Mimy au musée Marmottan – expo Camille Claudel

      

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      Nous –ma mère, le toc-toc et moi- y sommes allés pour l’exposition des sculptures de Camille Claudel. L’occasion de voir celles qui ne sont disponibles qu’en 2D dans les livres puisque les originaux appartiennent à des collectionneurs particuliers. Le volume est toujours étonnant. Comment arrive-t-on à un rendu si expressif, détaillé mais doux comme la Petite châtelaine à partir d’un cube de marbre brut ?  Mais les sculptures de Camille Claudel sont bien plus fascinantes qu’époustouflantes. Pas figées comme les marbres antiques. Vivantes, vibrantes, presque parlantes. Et pas seulement les Causeuses. Elles semblent suspendues aux lèvres de la conteuse. Le secret de sa révélation reste inconnu, mais toujours dévoilé, suggéré par l’expression de ses auditrices. Ces conversations nous parlent, sans cesse re-imaginées. Pour moi, c’est ça. Une œuvre me plaît quand elle me parle, quand elle imprime une impression en moi. Alors, la sculpture que j’ai préférée est la Valse. Peut-être parce que je suis danseuse. Une salle entière consacrée à cette valse ; leurs dispositions dans la salle recréait presque la chorégraphie. Chaque moulage est particulier, et pas seulement de par sa composition. Ici, le couple fusionne, joue contre joue, corps à corps ; là, ils sont légèrement medium_claudel-valse1.3.jpgécartés. La tête du danseur effleure la nuque de la femme. On sentirait presque son souffle au creux de notre cou. Une voix murmure… on ne peut entendre. Le secret ne se dévoile pas dans une salle d’inconnus qui tournoient eux aussi autour du couple ; qui se baissent, commentent, qui jouent au jeu des 7 différences entre les 8 moulages.
Aller au musée devrait toujours être un jeu.  Au sous-sol, dans la galerie Monet, une maman a tout compris. Elle accompagne sa fille d’environ quatre ans avec son cahier et ses feutres. Etalée par terre, elle crayonne joyeusement. Voici le meilleur moyen de former une future amatrice d’art. Rien de tel que d’aller au musée, voir les peintures en grandeur et couleurs nature. (A Chypre, la guide nous a expliqué que pour remonter le niveau des enfants en histoire, l’état a décidé que les cours se dérouleraient sur place, dans les musées. Est-il utile de préciser que le niveau a sensiblement augmenté ? ).
    J’aime toujours autant les tableaux de Monet. Ils re-capturent un instant, une impression fugitive. Ou indistincte. Et prennent un relief surprenant si l’on s’en écarte. La gare St Lazare exhale ses fumées droit sur nous, le clapotis de la Tamise reflète les derniers rayons du soleil couchant et les célèbres nymphéas n’en finissent pas de flotter sur une eau doucement changeante et bruissante.

    J’ai bien pris plaisir à barboter dans l’atmosphère de cet hôtel particulier devenu le musée Marmottan et j’y retournerai sans marmonner. S’il vous plaît d’y faire un saut, dépêchez-vous, l’exposition Camille Claudel est temporaire et n’est prolongée que jusqu’au 31 mars.

Expo Klimt, Schiele, Moser et Kokoschka (mais surtout Klimt)

Impressions d’une sortie dominicale au Grand Palais.

Il y a beaucoup trop de monde. Heureusement que l’on avait réservé mais même à l’intérieur, c’était la cohue, en particulier devant les tableaux de… Klimt. Et ce n’est pas un hasard.

     Kokoschka… à part le nom drôle à prononcer, je dois avouer que je n’aime pas grand-chose. Si, la signature si incongrue que l’on dirait un tag d’un visiteur mal intentionné.

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        Schiele… un jeune homme pour le moins torturé. A force de voir ces corps anguleux et surtout ces mains tordues, j’ai fini par avoir mal au petit doigt (assez stupide comme douleur, j’en conviens). De lui, j’ai aimé 1 tableau, un grand-père et observé un dessin autoportrait. En fait pour ce faire une idée de l’optimisme fou véhiculée par ce peintre –en dépression ?-, il suffit de comparer le titre : Pre-printanier à la toile : une terre, trois squelettes d’arbre – noir – marron- terne. Ma mère : « Il faudrait lui expliquer qu’entre deux couleurs, il faut laver son pinceau ! »

        Moser… une belle maîtrise de la lumière, surtout dans le tableau des sapins, mais c’est peu comparé à…

         KLIMT … Ce pour quoi je suis venue et ce pour quoi je ne regrette pas d’être venue. C’est esthétique. Sans rien connaître aux règles de l’art, on peut se dire : « Waouh ! C’est BEAU. » Les couleurs sont vivantes, harmonieuses. Les paysages à la limite de l’impressionnisme. Devant la toile d’une façade de maison, on rentre dans le tableau ; les feuilles semblent bouger, des voix lointaines s’en dégager !                                                  

Et les visages ! Le seul portrait d’homme de Klimt présenté est d’un réalisme tel qu’on dirait une photo.Et les visages ! Le seul portrait d’homme de Klimt présenté est d’un réalisme tel qu’on dirait une photo.

Et est-il utile de présenter les figures féminines ? Danaé, Judith, Musique, Amour… Les visages sont magnifiquement expressifs, les étoles vaporeuses, tout est délicat et fort à la fois de par les motifs géométriques et l’or. De quoi rester sans voix et planté devant les chefs-d’œuvre. Enfin pas trop longtemps, on est loin d’être seul ! Même pas de lassitude après le TPE de l’année dernière (d’ailleurs, on aurait du le commercialiser à la sortie, ^^’). Voir les tableaux en vrai est indispensable. La taille joue, la brillance aussi (surtout chez Klimt) et les détails ! On repère plein de détails qu’on néglige sur les reproductions… voile sur le nez d’Holopherne, carré d’or en haut à droite de Danaé, « boule de peinture  » (pas blanche) qui, dans le corset d’une dame devient diamant étincelant … La liste est trop longue. Un vrai régal en résumé, auquel participent les cadres  (dans le portrait de l’acteur, la partie de droite on discerne à peine un magnifique visage féminin). C’est vrai, on y accorde généralement peu d’importance mais ils sont ici totalement justifiés, faits par l’artiste.

Seul bémol (je ne discute pas le choix des artistes, je n’aimais pas les compagnons d’expo de Klimt, mais les goûts et les couleurs sont dans la nature) : le monde (qui a dit que la culture n’intéressait personne ?) et la taille des commentaires à déchiffrer à la loupe (quand il y a foule, c’est d’un pratique…)

Le lac des cygnes de Matthew Bourne au théâtre du Mogador

(Pour une vraie critique (pas la mienne donc), c’est par ici.)

          Il faut oublier toute idée préconçue avant d’aller voir ce spectacle. Ou les garder en mémoire comme des poncifs à détourner. On ne va pas voir le ballet Le lac des cygnes mais le spectacle Swan Lake de Matthew Bourne. Rien à voir, ce que nous suggère d’emblée le côté marketing de l’affaire avec dès l’entrée la vente de T-shirts, tops DVD et que sais-je encore. Le spectacle mêle danse classique, contemporaine, comédie, music-hall et comédie musicale, le tout avec une bonne dose d’humour et d’idées loufoques très réussies. Le limiter à la photo des cygnes figurant sur l’affiche serait louper la richesse du spectacle.

         Intro
Je prends place dans la corbeille, d’on l’on a une assez bonne vue. Par chance, le champ est libre devant nous et l’ouvreuse nous fait signe (non, pas cygne !) quelques secondes avant le début de nous avancer. On se retrouve en plein milieu. Voilà qui commence bien. L’introduction éclate, rideau fermé, la musique nous plonge dans l’univers de Tchaïkovski. Autant le dire dès à présent avant que je n’oublie. La musique était superbe, par elle-même certes oui puisqu’il s’agit d’un chef-d’œuvre, mais elle était particulièrement bien rendue par les musiciens et la chef d’orchestre (plutôt rare, une femme, non ?). C’est la première fois que je remarque la musique. D’habitude, cela semble couler de source, la musique jaillit, les danseurs se meuvent par-dessus. Mais là, la musique prend un véritable relief. Bravo aux musiciens, en un mot.

         Acte I
Le rideau -orné d’un cygne en plein vol- se lève. Au milieu de la scène, un lit immense, orné d’une énorme couronne typically British. Le prince ouvre les yeux, d’une mimique très véridique et le ballet de la cour commence. Les femmes de chambre et les majordomes défilent. C’est ordonné mais incessant, part en toutes directions. A peine réveillé le prince est saisi, pomponné habillé de tous côtés et prêt avant que la journée n’est véritablement démarrée. Vite rejoint par la reine, le protocole commence. Pas de danse à proprement parler mais un ballet incessant, une mise en scène bien construite. Le lit se retourne et devient par l’habileté du décorateur une tribune d’où les deux membres de la famille royale font signe à leurs admirateurs. Jeu de scène amusant des groupies royales qui se déplacent avec la corde rouge qui marque habituellement les fils d’attente. Sortes de soldats également. Les deux descendant et la cérémonie continue. La reine tire sur une bouteille-corde, des banderoles ornées de la couronne se déroulent sur le Hourra, bien anglais des marin’s. Re-saluts. Amusement du prince qui s’endort et désynchronise les petits mouvements de main. Puis apparaît la starlette, future princesse. Habillée de rose dans une robe courte et bouffante, perlée elle est à l’opposé de la retenue qu’impose l’étiquette. Elle plaît au prince mais pour la reine, c’est niet. La reine va tout de même se laisser fléchir et la jeune pimbêche donne lieu à toutes sortes de situations comiques à la scène suivante. La reine mère et la princesse starlette sont à l’opéra. Le décor très habilement conçu permet de voir, côté jardin le ballet auquel

elles assistent et leur loge, côté cour. Le ballet est décapé et fait l’objet d’une satire burlesque. Amusant même s’il fait un peu grincer les dents et ne contribue pas à ôter ce préjugé sur la danse classique. Histoire de princesse les pieds flexs, environnée de papillons mièvres. Bûcheron bien lourdaud qui se ramène. Jeu de scène d’une délicatesse absolu- j’aime quand la princesse part sur la pointe des pieds en étant aussi légère qu’un éléphant. Le début du manège du bûcher n’est pas mal non plus, avec la tête qui tourne en tous sens. Explosion retentit (ça me fait penser à la chorégraphie Papillon où Emma Livry perdit la vie, son costume ayant pris feu) mais apparaissent des trolls- arbres qui effraient la chaste et pure princesse par un comportement obscène. I’m shocked ! My Godness ! Le spectacle est plus réjouissant côté cour avec la loge royale. La starlette rose –bonbon ne cesse de commettre des impairs. Avance sa chaise de manière à ce que tout le théâtre en profite ; cherche à comprendre l’histoire, pourtant simplette en tournant le livret comme un enfant son livre d’images. Fait retentir son téléphone portable – un moment de flottement dans la salle – et arrête la musique pour finalement faire tomber son sac du soir doré sur scène. Mimique de la reine successivement outrée, exaspérée, indignée et désespérée.

La scène suivante nous sort du comique. Nous sommes dans les appartements du prince qui, seul, face à son miroir boit. La reine, en logue robe blanche survient, demande ce que cela signifie. Le prince, d’abord malheureux devient fou, il violente sa mère, la soulève, la brutalise jusqu’à ce qu’abattu, il finisse par la laisser s’échapper. La dépravation du prince continue scène suivante au Swank (drank ?) bar. Mélange de marins homosexuels, de starlettes, de prostituées en porte-jartelle et d’un danseur disco, pantalon orange et perruque choucroute sur la tête. Le prince essaie d’attirer sa starlette mais ne réussit qu’à se faire expulser du bar après quelques danses endiablées dans le plus pur style du music-hall. Rejeté, il assiste à la sortie successive de tous les danseurs qui tiennent plus ou moins debout. Mal dans sa peau, seul sur le trottoir, le prince nous offre les premiers moments de véritable danse avec de beaux sauts parfois terminés en une chute au sol (je ne peux m’empêcher de penser aux bleus qu’il a du se payer en répétition). Le secrétaire particulier qui veille au grain sort lui aussi du bar et le prince se cache sous son manteau pour passer inaperçu. Il n’échappe cependant pas à un paparazzi. 

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             L’acte II se passe de nuit dans un parc publique. La lune en arrière plan, ronde et blanche nous renvoie au mythe du loup-garou et suggère le temps de la métamorphose (mais non, mais non, je ne suis pas obsédée par Ovide tsk !). Les barrières surmontées de pics suggèrent cet univers de château hanté tout en évoquant un peu un cimetière. Lieu étrange donc, pour un acte qui ne l’est pas moins. Seul sur un banc, le prince récupère un papier dans une poubelle, griffonne quelques mots qu’il accroche au réverbère puis semble vouloir en finir en se jetant dans le lac (un prince digne de ce nom ne devrait-il pas savoir nager ?). Mais un cygne immense apparaît et l’en empêche. Le banc glisse vers les coulisses pour laiss
er le champ libre au corps de ballet masculin, tous devenus cygnes. Epatant, à l’exception du cygne principal contre lequel j’ai quelques réticences que j’expose rapidement pour en revenir à la délicieuse chorégraphie : devrait faire quelques abdos pour se débarrasser d’un capiton grassouillet sur le ventre et s’épiler par la même occasion car le rendu visuel n’est pas des plus heureux. Enfin, pour ne pas faire oublier ses magnifiques bras, il devrait penser à tenir ses équilibres (le pied qui oscille n’est excusable que chez les demoiselles qui ont les pointes au pied) et accessoirement tendre ses pointes de pieds qui cassent totalement la ligne du corps.

Tous les cygnes sont vêtus de curieux bermudas de poil (la description porte à rire, mais c’est vraiment pas mal). Les mouvements évoquent bien l’animal même si l’interprétation est plus fondée sur la puissance et la force de l’animal que sa grâce éthérée.  «  Matthew Bourne : « L’idée d’un cygne masculin est tout à fait logique pour moi : la force, la beauté, l’envergure des ailes de ces oiseaux me rappelle la musculature d’un danseur beaucoup plus qu’une ballerine en tutu blanc. La ballerine réussit à suggérer la beauté sereine de l’oiseau qui glisse sur l’eau mais l’une de ces images que nous avons étudiées durant les répétitions était un film au ralenti d’un cygne qui attaquait un petit bateau de pêche (pour protéger ses petits je crois) et c’était terrifiant. Nous voulions exprimer le côté plus violent des cygnes. » En effet, force, violence, fougue mais aussi beauté se dégage de leur danse, composée de nombreux sauts impressionnants. « Je voulais […] tenter de créer quelque chose de beau et de lyrique pour les danseurs tout en laissant leur virilité absolument intacte. Je voulais aussi que les scènes où figurent les cygnes soient chargées de sexualité, de sensualité et d’audace. » Pari tenu. J’ai particulièrement aimé de passage des « quatre petits cygnes » dont certains temps sont scandés avec les pieds (nus).

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La classe ! particulièrement pour le brun qui dansait côté jardin et que je n’ai pas réussi à localiser sur le programme. Il faut dire qu’ils sont assez méconnaissable avec la couche de blanc qu’ils ont sur la tête et cette bande noire en haut du front, maquillage très bien trouvé puisqu’il faut ressortir les yeux et leur donne un aspect sombre, dangereux. Beau moment aussi où les cygnes de face font les sauts de chats avec des ondulations de bras comme s’ils nageaient puis de dos, penchés en avant écartent leurs mains jointes puis ondulent puissamment des bras. Wa-oh ! Dernier mouvement, la main qui s’incline en avant puis en arrière sur la musique dont la résonance a été supprimée. Bel effet. Le prince entre peu à peu dans cet univers, se mêle aux cygnes, jusqu’au duo avec le cygne principal. Lorsqu’ils disparaissent, il reste avec un sourire de béatitude, comme s’il avait rencontré quelqu’un qui le comprenait, un univers idéal auquel il essaie d’accéder.

Entracte

           Acte III
Un grand rideau côté cour et l’entrée de la famille royale et des stars avec bien entendu, les fans qui y assistent. Les femmes, toutes en tenues de soirée noires pailletées se retrouvent à l’intérieur du palais, en compagnie de leur cavalier. Sur les côtés, des tables rondes, au fond, un balcon et au mur deux grandes torches tenues par des mains dorées.

Le bal s’ouvre. Virevolte dans tous les sens, bien gentiment, jusqu’à l’arrivée du cygne, relooké en pantalon et veste de cuir, genre mauvais garçon, sui se met vite à jouer la carte de la provocation. Il séduit toutes les femmes les unes après les autres, ce qui donne lieu à de magnifiques portés. Puis il les admire allongé à l’avant-scène dans une position mi-lascive mi-provocative. L’atmosphère s’échauffe, le cygne séduit aussi la reine, qui ma foi ne dit pas non. Bien que la caresse sur toute la longueur du bras ne soit pas le baisemain type, elle ne s’offusque pas. L’atmosphère devient carrément endiablée avec l’une des danseuses qui monte sur la table, devant le cygne. Son cavalier voit rouge, tapote sur l’épaule du cygne puis se recule quand se dernier se retourne et le toise de toute sa hauteur. Le cavalier s’adresse directement à sa danseuse et finit par taper du pied pour qu’elle descende, ce qui n’a pas vraiment l’air de l’émouvoir. Après –ou avant ?- les couples, les danses d’ensemble dans un style très espagnol avec claquement de mains, déhanchés et sauts enthousiastes. Je me demande un instant à quoi correspond ce passage dans le Lac, n’ayant pas en mémoire une quelconque danse espagnole, surtout à ce moment, et réalise que c’est la musique des 32 fouettés. Olé ! L’homme cygne, reprenant son caractère sauvage en même temps que sa bande noire sur le front fait des avances au prince, déchiré entre son amour pour lui et sa peur du ridicule. Ses mouvements saccadés et repliés sur lui-même traduisent très bien son malaise. Pas de deux fait d’attirance répulsion. Le prince finit par être rejeté, et à terre, il est la risée de l’ensemble des danseurs du bal, faisant cercle autour de lui. Il s’enfuit dès que possible. Il revient plus tard, un pistolet à la main avec lequel il menace le cygne et tous les invités. Le majordome, qui veille au grain, réplique immédiatement en le mettant en joute avec un autre pistolet. La starlette amoureuse s’interpose et dans la confusion, c’est elle qui est tuée. Le prince est emmené.

           Acte IV
On le retrouve  dans son lit mais l’on comprend vite qu’il se trouve dans un hôpital psychiatrique. Le médecin entre en blouse blanche, suivi de la mère puis d’une armée d’infirmière. La lumière donne lieu à un magnifique jeu d’ombres qui se projettent sur le mur blanc et créent des géants effrayants, à l’image de ce que représentent pour le prince leur personnage qui viennent d’entrer. Le prince a l’air traumatisé, ses mouvements suggèrent la folie ou du moins une nervosité poussée à son comble.
Alors qu’il est dans son lit, trois cygnes surgissent d’en dessous. Un incessant va et vient se met en place, jusqu’à l’apparition du cygne principal qui surgit de l’intérieur du lit ( !). Il témoigne à nouveau son amour pour le prince. Mais les autres cygnes supportent mal cette relation et attaquent sans pitié. (Peut-être les cris d’animaux féroces étaient-ils de trop, les mouvements traduisant on ne peut mieux la férocité des cygnes.) Le cygne protège le prince, qui paraît bien fragile derrière lui, mais les cygnes grimpent tous sur le lit, les envahissent et finissent par les séparer. Le prince est malmené, sur le point d’être sauvé puis à nouveau encerclé, piétiné, pincé, giflé avec une violence incroyable. Le cygne le retrouve mort, soulève avec sa tête le bras qui retombe comme un objet sans vie. Il le porte dans son lit et disparaît. Sa mère la reine le retrouve gisant sans dessus dessous dans son lit et se lamente sur le corps de son fils tandis qu’apparaît à la fenêtre surplombant le lit, le cygne avec, enroulé dans ses bras, le prince comme si leur amour devait survivre à la mort.

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Rideau et aplause aplause aplause….

En résumé, un spectacle réussi, « expressif », drôle même s’il mériterait un peu plus de technique de la part du cygne pour être mis en valeur.

Si tu t’appelles mélancolie…

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Je ne m’attendais pas vraiment à ça. A vrai dire, je ne m’attendais à rien, je ne me suis lancée que parce que le titre me tentait et que c’était une bonne occasion de sortir avec mes copines. Je pensais qu’il y aurait surtout des paysages ou des visages expressifs devant lesquels on se sent envahi d’un curieux sentiment, « une tristesse vague et sans objet ». A la fois une prise de conscience de l’infini et de nos limites humaines, nous perdant entre les deux. La mélancolie comme mal du siècle romantique, en quelque sorte. Des toiles à la Friedrich… le Voyageur solitaire, sa seule ouvre en réalité que je connaisse (immanquable puisque présente dans presque tous les bouquins de littérature à côté d’une réflexion hautement philosophique de Julien Sorel, le Rouge et le Noir) Il y avait quelques-uns de ces paysages grandioses qui attirent, envoûtent mais nous rejettent – impossible de pénétrer leur mystère. Mais c’est oublier le sens premier de la mélancolie, dérivé du grec, « bile noir » qui déséquilibre l’esprit : rêverie néfaste qui prend, après les débuts de la psychanalyse, le nom de dépression. De la douce sensation d’abandon qui se fait muse créatrice à la maladie névrotique destructrice… les différentes interprétations de la mélancolie à travers les âges expliquent peut-être l’éclectisme des œuvres présentées dans un ordre relativement chronologique (je ne situais pas vraiment Max Ernst entre l’Antiquité et la Renaissance !). Du début de l’exposition, je retiens particulièrement une stèle gravée, un homme assis en haut d’une falaise. Certaines des salles suivantes, exposant des tableaux plus axés sur la folie et le diable (au Moyen Age, l’acadia, mélancolie est répréhensible car détourne du culte de Dieu) mettent mal à l’aise. Les gravures fourmillant de détails n’ont jamais vraiment emporté mon adhésion. En revanche, j’observe avec minutie les livres anciens, non tant pour les enluminures que pour la calligraphie. Je suis plus heureuse à la faveur d’un bon dans le temps ! Je me retrouve en terrain un peu plus connu : Khnopff (j’y suis restée scotchée- ai pris du retard et ai obligé les autres à m’attendre), Van Gogh, Odile Redon… J’ai comme une réminiscence de TPE (L’image de la femme dans l’art au tournant du dix-neuvième siècle avec A Rebous et ce cher dandy de Des Esseintes, totalement névrosé !) Mes grandes découvertes ont été un tableau représentant Sappho (une merveille, re-dix minutes) et le Penseur d’Eakins, peintre américain paraît-il très connu et dont je n’en avait malheureusement jamais ouïe dire. La dernière salle était un peu hétéroclite : j’y retrouve un tableau sur la révolution russe de 1917 (souvenir du livre d’histoire) et m’interroge sur la pertinence de la présence de deux œuvres ; une SBNI (sculpture bizarre non identifiée) et un gros monsieur tout nu assez laid. A part cela et mis à part certaines œuvres qui n’étaient pas à mon goût (mais ça, c’est mon problème perso…) je n’aurais qu’une chose à reprocher : les légendes sont illisibles, en minuscule italique en couleur sur murs de couleur… Nul n’et parfait. Contre toute attente, je n’en ressors pas mélancolique… Les belles musiques m’ont chassé de l’esprit l’air que je fredonnais depuis le matin : « Si tu t’appelles mélancolie… » de Joe Dassin. La journée s’est finie en sandwich et délires dans un par près du Théâtre du Rond point. Dommage qu’aucune de nous n’ait pensé à amener un appareil photo… on aurait pu immortaliser nos pauses de fausses mélancoliques. C’est tellement classe d’avoir « le cœur à marée basse »…

En résumé, une expo à aller voir. A lire également, le dossier mélancolie dans le Muze d’octobre.

Soirée Roland Petit – Carmen

Les soirées de plusieurs ballets s’organisent toujours de façon crescendo. Le clou du spectacle, très attendu, était Carmen. Ce ballet est tout simplement génial.

Le premier tableau introduit les personnages : la bonne humeur des cigarières aux cheveux crêpés est interrompue par une dispute. Carmen et une cigarière en viennent aux mains si bien qu’on alerte Don José, qui est fasciné par la beauté de la rebelle. Carmen s’enfuit, poursuivie par Don José.

Le deuxième tableau se déroule dans une taverne où brigands et filles de mauvaises mœurs se côtoient dans la plus grande allégresse. Le rideau rouge et les lampions suspendus au dessus de la scène créent une ambiance chaleureuse, renforcée par le ballet des chaises. Don José survient et aborde Carmen. Alexis Renaud et Martin Chaix en chefs des brigands font sourire par leurs mimes et dynamisent par leur danse (surtout celui avec la perruque orange – lequel des deux?). Ils délestent Don José de sa bourse avant qu’il enlève Carmen sous la chorale des bandits de c(h)oeur : L’amour – est- enf-ant – de –Bo-hême — qui-n’a jamais – ja-mais – connu – de – loi…  Le tout ponctué par des mouvements de bras des plus expressifs.

Le troisième tableau illustre l’amour entre Carmen et Don José, interrompu par les chefs des brigands qui débarquent dans la chambre pour reprendre Carmen. Bien entendu, Don José ne peut que les suivre.

Le quatrième tableau est plus sombre, au propre comme au figuré. Caché derrière une charrette, les trois chefs brigands et Carmen attendent le meurtre que doit commettre Don José pour prouver son amour. Amour qui n’est malheureusement pas réciproque puisque la (re)belle s’enfuit avec les richesses de l’infortuné voyageur.

Le cinquième et dernier tableau a lieu à l’entrée des arènes. La joyeuse bande s’amuse en attendant l’arrivée des matadors. Dorothée Gilbert est une “brigande” provocante, sûre d’elle et séduisante. La volonté de son personnage se traduit par une technique irréprochable, pleine d’entrain et très assurée, à l’exemple de ses fouettés. Un toréador fait la cour à Carmen, qui, après son entrée dans l’arène est rattrapée par Don José. Il exige des explications qui, bien entendu, lui sont refusées. Don José et Carmen s’affronte alors, tandis que le combat avec le taureau fait rage dans l’arène. Tel le taureau, Carmen défie Don José et se retrouve poignardée. Le désespoir de l’homme est rendu plus criant encore par les chapeaux que les brigands ont lancé pour saluer la victoire du toréador. 
Le corps de ballet était au meilleur de sa forme.  José Martinez est un Don José plein de classe et de style. Il se fait séduisant pour Carmen, hésitant devant le crime à commettre puis fou de douleur lorsqu’il prend le cadavre de sa maîtresse dans ses bras. Ebouriffant.
Mais malgré le talent de Martinez, la star incontestable de la soirée était Lucia Lacarra, qui se produisait en artiste invitée. Elle a un corps merveilleux qu’on dirait sculpté pour la danse. Des bras longs et expressifs, un coup de pied très cambré qui prolonge des jambes fines et interminables, encore mises en valeur par le costume échancré de Carmen. Mais Lucia Lacarra n’est pas une poupée au sourire éclatant. Elle est une véritable interprète qui irradie la scène. Une présence, comme on dit. Cachez- la parmi le corps de ballet, on ne remarque qu’elle… Parfaitement calée sur son personnage, elle se fait tour à tour provocante, séduisante, lascive, défiante et rebelle. Sa performance a été reconnue par le public, qui l’a comblée d’une salve d’applaudissements à la mesure de on talent. Les mains étaient bien rouges à la sortie… l’effet des rappels ! Il faut dire que Lucia Lacarra salue d’une telle façon qu’on a envie de toujours frapper dans ses mains : la prima ballerina absoluta ouvre un bras, puis l’autre, les ramène sur son coeur comme pour dire qu’elle est touchée puis se prosterne.
Une telle soirée donne envie de danser… et Lacarra est si heureuse en scène! Je n’ai pas pu m’empêcher de faire quelques grands jetés en allant chercher la voiture au parking de la place Vendôme.