The fucking wolf of fucking Wall Street

Dans une scène énorme où McConaughey importe un peu de Mud en se frappant la poitrine façon haka, le jeune Jordan Belfort se fait initier au monde des traders : toujours faire en sorte que le client réinvestisse ses gains dans une autre affaire pour que jamais, au grand jamais, il ne sorte son argent, qui deviendrait alors réel ; les seuls chiffres qui doivent devenir des billets sont les commissions des traders. Me voilà en train de visualiser une tour Kapla qu’il faut continuer à édifier avec les pièces qui lui servent de fondations, sans que cela s’effondre au moment où l’on joue : la folie de la bourse expliquée en deux minutes ébouriffantes, à l’image de la vie de ces escrocs en col blanc – car Jordan a l’idée géniale et illégale d’appliquer les techniques des traders de haut vol (acquises lors d’un premier job écourté par le lundi noir) aux actions à la petite semaine (magouillées dans l’agence miteuse où il retrouve du boulot). Ce qui fait passer le flot de fêtes, putes, drogues et bad trip qui s’ensuit n’est pas le grand cœur qui se cacherait sous la débauche, comme c’était le cas du précédent rôle de Leonardo DiCaprio, dans le personnage de Gatsby : c’est tout simplement qu’il est putain de bon dans ce qu’il fait. Fucking good. Dans une infographie sur le nombre de fuck par minute dans les films, Le Loup de Wall Street figurerait certainement en première place. Il faut dire que, coureur de jupons et baratineur hors-pair, baiser les gens, ça le connaît : Jordan Belfort ment comme il improvise et ne respire qu’avec de la poudre blanche dans le nez. Drogué, il l’est pourtant moins au sexe, à la came ou même aux billets verts (la seule véritable drogue du trader selon son initiateur) qu’à la vente sauvage et au sentiment de toute-puissance qu’elle lui procure – et quand on voit l’état dans lequel il se met avec un cocktail de médoc, ce n’est pas peu dire. Même lorsque la déchéance a commencé, l’euphorie ne cesse pas, les plans et les répliques se suivent à toute vitesse devant le spectateur, la pupille dilatée. On comprend au final que Jordan qui parle à la caméra n’est pas un coup de méta : c’est encore le personnage en train de faire sa promo, pour des séminaires cette fois, sur l’air de Sell me this pen. – No need, man, I bought it. The whole movie.  

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