Un château italien en Espagne : gâté, pourri

Une famille, dont les enfants sont depuis un certain temps déjà en âge d’en avoir, tourne autour de son château italien, coûteux en entretien, qui ressemble à un musée sans visiteur : faut-il l’ouvrir au public, curieux de visiter la propriété de feu le patron de la grosse usine du coin – le parc est propice aux pique-nique ? Faut-il vendre certaines de ses pièces aux enchères – mais pas le Brueghel, proteste le fils, qui ne le regarde pas ? Avachie sur un divan, Louise, la fille, glousse tandis que la mère essaye d’en sortir quelque chose. Le spectateur n’y parviendra pas plus : le film est à l’image de ce château, attirant sur le principe, vite décevant à la visite. Certes, il y a bien comme le Brueghel quelques pièces qui valent le coup d’œil (la relation ambiguë frère-sœur, les délires de la piété ritale, l’humour et la dignité du frère puis celle de sa veuve, qui survit comme elle peut au milieu de cette famille ni à fait ni à faire) mais l’impression qui domine est que l’on a jeté ça au public sans trop y réfléchir, en se disant que, curieux des gens riches et célèbres, il y trouverait bien quelque à se mettre sous la dent – et l’on s’étonne après qu’il l’ait dure.

Ce n’est pas le malheur des nantis qui agace (la réalisatrice a l’intelligence de ne pas l’utiliser comme excuse à sa situation sociale : c’est comme ça, la maladie et la solitude n’arrivent pas qu’aux pauvres) mais le gâchis total des talents, que l’on a essayé de concentrer dans la figure du vieil ami ingénieux devenu un emmerdeur alcoolique, mais qui rejaillit sur les autres, sans que l’on sache trop bien si c’est sur les acteurs ou les personnages qui sont de toutes manières acteurs (les joies de l’autofiction). Ah non, pardon, Louise a arrêté de tourner pour « laisser plus de place à la vie dans [sa] vie » (en italien dans le texte) et Nathan, son jeune amant (Louis Garrel) ne veut plus faire l’acteur, trop las pour aller jusqu’au bout d’un film ou d’une pièce – dans laquelle il joue un travesti parce que, vous comprenez, quand il joue une pièce, ce n’est pas lui, ce ne sont pas ses mots. En revanche, ses maux et sa mélancolie-marque-de-fabrique sont fidèles au rendez-vous, tandis que son babillage, habituellement délicieusement agaçant à force d’auto-dérision, est en berne1. Pas folichon, folichon.

D’une manière générale, les personnages sont incapables de prendre une décision quelle qu’est soit ni de s’y tenir. Tout le film est ainsi à l’image de la relation entre Louise et Nathan, qui n’arrêtent pas de chercher une occasion pour se séparer, pour de toutes façons finir par revenir ensemble – et Louis Garrel de revenir dans les films de Valeria Bruni Tedeschi même s’il n’est plus avec elle. Quelques moments pathétiques que l’on voudrait faire passer pour de la fantaisie viennent agiter ce bazar, pas assez loufoque pour être joyeux. On finit par se dire que personne, dans cette famille, ne sait vivre – comme si, en l’absence de contraintes extérieures, ils n’avaient pas pu se construire, seulement se répandre indifféremment en plaintes ou en joie. De même, Un château italien aurait pu être un bon film s’il n’avait été construit en Espagne, sur les fondations d’une intrigue imaginaires.

 

1 Une exception, lorsqu’il demande au frère ce qu’il a à l’œil  :
« – Le sida. 
– Ah. 
– Une maladie comme une autre. 
– J’ai aussi un truc à l’œil mais c’est un peu moins grave. » 
Le tout en peignoir rose.

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