À la verticale de l’été

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Quoique incompréhensible, le titre est magnifique. Il est va de même du film de Tran Anh Hung : tout est magnifique, Yen-Khe Tran-Nu, les étirements sensuels par lesquels son personnage se réveille, les discussions entre soeurs, la tendresse entre mari et femme, la préparation du poulet pour l’anniversaire de la mort de leur mère, la chaleur engourdissante et lumineuse de l’été, les volutes de cigarette du mari-écrivain, la scène d’adieu muette que répète le frère avec sa jeune soeur, et encore lorsqu’elle quitte leur relation ambiguë, et autrement lorsqu’une autre soeur ne la joue pas ; la femme qui impose le silence à son amant, faisant taire toute tromperie et parler les corps ; les visages qui se fendent et les êtres qui se fendillent. Tout est magnifique, lent et suspendu mais il faudrait que je revois ce film avec une personne habituée aux physionomies vietnamiennes parce que voilà : je suis incapable de différencier deux des trois soeurs, plus encore de les relier à leurs maris respectifs et donc de distinguer les enchevêtrements des couples, des échos poétiques qui les relient. Je me suis fait mon histoire mais ne suis pas certaine de pouvoir la suivre. 

Mammamiami city ballet

À défaut de pouvoir assister à leurs spectacles, je suis allée voir un cours public du Miami City Ballet avant de partir en vacances. La file d’attente est étonnement respectée alors même qu’il faut renseigner chaque nouvel arrivant pour qu’il aille prendre place à la fin de l’ escargot – donc près des premiers arrivés. C’est anormal mais rassurez-vous, au moment où deux entrées s’ouvrent, on se défile et c’est la ruée vers l’or. Heureusement, contrairement à la majorité des spectatrices qui essayent d’estimer le moindre mal entre être séparées quoique assez proche de la scène et rester ensemble mais loin, je suis venue seule et me case ainsi au premier rang à côté d’une charmante dame aropeuse qui profite bien de sa retraite, veut me montrer qu’elle est très au fait et n’a de cesse de répéter qu’Edward Villella était vraiment un danseur balanchinnien incroyable en son temps. Lorsqu’il arrive sur le plateau et tape la discute à une danseuse tout juste placée à la barre, c’est néanmoins un homme voûté qui apparaît. Cela ne l’empêche pas d’être d’excellente humeur tout au long du cours, tant avec les danseurs qu’avec le public qu’il instruit en VO – et de s’éloigner du micro avec quelques pas de profil façon beau gosse de comédie musicale.

Les danseurs ne sont pas en reste niveau bonne humeur et la nonchalance qu’ils affichent au début ne cache en rien une attitude blasée. Le rideau ne s’est pas levé parce qu’il n’a pas été baissé, les danseurs vivent leur vie : on se chauffaille en consultant son téléphone portable, une blonde arrive les cheveux défaits et entreprend tranquillement de se faire une tresse avant de traverser la moitié de la scène pour taxer un élastique à une camarade tandis que les derniers arrivants font le tour du propriétaire pour trouver une barre libre ou n’ayant pas atteint son encombrement maximal. Hormis un danseur en boxer vert, tout le monde adopte la technique de l’oignon et ôte précautionneusement ses pelures (wow, les guêtres roses, flashy) au fur et à mesure de l’échauffement (pour les remettre et recommencer le strip-tease au milieu). La grande fille à l’écharpe est particulièrement agréable à regarder, avec ses bras infiniment étirés en arrière. Je la fixe souvent pour essayer de comprendre l’exercice mais avec tous ces changements d’accents (intérieurs et extérieurs cohabitent joyeusement dans le même exercice) et de tempo, j’ai un peu de mal à suivre. Et lorsqu’on reprend l’exercice précédent, c’est pour mieux le dédoubler mon enfant.

Les exercices de dégagés et battements tendus me surprennent un peu, non tant par la vitesse, qui est un pré-requis balanchinien, que par leur nombre, quatre ou cinq au bas mot. Cela m’a rappelé C. qui faisait consister son échauffement express pré-représentation en une centaine de dégagés. Remarque, à la fin, les cinquièmes ferment.

Curieux également qu’on puisse avoir une telle vitesse de bas de jambe alors que le travail de pied n’est pas vraiment brossé ; je me suis même demandé si la miss côté jardin n’avait pas un problème genre ongle incarné qui l’empêche de mettre du poids dessus mais lorsqu’elle se mise à faire la toupie au milieu, force a été de constater que ce n’était nullement le cas. Les différences techniques sont toujours amusantes à observer. On a beau savoir que les Américains prennent leurs tours bras (et jambe arrière) tendus, c’est surprenant de les voir les prendre ainsi en diagonale ouverte (et de constater que la jambe tendue se plie souvent avant de partir).

La véritable surprise, cependant, c’est l’ambiance : une diagonale de grands battements jazzy (je n’ai jamais vu faire cela qu’en modern’jazz, d’ailleurs) se transforme ainsi en chorus ligne à mesure que les danseurs partent en groupes plus nombreux. Les claquement de doigts qui les accompagnent se muent ensuite en applaudissements lorsqu’on se met à rivaliser de virtuosité à la fin du cours, et le public ne se fait pas prier pour venir en renfort car, vraiment, c’est réjouissant. Et heu, c’est qui, là, le grand dadais à mèche qui fait des sissonnes à l’écart en guise d’entrepas ? Les sauts rajoutent à l’étourdissement qui culmine dans les diagonales des filles : les piqués déboulent à une telle vitesse que je n’ai tout bonnement pas compris ce que les demoiselles tricotaient, malgré les passages réitérés sur la piste de décollage.

Les danseurs sont tous jeunes, très jeunes (ils partent poursuivre leur carrière ailleurs ou l’âge de la retraite est inférieur du tiers à celui de l’opéra ?) mais forment comme une grande famille de frères et sœurs, auxquelles une lointaine cousine rend parfois visite (petite danseuse à T-shirt gris qui a pris le cours en invité). On aimerait bien les adopter.  

Plus anatomique que sensationnel

[représentation du 6 juillet]

N’en déplaise à Kundera et à bien d’autres, les toiles de Bacon provoquent en moi un dégoût instinctif. Aussi la déception que m’a causée la dernière création de Wayne McGregor est-elle peut-être le signe que le chorégraphe de l’autrement plus enthousiasmant Genus a réussi son pari avec L’Anatomie de la sensation, dédiée au peintre.

La gestuelle qui m’avait tant emballée est toujours là mais ne trouve aucun point d’accroche ou d’anicroche sur le flot musical de Mark Anthony Turnage, ni sur le plateau de Bastille, beaucoup trop grand pour ne pas noyer les duos dans le vide. Bref, il y a comme un os avec cette pièce sans colonne vertébrale où les mouvements se suivent et ne se ressentent pas.

Il n’empêche qu’il y a quelques Oscars parmi les danseuses : Marie-Agnès Gillot, bien entendu, sculpturale, reptilienne et ondulante dans le deuxième mouvement ; Alice Renavand, souriante et sexy dans un huitième et avant-dernier mouvement plus enlevé (la seule à sourire de tout le spectacle – leur a-t-on demandé de faire la gueule?) ; et surtout Myriam Ould-Braham dans le cinquième mouvement. Tandis que ses deux acolytes Dorothée Gilbert et Laurène Levy nous entraînent dans une ambiance cabaret, elle est d’une sensualité bien plus provocante encore par son détachement affiché. Bras étiré en arrière qui soulèvent ses cheveux détachés comme au lever – public – du lit ou jambe écartée à la seconde poids du corps décalé sur la pointe, elle s’offre mais ne se vend pas, aussi rouge soit la lumière dans laquelle baigne sa traversée en avant-scène. La jeune fille mal gardée est clairement devenue une femme. Autant dire que Palpatine ne s’en remet pas mais après avoir vu le dos d’Audric Bezard emplir l’espace, je ne suis pas mieux. J’adore le dernier instant du quatrième mouvement où Marie-Agnès Gillot vient se réfugier prisonnière sous lui, comme une bête aux aguets. Dans les moments précieux, il y a encore le tour en attitude pliée d’Aurélie Dupont que Jérémie Bélingard conduit la main sur la nuque dans le sixième mouvement. Des ensembles qui dépotent au septième ciel mouvement et c’est bientôt le retour du mitigé à travers une toile en avant-scène, plus opaque que ne le laisserait imaginer les propos de chorégraphe sur les transparences du peintre. Il va maintenant m’être difficile d’être farouchement opposée à ceux qui ne peuvent pas voir McGregor en peinture. J’aimerais le revoir en chorégraphie.  

Paris au temps des impressionnistes

Les expositions de la mairie de Paris ne m’ont encore jamais déçue, alors quand en plus il y a un partenariat avec mon musée préféré (Orsay, où je dois d’urgence – depuis deux ans – traîner Palpatine qui, honte à lui, n’y a jamais mis les pieds), je vais vendanger un sandwich dans la délicieuse boulangerie du Marais et m’occupe la bouche dans la file d’attente, qui s’est d’ailleurs écoulée avant que j’ai eu le temps de piocher les petits morceaux de noix et de poulet tombés au fond du sachet.

En entrant, je suis un peu déconcertée puis je réfléchis que le titre de l’exposition est bien « Paris au temps des impressionnistes » et non « Les impressionnistes à Paris ». Pas si étonnant, du coup, que la première salle-couloir où je navigue rapidement mette la capitale en bouteille : les nombreux plans d’architectes laissent imaginer ce qu’aurait été Paris si Garnier n’avait pas remporté le concours pour le nouvel opéra, si les restes de la ville médiévale n’avaient pas été détruits ou si Haussmann n’avait pas cherché une certaine cohérence urbaine. Après cette piqûre de rappel historique (non-programme de khâgne), on descend dans la salle consacrée aux impressionnistes ; je ne sais si la perspective historique mise en place aide à percevoir l’époque dont les tableaux se font les explorateurs ou si, au contraire, elle entrave l’appréciation esthétique (de fait, sont mélangés peintres de premier et de second rang). Toujours est-il que le changement favorise les (re)découvertes – que je reverrais bien au musée d’Orsay avec un peu plus d’espace car les impressionnistes nécessitent du recul.

 

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Ce tableau de Maximilien Luce sur la Commune, découvert au musée d’Orsay, m’a encore rappelé L’Espoir de Malraux, à cause du contraste qui ose mettre en lumière (l’absence de) la vie de tous les jours tandis que le massacre reste dans l’ombre – scandale du soleil quand tout va mal. Amusant de constater que le peintre utilise le même contraste pour un tout autre sujet ; et voici la cathédrale de Monet à la Seurat.
 

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L’exposition Giuseppe de Nittis me faisait de l’œil et je regrette à présent de l’avoir laissée passer car l’Italien a une manière de donner un air vénitien au carrousel du Louvre, qui me plaît bien.

 

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Arrêt prolongé devant La Charge de Devambez pour la dynamique et surtout le contraste entre le mouvement des émeutiers et l’indifférence étonnante de la foule sur les trottoirs.

 

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Van Gogh. Un nom connu pour un tableau qui ne l’est pas. La Guinguette de Montmartre : dans les arcades de la treille, je m’amuse à déceler le signe d’une nouvelle religion dont Monet sera plus tard un fidèle.

 

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Je découvre Béraud qui semble reprendre le spectacle là où Degas l’a arrêté ; les hommes se rhabillent dans la salle tandis que les danseuses se déshabillent en coulisses.
 

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De lui également, L’Attente d’une femme sur le trottoir, que l’immense courbe de la rue lie à une silhouette noire ; on vient et on attend.
 

Le demi-monde fascinait davantage qu’aujourd’hui le tiers. Toulouse Lautrec s’en a fait une spécialité mais, en marge, j’ai bien aimé ce dessin-ci, qui n’est pas dans la pose.
 

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Steinlein, lui, m’était complètement inconnu, même si c’est apparemment l’auteur de la fameuse affiche du Chat noir.

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Pour finir, la véritable découverte de ma visite, toute petite, surprise dans un coin réservé aux dessins et esquisses :
 

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L’image, de Gervex, était accrochée entre le dessin presque cartoon d’un attentat anarchiste et celui d’une prostituée, si bien qu’on hésite un instant entre la jeune femme tardivement éveillée par quelque événement en bas de chez elle et la maîtresse qui ferme les rideaux avant de rejoindre au lit, en pleine journée, l’homme qui a laissé sa canne, déjà dé-chapeauté et déganté. La jambe est bien visible jusqu’à la fesse mais il y a dans son attitude une légèreté qui n’est pas celle des femmes légères telles que d’autres les ont représentées. Quelques perles de lumière sur son déshabillé et aucune autour du cou.  

Sardaigne un peu, pour voir

La Sardaigne est un petit pays pourri : petit, parce que c’est une île ; pays, parce que les Sardes se sentent italiens comme les Basques se sentent français ; et pourri, parce qu’il n’y a presque que des cailloux. En Corse, ils sont rassemblés en gros tas, ça s’appelle des montagnes et on peut circuler autour. En Sardaigne, il y en a partout. De préférence sous votre pied, histoire que vous vous entailliez le gros orteil.

Ces cailloux ne datent pas d’hier puisque la culture de l’île se résume à ses nombreux sites nuragiques. Le nuragique, car c’est l’heure de paraître érudit, se situe quelque part entre l’âge de bronze et l’âge de fer, c’est-à-dire à la Préhistoire pour la différence que cela fait. L’homme nuragique soulève de grosses pierres pour faire des maisons grossières qui soulèvent à présent des questions auxquelles il est tentant de répondre par des grossièretés. Comme la feuille A4, mâchée malgré sa pochette plastique, nous indiquait qu’on avait retrouvé avec la tombe divers objets type un-gamin-de-4-ans-fait-de-la-pâte-à-sel, dont une aiguille à coudre, maman se demande comment leur est venue l’idée de se faire des habits vu qu’on est loin de cailler dans le coin (bon, c’était avant que le Mistral se lève). Tandis que fort peu encline à la visite de ces sites névralgiques nuragiques, j’émets la supposition qu’ils en avaient marre de se piquer les fesses en s’asseyant, celle que nous appellerons la dame de carreau hasarde quant à elle l’hypothèse selon laquelle les nanas en auraient eu marre de se faire enfiler à tout bout de champ. Personne ne s’est pour autant retourné dans sa tombe pour la simple et bonne raison que la « tombe des géants » était très vide. C’était encore davantage une fosse commune qu’un caveau familial mais, que voulez-vous, les géants sont partout sur l’île, jusqu’à la pointe qui fait face à Bonifacio ; les roches y semblent des boules de pâte à modeler malaxées par des doigts de géants. Cela finit parfois par donner des formes à la Magritte. On pourrait organiser un Boggle visuel, moins instable que la variante à nuages.

Au caillou sarde, dont il appert que ce n’est pas un problème récent, on n’a pas trouvé mieux que la réponse de la route en spaghetti trop cuit. Vu que ça gave vite, on ne risque pas d’aller trop loin, même lorsqu’on sait que tout près, il n’y a presque rien. On se doute d’avoir loupé de lointains cailloux mais le temps est beau sans nurage et on va à la plage.

 

 

Aller à la plage est l’activité la plus sensée que vous pouvez envisager en Sardaigne : la couleur de l’eau oscille entre le turquoise-piscine et le bleu-yeux de husky, les montagnes sont proches et les criques par conséquent très belles. Seulement voilà, j’ai découvert cette année que je n’aimais plus aller à la plage. Certes, il n’est pas nouveau que des gamins hurlant sèment du sable sur votre serviette quand celle-ci n’absorbe que l’eau et la crème solaire ou que l’eau paraisse perdre dix degrés entre les cuisses et le ventre. Ce qui est nouveau, en revanche, c’est que je vois les corps vieillis.

À l’âge où l’on fait des pâtés de sable (le pâté semble passé de mode, c’est une honte ; après on s’étonne que les jeunes ne construisent plus rien…), les vieux ramollis ne vous dérangent que s’ils sont placés entre votre château de sable et le bord de l’eau, ralentissant ainsi le ravitaillement des douves – ce sont des vieux, voilà tout. Seulement maintenant que je ne fais plus de pâtés qu’au Typex (je me demande pourquoi, en fait – ah, si, le sable sous les ongles) et que j’ai abandonné la lecture à la plage pour cause de maniaquerie livresque (même avec mains essuyées après le tartinage, bouquin couvert et hurlement quand il risque d’être corné dans une bousculade avec le maillot de rechange), les vieux ne m’apparaissent plus comme des vieux, de tous temps vieux, mais comme des corps vieillissant, de la viande qui répète pour sa future putréfaction. Et de penser que la volonté peut se relâcher autant que la peau (d’orange) et l’esprit régresser autant que progressent les bourrelais me terrorise. C’est particulièrement visible sur les femmes italiennes qui sont des bombes toutes rondes à 30 ans et de grosses choses toutes flasques à 70 – d’autant plus visible qu’elles ne nous épargnent rien ; grâce soit rendue au maillot de bain une pièce des mamies de la Côte d’Azur.

 

La plage exclue, il n’y a plus rien à faire, ce en quoi excelle le jet-set à l’attention de laquelle se sont ouvertes moult boutiques de luxe. Dans le moindre village, on peut acheter des robes haute couture voire des manteaux en fourrure qui vous feriez faire un infarctus si vous les essayiez sans la climatisation, pourvu que ledit village se trouve sur la côte et que l’on puisse y arriver et surtout en repartir rapidement en yatch (que vous n’avez même pas besoin de prononcer « yôt » puisque les Italiens ne parlent pas anglais comme des vaches espagnoles : ils ne parlent pas anglais du tout, encore moins que français – au point que Black Swan, qu’on n’a pas osé traduire en France est devenu Il Cigno Nero). De tout petits yatchs, qui n’ont même pas toujours de jet ski ou d’hélicoptères à bord. Comprenez s’il faut une nouvelle paire de chaussure pour se consoler (par chaussure, on entend aussi des tongs transparentes qu’on appellerait des méduses si elles n’étaient pas incrustées de Swarovski – risque de désensibilisation à la paillette lors d’un séjour prolongé en Sardaigne).

Ou une robe. Parce que les robes italiennes sont vraiment très belles. À vrai dire, elles sont même coupées ce qui, aujourd’hui que la fripe se porte dans tous les sens mais toujours chiffonnée, est devenu synonyme de « bien coupées ». Et la bonne nouvelle, c’est qu’il y a en Italie un milieu entre la robe de plage Zara à 49,99 € et la robe de chez Paule K à 300 € (en soldes, robes de cocktail exclues). Résultat : trois robes dont l’une de soirée et le premier qui me renverse une coupe de champagne dessus, je le massacre de toute la force de mon décolleté voilé d’Amazone. Pas entièrement rempli, certes, parce que l’Italienne est plutôt bien pourvue à ce niveau mais cela me laisse de la marge pour engloutir sans arrière-pensée tout ce que la nourriture sarde peut offrir de substantiellement nourrissant.

 

Pour ne pas faillir à ma réputation et parce que l’heure du goûter approche, laissez-moi vous donner une idée de ce que l’on peut gloutonner en Sardaigne – de préférence chez soi qu’au restaurant car les plats sont un peu décevant par rapport à la qualité des ingrédients qu’on trouve sur place. Heureusement, il est difficile de rater une pizza. Pourtant, malgré la délicieuse composition pecorino-gorgonzola-noix (et après je m’étonne d’avoir des aphtes) sans tomate que j’ai pu déguster, la meilleure pizzeria du monde reste à Saint-Rémy-lès-Chevreuse qui, même au bout du monde (= RER B), reste plus accessible.

Les pâtes réservent plus de surprises puisque les Sardes ont eu la curieuse idée de fourrer leurs raviolis à la menthe et à la pomme de terre (excellent choix si vous hésitez entre pâtes ou gnocchis et que vous ne reculez pas devant le bourratif) et même de faire des raviolis-dessert, pâte citronné fourrée de fromage à déguster frit (on n’a pas osé) avec du miel (délicieux sucré-salé). N’étant pas très charcutaille, je passe directement au fromage et ne puis que réitérer mon amour de la mozzarella et du pecorino, malgré la forme rigolote du provolone. Je me demande seulement comment on peut faire de si bons fromages avec du lait si léger (demi-écrémé, vous êtes sûrs ? Oui ? Alors je plains les vaches sardes, ce ne doit pas être fun tous les jours niveau fourrage). Ah, oui, renoncez au pain, à moins de l’aimer dur et sans sel ou de se rabattre sur les gressins, les galettes locales (sorte de crackers épais comme du papier à musique) ou le pain noir (d’accord c’est allemand), surtout pour le Philadelphia (d’accord, c’est américain mais on n’en trouve pas en France – flash info : il débarque dans l’hexagone ! Merci mon dieu de la mondialisation).

Enfin, la glace à l’italienne n’est un mystère pour personne mais, si vous avez le cœur à renoncer l’espace d’un cornet à la stracciattela, vous pouvez renouveler votre foi en goûtant, par exemple, les parfums Ferrero Rocher, noisette-chocolat blanc ou peanuts (après le fudge au peanut butter, j’ai trouvé la glace). De manière générale, privilégier les noix et les couleurs laiteuses (coco dément, aussi). Buon apetito.

[Pour fêter l’échec du sevrage ordi + Cali, bientôt des photos]