciné. Du coup, le jour (enfin la nuit) où Margo débarque dans sa chambre par la fenêtre, Quentin se demande ce qui lui arrive et se laisse entraîner sans trop de mal dans le trip vengeur de Margo, que son boyfriend trompe avec l’une de ses meilleurs amies – sachant que Quentin est à peu près aussi à l’aise que moi avec l’illégalité et que le trip inclut de multiples entrées par effraction et des M tagués façon vengeur masqué. Qu’importe : Margo révèle le ninja qui sommeille en lui… et disparaît le lendemain pour ne plus réapparaître.

Le retour en grâce de Quentin aura été de courte durée, mais il en est sûr : les indices que Margo a laissés (elle en laisse toujours lors de ses fugues) lui sont destinés, et il se met à sa recherche, entraînant ses amis avec lui. La quête de Margo constitue l’essentiel du film, feel good et buddy movie, qui s’offre même le luxe d’un petit road-trip final, le départ impulsif étant tout de même ce qu’on a trouvé de mieux pour signifier l’engouement amoureux.

On s’amuse bien (j’ai même un fou rire quand, flippé, Quentin demande à ses potes de chanter quelque chose, n’importe quoi, et que le premier truc qui vient à l’esprit de Ben, bourré, est la chanson des Pokémons) et, mine de rien, on se prend d’affection pour les personnages qui, quoique archétypaux, ne sont pas que des flat characters. Même la copine de Margo, personnage secondaire qui a tout de l’icône sexy du club Disney, gloss compris, est montrée comme une fille sensible sujette au mal-être, intelligente et même… cool – suprême qualité qui la requalifie comme fille fréquentable (i.e. du même monde) par le trio Quentin-Ben-Radar. Il ne s’agit pourtant pas tant pour le réalisateur de démentir le cliché que d’exprimer la frustration qu’il engendre.

Si l’image (sociale) occupe une place importante dans Paper towns, ce n’est pas tellement dans le but de défaire des clichés que d’interroger les mythes qui les ont forgés. Qu’est-ce qui pousse Quentin à chercher une fille qu’il ne connait pas vraiment – plus depuis des années ? Margo elle-même ne se reconnaît pas dans « the Margo Roth Spiegelman myth », comme elle le dit elle-même, quotes manuelles à l’appui. Cette Margo n’est qu’une coquille vide sur laquelle chacun, Quentin compris, projette ses fantasmes ; dans le même temps, c’est ce qui pousse Quentin à sortir de sa zone de confort, à apprendre à vouloir, à désirer. Il finit ainsi par prendre conscience que, peu importe Margo, la chercher lui a fait vivre des expériences qu’il n’aurait pas vécues sans cela et qui l’ont rapproché de ses amis. Margo est une image du désir, de ce qui se dérobe toujours et risque de virer à l’obsession mais qui, compris pour ce qu’il est, est une formidable moyen de mettre sa vie en branle.

Peut-être est-ce la raison pour laquelle la traduction française a choisi l’objet de fascination comme titre ; La Face cachée de Margo épouse le mouvement de déception de Quentin découvrant que la seule chose que cache le mythe de Margo, c’est qu’il n’y a rien à cacher : «  She was just a girl. » Le titre anglais, cependant, est bien plus poétique : une paper town est une ville factice que les cartographes placent sur leurs plans pour déceler les cas de plagiats. C’est dans une de ces villes imaginaires et néanmoins géolocalisées qu’a fui Margo, pour lire et réfléchir, essayer de se trouver – sans épaisseur, écrasée par son propre mythe, une paper girl dans une paper town. Le rôle résonne avec l’histoire de son interprète, Cara Delevingne, qui a peiné à sortir du mannequinat et à se faire remarquer comme actrice. Paper towns est un peu son manifeste – à en juger par les critiques qui lui attribuent le rôle principal au détriment de Nat Wolff, le message est passé.

1 En anglais, ça fait [kjuː] comme cute, espèces d’obsédés du cul (je ne suis pas vulgaire, je travaille le référencement de mon blog).

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