Pentagon Papers

Les grandes affaires du journalisme d’investigation sont décidément cinégéniques. Contrairement à Spotlight, cependant, le coeur des Pentagon Papers n’est pas tant l’enquête que le positionnement éthique et la prise de risque prise par les journalistes et la directrice du Washington Post (j’ignorais qu’ils étaient jusqu’alors un média de second rang). La meilleure réplique du film revient ainsi à Meryl Streep ; alors qu’elle vient de prendre une décision qui lui fait risquer la ruine et la prison, la directrice prend congé en déclarant qu’elle va maintenant aller dormir, plantant là l’assemblée d’hommes fébriles. Meryl Streep : Bruce Willis en djellabah1.
Liberté d’expression vs censure, trahison dans l’intérêt public vs mensonge d’État… les grands thèmes sont là, à la mesure du souffle hollywoodien, et la mécanique de la presse est convoquée dans toute sa littéralité pour s’opposer à celle du pouvoir : on voit les caractères de plomb assemblés en mots2, les mots en lignes, les lignes en paragraphe, et les pages se composer dans l’urgence, une grande machinerie qui paraît aussi inexorable que le destin une fois mise en marche. Je ne sais pas si cela aurait si fière allure à notre époque numérique…


  1. Et lunettes cliquetantes qui, dans les mains de l’héroïne, réinventent le poncif de la cigarette (j’étais encore enfumée de La Douleur, je crois).
  2. La chaîne est souvent montrée dans les films, mais je crois que je n’en avais jamais vu le tout début, avec le clavier de machine à écrire qui permet d’ajouter les plombs lettre à lettre.

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