Revue de blogs #22

Se souvenir de ce qu’on a craint comme ce qui a eu lieu, un billet de Christine Jeanney.

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[sur la thérapie] Après tout, un an, c’est si peu pour intégrer les trente-six autres.

Mon quotidien est parsemé de micro-effondrements qui s’ouvrent sous mes pieds aux moments les plus inattendus. Les émotions trouvent un passage vers la surface, un bon signe il paraît. Ça me terrifie.

Eli, Engelures, Hypothermia

On sous-estime toujours ce qu’on laisse chez les autres.

Je ne sais pas si on sous-estime, mais il y a toujours un décalage ; ce qu’on sème de soi n’est jamais vraiment ce qu’on aurait voulu ou pensé transmettre.

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Quand un éditeur demande d’expliciter un passage, le fait-il parce que l’auteur a omis des éléments trop évidents pour lui ou parce qu’il cherche à obtenir un produit facile à consommer ? Une réflexion de Sophie Gliocas dans sa newsletter Gang de plumes.

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je renâcle à réactiver le métronome

« J’ai beaucoup aimé mes deux métiers mais être à la retraite m’a permis de réaliser que cette obligation m’était si lourde qu’aujourd’hui je ne peux envisager un engagement bénévole ou militant que s’il ne demande pas de régularité. »

Kozlika, Vieille, Kozeries en dilettante

Le métronome, c’est tellement ça. Les horaires fixes, la nécessité d’être à tel endroit à telle heure, surtout en fin de journée, font de mon travail ce qu’il est : un travail — alors que j’aime tant, sans contrainte, le pratiquer.


 Nous discutons pas mal de cela, de ce qu’on met comme sens dans la phrase « je n’ai rien fait hier ».

Si je n’ai rien fait hier, je n’ai rien fait
— de productif, cases toujours vides de la to-do list
ou tout aussi bien je n’ai rien fait
— qui me fasse plaisir.
Il faut qu’il y ait au moins l’un ou l’autre. Pas de fatigue ou de procrastination coupable qui empêche et l’un et l’autre.


Dans ce même billet (encore, oui), un strip BD :

— J’ai peur d’avoir raté ma vie.
— Je ne savais pas que c’était un examen.

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« Avant on allait sur internet pour fuir la vie réelle, maintenant on va dans la vie réelle pour fuir internet ».

Dans Les mots de la mouette, Florance parle de « revenir à une vie plus matérielle (et non pas matérialiste) pour envisager la vie plus doucement » :

« Il y a un exercice qui est souvent utilisé en psychologie lorsque l’on dissocie ou que l’on fait une crise d’angoisse pour parvenir à se réancrer de nouveau dans l’instant présent : observer autour de soi et citer 5 objets d’une même couleur, ou bien scanner son corps pour ressentir chaque partie, depuis les orteils en remontant jusqu’à la pointe du crâne.

Est-ce que nous ne sommes pas collectivement en train de matérialiser cet exercice par le besoin profond de se réancrer dans notre propre présent ? »

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Je ne sais pas si c’est l’époque des cédé gravés que j’ai connue, le récit intime des amitiés qui se nouent ou se dénouent, ou le flashback narratif éclairant la biographie de cet inconnu que je lis depuis des années (Guillaume Vissac), mais le 081225 m’a touchée :

« J’ai longtemps considéré qu’à cette époque je m’étais retrouvé abandonné du jour au lendemain, principalement par A. et R., alors que dans les faits c’était peut-être venu de moi. On ne s’imagine pas, quand on reconstruit son passé, que, des fois, le méchant de l’histoire ça peut être soi. »

« Les seuls dont je sache le futur, c’est-à-dire le présent, c’est KujaFFman […], et Jalk Mikain parce que je l’ai épousé, en fait. Ça me blow généralement my mind qu’une seule petite année sépare une période que je situe sur le territoire de l’enfance (ma vie de collégien stéphanoise) et ma rencontre sur un forum Ezboard avec celui qui, aujourd’hui encore, partage ma vie. »

« Car à l’époque, ça n’existe pas les adolescents homos dans la vie de tous les jours. »

« Ça m’avait scié qu’il me demande ça, et qu’il le fasse aussi chaleureusement. Je ne l’ai jamais oublié : qu’un gars aussi apparemment à l’aise dans la sphère sociale et au sommet de la pyramide prenne le temps, avec quelqu’un comme moi, de s’assurer que tout le monde autour de lui se sente bien, et passe une bonne année. C’était tellement incroyable.  »

« […] j’ai consenti à ce qu’on coupe les ponts avec moi et n’ai pas cherché de faire l’effort de recoller les morceaux, parce que je savais qu’il me serait impossible d’exister en tant que personne auprès d’eux, et plus comme un enfant. Ce que je veux dire par là, c’était que c’était inenvisageable de faire comme on dit mon coming out à ces deux-là.  »

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Nous ne sommes qu’en février, l’horoscope du web 2026 de Laurence a encore 11 mois pour révéler l’exactitude de ses prédictions. Lion, poisson, taureau… oubliez l’animalerie astrologique, ici on parle métier : UX designer, data analyst, auditrice en accessibilité ou sorcière, c’est du solide.

En décembre, Jupiter en Sagittaire vous offrira une révélation : brûler le patriarcat émet quand même beaucoup de CO₂, il vaudra mieux le composter.

Pensée pour Luce pour celui-ci :

Un gros défi vous attend en 2026 : convaincre les gens que l’accessibilité n’est pas une option, tout en les jugeant et en gardant votre calme, mais heureusement, la Lune en Vierge vous apportera de la patience (et des tisanes « gardez votre calme, ça va aller, mais ça sent la cannelle »).

En mars, Mars rétrograde vous fera redécouvrir les joies des briefs flous et incohérents (« on veut quelque chose de moderne, mais pas trop » ou « du discount, mais de luxe »).

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Depuis quelques jours (depuis un mois, avec le décalage, mais l’habitude arrivera-t-elle jusqu’à aujourd’hui ?), Guillaume Vissac publie des dessins avec son journal et j’aime beaucoup — cet oiseau aux plumes ébouriffées par le stylo-feutre fatigué ou japonais.

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Winnie Lim a une manière incroyablement lucide et précise d’examiner ses mécanismes mentaux, c’est passionnant à suivre au fil du temps — pour découvrir d’autres manières de fonctionner (profil TDAH avec un passé de malade chronique) ou observer grossis des traits que l’on présente aussi.

Some people […] have zero motivation or regulation issues when it comes to doing things. For me, it takes accumulated self-knowledge to learn how to shepherd myself into doing things I want to do.

Winnie Lim, teaching an old dog new tricks

Traduction à la truelle :
Certaines personnes n’ont aucun problème de motivation ou de régulation pour ce qui est de faire les choses. Je dois quant à moi amasser une grande connaissance de moi-même pour me contraindre à faire des choses que j’ai envie de faire.

Ces derniers temps, j’ai l’impression d’être passée de l’un à l’autre. Les shoots de dopamine du scrolling ? « the fear of disappointing ourselves » ? le découragement face à l’effort (« It takes spiritual energy to try, because there is always a learning curve. ») ?

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La neige qui tombe, ça ralentit tout. Le regard, d’abord. On prend le temps, avec les yeux, de regarder ce qu’il se passe.

Joachim Séné, Reposante neige, Journal éclaté

Il fait le rapprochement entre les jours de neige et le confinement, « ces jours où l’on avait plus rien à faire que de rester chez soi, marcher un peu, revenir, tout était à l’arrêt, au minimum vital, à l’essentiel. » Je n’ai pas du tout ce souvenir du confinement : ce temps suspendu n’était pas ouaté, il était saturé de qui-vive, de devoir bosser sans les loisirs qui contrebalançaient.


Joachim Séné cite un article d’Olivier Ertzscheid :

Et l’enfant comme l’adulte n’est attentif qu’à ce changement, qu’à cette mutation en cours sous nos yeux, comme si l’on pouvait observer en accéléré la croissance d’un arbre.

« Il va neiger. » Et l’attente est joyeuse. « Nous sommes en vigilance jaune neige et verglas. » Et l’angoisse est palpable. […] Être en vigilance à chaque instant, à chaque présent, équivaut à une inattention au monde. On peut pas être chaque fois vigilant sans être contraint d’être inattentif à la construction de ce présent.

Résonance avec mon état psychique.

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Et si le remède à la fatigue était de se fatiguer autrement.

Jane Doe, Remède miracle, L’ombre d’un doute

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It is slightly ironic but my private journals can be a lot more mundane, whereas when I write here I am forced to dig somewhere deeper.

Winnie Lim, alone, with music

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Les plans ne sont pas faits pour être exécutés, ils sont là pour préparer l’improvisation.

Citation d’un entretien d’Orson Welles,
cité par Christine Jeanney, block note — servir, Tentatives

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Et je ne vois vraiment pas ce qui pourrait me faire du bien, surtout pas : parler.

Mais vraiment, la sensation que l’impuissance, la mienne, celle des autres, gonfle à chaque mot prononcé, que les larmes amères vont venir me noyer, bref, la mâchoire serrée sur mes blessures.

Sacrip’Anne, Tough Love, Sisters Cia

Parler d’anxiété, ça fait un peu ça, parfois, ça la fait gonfler.

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Est-ce un homme est-ce une femme. Est-ce un logement sont-ce des bureaux. Je n’ai ni la réponse ni mes lunettes.

Guillaume Vissac, 020226, Fuir est une pulsion

Revue de blogs #21

Malgré toute cette peine, je suis encore heureux.

Stéphane, Le bonheur et la mort, nota-bene.org

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J’étais dans le camp de l’autoflagellation sur l’air de “Tu t’es raconté des histoires, pauvre sotte immature”. Jusqu’au jour où ma psychanalyste m’a dit que l’état amoureux ne résiste pas au fil du temps s’il n’y a pas de répondant, conscient ou inconscient de la part de l’autre […].

Kozlika en réponse à Sacrip’Anne, Paroles, paroles, paroles

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the days are long, but the years are short

En congé maternité, Yasmine parle de son rapport au temps, « très rythmé » et « très fragmenté », qui fait qu’elle a « à la fois trop de temps (parfois je m’ennuie tout de même) et pas assez de temps pour faire tout ce que j’imagine ».

Yasmine, La vie dans un autre espace-temps,
Sundays are made for tea & crumpets

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Et je lui oppose une force que je n’ai pas, pour trouver encore à sourire, dans ce boulot qui m’épuise.

H., Vendredi 30 janvier, Prof en scène

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Je note le matin les tips de la journée en vrac, aussi bien les courses, aller à la poste, produit vaisselle, que les idées à creuser […]. Hier, parce que j’avais huit ans, j’ai noté « me faire plaisir », et le soir, en relisant cette liste pour voir si j’avais oublié quelque chose, j’ai encore eu huit ans, j’étais heureuse d’avoir écrit « me faire plaisir », parce que j’en avais eu l’idée, et rien que la noter avait donné à la journée une texture différente, un peu plus sereine et contemplative.

Généralement, j’ai cinq plutôt que huit ans. Mais peut-être devrais-je avoir huit ans pour écrire « me faire plaisir » sur ma to-do list microsoftienne, quatre carrés combinant les options possibles entre important et/mais pas/nini urgent.

Je n’éprouve pas le plaisir d’écrire, mais je ressens l’inconfort de ne pas réussir à écrire, comme une mauvaise digestion […]. Ça passe si j’écris quelque chose.

Christine Jeanney, block note — photo accidentelle, Tentatives

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Nous nous connaissons depuis le cours préparatoire, soit plus de trente ans. Nous ne nous sommes jamais quittés, où que la vie nous ait envoyés l’un et l’autre. Nous avons des vies différentes, mais nous nous appelons tous les mois pour nous raconter des secrets. Le lien entre nous ne s’est jamais rompu, notre amitié d’enfants est devenue une amitié d’adultes, et plus le temps passe et plus c’est un de mes interlocuteurs préférés.

Julia Kerninon, L’amour parental, Sur le fil

Friendship goal.

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À son arrivée à Montparnasse, le train simple se raccorde à un autre train simple, et devient un train compliqué.

J’ai ri.

Chacun des desserts de la carte a un problème. À chaque fois on se dit ah ? L’un des problèmes est que le moelleux à la pistache est à l’émulsion de vin rouge, et que la mousse au chocolat est à l’huile d’olive.

J’ai souri : ça, je connais, et les items de la carte qui ont chacun un problème, et la mousse au chocolat à l’huile d’olive (mais celle de ma maman est bonne).

Guillaume Vissac, 151225, Fuir est une pulsion

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C’est peut-être ce que je préfère dans la fabrication, sa procédure, le fait que ça se développe / dévoile au fur et à mesure, qu’il y ait une tension entre ce qui est prévu, projeté, et ce qui est réalisé. Parce que ça devient autre chose. C’est vraiment éjecté de soi, différent de soi.
[…] Très souvent, ce que je fais ne ressemble pas à ce que j’avais prévu, mais si c’est le cas, si ce que j’avais prévu et ce que je fais correspondent, je m’ennuie, et j’oublie ce que j’ai fait, qui se retrouve égal à rien.

Christine Jeanney, block note — consuls, Tentatives

Ça doit être génial de se réjouir de la tension entre ce qui est prévu et ce qui est réalisé, plutôt que de se crisper.

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Dans l’idéal, je voudrais rester stoïque, ne pas dépendre des réactions extérieures, positives ou négatives. Dans la réalité, je sens bien depuis ce message à quel point quelques mots peuvent redonner énergie et confiance.

[…] rester concentrée et avancer coûte que coûte.
Et ça coûte.

Anne Savelli, Âme d’héroïne, Fenêtres Open Space

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Il a raison, je passe un temps considérable à découvrir ce que je sais.

(au sens de savoir déjà)

Christine Jeanney, block note — bannière, Tentatives

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[…] il me faut apprendre à vivre avec ce manque de lui.

Accepter (?), Ma vie sans lui

Pas sans lui, avec le manque de.

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[…] le boomerang de l’enfance qui revient sans cesse, les choses qu’on met des années à comprendre, ou qu’on comprend chaque fois différemment […]

Julia Kerninon, Bleue comme la rivière, Sur le fil

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It seems like a very deep rabbit hole, this musical journey. I like that it may never have an end to it.

Winnie Lim, music, a deep rabbit hole

Just replace musical with balletic.

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[des jours] en suspens – qu’il faut vivre comme si tout allait normalement.

 Sans les masques, le risque d’affaissement est trop grand.

Lastomsphérique, Bulletin des jours heureux #11, Accrocher la lumière

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Et pourtant à chaque étape de son parcours, il y a deux bouts de moi. La mère qui sera là. La femme qui se prend quelque chose dans la gueule.

[…] qu’il sache profondément pouvoir compter sur moi sans lui cacher non plus mon chemin (ni lui jeter à la gueule, hein) […]

Un très beau billet de Sacrip’Anne, Le sens de ma vie

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Comme toujours le premier, je pense à Proust: « Je venais de vivre le 1er janvier des hommes vieux qui diffèrent ce jour-là des jeunes, non parce qu’on ne leur donne plus d’étrennes, mais parce qu’ils ne croient plus au nouvel An.»

Alice du fromage, 1er janvier 2026

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Je sais pas c’est quoi la quête principale, je crois que je vais me concentrer sur les quêtes secondaires.

Meredith B., Side quest sur side quest, Ramblings of an adulescent

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La révélation de la mort annoncée du soleil a été la raison de ma première crise existentielle, vers 4 ou 5 ans.

Sacrip’Anne, Illusions, Sisters Cia

La même, vers 7 ans. Assortie d’une phase à focaliser sur l’astronomie (Pluton était encore une planète et j’avais un livre où une enfant plantait des spaghettis à la verticale dans une assiette tapissée de pâte à modeler pour comprendre quelque chose de la queue des comètes). L’espace, l’astronomie, c’était l’éclairage macro de concepts comme la fin (absolue, au-delà de la mort d’un individu), le rien, l’infini, la distortion du temps et de l’espace (les trous noirs, la perception décalée d’une étoile déjà disparue…). Un film de fin du monde prenant justement la mort du soleil comme point de départ m’avait bien glacée, à l’époque — ils avaient pris le parti de la naine blanche (délai narratif supérieur à la supernova ?).

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Je repasse les moments où on s’est embrassés en boucle alors que c’était y’a 48h, ils deviennent déjà abîmés comme si je rembobinais trop un VHS.

Et lui il me regarde avec ses yeux noirs et on dirait qu’il lit encore plus loin et ça me perturbe. C’est la première fois que quelqu’un qui me plaît m’explique comment iel me perçoit, ça m’est jamais arrivé avant.

Et au pire ça fera un peu mal. Et au mieux ça fera très mal, mais plus tard.

Meredith B., La tranche de la pièce, Ramblings of an adulescent

Revue de blogs #19

[…] selon qu’il y a attirance réciproque et passage à l’acte ou pas, qu’on mélange nos peaux ou qu’on s’abstienne par manque d’envie, circonstances ou mauvais timing, ou genre, on navigue entre des choses qu’on va étiqueter amour romantique et amitié.

Sacrip’Anne, Les vraies sorcières n’ont pas besoin de brouillons, Sisters Cia

<3…

L’intime par le collage : allez lire-voir la série d’Eli.

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[…] beaucoup de gens achètent des livres comme des chaussettes à fil doré où il est écrit Chipie, ou Emmerdeuse, parce c’est à la mode en ce moment, que ça se fait, et sans imaginer qu’ils achètent des armes de restriction.

Christine Jeanney, block note — massif, Tentatives

J’ai pensé la même chose l’autre jour, sans les livres, en moins bien formulé (des armes de restriction !) devant l’improbable présentoir de chaussettes pailletées du Carrefour city — improbable près des caisses au milieu des produits alimentaires et improbable résurgence des années 1990 en 2025 : tous les adjectifs ou presque sont au féminin et négativement connotés. Je pensais qu’on avait évolué depuis, mais peut-être n’est-ce que mon entourage d’une certaine classe sociale ? Un backlash, une nostalgie ? J’ai eu envie de trouver une paire qui me plairait, avant de me rendre compte, de devoir me rappeler que c’étaient, oui, des armes de restriction.

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Au lieu de retrouver le sens du gratuit, nous sommes amenés à éprouver comme un devoir même le simple emploi du temps libre, lequel devient de la sorte un temps vide, ou rien ne favorise un quelconque rapport avec soi-même et avec la vie.

Fellini par Fellini
cité par Christine Jeanney, block note — cachot, Tentatives

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Il y a les livres faits pour être lus, et les livres faits pour être là.

Guillaume Vissac, 181025, Fuir est une pulsion

Lalalala (ce sens de la formule).

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J’ai envie quand j’y pense, de tout ça j’ai envie, souvent, et pas seulement pour me débarrasser d’une tâche mentale ; j’ai envie du processus, de l’activité, du faire. […] Et puis le moment arrive, le moment juste où coïncide le temps libre ou libéré, l’envie, et les projets. Et là
l’ennui
et plus rien ne semble pouvoir rallumer le tableau de bord et réactiver l’électricité qui fait bouger, agir, penser, ressentir, vivre ce corps.

Peut-être que l’ennui c’est de la dissociation […]. Peut-être que l’ennui c’est mon système nerveux qui se repose d’avoir été trop activé et dérégulé.

Je m’ennuie quand j’ai enfin du temps mais que ce temps ne durera pas, que c’est maintenant ou jamais, et il faudrait saisir la paire d’heures ou de jours donnée mais soudain – non – ça s’arrête.

[…]  je ressens juste la frustration du temps qui passe et dont je n’ai rien fait, la sensation de culpabilité d’avoir eu le temps d’écrire des messages / publier des articles / faire des rangements et de ne l’avoir pas fait […]
[…] quelque part, même si je n’aime pas le reconnaître, l’ennui est bien une forme d’après-coup d’une surcharge […]

L’ennui, Pourquoi pas Autrement ?

Lu un dimanche à deux doigts de m’ennuyer, redoutant la déception et l’à quoi bon si je tente de rédiger quelque chose d’un tant soit peu soutenu alors que je sens mes capacités mentales saturées. (Je crois que je suis mûre pour chercher un diagnostic sur la probable neuroatypie de mon cerveau.)

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J’ai la tête farcie de futur. Ce n’est pas très agréable. La question n’est pas tant qu’il s’agisse d’un bonfutur ou d’un malfutur (tout futur est nul tant que non advenu), mais plutôt qu’il me dépossède de moi-même au seul moment du monde où je suis moi. Privé de toute espèce de présent et donc de présence, le temps tout étendu qu’il soit devient quantité négligeable.

Guillaume Vissac, 231025, Fuir est une pulsion

Une très bonne circonvolution pour définir la vie sous anxiété. Ce qui est à venir vient tout de suite, se concatène sans étalement chronologique, encombrant l’ici et maintenant.

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Parce que je ne crois pas avoir envie d’apprendre. Pas ça, pas maintenant, ou pas de cette manière.
Tout ce que je veux, c’est ressentir de la joie. C’est avoir le droit d’expérimenter sans but, sans attentes.
[…] Et je trouve ça dingue qu’à 34 ans, je continue à devoir redécouvrir ça, difficilement, plusieurs fois par an […].

Un jour d’automne et de l’aquarelle, ou comment s’autoriser à faire sans but, Pourquoi pas Autrement ?

M’amuser à prendre des photos sans apprendre à faire de la photo, ça je sais. Je me suis rendue compte que je ne voulais pas spécialement apprendre lorsqu’on m’a offert un appareil avec une réactivité et un objectif qui m’a permis des arrières-plans flous et des portraits doux, aux expressions telles que je les vois : ma frustration était levée, c’était assez pour m’amuser. Mais autant la photo échappe à l’envie-besoin de me perfectionner, autant je n’y résiste pas aussi bien avec le dessin ou l’écriture. Je ne sais plus ou pas « expérimenter sans but, sans attentes ». Cela me donne l’impression d’errer, ou d’échouer. Le collage, à la rigueur. Cet après-midi, j’ai tenu deux magazines et une trentaine de bandelettes découpées. Et je trouve ça dingue qu’à 37 ans, je continue à devoir redécouvrir ça, difficilement, plusieurs fois par an.

Aussi : la danse, en devenant mon métier, a cessé d’être quelque chose que je ne faisais que pour le faire, le plaisir à même l’activité. Avec davantage d’énergie physique, moins de peurs héritées des blessures et une moindre intolérance au bruit, je tenterais bien d’autres styles (hip-hop, heels…)(quand je vois le nombre de professeurs de heels qui sont ou étaient danseuses classiques…)

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Qu’est-ce qu’on lit dans le métro ? Récit réjouissant de Chambre d’écho :

A rechercher les titres on croise inévitablement des regards. Car notre quête défie les lois tacites du métro. Il n’est plus question de s’ignorer, de se tolérer le temps d’un trajet.

Précisons : le métro parisien. Les règles tacites ne sont pas tout à fait les mêmes dans le métro lillois, où il est de mise de se sourire quand les regards se croisent (je sais, je sais,  « sans perturber l’équilibre précaire de cet écosystème » on avait dit).

Le travail d’enquêteur doit être pris au sérieux. Lorsqu’on parvient à apercevoir le coin inférieur droit d’une jaquette de chez Folio Classique, on épluche le catalogue de la collection pour retrouver les motifs bleus et rouges qui filtraient entre les doigts poilus d’un homme d’âge moyen vêtu d’une veste de cuir.

J’aime ce jusqu’au-boutisme absurde, mais pas plus qu’autre chose.

On finit par se prendre d’amour pour les éditeurs qui rappellent le titre et l’auteur de l’ouvrage en haut de chaque page. Ils nous évitent de devoir prétendre refaire nos lacets pour accéder à la couverture qui fait face au sol crasseux du métro.

Il faut croire que je ne suis pas aussi ouverte d’esprit que j’aime à le penser […] Je ne saurai jamais si les dragons peuvent forniquer avec des humaines. Et je continuerai à me penser lectrice sans pour autant connaître le nom des autrices qui vendent le plus de livres au monde.

Chouette inversion face à la hiérarchie des genres.

Pensons la lecture de métro comme une activité démocratique qui fait voyager dans les mêmes conditions les prétendus grands auteurs et les genres populaires.

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C’est très difficile à expliquer, mais toujours afficher une bonne humeur sereine, se montrer également enthousiaste quand j’aborde la vie de la fée Morgane et le conditionnel présent, ne jamais perdre patience devant des comportements gris et agressifs, ça demande une force immense.

Monsieur Samovar, Vendredi 28 novembre, Prof en scène

Pas de conditionnel présent ni de comportement agressif dans mes cours, mais rien que la bonne humeur, le visage souriant et encourageant, ça vide.

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sans dire, je silence tout
et le tout devient bruyant

Marie Kleber, Ce que je silence, Accrocher la lumière

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Ma tête est un lieu difficile à habiter ces derniers mois.

Ce week-end sur un coup de tête, j’ai commencé à assembler une maquette de bateau et l’absence de narration dans le cerveau m’a offert un répit considérable.

Eli, Rendez-vous en terre inconnue, Hyporthermia

L’absence de narration, purée, c’est tellement ça.

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Sur mon chemin, j’ai contourné l’Opéra Garnier. […] Par l’une des grandes fenêtres, j’ai vu de la lumière jaillir. Un éclat ancien s’est déversé dans la nuit, un or loin mais là, et c’était assez spectaculaire et, je dois dire, beau, cette beauté passée accidentellement répandue sur notre présent.

Guillaume Vissac, 061125, Fuir est une pulsion

Revue de blogs #13

Dans la dernière newsletter de La moins bonne version de moi-même, Agathe H. explore son rapport à la mode et j’ai aimé lire ce portrait à travers sa garde-robe. C’est en outre grâce à sa mention du Dressing de Jane Sautière que j’ai regardé ce que cette autrice avait écrit d’autre (pour au final préférer emprunter Nullipare).

Quand je regarde des photos de mon enfance dans les albums de famille, je hurle souvent contre mes parents à cause de la manière dont iels nous habillaient avec mes sœurs, mais bien souvent iels répondent que c’est nous qui avions choisi nos vêtements (il fallait nous en empêcher !). C’est ainsi que selon les années, nous avons eu l’air de sortir d’un kolkhoze, d’un carnaval ou d’une émission de Stéphane Bern.

(rires) à cette dernière phrase.


N’est-ce pas grossophobe de vouloir toujours avoir l’air plus mince quand on parle de « se mettre en valeur » (marquer la taille, allonger la silhouette) ?


Elle cite une réponse reçue d’une certaine Maud sur Instagram :

Être sexy peut conférer beaucoup de pouvoir en société par exemple. Et être en large ou masculine peut apporter beaucoup d’indifférence et de paix. Moi j’alterne tout le temps, j’ai besoin des deux.

Se fondre caméléon en jogging de danse dans le métro lillois. Conquérir le pavé parisien en mollets galbés et minijupe.


Il y a une expression anglaise que j’adore, “man repeller”, qu’on pourrait traduire par “repoussoir à hommes”. Il s’agit, pour les femmes, de s’habiller d’une manière qui aurait pour effet de repousser les hommes, de ne pas leur plaire. […] Je pense qu’on peut aussi repousser les hommes (ou en tous cas se détacher de leur regard/validation) en étant too much : en prenant une contrainte qu’on aurait intériorisée et en la poussant tellement à fond qu’on se met à leur faire peur.

Dans mon expérience, les couleurs vives attirent les insectes mais repoussent les relous (enfin dans mon expérience de vingtenaire ; parce que, trentenaire, j’ai disparu des radars).

Agathe H., Mode de vie(s), La moins bonne version de moi-même

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Instead most of us would spend a large part of our lives making decisions based on what other people want, and what society decides is the norm at that time. Then, probably because it is so tiring to live life this way, the rest of the time we give in to our impulses as a form of compensation. Since we’ve already given up so much of our selves, we should just eat that thing, buy that thing, do whatever that gives us instant gratification because we deserve that quick dopamine hit after having to tolerate so much.

L’effet de compensation, que j’ai bien connu en tant que salariée, s’est dissipé avec ma reconversion.


Tell me, what is it you plan to do with your one wild and precious life – Mary Oliver wrote askingly in a poem.

Y’a encore du travail (psy) pour que le precious n’annule pas le wild.


To a large extent we have to face our unhappiness and lack of fulfilment alone.

Winnie Lim, do we cherish our selves

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Si même les gens qui sont sensés me maintenir sur terre lâchent le fil du ballon de baudruche maintenant.

Je me complique un petit peu la vie parce que ça me passionne plus comme ça […].

Meredith B., simple compliqué compliqué simple

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Donc si je comprends bien, l’inventivité des exercices est le fruit d’un mélange de traditions corporelles et de connaissances médicales contemporaines.

Alice, Sport fusion

Direct envie d’une enquête historique et sociologique sur la création des exercices de la barre de danse classique.

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Peinture beige et noire où un homme est agenouillé au pied d'un autre homme au visage de pierre fissuré, une main sur son crâne, l'autre tenant une pierre qui a fait partie de lui
Feeling Kintsugi, de Moonassi

L’éboulement de soi, la main sur le crâne comme sur la tête d’un enfant qu’on voudrait endormir et l’autre qui tient un morceau de lui… Merci à Karl pour la découverte de cette œuvre de Moonassi.

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J’ai fait des choses qui bricolent un dimanche, m’échouant là avec un constat : cette journée est passée bizarrement. Je ne suis pas sûre d’avoir vécu chaque heure, comme s’il y avait un hiatus, une maille lâche.

J’ai des inquiétudes sur le feu, mais je n’y peux rien, alors je les laisse étouffer.

Mathilde, Du yoga & des nazis, Tant qu’il nous reste des dimanches

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I am not sure when it started, but I tend to feel like I am wasting my life if I am not doing something creative or enriching.

Pwnd.

I just wish I can accept myself more. […] But isn’t wishing for this self-acceptance a form of an unrealistic self-expectation too?

Winnie Lim on inner expectations

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une boîte à livres dans la rue déborde de jeux improbables et rares, des jeux de cartes un peu mystiques, […] on oscille entre l’oracle et le petit jeu d’ambiance, en somme ce sont autant de petites cartes dressées entre nos solitudes respectives, des passerelles, ô monde moderne

je veux tout récupérer, me relier, j’en ai plein les bras

Rêver peut-être

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When an average student suddenly gets an A, it is like they achieved something great. But anything less than an A is unacceptable and even embarrassing for high-performing students.


I started to contemplate that being somewhat average is actually a form of superpower. There is much more room to manoeuvre, more opportunities for experimentation. Average people are accustomed to a certain rate of failure, so they don’t take failures too hard. Wins are really celebrated and joyous because they are unexpected. […] Doesn’t this feel like a happier life?


Personally I think flying under the radar is a form of happiness […]

Winnie Lim, thoughts about human intelligence
after watching korean game shows

Les conclusions de Winnie Lim recoupent le parti-pris du boyfriend de volontiers passer pour plus bête qu’il n’est ; ça l’arrange, il préfère surprendre que décevoir. Autant dire que c’est à des années-lumières de mon fonctionnement. J’ai été cet high-performing student pour qui obtenir d’excellentes notes était normal, tandis que des moyennes, c’était déchoir.

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J’aime les maisons de vacances et les choses laissées dans la cuisine par les habitants qui nous précédèrent […], j’aime que des habitudes se prennent et se défassent à toute vitesse […] et j’aime la lumière où qu’elle se pose, la traquer, la poursuivre, l’empoigner.

Victoire de Changy, publication Instagram du 12 mai

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Quel dommage que la mémoire ne sache pas mieux retenir les bons moments.

Alice (du fromage), Chemin des écoliers

Tout est toujours coloré du dernier filtre projeté (les émotions comme des gélatines devant un projecteur).

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Mais je suis écrivain quand même. […] J’ai décorrélé la publication de l’écriture.

Podcast d’Anne Savelli, Envoyer son manuscrit en lecture

Je n’attends plus vraiment de réponse pour mon manuscrit sur la danse. Je n’ai pas vraiment décorrélé l’écriture de la publication, je me suis juste réappropriée cette dernière en lançant une newsletter : je publie de petites choses à un tout petit nombre certes, mais à ma guise. Un partage plus qu’une publication (mais n’est-ce pas celui-là qu’on attend de celle-ci ?).

Revue de blogs #10

In the world of self-something, I know a lot about self-doubts, self-judgement, self-pity at times, self-talk.
Nothing to do with confidence at all.

Self-confidence, Accrocher la lumière

Confidence is not the belief in self, confidence is the willingness to try. — Mel Robbins

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[écrire sur son blog] Ça permet de boucler des évènements ou de les remettre en perspective.

Week-end à Nîmes, Un peu chaque jour

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Et comme les images du monde flottant (Ukiyo-e) étaient l’expression d’une modernité contemporaine de la période d’Edo, n’oublions pas notre propre modernité.

Fleurir le souvenir, Carnets Web de La Grange

Souvent cette tentation de gommer tout ce qui ancre dans le présent — un présent qui nous semble trop prosaïque pour être un jour daté et susciter une quelconque forme de nostalgie ou de beauté. On voudrait directement l’atemporel, l’éternité.

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Je ne coupe pas par souci de pureté, mais par instinct, ce qui est peut-être l’autre nom du hasard, hasard choisi.

block note — objectif, Tentatives

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Ça fait comme un curieux vide ; il ne s’agit plus d’être l’unique coupable sur laquelle ma Bavarde peut s’acharner en me disant que j’ai bien mérité mon sort. Si ça n’est pas de ma faute, alors c’est juste dur ? […] Curieusement, ne pas avoir de coupable à blâmer ne fait pas toujours du bien.

Faire taire la bavarde chez Sacrip’Anne

Se blâmer pour conserver l’illusion rassurante qu’on a encore prise sur les choses.

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Les (nombreuses) citations qui suivent sont extraites de la newsletter La moins bonne version de moi-mêmeThis is 35.

J’ai complètement revu mon rapport au travail, je ne veux plus du métier passion qui dévore et détruit […]. Je ne vis pas pour mon travail, je le fais bien mais sans plus, et je profite de mon temps libre pour écrire pour moi.

Combien de temps avant que le travail alimentaire ne nourrisse plus l’intellect ? C’est un curseur bien difficile à ajuster.


J’aimerais être amoureuse, mais je ne veux plus du couple conventionnel. J’aimerais ne pas avoir besoin d’amour, arriver à coucher sans m’attacher, ne pas avoir besoin de marques d’attention des personnes avec qui je relationne, mais je n’y parviens pas. Alors pour l’instant, je préfère faire sans.

La gueule de bois affective au petit matin après une relation d’un soir… j’ai découvert ça pendant ma brève période Tinder, je n’aurais pas pu continuer longtemps.

Quant au couple conventionnel, je ne l’ai jamais connu jusqu’à la vie commune et n’y aspire pas spécialement (le rapprochement géographique, si, en revanche).


J’aimerais surtout vous dire que je suis heureuse et que je ne comprends pas exactement pourquoi. Je ne sais pas à quoi c’est dû, puisque rien n’a vraiment changé. Et comme je ne sais pas comment c’est arrivé, j’ai peur que ça s’arrête à tout moment.

L’autrice de cette newsletter raconte avoir connu des épisodes dépressifs, alors je suis tentée par une réponse très terre-à-terre : la chimie du cerveau.


Elle m’a raconté qu’elle n’était pas contre l’amour, le couple et les enfants, mais qu’elle avait arrêté de les attendre et de les chercher. Que si ça lui tombait dessus elle serait super heureuse, mais que si ça n’arrivait pas, elle serait super heureuse aussi. Elle avait l’air sincèrement alignée avec elle-même et épanouie, et je me suis dit que je voulais être comme elle, que je voulais son secret. Sur le papier, j’étais en phase avec ce qu’elle disait, mais je n’arrivais pas à le ressentir VRAIMENT, à être heureuse seule.

Au plus fort de ma dépression, j’étais obsédée par la question du sens de la vie. […] Les petits plaisirs (manger une glace, avoir un fou-rire, voir le soleil se lever), ça me semblait dérisoire. J’avais l’impression que les gens étaient dans le déni du vide de l’existence, qu’ils le comblaient avec des choses superficielles.

Et puis ça m’est tombé dessus, pour de vrai. Moi aussi je suis devenue heureuse, alors que rien de fondamental n’a changé dans ma vie.

Pourtant, je ne peux pas m’empêcher de penser parfois que c’est moi qui suis dans le déni. […] Qu’au fond je suis triste d’être seule et que je me persuade d’être heureuse pour supporter ma condition.
Quand j’en ai parlé à ma psy, elle m’a demandé pourquoi ce serait grave que je sois dans le déni ?


Il est anarchiste et polyamoureux, très soucieux de sa liberté. Quand il s’est rendu compte de ce qu’il éprouvait pour D., il a dit « je suis amoureux, je suis dans la merde ».

Tiens, tiens, y’avait pas amoureux dans polyamoureux ?


même si j’ai l’endurance d’un Tamagotchi en fin de vie et le cardio d’un paresseux, je me suis dit que j’avais envie de me mettre aux claquettes


Une reconnaissance violente. Métaphysique. L’éclat de l’iconographie byzantine. Je ne veux pas le rencontrer ; je veux l’avoir connu durant des années et des années.

– Ton/Nom, Esther Yi (Je ne sais toujours pas trop comment gérer les citations dans les citations)

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Scrollez lentement :

Le format fait un effet incroyable (il me semble que Karl affectionne les panoramiques à la verticale). Cela rend l’émerveillement devant la profusion florale sans que l’on se dise devant la photo, oui, bon, des fleurs.

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L’émerveillement de Karl devant les mille petites pièces de vieux magasins d’électronique me rappelle le mien, enfant, devant des casiers similaires remplis de perles, boutons et fermoirs…  Travaux manuels ou circuits imprimés avec diode, même rêve de choses à assembler, à bricoler.

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Les débuts du Covid, c’était il y a 5 ans. Pour l’occasion, Marie Le Conte republie un essai écrit durant le confinement. J’ai été troublée de constater que certaines choses qui me paraissaient propres à cet épisode résonnent bien au-delà, comme si le confinement avait été un miroir grossissant de certains traits de notre époque (ou de notre psyché ?).

[…] I am living through this like an artist is preparing for an exhibition.

On a maintenu le lien en se mettant en scène les uns pour les autres. Est-ce qu’on ne le faisait pas déjà ; est-ce qu’on n’a pas continué à le faire, sur Instagram et ailleurs ?


Everything doesn’t happen for a reason, but if you don’t construct a reason for everything that has happened to you, I’m not sure how you keep on living.

Ce besoin de faire sens toujours, quitte à le construire, l’inventer.


[…] ensuring that I can look back on those months and feel safe in the knowledge that I did not waste them.

Cette angoisse de ne pas gâcher son temps, je m’y retrouve tant. Et pas seulement pour le confinement.


Resting is only worth it when you know what you’re resting for […]


I worry about turning myself into a spectacle, about ripping my ribs open when no-one asked me to. In darker moments I see it as desperate attempts to foster immediate intimacy, from someone who isn’t very good at forming relationships.
I have no idea if that’s the case; if I’m being kinder to myself, I simply see it as a habit that I have, because I have always had it, because I am of the generation that grew up pouring its secrets into screens, and right now screens are all we have.
There is something to be written about the internet once being where we went to escape from our real lives, and presently being the one place we go to in order to try and cling on to those real lives.

Cette conclusion me semble articuler de manière beaucoup plus claire la distinction que je tente souvent de faire entre intime et privé : au début du web et des weblogs, on « déversait nos secrets dans les écrans » — ce n’étaient pas nécessairement des choses à cacher, plutôt des bouts d’intimité qu’on ne savait pas comment partager dans la vraie vie, où l’on demande plus volontiers si on a des frères et sœurs (enfant) ou ce qu’on fait dans la vie (adulte) qu’on ne nous interroge sur nos doutes ou notre rapport à la mort (big up à Eli, je ne retrouve plus le billet en question). Sur des forums, sur des blogs ou des pages personnelles, sous pseudonyme, on écrivait des tartines, des bouteilles à la mer pour un partage hypothétique, lointain.

Avec Facebook, Instagram et compagnie, tout s’est peu à peu inversé : on se connecte d’abord avec les gens qu’on connait IRL ; le partage est proche, similaire à celui de la « vraie vie » et le privé a pris le pas sur l’intime, de nouveau plus compliqué à partager (sans compter que les données privées se vendent bien mieux aux annonceurs ; nos états d’âme présentent moins d’intérêt pour Meta que de savoir où on habite et à quelle fréquence on va au restaurant). Le pseudonymat, avatar d’une identité réinventée, est devenu un anonymat suspect : que peut-on avoir à cacher ? pourquoi cette rétention de données ? Aujourd’hui, même si on commence à vouloir faire machine arrière, on se géolocalise à tout va, on donne mille détails qui croisés permettent de nous identifier, alors qu’on prenait soin d’effacer les indices quand on entrouvrait nos entrailles.

On a migré de nos arrières-boutiques secrètes pour les vitrines. L’ailleurs un peu utopique qu’était le web est devenu une réplique de la vraie vie, professionnelle, marchande, normée, un nouvel ici qui donne à nouveau envie d’aller voir ailleurs si la vraie vie ne s’y serait pas réfugiée.

Je continue et le blog à l’ancienne et les réseaux sociaux, et c’est probablement la juxtaposition des deux qui me met mal à l’aise, qu’il soit possible de recouper le privé et l’intime. L’intime se partage bien, c’est la dimension la plus enfouie et la plus commune ; couplé au privé pourtant, il en devient obscène. On peut dire les caresses et l’extase amoureuse si on ignore l’identité du partenaire, de même qu’on peut connaître l’identité du partenaire si on ne dit rien de ce qui se joue entre les corps ; les deux ensemble mettent mal à l’aise. J’essaye de cloisonner autant que je le peux, autant que j’y pense — mal.  À défaut de pouvoir éviter les recoupements, je conserve une distinction symbolique : au journal du blog l’intime (les ressentis, les émotions, les doutes, le flou), aux réseaux sociaux les détails privés (les stories de voyage en temps réel ou presque, les annonces de stage de danse…), avec des comptes distincts pour ceux qui sont couplés à mon identité bloguesque (où j’évite de poster des images de moi reconnaissables) et ceux qui sont couplés à mon identité nominative (LinkedIn, compte Insta danse…).

happy birthday to youuu COVID-19, Young Vulgarian

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Au-delà de l’amusement à voir ce qu’il y a dans l’assiette d’un auteur qui n’est pas du genre à partager sa morning routine, je souscris à la quête d’énergie de Thierry Crouzet via son régime alimentaire

 J’en suis arrivé à ce régime pas à pas, avec les années, en même temps que mon corps se transformait et pour répondre à ses transformations. Dès que je déroge au régime, je me sens moins vif, moins alerte.

Ça recoupe d’ailleurs ce que disait Sylvie Guillem en interview : abandonner une alimentation carnée lui avait donné plus de stamina à l’âge où l’énergie est censée baisser. (En revanche, vous pouvez m’exclure du jeûne intermittent, je mords si je n’ai pas mangé depuis plus de quatre/cinq heures.

Pour ma part, le sport est le meilleur moyen de me garder affûté intellectuellement, le sport à ce moment de ma vie m’est plus important que la lecture.


Je désinstalle de mon mobile les applications Facebook, Messenger, LinkedIn, BleuSky, Instagram. J’avoue que le geste n’a pas été si facile. Des années de réflexes pavloviens à défaire. C’est à ce moment précis que je découvre que je suis sous emprise. J’ai physiquement mal.

Je suis sur Mastodon, mais le fil est moins nourri, même si sa qualité est supérieure. Ce n’est pas si simple de quitter.


La chambre ne devient lieu de créativité que quand j’y suis seul, et c’était déjà vrai dans ma jeunesse. […] Je pourrais presque écrire un petit éloge de la chambre à part.

Please do.


Le récit de la poursuite d’une œuvre est peut-être plus important que l’œuvre.

L’œuvre peut passer de mode, mais sa quête reste, parce qu’elle est celle de la vie […]

La quête me fascine parfois davantage que l’œuvre… s’il y a une œuvre qui la précède.


La souffrance regardée avec impuissance me traverse jusqu’à devenir souffrance en moi.

Écho à ma lecture de Samah Karaki.

Journal de mars de Thierry Crouzet