Août out

Samedi 1er août

La très bonne fougasse offerte par la sœur du boyfriend finit en croûtons dans une salade — meilleure que n’importe quelle César.


Le boyfriend a été transféré, mais pas son traitement. L’infirmière a l’air si peu dégourdie que je descends moi-même le chercher en réa — l’occasion de découvrir que je suis devenue « Madame Cookies » et que le petit mot a été aimanté au tableau blanc. Une infirmière arrivée aujourd’hui est arrivée trop tard pour les goûter, mais « une bonne idée, les allergènes ». Celle qui était là hier et qui n’en a mangé qu’un, contrairement à ses collègues qui en ont mangé deux, me tend la boîte de médicaments que je suis venue chercher. À bientôt, me dit-elle par habitude. J’espère pas trop, pas dans ces circonstances en tous cas, tombe-t-on d’accord. En partant, elle ajoute « Vous êtes belle comme ça », avec le crâne rasé et nu, ça veut dire, alors je dis merci et lui fait le même signe de cœur avec les mains qu’elle la veille pour la boîte de cookies.

Après les médicaments, je pars en quête d’un goûter et de choses à grignoter à toute heure. Dehors, c’est l’été, les vacances. La marche me fait du bien et me fatigue de même. Je passe par des rues que je n’avais jamais empruntées, fais furtivement du tourisme architectural et revient remplir la table de chevet d’hôpital de bonbons, Michoko, figues et abricots séchées mais moelleux, nachos. La boulangerie-pâtisserie qui ne fait rien comme tout le monde n’avait pas de pain aux raisins, mais un escargot (brioché, avec crème pâtissière) et un carré aux raisins (sans crème pâtissière, feuilleté comme le bord d’un chausson aux pommes — d’après moi — ou un kouign aman moins beurré — d’après le boyfriend). Le boyfriend est assis en tailleur sur son lit ; j’y pose mes jambes débarrassées de leurs sandales — deux ados qui squattent une chambre d’hôtel cahin-caha. On mange et on s’embrasse et on se masse les jambes et les pieds. Être l’un contre l’autre nous avait manqué. Le sucre nous achève, je quitte le boyfriend qui s’endort pour in fine faire de même sur mon canapé.


Film du soir : Home. Si j’étais rédactrice à Télérama, j’inscrirais sur la notice Genre : Isabelle Huppert tant l’actrice donne peut-être davantage le ton que la réalisatrice. C’est déjanté, forcément, une famille dans un paradis oublié qui vire au huis-clos alors que le tronçon d’autoroute abandonné qui prolonge leur jardin est soudain terminé après dix ans de travaux avortés.


Le chat miaule un passage sous la moustiquaire pour se faire gratter la couenne, comme dirait le boyfriend habituellement choisi pour les papouilles.

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Dimanche 2 août

Le chat me réveille, miaule à nouveau un passage sous la moustiquaire. Décidément en manque de câlins, il ronronne déjà en arrivant et se fait abondamment gratouiller sous le menton. Il part et je me rendors jusqu’à dix heures : c’était donc mignon.


Les journées passent sans que j’ai le temps de rien faire, sinon discuter avec Mum à la maison, avec le boyfriend à l’hôpital. Pendant ce temps, Mum s’affaire et chaque jour, je découvre une nouvelle tâche accomplie quand je rentre : bouilloire détartrée, terrasse balayée, machine lancée, vêtements en purgatoire post-mites repassés.

Dans les jours qui suivent, des rituels se mettent en place : le chat qui gratte à la porte de l’armoire pour gagner l’entrée sous la moustiquaire et ronronner-patouner sur la couette ; les visites à l’hôpital ; les humeurs variables du boyfriend, et moi pas toujours capable de nous sortir de l’abattement.

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Lundi 3 août

Premier cours d’APA, activité physique adaptée. On s’échauffe en cercle, en tenant chacun un élastique lui-même monté sur un élastique central. J’aime bien l’idée, à la fois de la résistance et du groupe rassemblé. L’une de nous se décale pour ajuster l’équilibre entre les élastiques, satisfaite de rétablir l’octogone. Est-ce la même qui, plus tard, décale son tapis pour qu’il soit aligné avec les dalles du plafond ?

Après ça, 15 minutes de cardio sur machine. Nouvelle, j’ai le droit de choisir la mienne et, prudente, je choisis le vélo (bien inspirée, parce que les tapis de marche / course se révèlent être pile sous la clim ; même à côté, je dois aller me couvrir pour suer à l’abri des courants d’air gelés).

On finit par des exercices sur tapis, des séries de mouvements simples et répétitifs, elles-mêmes répétées — sans synchronisation musicale. Quand je vois la différence de préparation qu’il y a entre une séance comme ça et une heure de barre à terre, je me dis que nous ne sommes pas assez payés en tant que professeurs de danse. J’ai beau frimer malgré moi avec mes jambes qui montent toutes seules, la séance fait quand même son effet, j’ai les cuisses presque tétanisées (le vélo).

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Mardi 4 août

Dernier cours de danse de l’été. Je me retrouve derrière une élève du conservatoire (pas la mienne) derrière la barre, et ne peux m’empêcher de constater son en dehors forcé. Comme un fait exprès, elle a mal au genou et la douleur semble empirer à mesure que le travail gagne en intensité. Il est malvenu de corriger des élèves dans un cours où on l’est soi-même, aussi je me contente de lui suggérer un ou deux expédients pour limiter la douleur : assez tôt, de refermer momentanément l’angle de ses pieds, et lors des étirements, des ajustements de posture pour faire diminuer la pression sur le genou.

Main gauche à la barre, l’élève est devant moi, mais main droite à la barre, c’est elle qui me voit et, mine de rien, ça me met une petite pression, ne pas avoir l’air trop nulle devant elle. À la fin de la barre, je suis déjà crevée, mais je danse quand même au milieu pour le plaisir de danser vraiment. Mes mollets tétanisent pendant les petits sauts, se serrent en l’air comme des pois chiches racornis, je m’arrête juste avant les grands (sauts). Le bien que ça fait tout de même de danser — de discuter après aussi.

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Mercredi 5 août

Petit périple à pied pour aller me faire piquer. Le sang coule hors les tubes lors de sa prise approximative, il y en a sur l’avant-bras, quelques gouttes par terre. Avant cela, je discute avec l’infirmier pour tromper la peur de l’aiguille et, entre crânes rasés, je me sens autorisée à poser cette question existentielle : faut-il se laver le crâne nu au shampoing ou au gel douche ?

Pas de bagel au saumon à la boulangerie du centre-ville, pas de sandwich baguette à la bonne boulangerie diamétralement opposée, le long du parc Barbieux ; finalement, c’est un coppa-comté chez Paul. Ce chou blanc réitéré a le mérite de me faire marcher. (Et de faire mâcher le boyfriend, car le pain résiste.)

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Jeudi 6 août

en cette journée d’anniversaire, il y a
l’apaisement de s’être rendormie
le colis de Melendili et celui d’O.
un sandwich falafel faisant apparaître un mystérieux motif d’anniversaire
du shopping danse et une grosse glace dans Lille
une mission sushi pour récupérer la commande à temps et les manger tous les trois à l’hôpital, en dépassant un peu les horaires de visite — le boyfriend n’était pas sûr, voulait plus festif pour moi, mais ça lui a fait du bien c’est lui qui le dit et ça m’a fait plaisir, c’est moi qui le dis
et c’était, un peu timée, très rythmée, une chouette journée d’anniversaire
réalisée avec les moyens du bord-el qu’est cet été 2026


  • quelque part dans la deuxième moitié de ma vingtaine : restaurant libanais un peu chicos en haut de l’institut du monde arabe avec Mum et mon ex
  • 31 ans : restaurant libanais familial dans le quartier où travaillait Mum, le jour où mon grand-père est mort
  • 36 ans : sandwich falafel mangé en brochette, Mum, moi, le boyfriend, sur un banc du Palais royal — pèlerinage gustatif de l’époque où je travaillais dans le quartier (n’y travaillant plus, c’était encore meilleur)
  • 38 ans : sandwich falafel au parc Barbieux, à prendre conscience de cette récurrence

Ça perd en standing, remarque Mum.
Ça gagne en joie simple.

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Vendredi 7 août

Je rêve de toilettes bouchées, de reproches que m’adresse le boyfriend.


Consultation à 08:15. La chimio est tôt, cette fois-ci, en salle commune (une dizaine de fauteuils). Je me retrouve près de la fenêtre avec, pour contrer le froid, une couverture que je réclame timidement et sous laquelle je disparais à moitié. Et au niveau des quantités, vous diriez que votre assiette ressemble le plus à laquelle ? Nous saurons tout de la consultation de diététique du vieux monsieur en face de moi, et que les Napolitain sont son péché mignon. Il en dépiaute d’ailleurs un juste après.

Barbouillement et sieste, j’ai le boyfriend au téléphone dans un état vaseux. Je dîne comme je peux et retourne me coucher.

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Samedi 8 août

Une nuit de plus de dix heures, et une sieste par-dessus. Je suis allée pleine de mollesse rendre visite au boyfriend, qui m’a confié avoir pleuré un peu la veille — la seconde fois en plus de cinq ans. Je l’étreins, que puis-je faire d’autre. Ah si, une livraison de bonbons et de Coca (se baisser dans les rayons pour trouver les Michoko : mon max d’effort physique possible ce jour-ci). Je ne pars pas assez tôt pour éviter les odeurs des plateaux repas. Froids, les artichauts marinés passent bien, le reste moins. Une courte journée de convalescence qui passe lentement.

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Dimanche 9 août

Des rêves industrieux ou laborieux. Encore une nuit de plus de dix heures. Des ronrons au réveil, la piqûre pour booster les leucocytes juste après le petit-déjeuner.


Une petite sphère d’eau au coin de ses yeux, sa tête pressée contre mon ventre, ses bras qui m’enserrent plus bas. Peau à peau, on se manque.


J’ai oublié de mettre la pâte feuilletée au congélateur pour cuisiner plus tard une tarte aux tomates cerises façon tarte tatin ; Mum s’y lance derechef. Je me doutais que, barbouillée, je ne serais pas en mesure d’en manger le soir même, mais ce que je n’avais pas prévu, c’est que l’odeur de la pâte en train de cuire me déclencherait de telles nausées — réactivant probablement celles liées à la tarte au fromage de l’hôpital lors de la première cure (rien que de l’écrire, j’ai du mal). Même en sortant sur la terrasse, c’était compliqué ; j’ai fui au parc Barbieux où j’ai mangé des cœurs de palmier à même la boîte (j’espère que le platane au pied duquel j’ai vidé le jus ne m’en veut pas).


Mum revient sur ses multiples réveils nocturnes, toujours ce besoin d’uriner, bien plus qu’en journée ; ça l’affecte, elle boucle. Tous les examens qu’elle a fait sont pourtant bons. Je lui rapporte ce que m’avait dit ma psy parisienne, le lien entre urine et peur, et évoque mes rêves-cauchemar où je cherche des toilettes sans jamais en trouver, ou alors exposées à la vue de tous. Mum voit très bien, elle fait les mêmes. Mêmes craintes. Probablement nerveux, a conclu son généraliste. Alors j’avance prudemment, acupuncture, médecine chinoise, psy. On en discute au croisement de la salle de bain, debout puis assises dans le couloir quand je vois que la boucle prend du temps (le chat est étonné, c’est lui d’habitude qui occupe le territoire des seuils, à s’assurer qu’aucune porte ne soit fermée). Je sens la fatigue, mais aussi le moment opportun, alors, comme le résumera le boyfriend le lendemain, je mets un pied dans la porte.

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Lundi 10 août

Neuf heures de sommeil. Maïs et pois chiches.


Nos humeurs se moirent en fonction de notre état physique et au contact l’un de l’autre. Aujourd’hui, le baromètre monte progressivement au cours des deux heures, deux heures et demie que nous passons ensemble. On discute pour de vrai, pas pour meubler les murs jaunes ou étouffer les craintes. Le boyfriend sent que l’antibio commence à faire effet, il le sent à la texture de sa peau, même s’il n’a pas encore dégonflé.


L’enthousiasme revient pour faire des choses, même si je n’en ai pas encore l’énergie. Sur Instagram, je découvre le compte d’une historienne de la danse dédié à Marius Petipa et apprends que la variation de Nikiya au deuxième acte de La Bayadère était à l’origine dansée avec un instrument de musique. Envie de transposer ça en frise graphique ou en newsletter, les neurones en ébullition quand il faudrait aller se coucher, après m’être quasi endormie sur le canapé.

…Mardi 11 août

Essayer des sandales de marche suffit à me renvoyer à ma tension faiblarde. Monter le bras pour atteindre la bonne taille, se tenir en équilibre pour l’essayage, se baisser pour ajuster les lanières et remonter : trop de changements de niveau. Je ne trouve pas chaussure à mon pied, mais repars avec la paire convoitée en 48 pour le boyfriend.

Assouvir une nouvelle envie de falafel — encore, déjà, si peu de jours après. (Il nous manque un yet another en français.) Ils sont croustillants, roulés dans le sésame.

Rituel de notre rendez-vous sans mystère dans la chambre jaune. Les feuilles de vigne lui explosent de saveur (citronnée et mentholée) en bouche après les plateaux de l’hôpital. Je le ravitaille en affreux bonbons à la pêche chimique.

Mum a encore œuvré dans l’appartement. Le calcaire à la limaille dans la salle de bain. Après dîner (nouilles cacahuètes et sésame, pour filer la thématique sésame de la journée), notre duo comique reprend du service. Ce n’est pas Laurel et Hardy, mais la maniaque et la bordélique. Ce qui l’affolait quand j’étais enfant l’affole toujours, mais la fait rire aussi désormais. En quête d’un lait pour le corps (quelle idée qu’une crème non solaire et non destinée aux mains, seul un tiers peut avoir introduit un tel produit chez moi), je me mets à la recherche du produit de beauté offert en cette fin d’année scolaire par une élève, un flacon dans un étui en tissu avec une pochette de lavande, que je pense avoir provisoirement stocké dans les bacs en tissu de l’armoire près de la porte. Du bac à chapeau, j’extirpe casquette de pluie, gavroche, masques chirurgicaux, béret, FFP2 ensaché ou en liberté, casquette en tissu, en feutre, mouchoirs, étui de parapluie décédé, pochette pour ranger les masques chirurgicaux, épingles à chignon, tote bag, sachets en papier à mettre dans ledit tote bag pour l’achat des fruits, notice d’exercices à réaliser avec les bandes élastiques Decathlon. Mum reste stupéfaite devant cette malle aux débris comme un enfant devant une malle aux trésors, l’émerveillement en moins. On pourrait peut-être en profiter pour ranger, espère-t-elle, pointant quelques items à jeter, au moins. Je consens à quelques menus aménagements et commence à remettre le reste sans ménagement. Elle finit par prendre le pli de dépit et remets un objet dans le cube en tissu en le jetant presque ; je l’encourage comme une Marie Kondo inversée : c’est ça, c’est la vibe !

(Le cadeau n’était pas un lait pour le corps, mais un spray apaisant. Est-ce que tu te sens apaisée ?)

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Mercredi 12 août

Savourer la lumière et la fraîcheur, rideau entièrement écarté, yoga vertical dans un coin de chambre, chat qui pattoune. On discute bien après le petit-déjeuner avec Mum, sur la terrasse, confiture et marmelade refermées, refill de Countess Grey. On s’étonne des âges que nous avons. J’aimerais bien trouver davantage de confiance, la quarantaine approchant, même si c’est probablement plus une question de tempérament que de seule maturité. On parcourt rapidement l’arbre généalogique de l’anxiété, s’arrêtant sur ce contre-exemple qu’est ma grand-mère maternelle, « nimbée de certitudes » dixit sa fille. Ça doit être tellement reposant — pour soi sinon pour l’entourage. On parle de feu mon grand-père, aussi, de son labo photo réquisitionné par ma grand-mère pour (re?)devenir une buanderie, toute passion tuée dans l’œuf ; et de sa collection d’œufs, justement.

Je ne t’ai pas raconté l’histoire de la clé ? Ça ne me dit rien. L’intérieur de la vitrine avec les œufs n’avait pas été dépoussiéré depuis la mort de mon grand-père, il y a sept ans peut-être. Quand Mum et ma grand-mère veulent s’y atteler, la clé de la vitrine est introuvable. Ni dans la serrure, ni sur la vitrine, pas plus dans le secrétaire, elles font tous les tiroirs de celui-ci et d’autres meubles dans la maison, trouvent des clés qu’elles essaient, rien, nada. Mum conclut qu’il faudra appeler un serrurier. Quelques jours plus tard, ma grand-mère l’appelle, tu vas penser que je suis folle… Elle a trouvé la clé, posée en évidence devant les tiroirs du secrétaire qu’elles ont pourtant fouillé de fond en comble. Nouvelle conclusion de Mum : tu pourras remercier papa.


Mum a cherché en vain des lunettes pour l’éclipse dont elle m’a appris la survenue. Elle a seulement trouvé un post Instagram mentionnant qu’une association en prêterait au parc Barbieux. Si tel est le cas, les stocks ont déjà été écoulés quand nous arrivons. Il y a du monde. Pas foule, mais du monde. Les gens sont massés sur les échardes de lumière comme des ours polaires sur des icebergs en train de fondre, à ceci près que l’ambiance est festive, festive et feutrée, c’est étrange et c’est beau, une golden hour en avance, le ciel dégagé et voilé à la fois. Bizarrement, je n’éprouve pas de FOMO, prends seulement garde à tourner le dos au soleil, ne pas être tentée de me brûler la rétine par inadvertance. L’atmosphère du moment me suffit, et la grosse gaufre et la grosse crêpe au Nutella qu’on achète au camion à glace (après les guyozas qui ont attaché à cette p***** de poêle, mangés à la va-vite et en charpie). La lumière remonte à l’heure où elle devrait diminuer.


On n’a pas vu l’éclipse, mais on a vu les étoiles filantes, allongées sur la terrasse. Les tapis de pilates acquis en prévision de cours particuliers qui n’ont pas eu lieu trouvent là leur raison d’être. On évite de se dévisser le cou, et on peut oublier attendre, observer le ciel et discuter par intermittence. D’abord on guette, on scrute le ciel en tous sens, puis on apprend, l’attention se fait flottante, prête à être happée par le moindre mouvement un peu vif (le nombre de satellites qu’il peut y avoir !). La première, là ! Toute fine. La deuxième juste après est incroyable, tête de météorite, traîne épaisse comme une trace d’avion. Les constellations se précisent ou nos yeux se font davantage à l’obscurité. Il y a des moments sans rien, des balayages visuels où l’on ne sait plus ce qu’on voit, le flou qui gomme les étoiles, les fait clignoter. Puis à nouveau, soudain : Là !  Tu l’as vue ? Elles apparaissent à peu près dans le même coin de ciel, à peu près dans la même direction. Alors on guette, on compte, on perd le compte. Des rayures, des égratignures fulgurantes, diamant contre verre fumé. Dix, une douzaine. On s’habituerait presque. Encore une et on va se coucher. Une dernière ?

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Jeudi 13 août

L’énergie me fait vite défaut au cours de stretching postural. La prof me fait faire les mouvements sur un tabouret ; ainsi installée, avec mon long buste, je fais la même taille que mes deux recrues (mon élève S. et J., nouvelle élève apparue aux cours d’été de l’académie). On en rigole tandis que la prof ne les lâche pas d’une semelle chaussette.

Je propose ensuite de manger un morceau ensemble, C. propose un resto sans gluten qui sert encore à cette heure tardive et nous voici attablées — à nouveau des falafel après avoir à regret écarté des anglaiseries tentantes mais peu digestes. Je suis survoltée de cette sociabilité rare ces temps-ci, inédite dans cette configuration. S. fait la badass girl avec sa maladie, J. renchérit lorsqu’elle nous rejoint post-kiné, tout le monde est infecté par les toxoplasma gondii, on se montre des photos de nos chats comme d’autres de leurs enfants. Même la chasse d’eau des toilettes me ravit, transparente avec des lumières bleutées, on est à ça de la lava lamp.

Il est temps de rentrer tout de même pour pouvoir rendre visite au boyfriend — avant l’heure des plateaux repas et de leurs odeurs, si possible. La digestion est difficile, je soupçonne de l’ail traître dans les falafels.

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Vendredi 14 août

Les notes du jour ne méritent pas d’être développées :
air dégueu, 36°, ventilo
pancakes
barbouillement

Possible sortie d’hôpital samedi. On colle des pastilles de velcro pour allonger les brides des sandales de marche dégotées pour le boyfriend.

En guise de soirée TV, nous regardons la moitié de La Bayadère dans la version de Ratmansky, en basse déf, avec beaucoup (trop) de pantomime. Au deuxième acte, les éléphants dorés suspendus dans le décor perturbent le sens de gravité de Mum (et le mien). On dirait des chevaux de carrousel coincés dans les airs.

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Samedi 15 août

Quand Mum passe, la procrastination trépasse. Le bas de pyjama posé dans le salon depuis une éternité pour être vendu est enfilé, photographié et déposé sur Vinted… où je me mets à scroller les justaucorps.

La chaleur descend, je retrouve des neurones pour rédiger ma newsletter.

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Dimanche 16 août

La newsletter part, et c’est toujours la même chose ensuite : tout ça pour ça.

Gros hug sous moustiquaire et Une année à Oxford. La comédie romantique vire de manière inattendue au mélodrame (en empruntant à la fin de The Good Place, ai-je l’impression). Le reste est téléphoné, complètement hors sol (ces cours de littérature où il n’y a pas la moindre analyse stylistique…), mais c’est calibré pour littéraire midinette en plein FOMO d’études à Oxford, et je suis dans la cible. Seul regret : que les seconds rôles ne soient pas les premiers ; la pote fantasque et l’Anglais posh prétentieux ont plus de saveur que le couple principal, lisse à l’extrême l’américaine.

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Lundi 17 août

Je suis accueillie au cours de stretching postural par le hug étonnamment musclé de S. C’est aussi surprenant qu’agréable. La prof, elle, est étonnée que je sois réceptive.

Je fais une partie des exercices sur tabouret tandis que les autres restent debout. Nous ne sommes que trois, c’est tranquille et la prof adapte discrètement le cours à que je peux faire — ainsi de ce travail pour engager les muscles du dessus du pied lorsqu’il est pointé (dessous, sans problème, mais alors dessus, il n’y avait personne). Au sol, encore et toujours les rotateurs avec élastique, les jambes alternativement parallèle et en dehors pour libérer la rotation.


Bonne pioche en commençant un peu par hasard, un peu par dépit la série Maid, même si quelque chose de plus feel good aurait peut-être été plus adapté. Coup de déprime-angoisse ensuite. Je ne dors pas, la faute aux moustiques et au chat — à cause de la moustiquaire pour celui-ci, contrarié de ne pas pouvoir circuler sur le lit à sa guise ; malgré la moustiquaire pour ceux-là, une autoroute aérienne bruyante au ras de ma tête. Quand j’allume la lampe de chevet, un escadron de trois est posé sur le mur juste au-dessus. Je tapette un peu, je consulte des vidéos et j’élabore un squelette de newsletter sur l’en dehors  — à deux heures du mat’, ça m’occupe et me calme ; je m’endors une heure plus tard.

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Mardi 18 août

La journée commence tard à cause de la nuit. Il y a du cramique qui ressemble davantage à une brioche au levain, un tour à la médiathèque, à la Poste, une heure de sieste, et l’hôpital comme chaque jour. Le boyfriend me dit que ce n’est pas la peine de passer, mais je passe et ça le sort un peu de son mode vener (l’ORL n’est toujours pas passé, alors que la sortie de l’hôpital est conditionnée à son passage).


Kirsten Stewart avec un vague air d’Adèle Exarchopoulos ? Je trouve soudain à qui l’actrice de Maid me fait penser : Isabella de @balletwithisabella ! Mon erreur était de rester dans un référentiel cinématographique. (Série interrompue, Instagram dégainé : Mum est d’accord avec moi.)

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Mercredi 19 août

Nous n’attendons pas la soirée pour regarder la suite de Maid, dont on ne verra pas la fin ensemble. C’est assez terrible, cette héroïne qu’on voit, qu’on anticipe ne pas s’en sortir alors qu’elle se démène — avec la même énergie qu’elle se sabote.

À l’heure du goûter, L. sort du boulot et le boyfriend de l’hôpital. Bref instant de panique à ne pouvoir tout concilier, étincelle de burn-out. C’est simple pourtant : le goûter est annulé, le boyfriend rapatrié.

Peu après, Mum fait ses bagages, n’attend pas le dîner pour rentrer. Le boyfriend est sorti de l’hôpital, je devrais être soulagée, heureuse, mais l’appartement, l’atmosphère est étrange sans elle, sans nos discussions incessantes depuis le petit-déjeuner jusqu’au moment de se coucher — elles me débordaient, parfois, mais elles m’enveloppaient aussi. Après trois semaines à être portée par son énergie, j’ai une montée de stress : c’est à moi de gérer.

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