Revue de blogs #27

Ces toutes petites situations, elles sont insupportables, parce que les mêmes phrases qui nous ont fait nous sentir femmes quand nous étions encore des filles, qui nous ont obligées à remarquer notre genre alors que nous étions encore des enfants, fonctionnent maintenant exactement dans l’autre sens : devenues des femmes adultes, n’importe quel homme qui a du temps à perdre peut nous retransformer en filles, nous minorer.

Julia Kerninon, Avis non sollicité, Sur le fil

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[…] I’ve decided there is no inherent meaning. We can basically pick any narrative we prefer and decide that’s our meaning.

Winnie Lim, the meaning of my life

Spending time with my partner is like living in high definition. I am usually full of thoughts, but with her I am able to go into a thoughtless state, even if only for short spurts. In her arms I only experience the here and now: there are no whys, hows, ifs.

Quel est le sens de la vie ? On ne le trouve pas en répondant à la question, mais en constatant que la question s’est effacée.

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J’étais saturée de la meilleure façon possible : entière.

Eli, Oxford 70, Hypothermia

Allez voir toutes ses photos de la ville ♡

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I went to the most beautiful place I could think of, then I found out that you cannot be healed by beauty alone.

It’s addictive and compelling; pulsates with energy, and makes you feel so viciously alive. […] All the things I now find exhausting and sharp about New York were what slapped me across the face back then, which is what I’d sorely needed.
[…] I’m not sure I need all these reminders that I’m not dead anymore. I’m past that. I like that my life in London both encompasses a lot of the city yet feels like I’m always at home. I think it’s something we do well here, what I’d call “exciting comfort”.

Marie Le Conte, a really big essay on New York, and grief, and love,
Young Vulgarian

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Je suis de l’école “kill them with kindness.”

Marion Olharan Lagan, Nous ne sommes pas sœurs, Le labo

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Où vont les histoires quand nous mourrons ? Depuis que nous avons appris la nouvelle, ma mémoire s’affole, comme si je devais recomposer au milieu des décombres les fables qu’elle nous racontait. Hantée par les fictions des autres.

J’ai l’impression qu’il faut que je les retienne, que je ne les oublie pas, que j’entre en conversation avec ces fantômes.

Dans Pathemata, Maggie Nelson parle de la mort d’une de ses amies. Elle explique quelque chose que je ne m’étais jamais vraiment formulé ainsi. Que quand les gens meurent, la façon très particulière dont iels nous aimaient disparaît avec elleux.

Ma mémoire, depuis la semaine dernière, fonctionne à plein régime. Mais comme toujours, elle ne récolte que des fragments, elle s’embrouille et mélange. Elle reconstruit, réarrange, colle des petits morceaux de souvenirs les uns aux autres.

Toutes les bonnes histoires sont des objets en mutation.

Quand je descends en rappel dans les tréfonds de mes souvenirs, je dois éviter toutes les scènes de films, tous les romans, toutes les images, faire le tri.

Pauline Le Gall, I’ll be your mirror, Tailspin

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peindre avec des mots
frauder le contrôle de la raison

Pierre Antoine Villemaine, Composition
découvert chez Karl

Frauder la raison, la feinter, c’est ce qu’il me faudrait. Créer avec les mots, au lieu de les aligner dans le récit fasciné de la proie.

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ce que je veux, c’est des gens qui me racontent ce qu’ils ressentent.

Julien, Sentiments inconnus, Smwhr

THIS.

Avec ou sans le contexte (« l’inaccessibilité prolongée à mes sentiments intérieurs »), la suite :

Parce que je suis infoutu d’arriver à formuler correctement ce que je ressens si je ne l’ai pas vu formuler ailleurs.

Est-ce que ce ne serait pas qu’une rétroprojection de mes propres sentiments vu par le prismes des séries télé américaines, des 150 films et des 22 livres que je dévorais chaque année qui me permettaient d’articuler, par patchwork et collage ce que je ressentais effectivement faute d’arriver à le faire directement à partir des sentiments bruts ?

[…] j’ai pleuré comme une madeleine pendant tout le dernier tiers du film et ça m’a rappelé que j’étais pas obligé d’attendre de payer soixante balles toutes les deux semaines pour chialer, que je pouvais tout à fait le faire en illimité grâce à ma carte UGC.

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Mon rapport à l’art, il y a dedans ce qui me tient debout, mais il tient aussi de la faim impossible à rassasier.

Sacrip’Anne, Portes ouvertes à l’infini

« explorer, découvrir, rattraper avec avidité » — parfois je perds ça, l’avidité.

Plus je lis, vois, écoute, plus je me rends compte que c’est minuscule à côté de ce qu’il y a à lire, voir, écouter. Ça fait plus que me tenir en vie, ça m’excite, ça me donne envie. Et tant pis si la tâche est impossible à finir, tant pis si je meurs avant d’avoir fait le tour.

Parfois l’infini se retourne en à quoi bon, comme un parapluie d’un coup de bourrasque (et la suivante peut ou non le remettre à l’endroit).

 Ce film, il raconte quelque chose de très fin sur le moment où les enfants ont avec leurs parents des rapports adultes. […] Ce que ça nous a fait. On a envie de les aimer avec la même pureté, on s’agace qu’ils nous en empêchent. Ou au contraire, on a des comptes à régler. Ou on leur planque qui on est, comme on a l’impression qu’ils ne nous ont pas dit tout sur eux.

Cette perspective renversée, celle des parents sur les enfants, des enfants grands, me surprend encore, souvent. Même pas encore : nouvellement. Comme si des parents ne pouvaient exister que vus par les enfants.

Mes amies sont pour certaines devenues mères, mais forcément mères d’enfants qui le sont encore pour tout le monde. Des bribes de maternité me parviennent, mais proches encore de l’accouchement, de ce que je pourrais vivre si je décidais maintenant d’être parent. Elles ne disent rien de l’enfant de que je suis maintenant, que je reste même en ayant quitté depuis longtemps l’enfance. Quand mes amies y seront, je n’y serai plus, plus à ce même point en tous cas. En lisant Sacrip’Anne, j’ai l’impression d’accéder à ce que ce décalage escamote, au point de vue des parents sur des enfants qui ne le sont plus, grands déjà, adultes. Au point de vue de parents qui pourraient être les miens, sans que cela soit une question de génération — de position dans la chronologie d’une vie, plutôt. À la surprise que je ressens parfois, je me dis que le décollement l’un (l’enfant de) de l’autre (l’enfant) n’est pas si évident, sans devenir parent.

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Prendre conscience de ce qu’on écrit en l’écrivant. Ne rien chercher d’autre que cette découverte intérieure.

Solange Vissac, Ricochets/ Année 3/ Semaine 20, Jardin d’ombres

Écrire pour savoir ce que l’on ressent ou découvrir en l’écrivant les nuances de que l’on ressent. Tiens, tiens, j’ai lu ça Smwhr.

Je lis des bribes de ce blog depuis un bout de temps chez Karl et aujourd’hui seulement m’interpelle ce nom de famille, Vissac, Solange Vissac comme Guillaume Vissac.

Dans le même post, cet éclat poétique :

Au milieu du faire, prendre le temps du rien. Comme mettre au doigt une nouvelle bague, tiens sur l’auriculaire par exemple qui n’est pas accoutumé à l’anneau. Sentir ce qui vient de changer sur sa main. Avoir le regard qui se pose plus souvent que nécessaire sur la main ouverte, paume sur le bureau, et chercher à savoir ce qui brille à nouveau, et de quoi cette pierre est messagère.

Ne rien faire en regardant la moustiquaire ou dehors le jardin qui respire encore n’a rien à voir avec le rien faire de l’hôpital. Idée en passant d’un inventaire incomplet de tout ce que le rien faire peut être — un « protocole de création » dirait Karl.

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[…] tout est au même niveau, tout nourrit le feu de la parole entre nous, on y jette ce qu’on peut pour que ça brûle.

Isabelle est angoissée par le temps qui passe, par la finitude des choses. Je me souviens soudain comme je l’étais moi-même au même âge, cette boule dans le ventre au coucher, dans le noir de la chambre, les yeux ouverts sur le plafond, ce n’était pas tant l’obscurité, c’était autre chose, plus ancien, plus difficile à nommer, la disparition à venir des choses autour de moi, des gens autour de moi, cette certitude obscure que tout ce qui était là serait un jour absent, que le monde continuerait sans moi ou que je continuerais sans lui, je ne savais pas encore distinguer les deux, et cette boule ne se dissolvait pas, elle attendait simplement que je m’endorme pour se taire, et le lendemain matin elle avait disparu et je n’y pensais plus jusqu’au soir suivant, jusqu’au noir suivant.

Naine blanche ou supernova, un jour le soleil disparaîtrait et il ne resterait plus rien, même dans le souvenir, ni livre ni cimetière. Athée, je priais pour que mes parents ne meurent jamais et que le trou dans la couche d’ozone se rebouche (cette première fin du monde a été évitée). Il me fallait le poids rassurant des peluches sur mes pieds et aligner les pattes de mon nounours sur l’oreiller, la main en niveau à bulle, ou le faire tenir la truffe en équilibre sur mon nez.

Je me demande à partir de quel âge j’ai commencé à avoir un passé. Pas à partir de quel âge j’ai eu des souvenirs, les souvenirs on en a très tôt, des images, des odeurs, des éclats, mais à partir de quel âge j’ai compris que ces images étaient derrière moi, qu’elles avaient un poids différent des choses devant, qu’elles me précédaient et me définissaient sans me demander la permission. À partir de quel âge j’ai compris que mes parents, avant d’être mes parents, avaient été des personnes, avec une histoire qui les précédait et qui les avait amenés à ce qu’ils étaient, cette révélation-là, que les gens qu’on aime ont existé sans nous, elle arrive très tard, plus tard qu’on ne croit, et elle est une forme de deuil dont on ne parle pas.

Le passé comme malle au trésor — qui parfois rend nostalgique.
Les parents détachés de nous, trop, pas assez — juste.

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[…] je ressens parfois des colères qui paraissent inexplicables à moi et aux autres, et ma façon d’essayer de progresser c’est de remonter le fil de ma colère, pour comprendre ce qui m’agite.

Julia Kerninon, Quelques réflexions sur l’accouchement, Sur le fil

Idem de la tristesse.

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La liberté de choisir sa contrainte. Car tout est contrainte : dans la vie d’abord, dans l’écriture aussi […].

Philippe Annocque, La contrainte : une libération paradoxale, Hublots

Petite pensée pour Eli et sa contrainte de publication bloguesque.

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Pourquoi continuer à faire ce que l’on fait est une bonne question, mais elle est dangereuse. Si l’on s’appesantit sur le pourquoi, on risque de ne plus rien faire du tout, par inquiétude sidérée.

J’avais accès à une vraie chambre monacale […]. Je n’ai jamais rien écrit dans cette chambre. Je préférais les jardins ou la bibliothèque, voir des couleurs, des formes, des choses à prendre en amitié.

Chrisine Jeanney, en veille, block note

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Peut-être que je radote, que je « me » radote, que je tourne en rond. Mais je peux aussi voir ça comme revenir à la base […]. La ligne de démarcation entre se répéter, comme une mouche amnésique qui se cogne à la vitre, et répéter, recommencer, en quelque sorte, est toute menue.

Chrisine Jeanney, tri, block note

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a large part of the human experience is growing numb to the experiences that had once made us ridiculously happy…

[…] to just giggle in each other’s arms […] just for one more day, one more month — i am severely grateful

severely grateful <3

Winnie Lim, 121 months: to love for just one more day

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