Saoirse Ronan, reine d’Écosse

Adrien Lester dans le rôle de Lord Randolph

Une dame de compagnie puis un Lord à la peau noire, en Écosse, au XVIe siècle, Palpatine ne s’en remet pas. Passée la surprise, je me fais la réflexion que la couleur de la peau n’est pas plus choquante que le fait que tous les personnages aient toutes leurs dents, bien blanches de surcroît. On l’admet comme convention narrative, comme au théâtre ou au ballet, où les jeunes premières ont parfois le double d’âge de l’héroïne qu’elles incarnent. Il est peut-être même assez sain de rappeler cette willing suspension of desbelief au cinéma, où l’impression de véracité est plus forte. Peut-être même davantage pour un film d’inspiration historique, où cela dérange d’autant plus : qu’y cherche-t-on diable si on ne cherche plus à s’approcher au plus près d’une vérité historique ?

Marie Stuart, reine d’Écosse n’aide pas spécialement à comprendre la période : ce qu’on retient, globalement, c’est qu’ils sont tous frappadingues, catholiques comme protestants, Écossais comme Anglais. Délaissant la fresque historique, la réalisatrice se concentre sur deux figures de reine, esseulées sur les hauteurs de leur château respectif, devant des paysages splendides (jardin à la française ou nature écossaise, faites votre choix). La gémellité, poussée à son paroxysme lors d’une rencontre imaginaire mais féconde, est moins là pour l’intrigue que pour fournir le cadre d’une lecture féministe : une femme au pouvoir, à cette époque, n’a pas une grande marge de manoeuvre. Soit elle se conduit comme un homme et n’en épouse aucun (Elisabeth I), soit elle s’allie à un nigaud pas trop envahissant pour pondre un héritier mâle (Marie Stuart, qui renforce ainsi ses prétentions au trône d’Angleterre). Le succès est divers, mais on dresse dans les deux cas le portrait d’un caractère bien trempé. L’impression est particulièrement vive pour le personnage de Marie Stuart (alors que le contexte rendait cela moins évident) : Saoirse Ronan donne une noblesse spéciale à son personnage en ne se départissant jamais d’une certaine simplicité. Il émane de cette relative austérité une autorité naturelle, que ne dégage pas Margot Robbie en Elisabeth I, forcée de lever le menton à tout bout de champ. J’ignore si ce décalage est conscient, travaillé par les deux actrices dans une volonté commune, ou si le casting a malgré elles bien fait les choses, en ne les choisissant pas de la même trempe : Saoirse-Mary regarde ainsi les choses en face, voire par en-dessous, acquérant ainsi un air effronté, tandis que Margot-Elisabeth regarde de haut, drapée dans sa dignité.

Les femmes fortes, c’est l’emballage symbolique du film – et sa réussite : les relations psychologiques entre les deux reines, leurs atermoiements entre méfiance et admiration, sont finement rendus. Mais cette jolie lecture féministe n’occupe en temps qu’une petite partie du film. Concrètement, on suit essentiellement les coups du sort assénés à Marie Stuart ; on les subit même davantage qu’on ne les suit : depuis la chambre de la reine, le contexte et les complots nous parviennent avec confusion. On se rattache à l’interprétation splendide de Saoirse Ronan, mais le film souffre de n’être ni fresque ni portrait (ou un portrait sans cesse débordé par le contexte à réintroduire en nécessaires éléments de compréhension).

Au final, si vous allez voir ce film, il faut que cela soit pour :

  • les paysages écossais (mais pas trop, parce qu’il y a beaucoup de scènes d’intérieur),
  • les effets spéciaux capillaires,
  • Saoirse Ronan.
Abigail dans La Favorite et maintenant Marie Stuart… méfiez-vous des jeunes héroïnes qui trébuchent !

Le passage de la scène d’exécution au débarquement (ci-dessus) est une belle trouvaille en ouverture, et la boucle finale d’autant plus jolie que la scène s’est chargée de sens au cours du film : la rivalité primaire se voit subsumée par la nécessité du pouvoir ; on passe d’une exécution à cause d’Elisabeth I à une exécution du fait d’Elisabeth I et presque malgré elle.

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