La roue de l’infortune

Lumière préraphaélite dans les cheveux, seins qui tombent, sourire en berne et mal fagotée dans un fond de robe froissé, le personnage de Kate Winslet dans Wonder Wheel a tout de l’ange déchu ; tombé dans la foire humaine d’une éternelle fête foraine. Animations au programme : partie de pêche de son gros beauf de mari ; partie de cache-cache de sa belle-fille, recherchée par les sbires de son gangster de mari (elopment au carré) ; partie fine avec son falot d’amant, qui lâchement préférera la belle-fille à sa cougar de belle-mère, et game over avec son pyromane de fils qui, assez logiquement, a très envie de foutre le feu à tout ça.

Woody Allen fait très bien le bonimenteur : on écoute, on s’amuse, on entre dedans… et on n’a plus qu’à s’en prendre à soi-même quand la drôlerie du désespoir quitte le navire et qu’on s’enlise dans les emmerdes. Comme souvent, Woody Allen prend un soin maniaque à tout gâcher, et comme souvent, ça me fout en boule — au point que j’en viens à douter que ce soit si mauvais que ce que je maugrée. Et si l’enlisement dans la velléité me rendait folle car je ne sais pas moi-même comment m’en dépêtrer ? On repassera pour la catharsis, en revanche, parce que le pathétique s’est perdu — ça fait pitié. Le seul moyen que ça arrête de poisser, c’est la méthode Bête humaine : faut zigouiller. À vot’ bon coeur, messieurs dames et tournez manèges.

(Mais merci quand même pour la scène de la pizzeria, qui m’a déclenché une envie miroir ; Palpatine aidant, une délicieuse pizza à la crème d’artichaut, aux aubergines grillées et à la mozzarella-parmigiano s’est retrouvée devant moi. J’ai ingurgité ma dose mensuelle d’huile, mais rien de rien, je ne regrette rien.)

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